‹ Précis historique de la Révolution françaiseChapitre 42 sur 44 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

Il y a des esprits suzerains en Allemagne qui disent que certaines âmes roturières de France relèvent d’eux.* ils veulent ab- •solument que les pensées françaises passent le Bhin pour se soumettre aux pensées allemandes. Getie prétention abstraite ou abstruse aurait causé fie ' furieuses guerres au douzième siècle. • .

Pourquoi les rois qui reuleot faire ta guerre ne le discnt ils pas franchement P ' Pourquoi cherchent-ils des prétextes qui ne trompent personne? Pourquoi les ministres se conduisent ils comme des procureurs ? C’est un beau spectacle pour ceux qui lisent la gazette, c’est à- dire , pour tout le monde, que de voir les maîtres des hommes et les repr^entans de Dieu se creuser l’esprit pour raffiner un mensonge. Dites la chose comme elle est ; c’est ici la guerre des rois, des prêtres et des nobles contre les hommes. '

Gomment un peuple est - il parvenu à secouer ces trois jougs à la fois ? C’est qu'il l’a osé. Gomment l’a-t*il osé f C’est qu’il y ‘ avait cinq cent mille hommes instruits. On .sera long-temps étonné de ce phénomène, quoiqu’il soit expli({ué par l’imprimerie.

45o ' BÉFLEXIOIÏS

• Toute la jiolitique de la Frîince est d^' sormais dansla propagation des lumières et dans la liberté de la presse. Iæ livre de l’alphabet sera l’instituteur de la génération qui arrive , et les écoles primaires de France seront l’école du genre humain.

Heureusement pour l’humanité , les gouyernemens qui veulent accroître leurs terres pour augmenter leur revenu ne trouvent pas toujours des terres à conquérir : il faut des avances en hommes et en argent , et souvent ces avances 'sont perdues. Ils ont donc fait d’autres spéculations', et se sont jetés dans le commerce, qui, en augmentant les richesses des sujets , accroît aussi le trésor du maître. On a attribué ce goût commercial des cabinets à la politique , comme si le commerce avait d’autre cause

que la cupidité ! Mais du moins il rapproche les hommes ; il détruit insensiblement les préjugés ; il agrandit le cercle des pensées ; il affaiblit les haines nationales ; il lie les peuples par des relations qui leur sont chères; il humanise le globe ^ et les besoins factices préparent les nations à une association plus intime , comme les besoins réels

ont formé les premières sociétés.

< Tout nous annonce un temps ou finiront les folies nationales appelées ocsktBBs. Déjà la rage des hordes primitives s’est affaiblie; le besoin des jouissances , les manufactures et les arts rendent les peuples plus sédentaires; les individus voyagent, et les nations restent ; elles ne se battent que par détachemens ; toutes étant commerçante» , toutes craignent les chocs violcns,,qui dérangent, suspendent les spéculations , et en délou.ncnt les sources pour les faire

couler aüleurfi. L’effet de ce besoin est arrêté) je l’avoue, par la manie de quelques puissances de conquérir , c’est - à - dire , de prendre aux autres nations des îles , des , ports , des colonies , pour jeur prendre leur commerce , comme un homme fort chasse un homme faible de sa place. Muisceteffet est une preuve de la cause , puisqu’ils n’usurpent que pour commercer , pour jouir et se reposer. Aussi voit-on que les guerres sont moins acharnées que chez les peuples sauvages et ignorans: les légions se foudroient 'avec politesse; les héros se saluent avant de se tuer; les soldats ennemis se visitent avant la bataille, comnieon soupe ensemble avant de jouer. Ce ne sont plus les nations qui se battent , ni même les rois , mais les armées et des hommes payés ; ce sont des parties de jeu où l’on ne joue que sa mise , et noô.lc tout ; enfin les guerres , qui étaient jadis une fureur , ne sont déjà plus qu’une folie.

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