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Précis historique de phonétique française

La dernière édition de ce /Vt'm avait paru au commencement de l'année 1914. Les grands événements qui se sont déroulés depuis n'ont pas créé naturellement une atmosphère très flivorable au développement des études romanes. Cependant l'activité scientitîquc, si elle s'est ralentie chez nous ou ailleurs, n'a jamais été complètement interrompue : on a publié, même au fort de la tourmente, quelques ouvrages relatifs à la phonétique française. Je ne veux en rappeler ici que deux, écrits tous les deux en France. C'est d'abord le Traite pratique Je Prononciation française de .\l. Grammont, ouvrage d'une méthode sûre et d'une élégante précision, dissimulant sous une allure de vulgarisation des recherches scientifiques très étendues. C'est en second lieu le Manuel de Phonétique et de Morp})ologie historique du français dû à M. Clédat, livre dont quelques détails restent peutêtre contestables, mais où l'on trouve en revanche une étude assez poussée sur l'évolution des consonnes finales en français, et auquel je suis redevable

pour ma part de certaines suggestions qui m'ont semblé heureuses.

Cette cinquième édition de mon Précis n'offre point, par rapport à la précédente, de très appréciables modifications. Les théories qui se trouvent à la base de mon exposé n'ont pas varié ; l'économie générale du livre est donc restée ce qu'elle était, et le cadre lui-même a été conservé, puisque aussi bien il a fait ses preuves, et a certainement été pour quelque chose dans le bon accueil qu'a reçu ce manuel. J'ai cependant, comme il était naturel, soumis mon texte à une révision attentive, fait quelques additions ou quelques retranchements ; j'ai allégué çà et là certains exemples qui m'ont paru avoir leur intérêt, et l'on trouvera notamment ici un plus grand nombre de noms géographiques, noms de villes se rapportant au Nord de la France, et dont il est bon de connaître les antécédents exacts. Enfin — chose plus grave — j'ai adopté des solutions nouvelles sur trois ou quatre points de doctrine qui, pour être en un sens secondaires, n'en ont pas moins leur importance et sont encore contestés : ces solutions sont le résultat de mes réflexions particulières ou d'indications venues du dehors. Je voudrais pouvoir me flatter d'avoir approché de la vérité, mais en est-on jamais certain ? En tout cas, j'ai cherché à maintenir entre les théories d'ensemble et les hypothèses intro-

duitesune concordance aussi rigoureuse que possible, car je sens plus que jamais combien les diverses parties d'un tout doivent être cohérentes : l'unité d'un manuel est à ce prix, et aussi l'utilité qu'il peut avoir en tant qu'instrument de travail pour ceux qui s'en servent.

J'écrivais, au mois d'août 19 13, entête de la quatrième édition : « La faveur ininterrompue dont ce petit livre a joui auprès du public studieux des Ecoles, en France et à l'étranger, m'imposait le devoir de le mettre soigneusement au point, de le compléter dans la mesure du possible, et de le faire profiter soit de certains travaux récents, soit de mes recherches personnelles. C'est ce que je me suis efforcé de réaliser ici... Puisse mon Précis rendre quelques services encore à la philologie française, en inspirer le goût, et servir par là-même d'initiation modeste aux études de linguistique romane ! » Je ne peux que répéter aujourd'hui ces paroles, et former les mêmes souhaits.

Mai 1921.

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