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INTRODUCTION

Origine et Formation de la Langue française.

1. La laiigite française appartient à la famille des langues romanes. Elle est. dans son fond essentiel (mots, formes, groupement des mots), une transformation de la langue latine.

2. Le latin était à l'origine un idiome assez fruste, parlé dans le Latium à l'embouchure du Tibre, et proche parent des autres dialectes italiques qui l'entouraient (l'Osque au sud-est, YOmbrien au nord). A Rome, une distinction s'établit avec le temps entre le latin classique (sermo urbanus) dont se sont servis les écrivains comme Cicéron, César, Virgile, etc., et le latin vulgaire (sermo plebeius) dont usait le peuple. Le latin classique ou littéraire s'était poli au contact de la culture grecque, et fut arrêté dans son évolution par les grammairiens ; le latin vulgaire ou parlé, tout

en conservant des traces d'archaïsme, se développa au contraire librement. Au cours des siècles, ces deux formes du latin en vinrent à diverger assez profondément entre elles par leur prononciation, leurs flexions, leur syntaxe : elles différaient aussi par l'emploi d'un vocabulaire en partie distinct.

3 . C'est essentiellement du iatiti vulgaire, importé par les soldats, les colons, les commerçants, dans toutes les parties de l'empire romain (sauf en Orient), et adapté aux organes vocaux de peuples divers, que sont sorties les langues romanes. Ces langues sont au nombre de sept principales, qui se répartissent géographiquement en trois groupes : i° groupe du Sud- Est, comprenant Vitalieti, parlé dans la péninsule italique ; le rhétique, parlé dans les Grisons, le Tyrol et le Frioul ; le roumain, parlé dans le bassin inférieur du Da«ube ; 2° groupe du Sud-Ouest, comprenant l'espagnol et le portugais, parlés dans la péninsule ibérique ; 3° groupe du centre, comprenant le provençal et le français, parlés sur le territoire de l'ancienne Gaule.

4. Avant l'établissement des Romains dans la Narbonnaise (125-118 av. J.-C.) et la conquête du reste de la Gaule par Jules César (58-51 av. J.-C), les Gaulois parlaient une langue celtique se rattachant

à un des groupes de la fomille indo-européenne (indo-iranien , tokharien, arménien, grec, italique, celtique, germanique, ballo-slave, albanais). Un des résultats de la conquête romaine fut l'effacement progressif des idiomes gaulois, qui n'ont laissé dans notre vocabulaire que des traces insignifiantes (termes rustiques) ; puis la diffusion (achevée par la prédication chrétienne) de la langue latine qui, à la fin du iv^ siècle, lors de la dissolution de l'Empire, était devenue sous sa forme vulgaire la seule langue parlée en Gaule. Les grandes invasions du v^ siècle, l'établissement successif des Wisigoths, .des Burgondes, des Francs, au milieu des populations galloromaines, vinrent hâter l'altération de ce latin vulgaire, et introduisirent dans son lexique un assez fort contingent de mots germaniques (termes de guerre et de droit, noms d'objets usuels).

5. Des textes du v[i'= et du viii^ siècle prouvent que, vers la fin de la période mérovingienne, le latin vulgaire s'était déjà transformé, surtout par des changements phonétiques, en une langue nouvelle, qu'on appelait lingua romana rustica. Mais cette langue romane de l'ancienne Gaule prit assez rapidement des caractères différents, suivant qu'elle était parlée au Nord ou au Midi. Au Sud (dans le bassin de la Garonne, le Limousin, l'Auvergne et le bassin du

Rhône au-dessous de Lyon), elle devint la langue d'oc, dont \q provençal des Troubadours îwl au moyen âge la forme littéraire. Au Nord, elle devint la langue d'oïl, dont le français est la forme moderne, et dont les Serments de Strasbourg, prononcés en 842, sont le plus ancien monument, avec la Cantilèned'Eulalie composée aux environs de l'an 900.

6. La langue d'oïl, telle qu'on la parla du ix^ siècle au xiv% comprenait pendant le moyen âge un certain nombre de dialectes, distincts entre eux surtout par des différences de prononciation. Ces dialectes, dont les limites ont toujours été un peu flottantes, et auxquels on a conservé les noms de nos anciennes provinces, étaient : 1° au Nord-Est, le picard et le wallon ; 2° à TEst, le champenois^ le lorrain, \q franccomtois, le bourguignon ; 3** à l'Ouest, le sainlongeois,

• le poitevin, l'angevin; 4° au Nord-Ouest, le normand ; 5° au Centre enfin, dans le bassin moyen de la Seine et la région d'entre Seine et Loire, le dialecte de l'Ilede-France.

7. C'est ce dialecte de l'Ile-de-France, sous la forme spéciale où on le parlait à Paris, qui, pour des motifs politiques, a fini par supplanter les autres comme langue littéraire. Dès la fin du xii'^ siècle il affirmait sa prééminence, et se répandit de plus en

plus en raison directe des progrès de la royauté et de la centralisation administrative qui en fut la conséquence. Toutefois, c'est seulement à partir du xv* siècle que les autres dialectes (y compris ceux de la langue d'oc au midi) furent définitivement réduits à l'état de patois. Mais, à ce moment-là, la langue centrale ellemême était en pleine crise de transformation (perte de l'ancienne déclinaison à deux cas, simplification des formes verbales, influence croissante du latinisme, etc.) : elle ne reprit vraiment son équilibre et ne trouva son type définitif qu'à la suite des réformes de Malherbe et de Vaugelas, consacrées par les chefsd'œuvre classiques du xvii^ siècle.

8. L'histoire de notre langue peut en somme se diviser en trois périodes qui ont chacune un caractère assez spécial : période de Y ancien français (du ix'' siècle à la fin du xiii*) ; période transitoire, dite du moyen français (xiv=-xvi^ siècles) ; période du français moderne (du début du xvii^ siècle à nos jours).

9. Les éléments qui constituent le vocabulaire de la langue française sont de deux sortes : populaires ou à'empnmt. L'élément populaire, qui est le fond solide et véritablement originel de notre langue, se compose des mots du latin vulgaire transformés sous l'action des lois phonétiques, des mots qui en ont été tirés

par voie de dérivation ou de composition, enfin des vocables germaniques d'introduction ancienne. L'élément d'emprunt comprend d'abord tous les mots savants (latins ou grecs), qui, depuis l'origine, mais surtout à partir du xiv^ siècle, ont été directement transportés dans la langue et francisés d'ime façon plus ou moins artificielle. Il comprend, en outre, des termes étrani^ers qui se sont acclimatés chez nous à différentes époques : mots orientaux datant surtout des Croisades ; mots italiens, importés principalement au xvi"" siècle ; mots espagnols et allemands modernes au xvii'' ; mots anglais au xix% etc.

10. L'évolution régulière des sons peut être avant tout suivie et constatée dans Vêlement populaire de la langue. Une élude historique de la phonétique française a donc essentiellement pour objet d'établir d'après quelles lois les mots latins se sont transformés dans une région donnée (Paris et l'Ile-de-France) pour devenir des mots français : elle consiste, autrement dit, à noter les changements successifs qu'ont subis les sons et les articulations pour arriver jusqu'à nous. Une telle étude suppose la connaissance préalable de quelques principes généraux, qui vont être exposés dans la seconde partie de cette Introduction.

Notions de Phonétique générale.

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