‹ Précis historique et administratif de la campagne d'AfriqueChapitre 31 sur 31 · TO · texte numérisé non relu

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RAPPORT

Au général en chef.

M. lamiral Duperré annonce qu’il va faire mettre à terre aujourd’hui, pour rester à la disposition de M. le général commandant le camp de Sidy-el-Ferruch , un bataillon composé de huit compagnies d’éc[uipages de ligne. Mais il demande qu’il leur soit fourni , des magasins de l’armée de terre, les rations de vivres composées suivant les règlemens en vigueur dans le service de la marine, et aux officiers le nombre de rations de mer, suivant leur grade, autant toutefois que pourra le permettre la situation de nos magasins.

La ration de bord est composée de diverses denrées, dont plusieurs n’entrent point dans la formation de nos approvisionnemens, et entre autres de sucre, café, fromage, beurre, etc. Nous ne pourrons donc fournir aux marins que des rations analogues à celles que reçoivent les militaires de l’armée de terre, mais d’une quotité conlorme aux règlemens de marine. M. l’amiral Duperré le sait , et il est disposé à entrer à cet éc:ard dans notre position.

O -fi-

L’intendant en chef a en conséquence l’honneur de proposer à Son Excellence de décider que les marins , qui seront débarqués pour être employés au service de l’armée de terre, rece-

vront des magasins de Tarmée des rations de vivres composées comme ci-après :

Pain . ^5o grammes.

Ou biscuit . 55o

Vin . . . 69 centilit.

Viande fraîche . . . 260 grammes.

Ou viande salée.

f Bœuf.

[ Lard.

de kilo.

Légumes secs. . . . 60

Ou riz . 3o

Sel . ‘

Les officiers recevraient un nombre de rations, de meme composition, égal à celui qui est attri bué à leurs grades, d’après les assimilations avec les grades de l’armée de terre.

Il serait également distribué des effets de campement aux uns et aux autres , dans les proportions de nos tarifs.

Enfin les marins, employés comme travailleurs, auraient droit à la gratification de 26 centimes accordée aux militaires dansda meme position, ainsi qu’à une ration supplémentaire de vin ou d’eau-de-vie.

Sidy-el-Ferrucb, le 27 juin i83o.

L’intendant en chef, Signé Baron Denniée.

Approuvé par M. le comte de Bourmont,

Au ministre secrétaire A état de la guerre.

Monseigneur ,

Un des premiers actes du général en chef, en prenant possession d’Alger, a été d’instituer une commission du gouvernement , chargée , sous son autorité immédiate, de pourvoir provisoirement aux exigences des divers services publics, et de lui proposer un système d’organisation générale pour la ville et le territoire d’Alger. Cette commission , dont le général en chef a bien voulu me confier la présidence , se compose ;

Du maréchal-de-camp de Tholozé , commandant la place d’Alger ;

De M. Deval, consul de France ;

De M. Daubignosc , lieutenant - général de police ;

De M. Firino, payeur général;

Et d’un secrétaire général ( M. Edmond de Bussière) attaché depuis long-temps au département des affaires étrangères, et qui, par son zèle et la nature de ses connaissances , paraît propre à justifier pleinement le choix du général en chef. Votre Excellence remarquera toute la sagesse qui a présidé à la formation de cette commission, où tous les genres de services se trouvent ainsi représentés par des hommes dont les lumières et la capacité assurent à l’avance le succès de la tâche qui leur est imposée.

Bien que la création de cette commission soit

d’une date récente encore , il nous est déjà permis d’entrevoir tout ce qu’elle peut produire d’heureux dans ses résultats.

Propre à éclairer et à faciliter sous tous les rapports la marche de l’administration militaire , elle contribuera en outre , d’une manière essentielle , à améliorer la position de l’armée , en mettant à notre disposition les ressources du territoire et le concours de ses habitans. Déjà , en peu de séances^ d’intéressans détails nous ont donné une connaissance plus vraie et plus exacte du pays que toutes les relations ou mémoires sur lesquels on aurait vainement tenté d’édifier quelque chose de bon et de durable. C’est aux indigènes, libres désormais de toute espèce de terreur et d’appréhensions , que nous demandons les faits qu’il nous importe de connaître : tous, depuis l’uléma jusqu’au marchand de la dernière classe, viennent, en nous exposant leurs besoins, nous apporter le tribut de leur expérience et de leurs utiles révélations ; et là du moins l’enseignement est complet, et porte avec lui tous les caractères de la vérité. Il y a , parmi ces Maures , des hommes essentiellement intelligens, capables de saisir avec promptitude nos formes administratives, et qui , déjà revêtus de fonctions où leur amour-propre trouve une distinction flatteuse , vont devenir pour nous des agens actifs et d'utiles intermédiaires. C’est par eux que ces immenses tribus d’Arabes seront en peu de temps nos alliés et nos pourvoyeurs. Nous avons, à cet égard surtout,

le droit de concevoir les espérances les plus heureuses : peut-être les ressources du pays suffiront-elles non-seulement pour faire face aux besoins de Farmée , mais encore pour couvrir, par des compensations bien entendues, les frais de solde et une partie des dépenses extraordinaires. Je me félicite vivement de pouvoir faire pressentir à Votre Excellence de semblables résultats.

J’ai l’honneur de vous adresser ci -joint les arrêtés relatifs à la création de la commission, ainsi que les procès-verbaux de nos premières séances ; et j’aurai soin de tenir Votre Excellence au courant de nos travaux.

Il a été également créé plusieurs commissions secondaires chargées de directions spéciales. Grâce à leur activité, la prise de possession s’opère avec ordre et sans la moindre interruption dans les services publics. Tout, en un mot, va bientôt marcher avec régularité dans ce pays conquis depuis moins d’une semaine ; et peut-être le verrons-nous s’organiser avec autant de célérité qu’on en a mis à le soumettre , c’est dire , monseigneur, que ce serait le plus beau succès auquel nous puissions aspirer.

Je suis , etc, ,

Alger, Il juillet i83o.

L’intendant en chef de l’armée d’Afrique,, président de la commission ,

Signé Baron Denniée.

RAPPORT

A la commissiofi de gouvernement sur une organisation provisoire de U administration de la justice.

L’administration ne s’improvise pas comme la victoire. L’une , pour s’établir , n’a besoin que de force; mais l’autre, pour s’organiser, doit demander au temps et à l’étude les conditions de son existence et de son affermissement.

Dans un pays nouvellement conquis dont on ignore les intérêts et les besoins , et dont la population , mélange discordant d’élémens hétérogènes, offre tous les systèmes d’une lutte sourde , mais violente , c’est donc un parti sage , le seul même qu’il soit possible d’adopter, que de maintenir ce qui existe , jusqu a ce que l’expérience ait révélé les moyens de le modifier ou de le remplacer avec avantage.

Cependant, à côté de cette nécessité générale, le pouvoir a aussi ses besoins à consulter , ses devoirs à remplir. Ses intérêts doivent même être mis en première ligne puisque lui seul peut protéger et garantir tous les autres ; si donc, au milieu de cet ordre de choses , qu’il s’est fait une loi de maintenir, il vient à rencontrer une force quelconque dont l’action étrangère ou hostile à la sienne puisse échapper à sa surveillance, et compromettre ainsi la sûreté de tous en même temps que sa propre dignité , c’est un devoir pour lui de

la soumettre, quelle qu’elle puisse être, et de la réduire au point de n’agir désormais que par lui et pour lui.

Ces vérités s’appliquent surtout à l’administration de la justice. Le principe de la justice est indépendant de la manière dont elle s’administre.

Il J aurait, de la part du pourvoir, une grave imprudence à toucher aux lois du pays , avant de s’être assuré que le système qu’il se propose d’y substituer sera également en harmonie avec les besoins, les usages, les mœurs et les croyances de ceux qu’il doit régir ; mais , tout en conservant des coutumes et des formes qui n’intéressent pas directement sa dignité^ le pouvoir se doit à lui-même de revendicjuer le principe de la justice, et d’en prendre hautement la direction souveraine et absolue.

La justice est une force par elle -même; en même temps elle a besoin du concours de la force qui commande ])our devenir irrésistible ; car si elle n’a pas les moyens de se faire obéir également par tous , elle n’est plus la justice. De là une double nécessité : nécessité pour la justice de ne pas rester en dehors du pouvoir , car elle perdrait de sa force, et nécessité pour le pouvoir de ne pas laisser la justice s’isoler de lui , car il perdrait de sa dignité. L’autorité ne doit donc pas soulFrir que la justice puisse exercer son action dans une sphère indépendante de la sienne '• elle le souffrira moins que jamais là où elle ne sera qu’une autorité naissante et pressée du besoin de s’affermir.

Ainsi , deux choses paraissent incontestables : c ’est^ d’une part , que le pouvoir doit , dans l’intérêt général comme dans le sien propre , prendre en main l’administration suprême de la justice; mais aussi qu’il ne doit point toucher aux formes ni s’occuper des détails^ avant que le temps l’ait mis à portée de connaître les intérêts qui se meuvent autour de lui, et d’apprécier les modifications qu’ils peuvent comporter ou qu’ils doivent interdire.

Ces principes admis , il ne s’agit plus que de poser les limites qui doivent contenir le déveloj)pement de chacun d’eux dans leurs rapports , dans les questions que nous avons à résoudre.

Si l’on reconnaît que , depuis la soumission de la ville d’Alger , il s’est écoulé trop peu de temps encore pour qu’il ait été possible d’étudier les intérêts , les usages et les besoins du pays, et de rechercher les premières bases d’une législation nouvelle , il paraît raisonnable de maintenir provisoirement les tribunaux du pays ; car il est hors de doute que des tribunaux français appliqueraient fort mal des lois et des coutumes étrangères ; et, d’un autre côté, l’application subite de nos propres lois à des mœurs pour c[ui elles n’ont point été faites , et à des hommes c|ui ne les comprendraient point , présenterait, s’il est possible, quelque chose de plus monstrueux encore. Ce maintien provisoire des lois du pays et la confirmation des juges choisis parmi les castes indigènes , n’auraient rien d’ailleurs qui prit blesser ia

dignité de l’autorité française, si son intervention, hautement proclamée en meme temps que sagement circonscrite, s’exercait de manière à dominer tout à la fois les juges et leurs arrêts.

Cette intervention, quelle sera-t-elle , et comment devra-t-elle s’exercer? Nous arrivons à la deuxième question.

Le droit déjuger, une fois conservé aux tribunaux du pays , l’autorité française n’a plus à se réserver d’autre part que la confirmation et l’exécution de leurs jugemens.

L’une et l’autre lui sont-elles iiécessaires ?

La confirmation séparée de l’exécution serait déjà une garantie ; mais comme l’exécution suppose l’existence d’une force quelconque , la question se réduit à savoir s’il est convenable , s’il est possible de laisser subsister à côté de nous une force indépendante de la nôtre. La réponse ne saurait être douteuse.

L’exécution, sms la confirmation, présenterait plus d’inconvéniens encore : mieux vaudrait même renoncera toute espèce d’intervention, que d’en accepter une qui , par sa nature , bornerait le rôle de l’autorité française à celui d’instrument passif d’un pouvoir étranger.

Le droit de confirmer les jugemens après révision , et celui de les faire exécuter, doivent donc être réunis entre les mains de l’autorité française, et c’est leur exercice collectif qui seul me semble susceptible de lui assurer la suprématie que réclame sa dignité.

Voilà sur quelles bases j aurai rhonneur de proposer à la commission de fonder un système provisoire pour Fadministration de la justice.

Il est nécessaire maintenant de faire connaître à la commission l’ancien état des choses pour la mettre mieux à portée d’apprécier les modifications qu’il peut être convenable d’y introduire.

Sous Fancien gouvernement, trois tribunaux dilTérens , le cadi turc, le cadi maure et le tribunal Israélite, rendaient la justice aux individus de leurs castes respectives. Le tribunal des Juifs était seul composé de plusieurs juges. 11 arrivait souvent que , dans les causes commerciales , les parties prissent , d’un commun accord, des négocians pour juges; mais c’était là un simple arbitrage tout-à-fait indépendant de Faction des tribunaux établis , et semblable à celui que nos lois ont admis.

C’était toujours devant le cadi turc qu’étaient portées les causes mixtes où un Turc figurait comme partie.

Les autres causes mixtes entre Juifs et Maures étaient aussi jugées souverainement par le cadi turc, si les parties ne parvenaient pas à s’entendre sur un arbitrage.

Les Arabes comparaissent devant le cadi maure.

Après cet exposé , la première question qui se présente est celle de savoir s’il convient de conserver ces trois juridictions de castes dilférentes.

Le but déclaré de l’expédition contre Alger étant l’expulsion totale et définitive des Turcs , il

serait inconséquent de maintenir un tribunal pour une caste dont les individus , s’il en reste autour de nous , y séjournent par tolérance.

La suppression du cadi turc est donc la première mesure qu’il semble convenable d’adopter.

Les Turcs qui continueront d’babiter Alger seront tenus de se soumettre à la même juridiction que les Maures et les Arabes, leurs coréligionnaires ; si cette obligation leur devient trop pénible, nous aurons acquis par-là un moyen de plus de délivrer le pays de leur présence.

La conservation des tribunaux maures et juifs me paraît nécessaire ; mais , pour ramener ces deux juridictions à un système d’uniformité, il me semble qu’il serait convenable de substituer au cadi maure, un tribunal composé de trois juges, ainsi que celui des Juifs, et où ce cadi serait conservé comme président. La commission pensera sans doute que , pour donner à ces tribunaux une formation identique, il est plus rationnel d’augmenter le nombre des juges là où il y en a moins , que de le réduire là où il y en a davantage.

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Ces tribunaux jugeront du reste comme par le passé , et d’après les lois et eoutumes du pays.

C’est ici que commence l’intervention de l’autorité française ; il s’agit de déterminer comment elle devra s’exercer.

La commission a déjà formé plusieurs comités spéciaux chargés de la direction de divers services publics ; conformément à ces antécédens, j’aurai

Flionneiir de lui proposer la formation d’un comité de justice , composé d’un président et de deux commissaires , et chargé de l’examen des jugemens rendus par les tribunaux du pays. Aucun jugement ne serait exécutable qu’après avoir obtenu V exequatur du gouverneur militaire , et cet exequatur serait donné sur l’avis du comité dont l’existence assurerait ainsi à l’autorité française une action suprême sur toute l’administration de la justice.

Les fonctions des membres de ce comité seraient susceptibles de varier selon la nature des causes.

Dans toutes les causes (c’est-à-dire où

les parties appartiendraient à une même caste) ils se borneraient à examiner le jugement, sur le prononcé qui leur en serait adressé.

Dans les causes mixtes , un des commissaires serait en outre appelé à présider un tribunal où siégeraient avec lui deux juges du pays , appartenant aux mêmes castes que les deux parties.

Enfin, le comité tout entier se formerait luimême en tribunal , sous la présidence de son chef, pour prononcer sur les causes mixtes où il se trouverait un Français au nombre des parties.

Les jugemens approuvés par le comité , et revêtus de Y exequatur du gouverneur militaire, viendraient , pour être enregistrés , au comité de justice, qui les adresserait ensuite au lieutenant général de police , chargé de les faire mettre à exécution.

Telles sont les bases principales du projet

d’organisation que j’ai l’honneur de soumettre à la commission. Il me semble que l’autorité française peut y trouver tout ce que réclament sa dignité et son action souveraine , en échappant au double inconvénient d’avoir à s’occuper d’une législation barbare , ou d’en improviser une nouvelle pour des peuples dont on ignore encore les besoins et les intérêts.

Le secrétaire général de la commission , Signé , Edmond de Bussière.

Projet (l organisation provisoire pour V administration de la justice.

11 sera formé un comité chargé de l’administration de la justice, au nom de l’autorité française de qui elle émane.

2°. Ce comité sera composé d’un président et de deux commissaires ; ses principales fonctions consisteront dans l’examen des jugemens rendus par les tribunaux du pays.

3”. Le nombre des tribunaux de la ville d’Alger demeure fixé à deux , le tribunal maure et le tribunal Israélite.

4°. Cbarun de ces tribnaux serr com >osé de trois membres choisis parmi les notables des difiérentes castes.

5". Tous les babitans appartenant à l’une des castes indigènes seront justiciables de l’un de ces tribunaux , selon la caste à laquelle ils appartiendront.

6”. Les Arabes et les Turcs seront justiciables du tribunal maure.

7° Pour les causes mixtes , c’est-à-dire où les parties appartiendront à des juridictions difi’érentes, le tribunal sera composé de deux juges du pays de memes castes que les parties et présidé par l’un des commissaires, membres du comité de justice.

8'". Pour les causes mixtes où il se trouvera un Français au nombre des parties, le comité de

justice se formera lui-même en tribunal sous la présidence de son chef.

9^. Tout jugement rendu parles tribunaux du pays devra être adressé sans délai au comité de justice, qui en prendra une connaissance sommaire : l’avis du comité sera joint au texte du jugement , et le tout renvoyé au gouverneur militaire qui donnera, s’il y a lieu, son exequatur.

10°. Deux interprètes seront attachés au comité de justice.

11°. Ils assisteront MM. les commissaires dans l’examen des jugemens adressés au comité par les tribunaux du pays.

[2°. Ils les assisteront également au tribunal dans les jugemens de causes mixtes.

i3°. Les jugemens rendus par le comité de justice siégeant comme tribunal ou par les tribunaux mixtes sous la présidence d’un commissaire français , seront adressés directement au gouverneur militaire , sans qu’il soit nécessaire de les soumettre à l’examen du comité.

i4°. Les jugemens revêtus de \ exequatur du gouverneur militaire retourneront au comité de justice qui les enregistrera, et les adressera sans délai au lieutenant général de police , chargé de les faire mettre à exécution.

RAPPORT

Au général en chef.

Nous occupons Alger depuis six jours, et notre position est devenue beaucoup plus difficile que pendant la campagne active ; la raison s"en explique d’elle-même; mais si elle est simple, elle n’en est pas moins alarmante , et les dangers dont l’armée est menacée sont imminens.

Je me rendrais coupable d’une négligence grave, c[ui tôt ou tard pourrait faire rejaillir sur moi une responsabilité réelle , si je dilierais de mettre sous les yeux de Votre Excellence un précis exact de la situation des services administratifs de l’armée.

L’entrée dans Alger nous a révélé la pénurie de cette ville sous le rapport des choses nécessaires aux besoins d’une armée ; nous avons cependant trouvé ici quelque quantité assez considérable de grains, dont il n’a j^as encore été possible de constater l’importance , attendu que ces grains sont amoncelés dans des locaux inégaux et sans issue ; mais s’il existe des grains, il n’y a point de moulins propres à leur mouture, car on ne saurait y employer ces espèces de taonas , à la manière espagnole, qui procuren t plutôt du gruau que de la farine, et qui, pourtant, sont les seuls dont on fasse usage dans ce pays. Au surplus, nous avons pu juger de la qualité du pain que l’on obtient par celui trouvé à Staoueli, et que

les troupes ont même refusé de prendre à titre de gratification.

Point de moulins, point de manutention.

Il ne se trouve dans Alger qu’un seul local près du lieu nommé le Marché, où il existe quelques fours mal bâtis, sans proportion aucune, et de dimensions inégales , nufiement disposés pour la facilité de la manutention , mais d’où cependant nous parvenons , à force de soins , à tirer de i4 à i5 mille rations par jour.

Aucun autre approvisionnement propre à la consommation des troupes n’existe dans Alger ; j’en excepte le sel , dont le dey avait , comme de toutes choses , le monopole , qu’il tirait à vil prix d’iviça, et qu’il revendait fort cher aux habitans j car je ne parle pas de cjuelques sacs de riz de méchante qualité, qui ont été distribués, m de quelques pots demie! et de quelques jarres d’huile destinés au service des hôpitaux.

Pour ce c[ui touche le service des vivres-viande, je suis convaincu qu’il sera facile de l’établir à très-bas prix en Afrique ; déjà les renseignemens que j’ai recueillis auprès des membres du comité maure, particulièrement du sieur Hamed Bodarba, et auprès des juifs Durand et Bacry , me donnent l’assurance cju’aussitôt que la bonne intelligence sera consolidée entre nous elles tribus de la plaine et de la montagne, on pourra traiter facilement, bien entendu en maintenant le système de la concurrence.

Nonobstant ces espérances ^ je ne partage nul-

lement Topinion de faire cesser les achats des deux mois de viande fraîche , ordonnés à la maison Seillière pour la seconde commande , non-seulement parce que ces achats sont en cours d’exécution , mais encore parce que dans la situation où nous sommes , si nous n’avons pas un parc de bestiaux suffisant pour un mois , nous n’avons rien , puisque îe moindre événement pourrait compromettre le service, et, en dernière analyse^ parce que les bâtimens nolisés par la marine pour le transport des chevaux ont été remis à l’agent de la maison Seillière , et qu’ainsi les achats ayant lieu d’après les ordres qui ont été donnés , soit à Tunis, Tetuan , Tanger , le prix des bestiaux sera à peu ])rès le même qu’ici , puisque le transport ne coûtera rien. Votre Excellence se rappellera d’ailleurs que la correspondance de M. de Lesseps a donné lieu de prescrire les achats à la côte d’Afrique , et que la maison Seillière s’y est conformée.

Quant aux marchandises de toute espèce que recèlent les magasins, c’est-à-dire les chambres de quelques quartiers de la Gasauba, et plusieurs maisons de la ville appartenant à la régence, il est de toute impossibilité d’apprécier leurs quantités , je pourrais même dire leur espèce ; en effet, l’absence de tout ordre dans l’emmagasinement, les habitudes du pays qui rendaien t tout naturel d’entasser dans le même local des laines, du beurre de chameau , de l’huile , de la cire , etc. , etc. , et par-dessus tout cela le besoin de la défense qui ont fait trouver bons tous les moyens, ont été des

causes plus que suffisantes de confusion et d'un pêle-mêle dont on ne saurait avoir idée.

Pénètre-t-on dans le port, Fencombrement est encore plus embarrassant , car là , comme au château de l’Empereur et au magasin à poudre , on a jeté les balles de laine avec profusion en dehors des batteries et sur les navires , et dès la première nuit , sans qu’on pût le trouver mauvais , les soldats du génie cfui occupent les batteries , de même que ceux du régiment, avaient ouvert les balles de laine pour établir leur coucher.

Toutefois les commissions créées, par décision du 3 , et composées de sous-intendans militaires et d’officiers d’état-major, poursuivent leur travail et parviendront avec de la patience à constater la valeur et les quantités de toutes choses ; mais cjuant à présent , d’après les rapports sommaires c[ue je reçois , elles se bornent à mettre les scellés, et à donner une série de numéros à tous les magasins.

II est patent aujourd’hui que la conquête d’Alger ne nous donne immédiatement rien de ce qui est nécessaire à la subsistance de l’armée, et qu’en conséquence elle doit vivre de ses propres ressources. Or, ces ressources sont à Sidy-el-F errucb, à six mortelles lieues d’Alger, d’oû il faut forcément que nous tirions farine, pain, biscuit, vin , foin, avoine, etc., pour une consommation de 35,ooo rations de vivres et de 3,4oo rations de fourrages, et Votre Excellence sait que du château de l’Empereur, ou pour être plus exact, à partir du cbe-

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min des Romains, la route est impraticable, et que, selon l’expression du général Lahitte , l’artillerie n’j passerait pas quatre fois ; cependant il faut que nos équipages militaires parcourent^ce chemin tous les jours.

Votre Excellence sentira donc combien il deviendra urgent, dans une telle situation, défaire arriver nos navires à Alger el d’évacuer le plus tôt possible nos ambulances de Sidy-el-Ferruch, où nos soldats gissent sur un sol brûlant, où l’encombrement sous nos hangars couverts en toile devient chaque jour plus pernicieux, et où enfin le soldat , s’il y a reçu des soins jusqu’ici ignorés dans le service des ambulances aux armées , y est , en définitive , horriblement mal , si ces ambulances doivent être considérées comme des hôpitaux stationnaires.

Or, pour opérer la translation des approvisionnemens , la voie de la mer est la seule praticable : mais l’amiral , sans y consentir, ne m’a jias paru très - éloigné d’opérer cette translation ; il comprend nos embarras , mais il objecte qu’en ce moment on s’occupe à Sidy-el-Ferrucb de l’embarquement du matériel de l’artillerie , et aussi de celui des block-bauss du génie, objet qui ne me paraît guère urgent, et il m’a répété que nous devrions faire nos transports par terre , que la marine était fatiguée au delà des bornes, et ne pouvait certainement suffire à tout ; et en effet cela est vrai.

Cependant y a-t-il moyen de transporter par

terre le campement de 3o,ooo hommes, les fermes en bois ou hangars pour nos hôpitaux, ramoncellement d’un mois de foin et d’avoine, et généralement un mois d’approvisionnemens de toute espèce. Assurément non ; et cette assertion n’a pas besoin de démonstration.

Toutefois j’ai la confiance que , si Votre Excellence veut bien écrire d’une manière pressante , M. l’amiral donnera des ordres sur-le-champ.

Lorsque toutes nos ressources seront réunies dans la haie d’Alger nous aurons fait un pas ; mais nous serons encore loin d’avoir vaincu toutes les difficultés.

Le débarquement est une grande affaire : il faudra l’opérer, et concurremment déblayer les magasins du port et le port lui-méme , et terminer les constructions de la manutention , construction qui s’opère, comme Votre Excellence le verra lorsqu’elle ira visiter le port , dans un des grands magasins casemates, ce qui la rend d’autant plus lente et d’autant plus difficile, que pour installer les cheminées il faut faire le percement de voûtes de lo et 12 pieds.

Pour opérer le débarquement , nous ne pourrons plus prétendre ici, comme à Sidy-el-Ferruch, à la participation si active et si intelligente des marins, parce que, d’une part, un bataillon de marins tient encore garnison au camp de Sidy-el- Ferruch, et que de l’autre un grand nombre de vaisseaux est en course. îl faudra donc que le débarquement soit fait par nos propres moyens.

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c’est-à-dire les corvées des corps que je ne puis obtenir qu’en faible partie et à force d’instances , et les piskeris (hommes de peine du pays ) , qui , bien que rétribués, ne s’obtiennent également qu’en fort petit nombre.

A cette difficulté, et elle est réelle, vient se joindre, pour accroître la réduction de nos moyens, la difficulté des communications , puisc[ue pas un mulet chargé de ses deux cantines ne peut librement circuler dans l’unique rue de la ville, rue qui n’est qu’une ruelle tourmentée et encombrée par des échoppes saillantes. Ainsi nos caissons et nos mulets , dans l’état actuel de communication de la marine , c’est-à-dire du port , aux portes de Babaloued et Babazoun , resteront pour ainsi dire inertes. Cette sérieuse observation m’a conduit à faire part de mes réflexions à M. le commandant du génie, et, aussitôt que son avis me sera connu, j’aurai l’honneur d’en informer M. le chef de l’étatmajor général, afin cju’il prenne les ordres de votre excellence.

Tant cjue ce défaut d.e communication subsistera le service sera non-seulement pénible , mais encore incertain ; si l’on considère surtout que la consommation , c’est-à-dire les distributions qui ont lieu au fort Babazoun atteignent chaque jour 20,000 rations de vivres et 2,3oo rations de fourrages , savoir :

2 brigades de la i'®. division ;

I idem de la 2®.;

.1 idem de la 3®. ;

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L’artillerie ,

Les équipages militaires , etc. , etc.

Enfin, pour ne céler à Votre Excellence aucune des difficultés du service , elle ne doit pas oublier que les vivres doivent être versés de Sidy-el-Ferruch sur chacun des points placés sur notre ligne d’opération , savoir :

Camp de Staoueli et toutes les redoutes.

Cet exposé,^ dont la minutieuse rédaction pourrait paraître fastidieuse et peut-être inutile, puisqu’elle fait connaître une foule de détails d’exécution , m’a cependant paru nécessaire, je dirai plus , indispensable , pour appuyer des conclusions qui , sans ce préliminaire , auraient pu paraître un empiétement aux dispositions militaires, dont la proposition, comme je le reconnais le premier, est spécialement dans les attributions de M. le chef de l’état-major général.

Pour que le service d’Alger s’opère régulièrement et d’une manière satisfaisante, il est à désirer que l’on fasse sur-le-champ cesser les bivouacs , ils sont tuans sur cette côte brûlante et décharnée ; Votre Excellence jugera quel doit être le nombre des troupes qui doivent occuper les postes extérieurs , le nombre de jours quelles passeront dans ces positions,ets’ilne serait pas convenable qu’ elles occupassent même les maisons autour du château de l’Empereur, et aussi celles sur le versant de la montagne, à la droite de la position de M. le duc d’Escars , vers la maison de Mustapha Pacha , où nous projelons de former un hôpital. Dans l’by-

potlîèse où Votre Excellence adopterait cette mesure , il y aurait à juger si l’on doit faire occuper la Casauba par un ou deux régimens , ce qui ne serait pas impossible , nonobstant l’encombrement de quelques magasins et l’enlèvement des poudres du magasin qui se trouve dans le jardin de gauche, si on peut appeler cet espace muré un

Dans tous les cas , il deviendrait urgent de faire évacuer par les babitans la ligne de maisons qui forme la lisière de la ville, de la porte Neuve à la porte Babazoun, et celle qui forme la lisière de la ville sur l’autre face de la Casauba à la porte Babaloued, en assignant aux babitans dépossédés une partie des maisons qui appartiennent à la régence, et qui, d’après les rapports que j’ai reçus, forment près d’un quart de la ville.

Les maisons étant évacuées, et elles sont contiguës, je pense qu’il serait très-praticable d’ouvrir des communications des unes aux autres, et de dégager leur intérieur de quelques murs de refend, car elles sont toutes faites sur le même modèle : une cour intérieure carrée , un ou deux étages , une galerie circulaire de huit à dix pieds , et une seule chambre sur chaque face.

D’après ces dispositions intérieures , il serait sans doute très - convenable d’adopter le hamac pour l’officier et le soldat ; ce genre de coucher, dont nous avons tous apprécié la commodité, offrirait ici le double avantage d’être plus frais que les matelas, et, en se roulant dans le jour, de

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donner une libre circulation dans les chambres. En insistant sur la nécessité de retirer la troupe du bivouac , j’ai non-seulement en vue d’améliorer la situation du soldat, mais encore de rendre le service des hôpitaux possible.

Jusqu’à présent les seuls locaux qui puissent convenir sont ceux de Castratine et de Babazoun ; mais ils ne contiendraient au plus que 4oo à45olits, encore faudrait-il que les réparations que le génie s’est empressé d’y faire fussent terminées ; plus tard nous opérerons quelques constructions en bois dans les jardins de Mustapha Pacha, mais il faut que les fermes qui sont à Sidy-el-Ferruch soient transportées ici : jusque-là, et si les choses ne changent pas, nous sommes exposés à voir se renouveler les désordres affligeans qui ont eu lieu, lorsque la première division a évacué sur la ville , sans avis préalable , quatre cents et quelques militaires de tous les corps et sans billet ni feuille d’évacuation. Dans cette circonstance j’ai du me transporter sur-le-champ à bord de M. l’amiral, qui immédiatement a désigné le bâtiment qui transporterait les militaires malades à Mabon.

Les ordres étaient donnés , et ces misérables malades transportés sur le port sans qu’on ait pu humainement les interroger individuellement pour former une feuille d’évacuation ; la mer grossit^ ainsi que cela arrive si fréquemment sur cette plage ditficile, et l’on fut forcé de remettre au lendemain l’embarquement.

J1 est urgent que Votre Excellence daigne

prendre une résolution ; aucune difficulté ne ralentira mon zèle ni celui de mes collaborateurs ; mais il y a des obstacles que je ne saurais surmonter seul.

Alger, le ii juillet i83o.

L’intendant en cbef de l’armée d’Afrique , Signé Baron Denniée.

Décision. La maison Seillière arrêtera ses achats de bestiaux, parce qu’on en trouve ici plus qu’il n’en faut.

On verra plus tard pour les autres mesures ; ce n’est pas le moment. — Le 12 juillet i83o.

RAPPORT

A M. le maréchal commandant en chef.

Le corps d’expédition envoyé à Bonne, sous le commandement de M. le général Damremont , est parti avec un approvisionnement de vivres pour un mois , calculé sur une consommation journalière de 3,ooo rations ; si ce corps devait faire un séjour de quelque durée dans le pays , il serait instant de songer au renouvellement de son approvisionnement. M. le vice-amiral Duperré a déclaré que dans un mois il ne serait plus temps, parce qu’alors il n’aurait plus de bâtimens à mettre à notre disposition pour ce ravitaillement , et qu’il fallait en conséquence prendre des mesures pour qu’il fut effectué des ports de France.

Les bâtimens nolisés par la maison Seillière pour le transport des denrées de la seconde commande , qui sont en ce moment dans la rade d’Alger, pourraient être utilement employés à l’approvisionnement de Bonne j si l’intention de Son Excellence était que le renouvellement de cet approvisionnement dût avoir lieu, les denrées dont il devrait se composer pour un mois consisteraient en

5oo quint, métr. de farine , l'j de riz,

54 de haricots,

1 5 de sel ,

et 45o bectol. de vin.

TyS

L^intendant en chef a l’honneur de prier Son Excellence de vouloir hien lui donner ses ordres sur l’opportunité de cet envoi , afin qu’il puisse en prescrire l’exécution.

Alger, le 29 juillet i83o.

L’intendant en chef,

Signé Baron Denniée.

Il est urgent de faire partir des vivres pour un mois pour la garnison de Bonne, et de préparer un second envoi de deux mois , de façon à ce qu’il puisse arriver à Bonne dans le courant d’août.

Comte de Bourmont.

RAPPORT

A M. le maréchal commandant en chej.

Le nombre des malades augmente journellement dans rarmée : il est à craindre que cet accroissement progressif n’ait d’autre terme que celui de la durée delà saison des chaleurs. Déjà plus de 4^000 malades ou blessés ont été évacués sur les hôpitaux de Mabon et de France ; mais les moyens de transport fournis par la marine pour ces évacuations diminuent journellement , et M. l’amiral a déclaré que le moment n’était pas éloigné où il ne pourrait plus en fournir du tout. Il est donc indispensable de créer ici des hôpitaux proportionnés à l’importance des besoins. Mais les locaux propres à ce genre d’établissement manquent essentiellement à Alger , et l’on est obligé d’y suppléer par des baraques construites entièrement en planches. L’essai qui a été fait de ce genre de baraquement , devant l’hôpital de Mustapha Pacha ^ a réussi complètement. Les baraques recouvertes en planches donnent plus de fraîcheur que celles qui sont recouvertes avec des bâches; l’air y circule plus aisément , elles ont plus de solidité , et sont par conséquent plus susceptibles de résister à la saison des pluies.

D’après ces considérations , il est utile de faire exécuter des constructions de baraques pour les hôpitaux sur un grand développement, et de leur donner successivement toute l’extension que pour-

ront exiger les besoins du service. Malheureusement il n’existe plus de planches dans le pays. Il y a donc nécessité d’en faire venir de France avec la plus grande diligence.

A cet effet , l’intendant en chef a l’honneur de proposer à Son Excellence M. le maréchal de vouloir bien autoriser l’achat , par commission, et le prompt transport à Alger, de vingt mille planches de douze à quinze pieds de longueur sur un pied de largeur , et douze à quinze lignes d’épaisseur , et de deux mille poutrelles de trois pouces carrés sur douze à quinze pieds de longueur.

Alger , le 29 juillet i83o.

L’intendant en chef de l’armée d’Afrique, Signé Baron Denniée.

Approuvé par M. le comte de Bourmont.

RAPPOflT

A M. le maréchal commandant en chef.

Parmi les bâtimens algériens qui existaient dans le port d’Alger, cinq ayant été reconnus impropres au service de la marine ont été jetés à la côte par les ordres de M. l’amiral Duperré. Tous ces bâtimens consistent en une frégate ^ une coroette un brich et deux cure-molles . L’intendant en chef a été informé que ces cinq bâtimens n’étaient propres qu’à être démolis et réduits en bois de chauffage , en ajoutant que les matières autres que le bois pourraient être abandonnées aux entrepreneurs qui voudraient se charger de la démolition pour les couvrir de leurs frais.

L’intendant en chef pense que l’on pourrait faire mettre en adjudication publique la vente du brick, comme étant en meilleur état que les quatre autres bâtimens, et la démolition de ces derniers aux conditions ci-dessus indiquées.

Il a l’honneur de soumettre cette proposition à l’approbation de Son Excellence.

Alger, le août i83o.

L’intendant en chef.

Signé Baron Denniée.

Approuvé. Signé Comte de Bourmont,

RAPPORT

Au général en chef.

Par décision du lo de ce mois, Son Excellence le général en chef a approuvé la proposition qui lui avait été faite par l’intendant en chef, de fixer au 19 du meme mois la vente d’une partie des denrées et marchandises trouvées dans les mac;asins de la régence à AEer.

En faisant opérer cette vente à une époque si rapprochée, on avait eu en vue de déblayer une partie des magasins, afin d’ohtenir de la place pour le classement de plusieurs denrées , dont les quantités ne peuvent être inventoriées ni même appréciées dans l’état de confusion et d’encombrement où elles se trouvent. On espérait, d’ailleurs, que les spéculateurs étrangers, arrivés à la suite de l’armée, suffiraient pour faire obtenir un débouché avantageux de ces magasins ; mais il paraît , d’après les renseignemens recueillis , que l’adjudication annoncée n’exciterait qu’une faible concurrence. L’intérêt du trésor exige donc qu’elle soit remise à une époque plus éloignée, et qui permette de faire parvenir des avis en France et à l’étranger, afin d’appeler le plus grand nombre possible de concurrens aux ventes dont il s’agit.

L'intendant en chef a en conséquence l’honneur de proposer à Son Excellence le général en chef de décider que l’adjudication des denrées et mar-

chandises provenant de la régence aura lieu le 2 0 août prochain.

L'ajournement proposé aurait le double objet d’appeler une plus grande concurrence à ces adjudications, et de donner le temps de reconnaître, mieux qu’on ne l’a fait, et meme d’inventorier, autant qu’il sera possible, malgré les grandes difficultés que présente cette opération , les nombreux magasins dont il s’agit.

Alger, le 17 juillet i83o.

L’intendant en chef, Signé Baron Denniée.

Approuvé par M, le comte de Bourmont.

NB. Les bâtimens qui apportaient la deuxième commande étant arrivés, l’intendant en chef a proposé de les utiliser pour transporter en France toutes ces marchandises. [Voir le rapport ci-après. )

RAPPORT

Monsieur le maréchal ,

Il est du devoir du chef de Fadministration de Farmée d’appeler Fattention de Y. Exe. sur les difficultés du service , alors que , quels qu’aient été ses soins et les efforts de ses subordonnés , le danger va toujours croissant, et que, sans des mesures énergiques qui appartiennent seules à l’autorité supérieure, l’existence de Farmée pourrait être compromise.

Depuis l’entrée dans Alger, Fadministration a lutté contre des obstacles de toute nature que je m’abstiendrai d’énumérer, mais que V. Exc. a pu apprécier en parcourant les hôpitaux et les manutentions que nous avons créés. La difficulté qui domine est celle du débarquement.

Ce n’est plus ici une plage étendue et sablonneuse comme celle de Sidy-el-Ferruch , où tant d’accidens nous ont cependant atteints ; la côte est hérissée de rochers, et à peine trouve-t-on une petite anse à côté du fort Babazoun où Fon puisse hasarder le débarquement d’une chaloupe.

Le port est extrêmement resserré , et en ce moment encombré :

i". Par lesbâtimens algériens , grands et petits, bons ou mauvais ;

2". Par quatre bateaux à vapeur,

3". Par les bateaux-bœufs qui opèrent la trans-

lation des approvisionnemens de Sidy-el-Ferruch à Alger.

Quarante-huit bâtimens portant la seconde commande , c’est-à-dire l’existence de l’armée pendant deux mois, sont en rade depuis dix jours, et c’est miracle qu’un vent du nord , au dire des marins, n’ait point encore apporté le désordre dans cette flottille. Si un tel malheur survenait , que deviendrait l’armée ?

A Sidy-el-Ferruch , la marine nous avait donné des chalans , des marins ; en un mot , elle avait opéré le débarquement. Ici elle ne peut plus nous donner les memes secours. C’est aux soins , c’est au dévouement de l’agent de M. Seillière, M. Schneider, que nous sommes redevables des débarquemens qui s’opèrent à Babazoun , et pourtant les conditions de sa maison sont de remettre au port tous ses achats.

Encore un peu , et la situation de l’armée peut devenir alarmante. Le premier de tous les besoins est de vivre.

Tout est dans nos mains ; mais en un instant tout peut nous échapper, et le pays , s’il produit la denrée brute , nous offrirait la disette à côté de l’abondance.

Tous les efforts doivent donc se tourner vers les moyens de hâter le débarquement de nos approvisionnemens.

Il faut pour cela déblayer le port , ce qui ne peut se faire sans le concours de la marine.

Il faut que les navires chargés de vivres puissent y pénétrer et y demeurer.

Toutefois , je crois que Ton peut scinder la flottille qui est en rade , et n’admettre dans le port que vingt-quatre bâtimens chargés de vivres , en renvoyant les autres à Palma , avec ordre d’étre de retour le i5 du mois d’août.

On continuera à débarquer à Babazoun ce qu’on pourra^ aussi long-temps que la mer le permettra.

Ce premier point obtenu, et il est vital , restera une seconde difficulté :

Celle de la main-d’œuvre dans un pays d’indolence , où le nombre des piskeris ( ou portefaix ) était fort limité , et où brusquement le besoin d’un nombre dix fois plus fort que par le passé se fait sentir.

On arrivera cependant à combiner les moyens d’exécution, en réclamant des corvées qui , depuis plusieurs jours, manquent à l’administration.

Cette difficulté sera vaincue , je le crois , mais elle n’est pas la dernière : une très -facile à aplanir se présente , mais par l’autorité seule de Votre Excel! ence.

Vous avez vu, monsieur le maréchal, la marine , le port et les portes de la ville.

Il n’existe aucune communication , un mulet chargé ne peut passer librement dans la plus belle rue , puisqu’ en effet cette plus belle rue est une ruelle encombrée par des échoppes non interrompues.

J'ai proposé , d’accord avec M. le commandant du génie , d’ouvrir une communication facile du port aux portes de Babazoun et de Bab-al-Oued, en élargissant la rue parallèle au port. Cette proposition et les motifs sur. lesquels elle est fondée ont paru sages à M. le chef d’état-major; mais il a d’abord pensé que l’exécution pouvait en être retardée ; c’est aujourd’hui, dans la position où se trouve l’armée , à la sagesse de Votre Excellence de prononcer; toutefois je dois me hâter d’ajouter que l’on distribue chaque jour 26,000 rations de toute espèce à Babazoun , j compris ce qu’on envoie aux brigades détachées; que l’on distribue de 4 ^ 5,000 rations à Bab-al-Oued; que le reste se délivre à la marine, et qu’il faut indispensablement des communications possibles du moment où tout sera concentré, ainsi que cela est nécessaire à la marine, où sont nos manutentions^.

Conclusion .

Ce tableau est fidèle, mais il peut changer d’aspect en un moment ; que Votre Excellence ordonne , et sur-le-champ nous avons dans la rade les approvisionnemens d’un mois pour 4^,000 hommes. ( M. l’amiral se prêtera d’autant '"plus aisément au déblaiement du port , qu’il prétend bien que la subsistance de l’armée passe avant l’armement de cpielques bâtimens algériens.) Bien entendu que pour le service des vivres-viande nous reprendrons nos rapports avec les Arabes, et que nous pourrons obtenir des bestiaux par

la voie d’achat, car Votre Excelleoce ne doit pas perdre de vue que le 12 juillet, nonobstant mes observations , elle a prescrit d’ordonner à l’agent de la maison Seillière de suspendre ses achats à l’extérieur aussitôt que possible.

Que Votre Excellence prescrive que les corvées arrivent avec régularité pour un travail de cinq heures seulement , en les rétribuant à raison de 5o centimes par homme comme elle l’a ordonné.

Que les communications soient ouvertes , et alors nos équipages pourront circuler facilement.

Alors aussi l’évacuation du bel hôpital de mille lits , établi dans les jardins, dit écuries de Mustapha Pacha, s’opérera sans difficulté.

De cette régularité et de cette facilité dans le débarquement, un immense avantage résulterait encore. Il existe dans Alger des quantités considérables de laine, de cire, de plomb, qui encombrent des magasins et des maisons dont il serait si utile de profiter pour le casernement de la troupe. Toutes ces marchandises ont une valeur considérable, mais si elles étaient transportées en France, elles seraient vendues à un taux beaucoup plus élevé; or, il se présenterait un moyen prompt et économique de les y transporter.

La maison Seillière a nolisé pour trois mois les Lâtimens qui appartiennent à la seconde commande; ces bâtimens sont à la disposition de l’administration, rien ne s’opposerait à ce que le chargement de tous ces objets s’opérât méthodi-

qiiement, et non-seulement le trésor y trouverait un immense avantage en les faisant vendre en France, mais leur enlèvement rapide donnerait les moyens d’installer la troupe plus commodément. Toutefois, dans le dessein de ne pas se rendre coupable de déception envers les négocians qui se présenteront à Alger sur la bonne foi des adjudications, on procédera à des adjudications partielles dont les quotités seront spécifiées, et de cette manière on opérera simultanément le déblaiement de tous les magasins par les moyens les plus actifs. Cette modification aux dispositions qui avaient d’abord paru préférables, c’est-à-dire l’adjudication publique, cette modification, dis-je, est fondée sur une foule d’embarras qui naissent chaque jour ; ainsi le commerce désirerait que les adjudications eussent lieu par lot , arguant du danger d’entrer dans une obligation d’achats au-dessus des moyens des soumissionnaires , puisque l’encombrement est tel, qu’il est de toute impossibilité de reconnaître et d’apprécier les quantités. Cette distinction par lot est encore fondée sur la variété des qualités des laines emmagasinées depuis quatre ans, qui diffèrent entre elles de vingt, trente ou quarante pour cent. Enfin cette modification devient impérieuse , puisqu’il y a impossibilité d’éclairer le commerce sur des points dont la connaissance est indispensable pour procéder à une adjudication régulière.

Toutes choses ainsi réglées. Votre Excellence,

présente ou absente, aura pourvu, comme elle Fa fait par ses sages prévisions avant la campagne, aux intérêts du trésor et à l’existence de l’armée d’occupation.

Alger, le 28 juillet i83o.

L’intendant en chef.

Signé Baron Denniée.

Approuvé.

Signé Comte de Bourmont.

N. B. Ce rapport a été adressé au ministre le 3o juillet.

Alger, -l'j juillet i83o.

Monsieur l’intendant en chef,

Les plaintes portées par les commandans des divisions et les chefs de corps au sujet des nombreuses corvées qu’on impose à leurs soldats , l’opinion émise par les principaux officiers de santé sur les effets nuisibles de ces travaux extraordinaires sur la santé des troupes, empêchent , ponr le moment , d’adopter la mesure que vous proposez d’employer chaque jour 3oo hommes de corvée pour les mouvemens et transports dans les magasins de la place.

Quant à votre projet, que vous avez communiqué à M. le lieutenant-colonel Dupau, commandant le génie , les idées en ont paru très-sages ; mais il est impossible de s’occuper à présent de les mettre à exécution.

Agréez, etc.

Alger, 2^ juillet i83o.

Le colonel faisant fonctions de sous-chef de l’état-major-général ,

Signé Baron de Juchereau de Saint-Denis,

RAPPORT

A M. le maréchal commandant en chef.

Votre Excellence ayant adopté en principe, que les laines, cires, plombs, étains et cuivres qui se trouvent dans les magasins de la régence seraient envoyés en France pour être mis à la disposition de Fadministration publique, et que Ton utiliserait pour cet envoi les navires qui apportent la seconde commande et qui ont été nolisés pour le compte du département de la guerre.

J’ai l’honneur de lui soumettre les moyens d’exécution qui me paraissent les plus prompts et aussi les plus économiques.

Les fatigues que l’armée a supportées , celles que fout peser sur elle le service et les corvées rétribuées, sous un ciel brûlant, ont forcé l’administration à renoncer à la pensée ée recourir à ce mode pour le transport des magasins au port des denrées à embarquer ; cependant, dans cette ville sans communication, ce n’est qu’à dos d’bommes que les translations de marchandises peuvent s’opérer.

Le petit nombre d’hommes de peine, ou pishiris ( population d’une tribu que l’on peut comparer aux Auvergnats) qui existaient à Alger, a encore diminué depuis l’entrée de l’armée^ et cependant les besoins se sont accrus dans une proportion inverse.

Il faudra cependant renoncer à eux.

Il faudra aviser à rembarquement régulier des marchandises , il faudra mettre ces laines éparses dans des magasins, dans des balles du poids habituel du commerce; il faudra enfin donner à tous ces travaux une suite et un esprit d’ordre qui est par-dessus tout dans les habitudes dû commerce.

Après avoir cherché tous les moyens d’aplanir ces difficultés et d’arriver à une bonne fin , il m’a semblé que les propositions faites par M. Schneider, agent de la maison Seillière, étaient de tous points admissibles.

I®. Les laines seront mises en balles du poids commun du commerce^ elles seront marquées et numérotées ;

2”. 11 sera fourni des magasins de la régence toutes les quantités de toiles de qualité convenable^ qui seront jugées nécessaires pourl’ensachement total ; en cas d’insuffisance il y sera pourvu par des bardions ou filets en jonc, en usage dans ces contrées ; enfin , les laines pourront, après avoir été pesées, être mises en garennes dans les bâtimens , en prenant pour la sûreté d’arrivée toutes les précautions qui sont indiquées plus bas ;

3°. Le sieur Schneider comptera de clerc à maître pour toutes les dépenses de main d’œuvre sur pièces justificatives , tant sous le rapport de l’effectif des hommes employés, que sous celui des prix alloués d’après un tarif que l’on provoquera de la commission municipale.

4°. Gonformémeni aux habitudes du commerce , M. Schneider réclame , pour ses peines et soins, un droit de commission fixé ainsi qu’il suit :

valem’ en France dégagée des droil.-^.

Laines . » fr. 5o c. par loo kil. ^5 à 8o

Plombs . » 2 5 id. à 4^

Cuivres . » ^5 id. i^5 à 200

Cire . » 76 id. 226 à 260

Peaux et cuirs. » 76 id. 176 à 180

Blés . » 2 5 id. 3o à 36

Si Votre Excellence donne son adhésion à ce mode de procéder , la commission chargée de la reconnaissance des magasins, composée d’un sousintendant militaire , M. Behaghel , d’un officier d’état-major, M. Minangoy, et d’un agent de l’administration , M. Breidt , devra constater la sortie des magasins et l’embarquement au port;, en désignant non-seulement les poids et quantités, mais encore le nom des navires chargés de diverses marchandises.

Enfin, dans le cas où l’impossibilité d’ensacher et d’embarillonner les laines serait bien reconnue, on opérerait le chargement des navires au poids, ' et l’on placerait ceux chargés de cette manière sous la surveillance d’un bâtiment de l’état^ pour être convoyés sur Marseille.

Indépendamment de ces moyens de transport je viens d’obtenir de M. le baron Hugon, commandant la petite escadre des bateaux-bœufs qui ont été nolisés par la marine, que ces bâtimens,

en rentrant à Marseille , emporteront tontes les marcliandises dont nous pourrons les charger. C’est encore une source d’économie.

Cette opération déblaiera les empîacemens que réclame impérieusement le service des hôpitaux et celui du casernement ; mais , pour ne pas encourir le reproche de déception envers le commerce, les adjudications annoncées pour le 20 du mois d’août pourront toujours avoir lieu pour une petite portion , en donnant ainsi une connaissance exacte de la quantité et de la qualité des denrées et marchandises mises en adjudication.

En elïet;, il est facile de justifier une opération à tous égards économique et favorable au commerce.

L’évaluation des marchandises de toute espèce qui se trouvent à Alger, appartenant à la Régence^ porte à croire que les navires de la maison Seillière, nolisés pour le compte du département de la guerre;, ne suffiraient pas pour le transport total desdites marchandises ; dans cet état de choses , considérant que les négocians afflueront à Alger vers le 20 du mois d’août , on déterminera les quantités des diverses espèces de marchandises à remettre en adjudication : on formera des lots de 1,000, 2,000 ou 3^ooo quintaux métriques , selon la proportion existante des diverses marchandises , et l’on sera guidé sur le?prix moyen par les rapports que M. l’intendant de la 8^. division militaire, auquel on les a

igS

réclamés, aura adressés, de telle sorte que les soumissions ne pouvant être acceptées à un prix inférieur à celui connu , la garantie d’une adjudication satisfaisante sera infailliblement obtenue.

Cette manière mixte de procéder hâtera singulièrement le déblaiement complet.

Je prie Votre Excellence de me faire connaître ses intentions à cet égard.

Alger, 3i juillet i83o.

L’intendant en chef de l’armée , Signé Baron Denniée.

Approuvé.

Signé Comte de Bourmont.

Casauba, le 3o juillet i83è.

ministre de la guerre»

Monseigneur , ^

L’armée française occupe Alger depuis assez de temps pour que je puisse fixer aujourd’hui V. Exc. sur les points importans qu’il convient d’éclairer.

Les docLimens que j’ai puisés auprès des Maures , comme président de la commission du gouvernement, les rapports que j’ai établis entre cette commission et les commissions mixtes que nous avons créées sous l’autorisation de M. le maréchal pour l’administration des douanes, des octrois et des domaines de l’état, ont complété mon instruction sur les ressources que peut offrir le pays , et sur la manière de les utiliser.

La soumission effective ou apparente des heys de Titery , de Bonne , d’Oran, ne fait rien à l’affaire. La soumission très-incertaine des Arabes de la montagne la compliquerait sans doute davantage, et pourtant, à bien dire, que nous allions en sécurité à dix lieues d’Alger, ou que nous ne puissions pas aller à une lieue des avant-postes comme à présent , cela ne fait rien à la question.

La question reste donc entière, et je l’aborde.

J’ai dit et je répète que la régence peut payer l’occupation, si l’occupation est réduite à 12 ou 1 5,000 hommes.

Le pnys est ])roductif en blé , en cire , en bes-

tiaux et en laine ; le commerce y étant exercé librement , le produit des douanes peut devenir important.

Les domaines étendus de la régence offriront les sources d’un revenu considérable , et enfin les redevances des Arabes de toute espèce , soit de la plaine de Mititja , soit des montagnes , rentreront , avec la démonstration des forces , à l’instar de ce que le dey était forcé de faire.

Je considère donc la France comrne devant toujours être la mère nourricière de ses enfans en Afrique, mais aussi j’admets un système d’échange qui indemnisera largement ; ainsi la France doit envoyer ici, par quelque moyen que l’administration jugera le plus cotivenahle ;

1°. De la farine blutée à loetà 22 pour 100. J’ai fait connaître dans un précédent rapport qu’il n’existait ici aucun moyen de mouture, ou du moins que ceux qui existaient , non-seulement étaient insuffisans , mais que le système des moulins était dans l’enfance de l’art , et qu’on n’obtenait qu’un grain concassé ou espèce de gruau , auquel l’babitant est accoutumé.

Plus tard, je ne doute guère que l’industrie ne crée ici des moulins à vapeur dont l’administration pourra profiter, mais j’hésiterais, quant à présent, à proposer à V. Exc. de la mettre à la tête de cette innovation.

2°. Du vin , tant pour la troupe que pour les hôpitaux, en calculant la consommation sur la ration d’un demi-litre.

3». Du riz, et non pas des légumes secs, eii (Calculant aussi la consommation du riz dans la proportion dune double ration, proportion hygiénique indiquée par l’expérience.

4®. Des fourrages , avoine ou orge , paille ou foin. Le pays offrira peu de ressources.

Quant au service des vivres- viande , il est possible, il est , je dirai plus, facile de l’établir ici , à prix ferme la ration et dans des proportions extrêmement modiques ; je ne voudrais pas hasarder une opinion que bon nombre de circonstances pourraient rendre erronée, mais je suis d’avis que l’on traitera ici assez près de 1 2 centimes la ration, plutôt au-dessous qu’au-dessus. Du reste, si je crois devoir prendre ce parti, je ne le ferai qu’avec toutes les garanties que donnent la t>ublicité et la concurrence. Je n’ai point parlé di parce

que les facilités qu’offre Ivitza sont toutes a l’avantage de l’armée. C’est d’Ivitza que le dey, qui avait le monopole du sel, tirait celui qu’on vendait aux habitans et aux hordes de la plaine et de la montagne.

Un règlement des douanes devra être sagement combiné , de manière à encourager le commerce et à ménager les intérêts de l’état. Je disais , il y a un instant, que la F rance devait nourrir l’armée en établissant un système d’échange ; en effet, il me paraîtrait tout simple que les produits bruts de la régence fussent envoyés dans nos ports , où ils acquièrent une grande valeur, je comprends donc que l’administration de la guerre fasse faire

des achats par ses agens , et qu’elle les combine de façon à obtenir les meilleures conditions. Le ünidi est fertile en vin , rien de plus simple que d’approvisionner l’armée sur ce point , le midi n’est pas productif en blé, rien de plus simple que de procéder à Marseille à la mouture de tout ou partie des blés venus de la côte d’Afrique, jusqu’à l’époque qui, je le crois, ne sera pas éloignée où l’on pourra la faire opérer à Alger même.

Le riz viendra d’Italie sans difficulté; enfin les fourrages , qu’il faut tirer des côtes de France ou de celles d’Espagne.

En traitant aujourd’hui cette question , monseigneur, il faut que V. Exc. se pénètre d’une grande vérité : c’est qu’il y a urgence.

La côte d’Alger est éminemment dangereuse : c’est à grande peine aujourd’hui que nous nous hasardons à jeter quelques denrées dans le fort Babazoun. Au premier vent du nord ou de nordest , tous les bâtimens sont en perdition , c’est ce qui m’a porté à faire au général en chef le rapport dont j’adresse ci- joint une copie à V. Exc. Elle y verra que la ville d’Alger, comme je l’ai dit dans mon rapport du i8, n’offre aucune possibilité de communication, que le port est fort resserré , et qu’il était encombré de telle sorte que toute la deuxième commande restait depuis dix jours en rade, exposée à tous les accidens possibles. La fortune nous a souri , et ce n’est pas la première ois de la campagne. Ainsi, deux mois de vivres

pour 40^000 hommes vont entrer dans le port ; pourtant , il faut se hâter de le dire , à partir du mois de septembre les chances de la navigation deviennent très-hasardeuses , et plus d’un bâtiment est en vue du port qui ne peut y pénétrer ; il n’y a donc pas un moment à perdre pour ravitailler Alger. J’aurais pu sans doute provoquer de M. le maréchal l’autorisation de faire une troisième commande à la maison Seillière ; je dirai même, dans mon for intérieur, que ce serait le moyen le plus prompt , le plus simple , et peutêtre aussi le plus économique ; mais l’opposition s’arme trop facilement de préventions pour que j’aie songé à donner le moindre embarras à votre administration. Que l’on fasse de Paris ce que l’on jugera de mieux , à la bonne heure.

C’est encore dans cet esprit ou en vue du même principe que j’ai provoqué du général en chef l’envoi à Marseille des laines , des cires et des plombs qui encombrent les maisons de la régence, en profitant pour ce déblaiement des navires nolisés par la maison Seillière, et que le département de la guerre doit payer en tout état de cause.

Par ce moyen, je dégage l’administration de l’armée d’une adjudication difficile, et je prouve, clair comme le jour, que rien ne sera ni occulte ni onéreux dans mon administration.

Nous pourrons aussi envoyer des grains par la même occasion , et si les bâtimens qui sont nolisés pour la deuxième commande ne suffisent pas,

Ton profitera plüs tard de ceux que V. Exc. destinera à renvoi de nos approvisionnemens.

J’envoie copie de cette lettre à M. le baron Eey, intendant de la huitième division , dont l’expérience et la connaissance intime des localités du midi ne peuvent que très-utilement être mises à profit dans cette circonstance.

Cet objet est grave, il n’y a pas un instant à perdre.

Je rendrai compte à V. Exc. de la situation de nos établissemens.

J’ignore quelles sont les dispositions relatives à l’occupation, quelle sera la force de la division d’occupation; mais, ces bases arrêtées, il faut avoir à Alger, toujours et pour toutes choses, de cinq à six mois d’approvisionnemens.

Il ne faut pas perdre de vue cette nécessité ; les magasins de la marine suffiront.

Quant aux fourrages , j’étudierai encore de plus près cette question ; mais, quant à présent, il faut faire usage des presses que nous avons à Arles.

L’intendant en chef.

Signé Baron Denniée.

A M. le maréchal commandant en chef.

Monsieur le maréchal,

Conformément aux intentions que Votre Excellence m’a fait l’honneur de me manifester le 1 2 du mois de juillet, j’ai ordonné à l’agent de la maison Seillière de restreindre à 800 têtes de bœufs la commande de 2,000 qui lui avait été faite par le ministre de la guerre dans le courant de mars pour la seconde commande» Je m’abstiens de reproduire ici les objections que j’ai cru, dans l’intérêt du service , devoir faire ; les ordres de Votre Excellence ont été exécutés, et, je dois le dire, l’agent delà maison Seillière, n’invoquant nullement son droit de livrer 2,000 bœufs, a sur-lechamp envoyé l’ordre partout de suspendre ses achats. Il est bien vrai qu’alors nous avions dans la plaine , sous la sauvegarde du bey de Titery, 1,400 bœufs, dont 800 ont malheureusement été enlevés par les Arabes, Bédouins ouGabilles ; en somme il n’existe aujourd’hui dans le port que 280 bœufs venus de Tunis et de Gibraltar, encore font- il s quarantaine.

Depuis que nos rapports avec la plaine et la montagne ont pris tout au moins un caractère équivoque ; depuis les embarras du bey d’Oran , depuis que les Bédouins ou Gabilles sont venus piller les Maures jusque dans les montagnes de Boudjareat, j’ai vainement mis en campagne l’in-^ ustrie du comité municipal , celle de M Schnei-

der, agent de la maison Seillière, et celle du juif Bachry, Fargent à la main. Aucune démarche n’est productive, et meme si les émissaires achètent au loin loo bœufs, 6o sont pillés par les Bédouins.

Le service va manquer.

Je dois ajouter que Fattitude du bey d’Oran a singulièrement refroidi M. Bachry. Il sait que le bey est investi par les Arabes et les Cabilles ; espérons que la présence d’un régiment lui aura spontanément rendu l’autorité.

Ces circonstances me donnent avec raison lieu de redouter que l’adjudication , qui doit avoir lieu pour le service des vivres - viande à pri:x ferme la ration , ne soit point favorable aux intérêts du trésor, et que dans cette hypothèse il ne soit pas admissible.

Dans tous les cas, monsieur le maréchal, le pouvoir comme le devoir de l’intendant de l’armée sont paralysés, jusqu’à ce que l’autorité supérieure lui ait donné les moyens de succès dont il est désarmé.

Ira-t-on dans la Mitidja, Fargent à la main, appuyé par la force? Ce moyen est extrême.

Attendra-t-on la soumission des Cabilles? Elle sera lente et incertaine.

Ordonnera-t-on des achats à l’extérieur ? A mon sens , il faut agir comme si nous ne pouvions rien obtenir du pays ; ainsi , il est urgent d’envoyer un bateau à vapeur à Bonne , où la maison Seillière reprendra le cours de ses achats , faire suivre ce

bateau à vapeur de quelques-uns de nos bateauxécuries qui prendront leur chargement aussitôt leur arrivée à Bonne.

Sous peu de jours huit bâtimens, envoyés à Tanger, à Gibraltar et à Tetuan, reviendront à vide , parce que les contre-ordres ont empécbé les achats. Ces bâtimens seront eux-mémes envoyés à Bonne , les nolis étant payés , les bestiaux ne reviendront pas plus chers que ceux du pays , ou du moins fort peu de plus. On assurera un approvisionnement de vingt jours à l’avance, et quand bien meme le pays devrait beaucoup fournir, et que la voie du marché par adjudication vînt à succès, il ne faudrait pas se plaindre, car le service de l’armée ne sera tranquillisant que lorsqu’on aura pour un mois et plus devant soi.

Je ne puis, monsieur le maréchal, qu’indiquer les moyens; à Votre Excellence seule appartient de donner le mouvement.

L’intendant en chef.

Signé Baron Denniée.

RAPPORT

^ M. le maréchal commandant en chef.

Depuis Fépoque des hostilités commises par les Arabes à Belida , il n’a plus été possible de faire, dans le pays occupé par l’armée, des achats de bestiaux en quantité suffisante pour assurer le service des vivres- viande. D’un autre côté, la maison Seillière ayant, d’après les ordres de A otre Excellence , interrompu ses achats au dehors , il en résulte qu’il n’existe plus d’approvisionnement , et que le service ne se fait que de la manière la plus précaire ; c’est au point que deux fois déjà les distributions ont été sur le point de manquer , et qu’on n’est parvenu à les compléter qu’avec les plus grandes peines et en autorisant des fournitures de moutons.

Cet état de choses durera autant que les relations avec l’intérieur du pays ne seront pas rétablies sur un pied entièrement pacifique. Jusque-là le service de la viande sera toujours exposé à manquer, à moins qu’il ne soit confié à des spéculateurs du pays, qui, parleurs habitudes et leurs relations , seront toujours plus en état que des étrangers de se procurer des ressources suffisantes pour alimenter le service.

D’après ces considérations , l’intendant en chef est d’avis qu’il serait convenable , pour sortir de cette position critique , de traiter de la fourni-

ture des vivres-viande par entreprise, à prix ferme la ration , et de tenter à cet elïet la voie des adjudications publiques. Les Bachry et autres spéculateurs du pays ne manqueraient pas de se présenter comme concurrens , et il en résulterait à la fois plus de sécurité et plus d’économie. Ce mode, en ce qui concerne le service de ia viande , serait préférable au mode d’acbats à commission, qui, indépendamment de l’insuffisance de ses produits dans les circonstances présentes , échappe entièrement à l’action du contrôle dans ce pays. D’ailleurs, il ne s’agit ici que d’un essai, et à cet effet on proposerait de ne traiter que pour un terme très-limité, jusqu’à la fin de l’année, par exemple.

Si M. le maréchal approuve cette proposition, des avis seront publiés immédiatement , et une adjudication avec concurrence et publicité pourra être faite de manière que l’entrepreneur^ avec lequel on aurait traité, puisse entrer en exercice le i6 du courant. Cette adjudication se ferait dans le lieu des séances du comité central de la ville et par les soins d’une commission que l’on propose de composer delà manière suivante :

M. Bruguière, sous-intendant militaire, président ;

Un membre du comité central parlant la langue française ;

M. Breidt, directeur des subsistances;

Un officier d’état-major, qui sera désigné par M. le chef de Tétat-major général.

Alger, le 3 août i83o.

L’intendant en chef.

Signé Baron Denniée,

RAPPORT

^ M. le maréchal commandant en chef.

J’ai l’honneur de mettre sous les yeux de Votre Excellence un travail sur l’organisation adonner aux compagnies du train des équipages militaires destinées à faire partie de l’armée d’occupation d’Afrique.

Ce travail est divisé en quatre tableaux.

Le premier renferme le projet de la réorganisation, i'^. delà 4” • compagnie du train des équi- ]>ages , voitures à quatre roues , à soixante - trois caissons attelés de quatre chevaux , plus deux forges à deux chevaux chacune , équivalant ensemble à un caisson à quatre chevaux. J’ai cru, en raison de la difficulté des chemins , devoir donner la préférence à ce système de voitures.

2°. Celui d’organisation delà 6®. compagnie à 398 mulets.

3°. Celui de la composition du cadre de la i"®. compagnie provisoire , forte de 23 hommes à 45-

4°. Enfin, celui d’organisation du détachement de la i*®. première compagnie d’ouvriers , réduite de 53 à 3 1 .

Le tableau n°. 2 indique les pertes et les gains que devront faire les compagnies à réorganiser pour être dans les limites de leur nouvelle organisation.

Le tableau n”. 3 fait ressortir le nombre des hommes , chevaux , mulets et voitures qui , ne

|)Oiivant entrer dans la nouvelle organisation , sont , quant au personnel , à renvoyer en France, et, quant au matériel , à vendre ou à utiliser à d’autres usai2res.

Enfin, le quatrième tableau présente l’état nominatif des officiers proposés pour faire partie du corps des équipages à conserver en Afrique, et de ceux proposés pour être renvoyés en France.

Dans le nombre des caissons à conserver en Afrique, j’ai fait comprendre vingt caissons destinés à remplacer ceux qui deviendraient hors de service et qui seraient démolis pour être employés aux réparations.

J’ai l’iionneur de proposer à Votre Excellence , conformément à mon rapport de ce jour, de m’autoriser à remettre au sieur Bachry, au fur et à mesure des désignations , et à titre de vente , au prix de 76 francs l’un , les 168 mulets et 268 chevaux , qui seraient susceptibles d’être envoyés en France si les frais de traversée et de nourriture ne devaient pas surpasser leur valeur réelle.

Les 4^ chevaux, formant avec les 268 dont je propose la vente , l’excédant des besoins de l’armée d’occupation , sont ceux qui ont été reconnus susceptibles d’être utilisés pour le service de la cavalerie légère , et dont la remise pourra avoir lieu après qu’ils auront été reçus par le régiment des chasseurs d’Afrique.

J’ai enfin l’honneur de proposer à Votre Excellence d’afiecter au service du régiment des chas- Seurs d’Afrique la forge qui se trouve en excédant

des besoins des compagnies d’équipages militaires.

Si Votre Excellence approuve ces dispositions, l’effectif du train d’équipages en Afrique se composera comme il suit :

5 capitaines ;

9 lieutenans ;

5 sous-lieutenans ;

545 sous-officiers et soldats ;

82 chevaux de selle de troupe ;

280 chevaux de trait ;

898 mulets ;

83 caissons ;

6 forges ;

Alger, le 7 août i83o.

L’intendant en chef, Signé Baron Denniée.

Approuvé. Signé Comte de Bourmont

RAPPORT

A M. le maréchal commandant en chef.

Au moment où le misérable état de santé dans lequel je suis tombé me force de quitter Tarmée , il est de mon devoir de rendre compte à Votre Excellence des dispositions que j’ai prises pour régulariser les opérations administratives de la campagne, et pourvoir de la manière la plus complète à tous les services de l’occupation d’Alger.

J’ai déjà, par des instructions données dans les dillérens services, prévu tout ce qu’il était nécessaire d’ordonner pour assurer leur exécution.

Ainsi , j’ai arrêté que tous les comptes antérieurs au i®'*, août seraient établis et rendus d’urgence.

J’ai prescrit dans tous les services des inventaires de rigueur au août, et, par ce moyen, je pour*rai, en ce qui concerne le service des vivres , établir une distinction tranchée entre les denrées de la première et de la seconde commande faites à la maison Seillière , afin de pouvoir apprécier les pertes éprouvées par suite du débarquement et des autres événemens de mer et de guerre.

J’ai réalisé l’établissement d’hôpitaux à Alger pour i,55o malades, auxquels je proposais d’a-

jouter un hôpital trofficiers et un dépôt de convalescens pour 3oo hommes.

J’ai fait connaître au ministre les besoins de Farmée, les difficultés de Farrivage et du débarquement pendant Fhivernage, et j ai demandé d’urgence l’envoi de France d’un approvisionnement en vivres calculé pour six mois , d’après Fedéctif qui sera déterminé pour l’occupation.

Enfin, après avoir assuré le service de la viande par un marché à la ration, dont l’adjudication publique aura lieu le 1 5 août prochain , après avoir pourvu au service du campement , j’allais m’occuper de la réduction possible du personnel de l’intendance, des services administratifs, d’une nouvelle composition du service des équipages militaires en rapport avec les besoins de Farmée , et enfin des modifications dont me paraît susceptible le bataillon d’ouvriers d’admini stration .

Toutefois, je laisse les élémens de ces divers travaux , dont Votre Excellence a adopté les bases, au sous-intendant militaire qui va me succéder dans la haute direction de l’administration de Farmée. Ainsi, tous les services sont assurés.

Deux mois et plus de vivres sont dans le port ou en magasin, une manutention de 35,ooo rations édifiée par les soins de l’administration des hôpitaux , dont une partie construite par nous, pour i,55o hommes; les vivres-viande assurés sous le double rapport de l’intérieur ou de

Textérieiir ( il existe aujourd’hui au parc plus de 600 têtes de bestiaux) ; enfin, des équipages militaires convenablement réduits et dans le meilleur état, et, pour compléter ce système, une réorganisation bien entendue du bataillon des ouvriers.

Toutefois j'ajouterai que tout ce personnel est fatigué, et que la sollicitude du gouvernement le doit porter à le renouveler partiellement et successivement.

Le personnel de l'intendance, tel qu'il est organisé, sera surabondant du moment où les troupes serontj concentrées ; car, à bien dire, le service d'Alger ne sera plus qu’un service de place , et dès lors plusieurs fonctionnaires pourront être renvoyés en France et mis à la disposition du ministre.

N. B. {Suit le détail du personnel ^ etc.)

Alger, 9 août i83o.

L’intendant en chef,

Signé Baron Denniée.

Extrait dune note adressée au ministère de la guerre , sur la justification des consommations

Le débarquement opéré ( et Ton sait les obstacles qu’il éprouva, particulièrement les 19 et 26 juin ) , des marins et des corvées de l’armée de terre ^ aidés par nos équipages militaires, transportaient dans le camp les denrées en les amoncelant, selon leur nature, sur des emplacemens désignés , ainsi que cela avait été médité avant le départ , par de petits drapeaux de couleurs variées. -

Pendant que toutes ces choses se pratiquaient , il fallait pourvoir aux consommations journalières , continuer la construction des fours, etc. , etc. Or, ici, ce serait démence que de demander si dans ce conflit et dans ce moment on faisait des procès-verbaux de réception et des emmagasinemens réguliers , et enfin si l’on constatait des pertes ignorées dont une partie avait disparu sous les eaux.

La seule , l’unique mesure à prendre pour établir un contrôle certain, était ; i” de veiller à la conservation des denrées en faisant entourer le lieu qui les recélait d’un fossé , et en plaçant des sentinelles sur toutes les faces du carré (ce qui eut lieu ).

2®. De n’enlever aucune espèce d’approvisionnement , pour aller au loin , que sur des feuilles de voitures régulièrement établies , et enfin de ne

faire aucune distribution que sur des bons correctement établis.

Au moyen de ces précautions , seules garanties raisonnables , le temps seul pouvait éclairer sur la nature des pertes , et ce ne devait être qu’alors ( que la consommation totale aurait eu lieu) que Ton pouvait connaître les résultats du débarquement.

C’est ainsi que l’on a traité la question du contrôle dans un rapport du 26 juin au*ministre de la guerre.

Le 5 juillet, l’armée ayant pénétré dans Alger, la translation des vivres devenait d’autant plus pénible que le trajet par terre était plus long et plus difficile. Le 26 , la marine , par son concours, avait opéré presque en totalité cette translation dans la baie d’Alger, et l’emmagasinement de ces memes denrées attestait qu’après quarante -six jours de consommation il existait encore une fraction des approvisionnera ens de la première commande reçue à Marseille, commande qui était, comme on le sait, de soixante jours.

C’est alors que l'intendant en chef prescrivit de faire l’inventaire de toutes les denrées existantes au premier du mois d'août , parce qu’ai ors nonseulement cet inventaire devenait facile puisque les denrées étaient en petite quantité , mais aussi parce qu’il importait de scinder tout ce qui appartenait à la première commande , des produits de la deuxième;, qui se trouvait à cette époque

clans la baie d’Alger chargée sur quarante -huit bâtimens du commerce.

C’est donc seulement le résultat des inventaires qui pouvait mettre à meme de donner une situation vraie des magasins , et , plus tôt, toute espèce de renseignement aurait été erronée. Il sulBsait que les rapports de l’intendant en chef dissent , et ils disaient : nous vivons sur les produits de la première commande , et nous vivrons au delà du i*"". août ; les situations adressées par le chef de l’état-major général présentaient toujours un tableau qui , sans être un document comptable , était l’expression de la vérité et indiquait le nombre de jours pendant lesquels la subsistance de l’armée était assurée.

Une fois l’inventaire établi, les situations se sont grossis chaque jour de l’importance des réceptions régulières de la deuxième commande.

L’intendant en chef a laissé le soin de terminer la totalisation de juin et de juillet au directeur des vivres. Le produit de ces totalisations , joint au produit de l’inventaire au i®’’. août, donnera le chiffre exact de tout ce qui a été débarqué , ou plutôt de tout ce qui a été soustrait aux chances du débarquement , aux pertes et aux avaries de toute espèce sur la première commande. #

Extrait du rapport fait à la commission de gou- ^ernement sur les revenus de la ^ille et de la régence d’ Alger j par les interprètes de l'armée , MM, Vincent et Eusèhe de Salle,

Les tableaux qui font la base de notre rapport, et qui y sont joints , sont au nombre de deux. Le premier renferme les créances du beylick ou de la régence algérienne. Ces créances se montent à la somme de 385,8^3 boudjoux , et une pataque chique.

Le second tableau , beaucoup plus considérable, est intitulé : Revenus réguliers du beylick , tributs, redevances, loyers de propriétés.

Le tableau des créances n"a cjue treize articles principaux, marqués par autant de cbiffres. Celui des revenus en a soixante-dix. Les lettres majuscules et d’autres cbilïres plus petits, qui accompagnent ces alinéas en titre courant , sont la répétition des lettres et chiffres que nous avons semés dans les reaistres au fur et à mesure de notre examen. Ces repères nous ont semblé commodes pour établir la concordance de la copie avec les originaux.

Vous ne verrez figurer dans le tableau des retenus , ni les tributs auxquels s’étaient soumises beaucoup de puissances européennes , ni celui que la France payait pour la péclie du corail. Nous n’avons pu retrouver les pièces officielles qui y ont rapport. (On les a retrouvées depuis. )

L'inconvénient n'est pas grand, puisque notre conquête annule à jamais ces tributs, et que d'ailleurs c'était un revenu en dehors de la régence même. C’est des revenus de son propre territoire qu'il est intéressant de retrouver les traces. Ce sont ceux-là qu'il est important de réaliser et de compter.

Messieurs, nous avons presque honte de le dire , ces revenus ne se montent qu’à 3^8,376 houdjoux. Multipliée par 1,80 pour en faire des francs et des centimes , cette somme ne s'élève pas à 700 mille francs.

Le registre de la douane n’avait depuis trois ans que des pages blanches ; le blocus du port avait complètement tari la source de ce revenu.

Ce revenu , si mince sur le papier, sera-t-il au moins intégralement versé dans les coffres. Nous sommes forcés de dire que nous ne l’espérons pas. Le tableau des créances du beylick vous prouvera à quel point les rentrées étaient inexactes. Les plus fortes contributions , la moitié du revenu total, provient des redevances des grands vassaux. Or, depuis plusieurs années , ces potentats étaient dans l'impossibilité de payer. Il a fallu , pour pouvoir compter sur leur fidélité et la coopération de leurs troupes , que le dey d’Alger leur prêtât des sommes énormes. 11 y avait beaucoup de créanciers moins considérables, mais aussi moins solides que ceux-là. Leur nombre doit s’être prodigieusement accru depuis que le pays a changé tle maître. Des centaines de maisons, de boutiques,

d’auberges , d’usines , propriétés du beylick , étaient louées à des individus simplement désignés par leurs noms ou celui de leurs castes. Admettons que la propriété soit assez exactement décrite pour qu’on soit sûr de la retrouver après le désordre d’une guerre , après le percement de plusieurs rues neuves , et dans une ville où les rues n’ont pas de nom , les maisons de numéro ; mais où trouver les locataires ? la plupart étaient Turcs. Ceux-là sont aujourd’hui exilés volontaires ou forcés ; beaucoup de Maures ont fui. Les Juifs seront probablement les seuls qui répondront tous à l’appel; mais avec leur pauvreté apparente ou réelle , et avec leur stricte économie , ceux-là s’étaient arrangés pour n’être concessionnaires ou locataires que des objets delà plus petite valeur. S’il plaît à Dieu , le fonds restant on pourra plus tard Tafïernier plus solidement et à des taux plus élevés , mais on n’en aura pas moins perdu les rentes d’un ou de plusieurs quartiers.

Il devient curieux , en additionnant nos mécomptes et en songeant que le dey les a , pour la plupart , éprouvés comme nous , de chercher avec quelles ressources il a pu faire face aux dépenses de son beyîick et d’une guerre presque continuelle. Il est bien connu que ces dépenses étaient en temps ordinaire doubles de ses revenus.

Une partie du problème se trouve résolue par ce que nous avons déjà dit des moyens odieux par lesquels les potentats musulmans savaient se procurer de l’argent. Depuis que la mer ne fournis-

sait plus ni douanes , ni prises , un redoublement de confiscations et d’avanies était devenu un casuel supplémentaire. Il semble , par le nombre immense des propriétés du beylick que nous avons eu à enregistrer, que ce fût leur fonds et non leur rente qui constituât les revenus du pacha ! Le sauvage abattait l’arbre , dans l’impatience d’en cueillir les fruits : les têtes et les propriétés étaient en coupes réglées.

Enfin , comme dernière ressource , restaient le trésor public et son trésor privé. Il est permis de croire que celui-ci était moins riche que le premier; aussi y aura-t-il puisé plus tard et avec modération ; mais le trésor public , accumulé depuis longues années pour un cas extraordinaire ^ était largement saigné. La piraterie l’avait rempli; il se vidait au service des pirates relégués à terre..

Les Maures , pour qui sa richesse était devenue un terme proverbial de comparaison , exprimaient avec leur imagination orientale les changemens que ce trésor avait éprouvés pendant ces dernières années :

« Dans le puits de Hussein nous ont -ils dit » cent fois , l’or coulait jadis par-dessus la mar- » gelle ; ensuite il a fallu pencher le corps et bien » enfoncer la main pour y puiser. Enfin, dernière- » ment , on n’y pouvait atteindre qu’avec le se- » cours d’une échelle. »

Il la fallait longue , nos commissaires en ont acquis la triste conviction. Ces hommes honora-

blés n ont certes pas besoin des conjectures que nous faisons ici sur le passé du trésor algérien ; mais nous n’en éprouvons pas moins quelque satisfaction à faire ressortir la concordance de nos inductions avec les faits , et surtout avec l’opinion des gens du pays, juges plus immédiats et ce semble plus compétens en pareille matière que les Européens.

Le rapporteur,

Eusèbe de Salle.

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