‹ Précis historique, militaire et critique des batailles de Fleurus et de Waterloo, dans la Campagne de Flandres, en Juin 1815 ... Avec une carte pour l'intelligence des marches. Par le maréchaldecamp BertonChapitre 2 sur 2 · PRÉCIS · texte numérisé non relu

PRÉCIS

fflSTORIQUE , MILITAIRE ET CRITIQUE

DAXS LÀ CÀXPÀGKS DB BLÀHDKBS, EX IDIK l8l5.

Des éyénemens extraordinaires , connus du monde entier , n’ont jusqu’à présent été pénétrés que par quelques hommes : personne, jusqu’à ce jour , n’a encore fait connaître la cause des revers éprouvés par l’armée française, dans la courte campagne de 1 8 1 5. Les uns la cherchent dans la trahison qui était sans pouvoir sur l’esprit de cette armée , dont les dispositions morales et militaires auraient suffi pour anéantir les coupables desseins de tous les fauteurs d'ignominie (i). D’autres, sans examen, ont jugé tout

(i) Quelques hommes inutiles et intrigans, mauvais citoyens ou militaires nuisibles aux armées, ont cherché à se faire un mérite d’événemens inattendus ; et , sans rougir de leur fourberie, sans être honteux de leur làehelé , pénétrés de leur impuissance, ils ont eu la man-

naturel d’attribuer la victoire à la supériorité des talens de uos ennemis. Je répondrai à cela

vaise foi de s’attribuer en partie la cause de ces événemens, ou de s’en de'clarer les moteurs. Les uns , placés dans de fausses positions , contre leur prévoyance , en s’abandonnant au destin qui ne leur sejnblait pas prospère, se sont jetés, au hasard, du côté où ils ont cru perdre le moins. Les autres, tirant parti de la nullité dans laquelle on les avait laissés , malgré leurs sollicitations, en désertant les rangs du malheur pour courir vers le parti victorieux , ont raconté des mensonges qu’ils nommaient , en termes honnêtes, des révélations ; et, par de sourdos menées, par de perfides manoeuvres, tous ont cherché à flétrir, à éloigner des hommes francs et recommandables , qu’ils ne voulaient point rendre les témoins de leurs fausses démarches , afin de ne pas être dévoilés par eux , et la plupart ont obtenu des récompenses. D’autres, enhardis parla conduite des premiers, et portant bien plus loin leurs prétentions, se sont vantés d’avoir découvert et livré les plans de campagne des Français ! De telles assertions n’ont de prix qu’aux yeux de l’ignorance.

On pouvait faire connaître la marche de l’armée , sa ligne d'opérations, qui était la distance à parcourir des frontières de France à, l’ennemi. Ce n’était un secret que pour les contrées éloignées du théâtre de la guerre , puisque les premiers mouvemens de l’armée française pouvaient être indiqués d’avance par l’emplacement même de ses ennemis. On pouvait sans doute annoncer son approche aux Prussiens, aux Anglais, s’ils eussent

dans le cours de ce précis , en démontrant le contraire. On n’a point cherché à diminuer la

été -assez mal seryis pour l’ignorer. Quant ans plans , chaque bataille a le sien qui se fait sur le terrein , en présence de l’ennemi, et par rapport à ses dispositions. 11 SC calcule sur la ligne d’opérations qui se change en ligne de manœuvres ; le général ne peut pas lul-mème deviner ce plan : il faut qu’il sache le| concevoir à l’instant, et l’exécuter à propos.

En un inot, un plan de campagne n’est autre chose que le dessein de vaincre ou de conquérir en marchant vers un but donné , ce qu’on nomme l’objectif de la guerre. Cette marche qui est rarement un secret , est soumise aux moyens de guerre qu’on peut faire connaître à l’ennemi, ce qui ne l’empéche pas d’étre battu, si ses moyens ne balancent pas les nôtres, ou si nous savons en faire un meilleur usa^c que lui, en proHtant mieux des circonstances qui sont de tous les moment dans le cours d’une campagne, et qu’on ne peut calculer d’avance : il appartient de les -bien connaître à l'expérience et à la science militaire , qui demainle de longues et de profondes études.

Il y a eu, à la vérité, des trahisons de courage et de devoir, si je puis m’exprimer ainsi , de la part de ceux qui courent après les commandemens, qui sont exccllcns quand tout va bien , mais qui, dans les revers, évitent le péril , épouvantés du sort, qui les attend ; loin de sc montrer supérieurs au danger, par l’ascendant du courage qui lait braver la mort, ils n’ont'point cette force d’âme et de caractère qui inspire de la confiance , et fait partager

lO

force numérique de notre armée , pour ne rien ôter au mérite du vainqueur; on a fait de grands éloges de la bravoure des étrangers; on a presque gardé le silence sur la valeur des Français; on a dit en France beaucoup de mal de l’armée nationale, mais d'une voix si faible, que l’écbo n’a pu franchir les murs gothiques de certains salons.

Des écrits ]lrésentent un objet plus dangereux, lorsqu’ils tendent à fortifier l’erreur et à répandre le mensonge. 11 en existé déjà un trop grand nombre de ce genre , dont plusieurs SC distinguent par une basse méchanceté. Les circonstances ne permettaient pas à des Français , amis de leur patrie , de faire entendre la vérité, elles ne leur laissaient que la liberté de se taire , tandis qu’elles favori- ' saient les mauvaises intentions des hommes qui n’ont de l’honneur qu’à prix d’argent, et qui s’avilissent aux yeux de l’Europe , pour s’élever et jouer un grand rôle dans une petite coterie. Quelques - uns ont cru plus prudent de garder l’anonyme, que de dévoiler au public leur cou-

un noble dévouement à ceux qui doivent leur obéir : les soldais savent tout braver, quand leurs chefs ont la force d’en donner l’exemple et de savoir mourir.

pable empressement à prendre l’initiative dans un récit qui semble être la justiGeatiun d'un transfuge. Je veux parler d’une relation de cette campagne, sortie des presses de J. G. Dentu.

L’auteur anonyme ou pseudonyme , se disant témoin oc|ulairc (i) , paraît être un ardent détracteur de la gloire et du nom français, Cette histoire , enrichie de lettres de généraux, d’officiers Anglais et Allemands , d’une formule de prière pour rendre grâce de la victoire , etc. , est en outre fort ingénieusement surchargée d’une vue panoramique du champ de bataille de Waterloo , idée tout-à-fait neuve , qui fait connaître le génie de l’auteur. Elle a dû être d’un grand débit parmi les ennemis de la France et de l’armée, si j’en juge par la quatrième édition que j’ai sous les yeux. Ceux qui ont composé ce livre , après avoir cri-^ tiqué les récits ou les traductions sur le même sujet, n’en tirent pas moins des matériaux pour faire trois relations qui coïncident très - bien ensemble ; et , par ce charlatanisme , ils ont trouvé le moyen d’augmenter leurs pages afin de vendre plus cher,

Cnmbirn de (;ens font-iU dei récits de bataille , Ooat ils se sont tenus loin . . .

MoukiLB, Amphitryon.

Je ne parlerai point d’une autre compilation en deux volumes in -8®, parce qu’elle est d’un homme qui a déjà été condamné par les tribunaux, pour d’autres écrits mensongers et calomnieux.

Je m’attacherai particulièrementià répondre à quelques lignes sur les opérations de ces deux batailles, écrites par un militaire extrêmement distingué , et données pour exemples dans des Considérations sur l'Art de la Guerre : elles peuvent avoir de l’influence, en raison du mérite et du caractère de l’auteur, qui se fût plus appésaiitisurles faits, s’il eût voulu fournir des ma* tériaux pour l'histoire de cette campagne qu’on a défigurée. Je vais en donner une esquisse , à partir de la veille de la bataille de Fleurus.

Le 1 5 juin, l’armée française s’avançait sur trois colonnes , venant de Beaumont , Maubeuge et Philippeville , pour déboucher par Charleroi , Marchienne - au - Pont et Chatellet; après quelques affaires d’avant-postes , la plus grande partie avait passé la Sambre le même jour.

La division de cavalerie légère du général Domon poursuivit vivement l’ennemi sur Charleroi ; un carré d’infanterie prussienne voulut l’arrêter en-deçà de cette ville , pour donner le tems aux siens de couper le pont sur Ja Sambre

qu'ib n'avaient pas fait miner j mais ils ne purent que l’endommager; le colonel Desmichels, à la tête du 4*. régiment de chasseurs , soutenu par le 9 *. , enfonça ce carré et lui fit quatre à cinq cents prisonniers. Le corps de cavalerie légère du général Pajol , composé de six régimens , sui i vait cette division pour passer le pont de Char.* leroi, puis il se prolongea à droite après avoir dirigé le général Clary , avec le prenyer régiment dé hussards , sur Gosselies , où il sabra un bataillon prussien et lui prit son drapeau; Un carré d’infanterie fut également enfoncé près du bois de Lobbes par des dragons de la Garde et un escadron du 1 5*^ ; le général Letort y fat blessé mortellement. Le corps du général Pajol, excepté le l'f régiment de hussards qui ne le rejoignit que le lendemain, s’établit le soir à Lambusart, tenant de forts postes sur sa droite, et ayant une division à la ferme de Martinroux celle du général Domon était placée à gâucbé , ù la tête dubois de Fleurus. Un corps de huit régimensde dragons, aux ordres du général Excelmans ; a bivouaqué en arrière de la cavalerie légère et en avant des 3'. et 4'^- corps d’infanterie..

Une division de cavalene légèfe de la Garde fut s’établir à Frasne , sur la grande route de Charleroi à Bruxelles , apres avoir débouché

par cette première ville ; le 2 ®. corps d’infaiiterie , comniandé par le lieutenant - général Reille, qui avait passé la Sambre à Marchienne, fut prendre position h Cosselies , avec la division de cavalerie légère du général Piré; la quatrième division de ce corps d'infanterie commandée par le lieutenant-général Girard , fût envoyée à Ueppignies pour observer Saint-Amand et Fleurus, occupés par l’ennemi.

Les liauleurs en avant de Cliarleroi et de Marcliienne-au-Pont J étaient garnies de troupes et d’artillerie ;-le quartier-général était à Charleroi.

L’auteur des Considérations sur 1\4h de la Guerre (i), dit , ‘après avoir parlé de notre marche du i5 :

« L’armée anglaise était cantonnéede Bruxelles n à Nivelles; l’armée prussienné aux environs » deFleurus et de Namur. Le projet du général » français était d’aller se placer brusquement )) au milieu des cantonnemens de ces deux ar- » niées, d’empêcher leur réunion, et do tomber n successivement sur leurs troupes éparses avec » toute la cavalerie qu’il avait formée à cet effet » en un seul coTrps de vingt mille chevaux. Tout

(1) Ouvrage imprimé à Paris, en 1816.

ji le succès de celle opéralion élail dans la rapi- » dilé de ses mouvemens ; il devait porter le!

» même jour toute son arméè jusqu'à Fleurus, n par une marche "forcée de huit à dix lieues^

» et pousser son avant-garde 'jusqu’à Sombrvf ,

» sur la route de Namur à Bruxelles; mais, au ») lieu de se hâter d’arriver au milieu de ses n ennemis , il s’arrêta à Charleroi , soit qu’il fût » retardé par le mauvais tenis , soit par d’autres » motifs. » ‘

us éloignées et tenaient une étendue plus large que ne semble le présenJLer ce qu’on vient de lire (i) : c’est ce qui avait fait concevoir au général français le projet de jeter vingt mille chevaux à travers leurs cantonnemens ; et,«’il en avait bien vu la possibilité , il est à croire qu’il n’aurait point hésité pour l’exécution , sur-tout d’après la hardiesse qu’avait montré la cavalerie dès son premier élan. Mais il apprit que des hommes, ayant t

(i) L’armée anglaise occupait Nivelle , Soigines , Braines-le-Comte , Enghoin, Grammont, Ninose, Audenarde, Gand et Bruxelles. L’armée prussienne avait ses premières troupes en avant de Cliarleroi , occupant cette ville, Marchiennc-aa-Pont, Châtelet, Fleurus, Namur, Cinej, Liège, Hannut, «le.

Les armées ennemies étaient pl

obtenu l’honneur d’être placés avantageusement dans les rangs français, s’en étaient échappés lé i4> et avaient été conduits sous escorte au qiiartier général de Naniur. Le général -français dut prévenir les effets de cette trahison, en modifiant le plan de ses entreprises.' Effectivement le prince Bluclier se fit amener les transfuges , et ils l'instruisirent de choses qui étonnaient moins ce militaire à cheveux blancs, que l'action même qui les lui faisait connaître. Le général prussien était loin d’attendre un* aussi étrange message ,. dont les auteurs , sans mission , furent rendus garants ^ et malgré tout le mépris qu’ils lui inspiraient, l’intérêt de son pays lui faisait un devoir de tirer avantage de leur défection : il sut par eux qu’il n’avait pas un instant à perdre pour réunir ses troupes J, qu’il allait être attaqué, à l’impcoviste ,■ par cent cinquante mille Français. Vpilà .là cause de la prompte réunion .de l’armée prussienne sur Sombref , point intermédiaire entre les Anglais, afin de donnera ceux-ci, qui étaient dans une grande sécurité , le tems de se rassembler (i). Le général français jugea fort bien qu’il

(i) 11 faut rendre iustice au général prussien, sur la dciermination de réunir son armée à Sombref. Sa marche

ne pouvait plus lancer sa cavalerie au milieu de leurs cantonnemens , mais il répara tout par des dispositions qui le mettaient à même de livrer bataille à la première armée ennemie qu'il trouverait rassemblée sur son chemin; il continua alors de disposer la sienne en avant de la Sambre.

Le i6 au matin , un corps de cavalerie composé de deux régimens de dragons, quatre de cuirassiers et deux de carabiniers , aux ordres du général Kellermann , passa cette rivière à Gharleroi et marcha vers Frasne ; une division de lanciers et chasseurs du général Jacquinot avait passé à Marchienne pour se diriger à droite de la route de Bruxelles, tandis que le premier corps d’infanterie , commandé par le comte d'Erlon , débouchant par le même point , suivait la grande route. Une réserve de huit régimens de cuirassiers , précédée par les dragons , les

fut rapide,- savante et hardie. Ses alliés ont dù y attacher un très-grand prix. Les deux généraux ennemis doivent des remercimens aux transfuges, lis ont conunis toute la trahison exécutable envers l’armée française , dont ils ont pourtant exagéré l'état de situation , faute de le bien connaître ; mais , en annonçant son approche , qui était encore ignorée de ses elsnemis, ils doivent s’applaudir de lui avoir enlevé grands avantages. ^

grenadiers à cheval et l’infanterie de la Garde , avec l’arlillerie , marchait sur Fleiirus , toute l’armée avait successivement passé la Sambre , à l’exception du sixième corps d’infanterie qui arrivait à Charleroi.

L’auteur des Considérations sur Vj4rt de la Guerre nous fait connaître les grands mouvemens du i6 , en disant :

« Nous nous mettons en mouvement sur trois » colonnes. La colonne de gauche , forte de » trente-cinq mille hommes, prend la route de » Charleroi à Bruxelles, et rencontre une partie ■» de l’armée anglaise, en marche pour se joindre » aux Prussiens, aux Quatre - Brds , nœud de » jonction des deux routes de Charleroi et de » NamuràBruxélles. On se bat de part et d’autre » avec des succès variés ; mais enfin nous » obtenons le point capital , celui d’arrêter » la marche des Anglais sur la route de Namur. » Nos deux autres colonnes marchent, l’une sur » la route de Fleurus 3 et l’autre à demi - lieue » à droite. »

En dirigeant une colonne par la grand’-route de Bruxelles , on n’a pas dû présumer que le général français voulût former une ligne d’opérations double : il en avait , depuis la guerre d’Italie , calculé les inconvéniens et le dmger ..

en retirant Je grands avantages de semTilahles fautes que ses ennemis avaient commises devant lui (i),- mais il est plus naturel de croire qu’il avait l’intention de manœuvrer sur une base concentrique contre les doubles lignes d’opérations de ses ennemis , l’une partant de Bruxelles et Gand , l’autre de Namur 0C. Liège pour marcher au même but, ce qu’il nous fera voir lui-même par ses ordres donnes lorsqu’il eût recotinu leur situation sur le terrain. 11 avait étendu la base de ses manœuvres assez pour cacher ses desseins aveeses premiers moiivemeus, pour circonscrire les positions de l’ennemi et cantonnerses masses, sans trop allonger les directimis par lesquelles il aurait besoin de les rendre agissantes contre les têtes des colonnes anglaises , ou sur les points décisifs de la bataille qu’il allait nécessairement livrera l’armée la plus rapprochée, et qui devait être celle des Prussiens. L’obiet principal de toutes ces manœuvres était de parvenir à la séparer de sa ligne d’opérations secondaire, q li était celle de l’armée anglaise, et d’empêcher celleci de faire sa jonction avec les Prussiens. Tl fallait alors de l’uiiité dans les mouvemeiis ; la colonne dirigée par la route de Bruxelles , n’était donc

fl) y oyez Jomini , Traité tl-f grandes opérations mililaires , chapitres xxxir et xxxvj.

autre chose que l’aîle gauche de l’armée française. Le général en chef n'a pu faire autrement que de se réserver le droit imprescriptible d’en disposer en tout ou en partie , a6n de tenir son armée sur une ligne d'opérations simple , parce qu’elle est la meilleure , en ce qu’elle réunit toutes les forces.

Le même auteur continue : « Cependant les )) Prussiens s’étaient rassemblés avec beaucoup » de célérité (i) ; et lorsque nous arrivons à » Fleurus , à onze heures du matin , nous trou- » vons leur armée en position ; la gauche à Som- )) bref, sur la route de Namur à Bruxelles, la )) droite k Saint- Amand, ayant son front couvert }) par le ruisseau escarpé de Ligny. Nous arri- » vions sur leur flanc droit j la raison nous

conseillait d'attaquer cette aile : par-lk nous » évitions en partie les défilés du ruisseau, » nous nous rapprochions de notre corps de » gauche, qui se battait aux Quatre-Bras, de « manière que les deux armées pussent se dou- » ner mutuellement du secours; et enfin nous » rejetions les Prussiens loin dés Anglais , en les M forçant de se retirer sur Namur. Mais le gé-

(i) Nous avons indiqué la cause de ce prompt rassemblement à la page i6«

)) néral français agit différemment ; il attaque » defront,et, après plusieurs combats sanglans, » il force enfin le défilé de Ligny avec sa ré- » serve , et il débouche sur le centre de l’armée )) prussienne , dont la retraite , favorisée par la » nuit, se fait naturellement vers les Anglais , » du côté de Bruxelles, puisque nous les chas- » sions dans ce sens. Nous couchons sur le » champ de bataille, après celte victoire san- » glante et peu décisive. »

Ce peu de lignes nous disent d’abord que le général français devait conserver une seule ligne d’opérations ; et nous prouverons que tel était son plan , que ses attaques de front devenaient indispensables pour obliger le général prussien , qui tenait ses troupes très-réunies , à de grandes manœuvres de tactique , en le forçant d’engager le plus de forces possibles sur sa première ligne , où il était nécessaire d’occuper fortement son attention pour lui cacher un grand mouvement stratégique qu’on voulait faire opérer, en dirigeant des masses contre son flanc droit. Je vais expliquer ces dispositions, après avoir fait connaître celle de l’ennemi, lorsque nous l’avons approché.

L’armée prussienne avait fixé sa position principale sur le plateau du Moulin de Bussy, entre

Bry el Sonibref ; elle avait avancé sa première ligne de bataille sur le ruisseau escarpé de Ligny.

Le premier corps prussien , commandé par le général Zielhen , rejeté entièrement le i5, jusqu'à FleiiruSj s’était établi, le i6, sur les hauteurs entre Saint-Ainand et Bry; il avait fortement garni de troupes le premier de ces deux villages. '

Le deuxième corps, commandé par le majorgénéral Pircb, venant de Namur, était en seconde ligne du premier, la droite à Bry, sou aile gauche vers 5ombref.

Le troisième corps prussien, sous les ordres du lieutenant-général de Tbielmann, partantde Clney, sur la ri ve droite de la Meuse, s’étai t placé sur la route deNamur, la droite à Sonibref , étendant sa gauche par le Point du Jour, vers Boley.

Le général Bulow arrivait de Liège avec le quatrième corps, forçant sa marche parHannut et Perwez-le Marchez sur Gembioux, qu’il ne dépassa pas pour y être arri\é aj*rès que les trois autres corps furent battus. Ces trois premiers corps réunis formaient une qaasse de quatre-vingtdix mille hommes , y compris leur cavalerie.

Nous ne leur avons pas opposé plus de soixante mille hommes , puisque le corps , le 2 * (ex-

ceplé sa 4* division) et le 6* n’ont point pri.' part à cette affaire , comme on le verra par suite.

D’après la position des corps ennemis, que je viens d’indiquer, en marchant de Charlcroi sur Fleurus , nous n’arrivions pas , comme le prétend l’auteur que j'sii cité, sur le flanc droit de l’armée prussienne qui était à Bry , sa cavalerie s'étendant encore bien au-delà ; mais on a déjà dû remarquer que les Prussiens étaient débordés , sur leur flanc droit , depuis le 1 5 et le i6 au matin par les i*' et 2 * corps d’infanterie, par la cavalerie du général Kellermann , et par trois autres divisions de celte arme , en supposant qu’une portion de cette cavalerie dût opérer avec le 2 * corps d’infanterie , vers les Quatre- Bras.

Par les seules dispositions du général françtis, que j’ai fait connaître jusqu’ici, on voit que son intention était d’opérer une diversion sur les Quatre-Bras , avec une portion des trente-cinq mille hommes de la colonne de gauche , pour arrêter ou ralentir la marche des Anglais , en restant, s’il était possible, sur la défensive de ce côté-là , et de pouvoir disposer en tems et lieu d’une partie de celle colonne contre la droite des Prussiens. On ne s’éloignait même pas des

principes de la guerre en ouvrant la route de Charleroi pour couvrir celle de Namur, les Anglais ne se seraient pas enfoncés de ce côté-Ià , eussent-ils été plus réunis , parce qu’ils se seraient isolés de l’armée prussienne; au reste, il n’a jamais pu entrer dans la pensée du général français de donner deux batailles le même jour , en rompant sa ligne d'opérations pour former nue double ligne manœuvre , même avant de connaître les dispositions des Prussiens . Les Quatre-Bras étaient à plus de trois lieues du premier champ de bataille où l’on trouvait l’ennemi réuni ; et si le général français eût eu un autre but que d’occuper les Anglais, avec quelques troupes de sa gauche , il aurait agi sans motif, contre toutes les règles de la science et de l’art de la guerre qu’il connaissait depuis long-tems; il aurait perdu l’unité de manœuvres avec l’unité d’armée , et l’initiative de tous les mouvemens stratégiques , partie scientifique de la guerre dont il s’était bien rendu maître ce jour-là , ce qui exposait l’ennemi à un danger d’autant plus grand, que les dispositions du général prussien tendaient à s’opposer à toutes les forces de l’armée française, par lesquelles il croyait être attaqué sur son front. S’il eût connu les dispositions du général français contre son

nîle droite , il aurait probablement porté son premier corps k Bry , au lieu de le laisser sur Saint-Amand , et l’eût fait appuyer par une réserve ; il eût éloigné davantage ses masses qui n’étaient point engagées, pour ne pas les laisser pendant toute la bataille, inutilement exposées au feu d’une nombreuse artillerie qui devait y causer de grands ravages.

Les premiers rapports del’aîle gaucbe de Tarmée française avaient confirmé au général en chef qu’il pouvait disposer du corps d’infanterie, commandé par le comte d’Erlon , et composé de plus de vingt mille hommes. Il n’a jamais pu y avoir de contrariété sur l’unité du pouvoir, mais il est important de faire remarquer ici que l’unité d’action avait été d’abord convenue. On ne devait raisonnablement point en douter ; il est néanmoins nécessaire d’en démontrer la vérité, afin que chacun puisse juger ce que je dois faire connaître dans la suite de ce précis.

Le général français , en se portant le i6 au matin sur l’armée prussienne , s’attendait à la trouver disposée à couvrir sa ligne de communication sur Namur ; mais l’ayant rencontrée , à son grand étonnement, dans unordre contraire , il dût en être satisfait, puisque cette disposition lui permettait de concentrer ses forces en lui

donnant ravantaj»e de conserver ligne tropéralions simple, conlreles lignes doublesdes ennemis qui étaient encore éloignés de pouvoir mettre toutes leurs troupes en action sur le mèi^ie point. 11 connut bien vile que les Prussiens s’étaient établis eu première ligue défensive sur l’armée anglaise, qu’ils considéraient comme la base secondaire de leurs opérations, et elle n’était pas. réunie; ses colonnes arrivaient sur plusieurs directions.

11 détermina alors son plan d’attaque , qui sera apprécié parles militaires instruits de tous les pays qui voudront l’examiner sans prévention. Ils verront dans toutes ses dispositions que j’ai déjà fait connaître , le clief-d’œuvre du coup-d’œil militaire ( i ). Celles qui vont suivre

(i)I.c coup-d’œil militaire est le génie de la guerrc;il est d’un grand sciours à l’officier d’artillerie, pour bien diriger ses pièces ; il est de la plus grande importance à rolHcier de cavalerie , pour faire une charge à propos ; il est nécessaire au colonel, au maréclial-de-camp, au lieutenant-général d’iiifanterie , pour bien placer leurs troupes', pour attaquer un village, un bois, etc.; il estinilispcnsable à l’officier d’état-major, pour asseoir un camp dans un lieu favorable , çù chaque arme se trouve dans le terrciu qui lui convient. Mais le coup-d’œil militaire d’un général en chef embrasse le plan de toute

en sont le complément. Il fixa dé suite les points où il devait porter ses masses agissantes; les deux premiers furent les villages de St.-Âmaiid et de Ligny; le village de Bry devenait le point stratégique principal de la bataille; en s'en rendant' maître , il séparait les Prussiens de l'armée aziglaise ; Il considéra Ligny comme la clef de la position de l'ennemi ; il réunit en avant de FLeurus une forte réserve en infanterie , cavalerie et artillerie , destinée , lorsqu'il en serait

une campagne , en prévoit les événemens et les prépare. II plane sur les contrées qui doivent devenir le théâtre de la guerre. Il s’y rend maître du cours des fleuves, pour les franchir ou s’en faire une barrière d’airaip devant ses ennemis, et iixe les champs de batailles.

Si l’esprit et le bon sens sont les premières dispositions pour avoir ce coup-d’œil , le général d’.irméc l’acquiert par de profondes études au^qllelles la philosophie et l’histoire deviennent nécessaires ; il le fortifie par de fortes méditations; l’expérience de tous 1rs jours, ac(|Uise sur le> terrain même, le ralline et le perfectio iiie On peut é:re un bon gétiéial, parce qu’on a l’habitude et l’instinct de la guerre, ni:iis on ne sera iamnis un grand capitaine si on ne possède pas le couji-d’œil , ci tte transcendance militaire, à un haut degré , et qui n’est au reste que la juste application des principes de l’art de la guerre •t de la science qu’il exige.

tems,.à percer le centre de la ligne prussienne par ce 'village de Ligny, qui devenait un double point de tactique et de stratégie. 11 avait d'abord expédié l’ordre k la colonne de gauche de manœuvrer par sa droite , en employant le moins de monde j)ossible devant les Anglais ; cet ordre •tait si précis, qu’il attachait le sort de la France à son exécution.

Nous avons dit plus haut que la 4"’*- division du 2 ”**. corps, avait été placée le i5 au soir k Heppignies , le général la réunit au 3 ‘ *. corps d’infanterie pour attaquer Saint-Amand ; il envoya une division de la jeune garde en réserve à la gauche de ce village, avec celle de cavalerie légère du général Domon. Une brigade de lanciers , commandée par le maréchal-de-camp Colbert , fut placée au-delà de ces troupes , pour maintenir la communicatiou avec l’aîle

Le 4"'** corps fut dirigé sur Ligny avec quatre régimens de cavalerie , formant la division du général Maurin, pourappuyer l’infanterie à la droite de Sombref , et pour se lier avec le corps des dragons du général Excelmans, qui se porta sur Tongrénelle et en face de Tongrines ; le corps de six régimens de cavalerie légère commandé par le lieutenant -général Pajol , formant l’ex-

tréme droite de l'armée , fut s'établir à Oooz , le long de l'Orneau.

Le gënéralFrançais courut examiner lui-même le terrein que devait occuper la droite de son armée , où il ne voulait que contenir les Prus' siens -, il fit poster à la hâte , crainte que Penuemi ne s'en emparât un bataillon du 5o"'®. régiment d'infanterie , commandé par le colonel Lavigne ( division sous les ordres du maréclialde-camp Hùlot) ^ dans un bouquet de bois sur une petite hauteur conique , entre Tongrénelle et Tongrines , au-delà du ruisseau deLigny, pour soutenir les dragons d'Excelmans^ qui devaient, à tout prix , empêcher les Prussiens de déboucher par Tongrénelle , où leurs tentatives furent repoussées par plusieurs charges de cette cavalerie , qui leur enleva cinq pièces de canon ; deux furent prises par le S®*, régiment, et trois par le iS™*. commandé par le colonel Saviot.

Ce bataillon s’est d'abord emparé de Tôngrines, ce qui inquiéta beaucoup l'ennemi de ce côtélà ; il reprit le village et avança la gauche de son infanterie jusqu'à Vilret , pour s'opposer, dit le rapport prussien , à un gros corps de troupes qui s'était présenté sur ce point. En effet , ce bataillon s'esé conduit , pendant toute la journée, aveo tant d'intelligence et de valeur, qu'il

paraissait se multiplier; je regrette de ne pas connaître le nom de l’uflieier qui le commandait pour le citer comme un brave et bon militaire. On voit que le.s flancs extérieurs des deux premiers points d'attaque étaient fortement garantis contre les entreprises de l’ennemi.

On dirigeait un feu très-meurtrier sur les deux grands points d’appui de l’armée prussienne , Ligny et St.-Amand ; ce dernier était d’une •grande importance pour elle , parce qii’il formait la tête de sa ligne défensive , et devait être le pivot de tous les mouvemensslratégiques que son général projetait, dans l’espoirdu concours de l’armée anglaise ; il était également essentiel ppurnous, puisqu’il liait l’armée avec son aile gauche. 11 fut d’abord enlevé ; mais le général ennemi Tayant attacpié de nouveau avec de trèsgrandes forces, Gt croire un moment au général français que le sort de la journée était là , et il voulut y faire diriger le premier corps d’infanterie, qu’il supposait en marche , plutôt que d’y employer sa réserve qui était plus près , et qu’il destinait à une attaque décisive sur Ligny ;>mais les affaires se rétablirent sur ce point , par le moyen d’une batterie placée à gauche, par les soins du lieiitenant-génçral Drouot, et qui prenait les colonnes ennemies à revers.

L’ennemi s’acharnait alors à disputer le village de Ligny , où il renouvellait sans cesse ses attaques par des troupes fraîches , et s’en était encore rendu maître pour la cinquième ou sixième fois. La 4“'- division du 2 ">*. corps se porta contre St.-Amand et Ligny ; ce fut là que l’intrépide général Girard, qui la commandait, reçut une blessure mortelle ; il fut transporté à Paris , où sa famille reçut son dernier soupir. Elle pleure encore ce brave, dont l’épée était toute sa fortune ! ! !

Les ordres envoyés à l’aîle gauche avaient été communiqués , selon les instructions , au commandant du corps d’infanterie ,en réserve derrière Frasne , près de Villers-Peruin, qui se mit d’abord en marche; il était déjà assez près du village de Bry, lorsqu'il reçut successivement plusieurs contre-ordres de la gauche , il obéit malheureusement au dernier et rétrograda.

Un maréchal-des-logis de la gendarmerie d’élite , venant de l’aîle gauche, avait fourni une occasion sûre de renvoyer de nouveaux ordres expédiés pour la seconde ou troisième fois , et aussi précis que les premiers; pour les faire parvenir avec célérité , on fit donner an cheval frais

à ce sous-officier, afin qu’il pùt servir deguideau colonel Forbin-Janson , qui fut chargé de les porter.

Le général français attendait iuipatiemmcnt les premiers coups decanon sur Bi^, qui étaitle signal convenu , pour se porter rapidement à Ligny, dont il avait rapproché sa réserve. Une ’ ardeur très-funeste , plus mal calculée encore , dans les mouvemens de la gauche , prolongeait le retard de ce signal trcq> long-tems espéré ; il coûtait à l’armée française on sang précieux , qu’on versait avec une grande bravoure sur la ligue d’attaque, contre les Prussien?, défendue par toutes les forces de l’ennemi , qu’il y avait successivement engagées. On ne pouvait plnsre-' tarder l’issue de la bataille, puisque l’armée anglaise était en marche et que le jour s’écoulait. Le général français tenait depuis long-tems en son pouvoir les moyens delà terminer , il se porta lui-même sur Ligny avec sa réserve ; la cavalerie tourna le village , tandis que l’infanterie delà garde le traversait en colonne, elle n’y perdit presque personne , et la bataille fut gagnée ; mais la nuit était survenue , le général français n’obtint qu’une portion de la victoire qu’ü avait si bien préparée , à l’insu du général prussien.

Le corps ennemi qui occupait encore les hauteurs entre Bry etSt.-Amandse retira parle premier de ces villages. Si le compte d’Erlon , qui revint trop tard, se fût emparé de Bry , le corps , de Ziéthen , fatigué d'un long combat , qui lui avait fait éprouver de grandes pertes , se serait vuentouré et réduit àmettrebas les armes. L’armée prusienne aurait été en grande partie ,détruite et entièrement dispersée ; elle aurait infailliblement perdu la majeure partie de son matériel : une cavalerie nombreuse qui n’avait presque rien fait de la journée , ne lui eût pas donné le tems de se reconnaître ; elle se fût trouvée dans une situation plus désastreuse qu’a-

prés la bataille d’iéna à moins que l’armée

anglaise n’eût voulu se dévouer pour secourir son alliée.

Le lendemain le général français fil de trèsvifs reproches au commandant du premier corps d’infanterie , sur l’énorme faute qu’il avait commise la veille , en discontinuant de marcher sur le village de Bry , conformément à ses ordres ; ftmte qui , prétendait-il, (pour me servir de ses propres expressions ) avait compromis le salut de la France.

M. Giraud', qui n’a pas gardé l’anonime , et dont la plume nous parait aussi-impartialé qu’elle

est française , nous dit : ( i ) <■ Nous ne sommes » pôintde ceuxquis’acharnentaprèsle malheur ; » mais l’amour et la recherche delà vérité, nous » forcent à douter, que le commandant de l’aîle » gauche ait mis dans cette affaire cette activité, >* ce dévouement , cette prévoyance qui l’ont » signalé dans d’autres occasions. Peu empressé, » autant qu’on en peut juger , de servir Napo- » léon,, et ne s'^étaiit déterminé à combattre que » pour préserver la France d’une invasion ertnc- » mie , il ne parait pas avoir porté sur-le-champ » de bataille cette ardeur, qui est souvent elle » seule la première cause de la victoire. 11 ne » s’est point assez inquiété de connaître le ter- » rein où il devait opérer , de se procurer des » notions certaines sur la force de son ennemi. » Il n’a point montré, en un mot, assez de cirn conspection dans sa marche , ni assez de tac- » tique dans l’emploi des diverses armes qu’il » avait à sa disposition. Il avait cependant assez » de forces pour battre l’avant-garde qui lui V était opposée. »

M. Giraud ne comprend point parmi ces forces, le premier corps d’infanterie , puisqu’il dit plus haut , page a5 :

(i) Précis des journées des i 5 , i6, 17 et i8 chez Alexis Emcry, imprimé en 181 5 .

« Le comte d’Erlon , avec le premier corps , » était en réserve en avant de Marchienne. Ce » corps , ainsi placé , formait naturellement l’ar- » rière-garde des corps destinés à la principale » attaque, et c’est par lui que Napoléon devait, )> en cas de besoin , se faire soutenir. Cette re- » marque est importante , comme on le verra )i bientôt ; l’inspection seule d’une carte suffit » pour la confirmer. Il ajoute page 29. Le com- » mandant de l’aile gauche devait observer les » forces que les Anglais pouvaient porter sur les • Quatre Bras. Ils y présentèrent peu de monde.

i Etant allé lui-même à midi les observer , il

» jugea leur mouvement de peu d’importance, » et il' resta persuadé que l’armée anglaise n’au- » rait pas le tems d’y arriver. Cette opinion , « qui était au^ celle du géuéral en chef , s fut confirmée par les rapports qu’il reçut de » l’aile gauche , tandis que lui-même manœu- « vrait contre les Prussiens, n

Après nous avoir fait connaître qu’on avait -engagé imprudemment , et avec trop peu de précautions des têtes de colonne sur la position des Quatre-Bras, M. Giraud continue, 3a :

• Le feu des Anglais était terrible , et il fallut » recourir à d’autres dispositions.Ce fut alors que » le commandant de Voile gauche , qui avait » cru d’abord l'ennemi moins nombreux qu’il

Digilized by Goügle

» tie l’était réellement J passant peut-être avec la » même précipitation à l’opinion contraire, son- » gea vers quatre heures de l’après taidi , à se )) faire appuyer par le premier corps. Qu’on se » souvienne que ce corps était à près de trois » lieues enarrière du champ-de-bataille(i) ; que « jusques-là le commandant de l’aîle'gauche ne •> s’était point préparé pour une affaire sérieuse;', » qu’il n’avait point dû par conséquent cousidé- )) rer ce corps comme sa réserve ; que d’ailleurs » son éloignement ne lui aurait pas permis d’esn pérer qu’en quelque moment qu’il l’appelât , »'ce corps arriverait assez tôt pour coopérera uii » mouvement décisif ; qu’ainsi son absence ne » devait influer en rien sur les dispositions qui )) lui restaient à prendre pour ^tablir un coiu- » bat où jusqu’ici , il faut l’avouer , on ne re- >1 connut pas la prévoyance d’un vieux général.

Ce fut dans ces circonstances que le général Kellermann , déployant sa valeur accoutumée , fit une charge brillante avec une brigade de son corps , composée des 8*. et 1 1 * régiraens de cuirassiers. Le 8®, commandé par le colonel Garavaque, ouvrit la charge en colonne par pelotons, et traversa la ligne des Ecossais ; le cuirassier Lami , de la 5“ compagnie de ce régiment,

(i) Il n’était pas si éloigné qu’il est dit (là.

enleva un drapeau à Tennemi. Le général en chef, en faisant complimenler le colonel Garavaque, sur le courage qu’avait montré le 8*, fit accorder cent louis de récompense au cuirassier Lami. Leii', commandé parle colonel Courtier, sçconda parfaitement le 8*. , en chargeant lui même avec une grande intrépidité ; mais le feu que cette brigade reçût de l’infanterie anglaise , embusquée dans le bois de .lîossu , l’a forcé de • tourner'bride assez précipitamment. Le général Kellermann'eut son cheval tué sous lui , et se retira à piéd. Un petit nombre de cavaliers , changeant leur retraite en fuite , portèrent le trouble en arrière parmi quelques bagages qui furent pillés; cettefuitey dit M. Giraud, /ûiflWnbuée à la mauvaise conduite d’un chef d’escadron qui manqua de tête , ou plus probablement de bonne volonté , et qui fuyant à toute bride et . frappant ce qui se rencontrait sur son passage j portait au loin le, signal du désordre , en criant partout: Sauve qui peut! Si cela est vrai, il est bon de signaler cet homme à toute l’armée française , afin qu’on puisse le reconnaître. Ceux qui étaient restés devant l’ennemi ^ignoraient cette fuite de quelques hommes entraînés. La brigade s’était ralliée.

En lisant une lettre du 36 juin 181 5 , qui se

termioe par ces mois : <c J’attends de la justice » de Votre Excellence , et de son obligeance pour » moi, qu’elle voudra bien faire inscrire cette » lettre dans les journaux, et lui donner la plus >• grande publicité. » ( Ce qui fut fait en effet. ) On verra qu’un lieutenant avait conçu un plan de campagne contraire à celui du général et qu’il voulût agir dans ce sens. Cette lettre fut écrite à Fouché, et s’exprime en ces termes : « Le i6.

je reçus l’ordre d’attaquer les Anglais dans leur position des Quatre Btus ; nous "mar-

» chûmes û l’ennemi avec un enthousiasme diffi-

« cile à dépeindre : rien ne résistait à notre » impétuosité; la bataille devenait générale , et » la victoire n’était pas douteuse , lorsqu’au mo- » ment où j’allais faire avancer le i" corps d’in- » fanlerie , qui , jusque-là , avait été laissé par » moi en réserve à Frasne, j’appris que le général » en avait disposé , sans m’en prévenir , ainsi » que de la division Girard du 2 * corps, pour les » diriger sur St.-Amand, et appuyer son aile » gauche qui était fortement engagée contre les » Prussiens (x). Le coup que me porta celte nou-

(r) Il n’j avait pas deux armées; l’atle gauche se composait de tout ce qui s’élait porté sur la route de Charleroi à Bruxelles; mouvement obligé par la configuration du théâtre de la guerre. .

It

» velle fui terrible; n’ayant plus sous mes ordreJ » que trois divisions au lieu de huit sur lesquelles » je comptais, je fus pbligé de laisser échapper « la victoire, et malgré tous mes efforts, malgré » le dévouement de mes troupes , je ne pus par- » venjr dès lors qu’à me maintenir dans ma » position jusqu’à la fin de la journée. Vers neuf » heures du soir, le i®'' corps me fut renvoyé » par le général en chef, auquel il n’avait été ■ d’aucune utilité : ainsi vingt -cinq à trente * mille hommes ont été pour ainsi dire para*

» lysés , et se sont promenés pendant toute la > bataille , l’arme au bras , de la gauche à la » droite, et de la droite à la gauche, sans tirer » un coup de fusil (i).

K II m'est impossible de ne pas suspendre un » instant ces détails, pour vous faire remarquer,

»' M. le Duc , toutes les conséquences de ce faux » mouvement , et , en général , des mauvaises dis- B positions prises dans celte journée

» Par quelle fatalité, par exemple, le général » en chef , au lieu de porter toutes ses forces ^ » contre lord Wellington , qui aurait été attaqué » à l’improviste , et ne se trouvant point en » mesure , a - 1 - il regardé cette attaque comme

(i) Voyez- pages 3o, 5i , 55 et 36 .

U secondaire ? Comment , après le passage de la Il Sambre, a-t-il pu concevoir la possibilité de M donner deux batailles le même jour ? C’est » cependant ce qui vient de se passer contre des » forces doubles des nôtres , et c’est ce que les » militaires qui l’ont vu ont encore peine à » comprendre (ï).

» Au lieu de cela, s’il avait laissé un corps » d’observation pour contenir les Prussiens, et » marché avec ses plus fortes masses pour m’ap- » *puye^, l’armée anglaise était indubitablement » détruite entre les Quatre - bras et Gennape , N et cette, position , qui séparait les deux armées » alliées, une fois en notre pouvoir, donnait » au général la facilité de déborder la droite * dés Prussiens , et de les écraser à leur tour. » L’opipion générale en France, et surtout dans » l’armée , était que le général ne voulait s’atta- « cher qu’à détruire l’armée anglaise , et les cirn constances étaient bien favorables pour cela ; a mais les destins en ont ordonné autrement (a).

(1) Relisez les pages 23 et a i-

(2) Si le général français, dont la base d’opérations' était toute la frontière de France du côté de la Belgique, se fut déterminé à choisir l’Escaut de préférence à la Sambre, pour j porter sa ligne d’opérations, et qu’ileut marché sur Mons au lieu de déboucher par Cbarlerot, il

Des consiclératÎQns pénibles ne permettent pas d'examiner scrupuleusement cette lettre ; elles m^eussent même empêché d’en extraire une citation j si on pouvait faire connaître des vérités qui intéressent tant de monde , en racontant des choses sans s’appuyer sur des faits, puisque personne n’a été à même de tout voir. D’ailleurs, ce que j’ai dit précédemment j peut lui servir de réponse, quant aux faits ; je me bornerai donc à quelques réflexions sur les possibilités qu’elle suppose. -,

En admettant que le projet de mouvement sur Gennape qu’elle indique , eût dû produire un bon résultat , ce n’était point le plan du général en chef; et son plan fut-il mauvais , il valait encore mieux 4’adopter, que d’en créer un sicond à part et sans son aveu , ce qui tendait nécessairement à détruire l’ensemble de ses combinaisons.

D’abord , l’occasion de livrer bataille aux Prussiens s’est présentée d’elle-même , puisqu’ils furent les premiers que nous avons rencontrés «ur notre chemin , et qu’à la guerre on doit

aurait pu alors .commencer ses mouvemens contre les Anglais, et tomber ensuite sur la droite des Prussiens, mais tout cela entraînerait encore d’autres suppositions.

saisir toutes les occasions et chercher à en profiter; et puis, est-il convenable, qu’avec cent et quelques mille hommes , on puisse faire une marche de flanc à une lieue d’une aile d’une armée ennemie au moins d’égale force , pour se porter , à quatre ou cinq lieues en arrière, sur une seconde armée ennemie qui n’était pas encore rassemblée', en faisant observer la première, réunie sur une roule qui conduisait sur le flanc des colonnes françaises. L’armée qui était en marche sur les Quatre - Bras , pouvait se retirer par toutes les directions qu’elle suivait pour se réunir, sans qu’il nous fut possible de faire des délachemens pour la poursuivre ; les Prussiens , formés sur une grande route , nous auraient fait perdre l’avantage de l’initiative des mouvemens qu’ils pouvaient saisir à leur tour, pour se porter sur les derrières ou sur un flanc de notre armée. Ce mouvement sur les Anglais n’aurait pu se faire que dans le cas où les Prussiens eussent été à cinq ou six lieues de nous, pour la sûreté de notre ligne d’operation , afin de ne pas devoir changer celle de retraite , en abandonnant notre première communication : il fallait enfin que les Prussiens fussent plus éloignés de nous que les Anglais ; et il existait le contraire.

Un général fait très- bien de courir sur une armée ennemie dispersée, ou qui n’est pas encore ^unie, lorsqu’il n’en rencontre pas une ‘autre sur sa route , qui lui offre la bataille qu’il doit accepter J sur-tout lorsqu’il est lui-même en mesure dé la donner.

On concevra facilement pourquoi le i "■ corps d’infanterie a été paralysé le i6 , et s’est promené deux fois , l’arme au bras , de la gauche à la droite et , en dernier lieu , de la at'oite à la gauche, sans tirer un cdup de fusil; ce n’était certainement pas l’intention du général en chef, puisqu’il entrait dans son plan de le faire -agir sur un des points décisifs de la bataille.

En supposant des fautes de tactique à l’aîle , gauche, elles ne pouvaient pas entraîner la perte des mouvemens stratégiques de la bataille principale , puisque ces fautes auraient eu lieu sur un point qui en était trop éloigné ; mais elles ne pouvaient non plus , par la même raison de l’éloignement, être réparées que par le bon emploi des forces qui se trouvaient là , et par le parti qu’il fallait savoir tirer du terrein. Les fautes provenaient, sans doute, de mouvemens trop précipités, sans s’inquiéter de ce qui devait se passer à droite , et avant d’avoir reçu des ordres successifs exigés par les dispositions de

toutes les forces de rennemi , elles ne devaient point être rachetées aux dépens des combinaisons clii général, en détournant les troupes des lignes stratégiques déterminées , qui sont des distances à parcourir hors du rayon visuel de l’ennemi , par rapport à la ligne de manœuvres de l’armée, pour s’emparer d’un point qui donne delà supériorité sur cet ennemi, en portant une masse de forces sur un de ses flancs, ou sur une autre partie faible de sa ligne, tandis qu’on l’occupe ailleurs ; on faisait de bien plus grandes fautes encore que celles qu’on voulait réparer, en arrêtant ces mouvemens décisifs. Toutes les manœuvres au contraire devaient être subordonnées à ces lignes, se modifier selon leurs directions, avoir pour but de les couvrir et de les protéger : car la tactique n’étant que la méthode d’ordonner, de conduire et d’engager les troupes au combat, n’obtiendrait souvent aucun bon résultat, si elle n’était soumise à la stratégie, qui est l’art de les diriger sur les points avantageux et décisifs d’un champ de bataille , qu’on appelle points stratégiques.

Je crois donc pouvoir dire qu’un échec meme éprouvé à gauche , ne devait pas empêcher le !*'■ corps d’amver sur le village de Bry, puisque le général en avait donné l’ordre,. et qu’alors ce

mouvement entrait dans le plan de la bataille principale ; il convenait beaucoup mieux que les troupes de gauche se retirassent sur le corps , cela ne nuisait à rien ; nous avons vû d’ailleurs qu’il n’était point en mesure de porter de prompts secours aux Quatre-Bras.

Les fautes commises le i6 pouvaient être rachetées le i8j si l’aîle droite eût bien secondé le général dans ses mouveinens des et i 8, si celui-ci en eût reçu des rapports exacts et aussi prompts q«e cela pouvait se faire ; car il a dû croire que l’armée prussienne s’était retirée sur NamurousurWavre;a-t-il fait une faute, comme quelques militaires le prétendent, en détachant un corps pour la suivre par la rive droite de la D)'le, «tandis qu’il marchait sur la.rive gauche? L’armée ennemie n’était point détruite : un de ses corps n’avait point combattu , la rivière dont nous suivions le cours , est couverte de ponts de pierres : il y en a un à Moustier , un à Limeletle, un à Limale , un à Wavre , et l’infanterie peut encore passer au moulin de Bierge et autres. Les trois premiers ponts se trouvent dans l’espace d’une forte lieue, et le plus éloigné n’est qù’à deux lieues de W avre.

L’auteur des Considérations sur VArt de la Guerre, faisant connaître le mouvement du 17,

dit ; « Nous nous mettons en marche sur deux » colonnes. La colonne principale , après avoir » rallié les troupes qui s’étaienfbatlues la veille » aux Çaatres-Bras , suit la route de Bruxelles, » et trouve, à l’entrée de la huit , l’armée an- » glaise en position au village de Mont-Saint- » Jean. Notre colonne de droite, forte de trente » mille hommes , chargée de sûivre les mouve- » mens des Prussiens, incertaine de leur direc- » tion (i) , s’arrête à Gembloux , non loin du » champ de bataille de *la veille. »

La colonne de droite était composée des 3' et 4* corps d’infanterie ; delà division du général Teste , détachée du 6' corps ; des .six régimens de cavalerie légère , commandés par le lieutenant-général Pajol ; d’un corps de huit régimens de dragons, "sous les ordres du général Excelmans; de la division du lieutenant-général Maurin, formée d’un régiment de hussards, un de chasseurs et deux de dragons. Cette colonne qui avait une nombreuse artillerie , était forte de

(i]Lc 17, à neuf heures du majtin, les rapports d’ayant-gardes de la colonne de droite avaient indiqué la direcûou des Prussiens; à midi, on en avait la certitude, et tous les renseignemens pris et donnés jusqu’à la nuit ont été la confirmation des premiers.

trente-cinq mille hommes; elle s’arrêta effectivement à Gembloux , à deux lieues de Sombref, et toutes les troupes qui la composaient, formaient la droite et une partie du centre à la bataille de la veille. La division Teste était arrivée, à huit heures du soir , sur le plateau , en face de Sombref, où elle avait bivouaqué.

Dès le matin du 17, la cavalerie légère du général Pajol s’étant portée sur la route de Namur, prit dix pièces de canon et beaucoup de bagages à l’ennemi , après avoir sabré et dispersé les hussards qui les escortaient. Je commandais une brigade de dragons du corps d’Excelmans; je fus envoyé comme tête de colonne derrière la cavalerie légère pour la soutenir en cas de besoin; je ne dépassai pas Barrière, village sur la route, près de l’Orneau qui coule de Gembloux, et j’appris là , par les habitans , qu’un gros de cavalerie ennemie avait suivi, en désordre, cette route la nuit avec des voitures; mais que l’armée prussienne se retirait par JVavre, et qu'il jr avait encore beaucoup de rtionde à Gembloux. J’en rendis compte et je reçus l’ordre de me porter de suite sur Gembloux. J’étais devant cette ville avec ma brigade , à neuf heures du matin, où, accompagné de généraux instruits, nous vîmes un corps prussien , que nous ju-

geâmes être de plus de >vingt mille hommes , bivouaques en arrière, tenant une ligne de vedettes en avant de lui sur l’Orneau. C’était évidemment l’arrière-garde chargée de protéger la retraite des colonnes qui devaient être dans ce désordre que cause toujosurs un mouvement forcé et commencé pendant la nuit, h la suite d’une bataille perdue; c’était enfin le corps de Bulow qui était arrivé très-tard dans cette position et s’y était établi. Les restes des deux premiers corps prussiens s’étaient retirés par Mont Saint- Guibert, et le troisième par Walbain. , .

On avait envoyé la division d’infanterie du général Teste pour appuyer le général Pajol sur la route de Namur; elle prit d’abofd position sur les hauteurs de Mazy, elle suivit ensuite la marche de la cavalerie légère jusqu’à Saint-Denis. Ce corps se trouva sur le flanc gauche des Prussiens qui étaient à Gembloux ; ceux-ci firent tranquillement leur retraite entre deux et trois heures après midi, par Sart-à- Walhain et Tourrinnes, dans la direction de Wavre, en éclairant les bois de Bus et de Maleves.

La division de dragons du général Chastel traversa Gembloux une heure après le départ

4e Ôulow; elle reçut ordre de s’arrêter au moiiliu à 'veut, h une petite lieue au-delà de la TÜIe, où elle resta jusqu’à la nuit. On fil cantonner les huit réginiens de dragons dans les villag'S et fermes pn avant et à droite de Gcmblr»iix, à l’excepliori pourtant de la prcunière brigade de la division Chastel, commandée par le piaréchal de camp Bnnncmainj qu’on envoya à Walh ain vers la chute du jour; ce général fit connaître , par de doubles rapports, la marche des Prussiens sur Wavre. Le i 5’. régiment de dragons, commandé par le colonel Chaillotj fut envové en même teins à Perwez-le-iVIarchez; cet officier, qui entend bien la guerre, apprit positivement encore, par des prisonniers qu’il avait faits dans sa rnârché et par les paysans, que les colonnes prussiennes et les hommes dispersés étaient dirigés h Wavre, et il én rendit compte Sur-le-champ. ,

Les 3®*. et cot’ps d’infanterie restèrent à Gernbloux ; la division Teste , avec la cavalerie du général Pajol , revinrent de St.,Denis, par Bossières , s'établir à Mazy ; la division • Maiirin Testa près de Gémbloux , sur la rive droite de rOrneau. Le quartier-général demeura dans celte ville.

La Colonne principale marchait à grand pas ,

par la route de Bruxelles , sur les traces d’une armée , dont une petite partie avait combattu la veille ; elle fut , ce jour-là , établir son quartier-f»énéral à la ferme de Caillou, près Planchenoit. Depuis les Quatre-Bras,.la division Domon avait t'ié détachée pour éclairer la rive gauche de la Dyle , et jxmr reconnaître le pays entre celle rivière et la route de Bruxelles ; le régiment de chasseurs poussa jusqu’au pont de Moustier ; ses tiraillfeurs échangèrent , à cette hauteur, quelques coups de carabines avec des cavaliers prussiens qui ne parurent pas vouloir s’engager ; ce régiment se retira , la nuit , sur sa division,hivouaquéeàdroitedu quartier-général.

Il n’y avait pas de difficulté pour l’aile droite d’aller le ir , s’établira "Walhain , puisqu’une brigade de cavalerie a pu le faire. Cette colonne avait été détachée , pour suivre une armée battue ; nous avons dit quelle était composée de troupes qui , la veille, formaient la droitp et une pai'tie du centre de l’armée victorieuse; elles avaient peu de marche à faire ; elles étaient assez nombreuses et bien disposées pour attaquer vivement un ennemi en retraite et le précipiter sur Wavre où il aurait trouvé son pont-cVov : les colonnes ennemies étaient désunies et éparses ; ses masses , démolies parle canon du i6 , en-

foncées le même soir par les cuirassiers français , avaient laissé écliap[)er une infinité He l'uvards dont les bois et les villages des deux rives de la Dyle étaient remplis , et que la cav .lerie prussienne ramassait et dirigeait sur Wavre. Les flanqueurs du corps de dragons de l’aîle droite' en trouvèrent encore beaucoup dans la niarcbe tardive du i8 , vers la route de Louvain à Namur; ilsramenèrentdesdétacbemens,ruu ayant un officier sa tête. Il arriva une foule de ces fuyards à Namur , à Liège, et je pourrais peutêtre dire à Anvers , même après la bataille du i8.

Tous ceux qui connaissent les premiers principes de la guerre, savent combien il est impqrtant de poursuivre sans relâche une armée bat lue, encore épouvantée de sa défaite , qui a perdu . son ensemble , et dont la combinaison centrale acessé d’être en harmonie avec la force qui consiste dans la réunion de toutes ses parties, alors sans rapports immédiats enir’elles, ni avec la volonté qui devait les faire agir; ceux-là, disqe, demanderont pourquoi , lorsque, le ly, à neuf heures du matin, on eut reconnu un corps prussien à Gemblüux , le 4'“'- corps d’infanterie , qui était resté en position à Ligny, n’a pas été mis de suite en mouvement pour uiarcher avec icô Imit

. régimensfledragonsd'Excelnians, et attaquer ce corps pnissieii, tandis que celui du général Vandamnie, avec la division de cavalerie du général IVIaurin,s’éclielonnanlsur le 4*“ .,elniiiiioeu\ rant par sa gauche, se seraient portés sur Walhain j quand surtout le général Pajol était à St. -Denis avec une division d’infanterie, six réginiens de cavalerie légère et vingt pièces de canon. Ce général, qui fait bien la guerre, qui sait inspirer une grande confiance à ses troupes, .se trouvait dans une situation heureuse pour opérer sur le üanc gauche de Bulow , ayant avec lui un j oint d’apjjui jM'tir manœuvrer sur la inêiiie ligne d’opération de l’aile droite , par le secours de son infiinterie également commandée par un bon général. Pajol eut ccrlaineuienl mis Bulow dans un grand embarras, si le commandant de la colonne de droite eût ordonné une attaque que notre n^arche rendait oblique : comment alors ce général prussien aurait-il pu arriver au jiont de ^^ a\ re, poursuivi etjjressé sur ses deux flancs, pui.squ’ou pouvait encore lui Jeter dtmze rcgimens de cavalerie sur sa droite. Toutes nos troiij es étaient sous la main ; et les autres corjts des Prussiens étaient déjà éloignés, et ne cherchaient jioint à perdre de tems. La poursuite d’une petite colonne ennemie , dispersée et jetée sur la roule de

Namnr , semblait avoir porté exprès un corps français assez considérable , dans In nialinée du 17, à Saiiil-Denis ; quel parti on pouvait tirer de celte marche! elle ne servit qu'à déterminer pliilüt la retraite de Bulow, qu’onavait observé dans'.sa position , |)enda:il cinq à six heures , sans brûler une amorce avec ses avant-postes. On ne l’a pas même suivi dans su retraite, lorsqu’il lui a plu de la faire , et le bruit smil du canon , ce jour-là, aurait empêché l’armée prussienne de recueillir dix mille hommes qui se «ont retrouvés le lendemain dans ses ranj»'^.

Si celte colonne de droite eût marche , le 17, avec celte vigueur qui c uivenait à sa force et à sa silualion;si elle se fiit seulement avancéejiisqu’à la hauteur du pont de Moustier , que l’ennemi aurait dû détruire , le prince liluclier , battu la veille, aurait jugé «pi’il avait derrière lui un corps nombreux , et comme, dans ses rapports, il prétend avoir été attaqué, le i6, par cent trente mille combaflans , il aurait cru , sans doute , "être suivi le 17 par cinquante mille • hommes ; il aurait rpUéchi à quel danger il s’exposait, avant de faire sa marche de liane, le 18 au matin sur Waterb’o. Le général anglais eût {»eut être appris trop tard qu’il ne pouvait recevoir les secours qui lui étaient promis. Car

(lan.s in n^nlinée (]ii 17, l’armen prussienne réunit .'I peine trente nnile lioimnes tie ses trois premiers corps , qni en comptaient (|iiatre-vinf>tdix initie le lO au malin; elle en avaitj tout an plus quarante mille le 18. Son quatrième corps qui ne prit aucune part à l’allaire , comme nous lavons vu, était resté intact. Celte armée, telle quelle était alors , a pu seulement se rasseml)ler à ^vavre, laissant une arrière-garde à la Barraque, afin de couvrir les ponts par lesquels il lui rentrait toujours des hommes que rassurait le ralniP de la journée.

Le 18, la colonne de droite se porta en avant, dans 1 ordre et dans les directions suivantes : Le général Pajol , avec l’in fan lerie et la cavalerie sous ses ordres, partit de Mazy à ciiiq l.-eures du matin, pour marcher par St.-Denis, Grand-lez ^uurrines , ou il devait attendre de nouveaux ordres.

. Les huit réginions de dragons du corps d’Ex-

celinaiis se sont mis en route h huit heures du matin , et passant [larSt.-Marlin , ils ont jirolon^é leurmarclie ju.sqii’à la rouUîrle Namurà Louvain. • Les 5 ^. et 4 '- corps d’iiifanlerie furent mis en mouvement entre neufeUlix heures du matin, en iine.seule colonne, qui marchait par Walliain, sur >Vavre, éclairée , vers la Djle , par la divi-

sion ils cavalerie du gtinénd Maurin. Ce lientcnant-général ayant été blessé , le i6 au soir , le maréclial-de-camp Vallin avait pris le commandement de sa division; la colonne n’élait encore qu’au village de Walhain lorsqu’elle entendit les premiers coups de canon du Mont-Saint- Jean. Le lieutenant-général Gérard , commandant le 4'. corps , fut d’avis qu’il fallait marcher au canon par la rive gauche de la Dyle, afin d’opérer sur la meme base avec l’armée principale. qui était en action. Ce conseil était conforme aux bons principes de la guerre , par la seule raison qu'il aurait fait diminuer l’étendue du front de l’armée , et qu’en outre, s’il eût été suivi, il mettait Paîle droite en communication avec les troupes engagées, afin d’étre à même de les .soutenir ou d’en recevoir des secours : on trouve bien vite les moyens de se développer lorsqu’on est réuni. Cet avis était encore donné bien à propos , puisqu’on arrivait h hauteur du pont de Moustier , qu’on pouvait passer, en poussant des reconnaissances en avant, sur ceux de Limelette et de Limalle ; mais un autre conseil prévalut , et l’on fit l’énorme faute de se porter en masse sur le point de Wavre.

/ Le 3®. corps d’infanterie, qui marchait en tête,

rencontra une petite arrière-garde ennemie à la

Harraqiie, petit village en avant dcsLoisdcSaraU et de VVarloml'ront ; il y eut un léger engage^ * nient , oii l'ennemi présenta peu de résistance.

On se trouvait alors en mesure de passer laDyle par Moustier et par Lirncîette , en faisant rcconnaitre Wavre ; le canon de gauclie n’avait pas cessé de nous appeler, Quel(|ues coups tirés ît la Ilarraf|tie , avait fait revenir le corps d Excelnians sur Dion-le-^îont , pour appuyer l’infaiile*rie derrière laquelle il marcha sur \Vavrc. Nous arrivâmes vers deux heures après midi, devant cette ville, où Je corps de Vandampie essaya de .s’ouvrir un passage par le pont ; celui de Gérard faisait la iiiènie tentative sur le moulin de Bierge. La division de cavalerie , commandée par le maréchal-de-camp Vallin , observait les Ponts de Limelette et de Linialle , qui sont très' rapprochés l’un de l’autre; le fcorps des huit régimens de dragons resta derrière, et à droite de 4

l’infanterie du 3'. corps , à attendre qu’on lui eût ouvert un passage; le général Pajol était ù Toiirrines.

Le lieutenant -général Gérard insistait alors pour tourner la forte position de Wavre , en passant le pont de Limalle , et prcsqu^aussittjt il fut blessé assez dangereusemeul devant le moulin de Bierge.

« Le 1 8 , continue V auteur des Considérations » surl'Àrtde la guerre ^ nous employons toute » lü matinée , jusqu’à niuli , à développer notre » armée , et à nous préparer au combat. Nous » avions cinquante-cinq mille combattaus,non- » compris notre colonne de droite , de trente » mille hommes, qui, dès le matin , était para lie de Gtunbloux poursuivre la marche des a Prussiens sur la route- de Wavre. Cette coa loqne, séparée du reste de l’armée par la ri- » vière fangeuse de la Dyle , resta près de W avre , a à près de trois lieues du champ-de bataille , a éloignement fatal au succès de la journée ! le » combat s'engage à midi au Mmit-Sl -Jean , et a nous sommes privés de ce corps de trente a mille hommes, que le général français semble a avoir oublié loin de lui , par un aveuglement I* ou une présomption sans exemple ; et cette ji colonne, reste stupidep:ent sur la rive droite » de la Dyle , au lieu d’accourir vers le bruit a du canon , pour prendre part à la bataille; a au lieu du moins de marcher vivement sur les » traces des Prussiens, qui passent la Dyle à a n’avre et viennent renforcer l'armée anglaise».

Nous verrons que la colonne de droite n’était point oubliée du général truncaTs , et que ai elle ^ resté slupi4ement sur la rive droite!

delaDylc , c’cst qu’elle Ta bien voulu; ce n’éhiit pas faute de ponts ; elle en avait laissé trois à sa paucbc pour arriver sur Wavre , et l’ennemi aurait dû les faire rompre , avant d’oser enlreprendresa marche de flanc h travers de longs défilés, s'ileûtconnu les forces qui le suivaient.

Je crois devoir rapporter ici un passage oii M. Giraud dit, page 4 : « Ce qui reste certain ,

« c’est que le général en chef connut le danger »

>i qu’il chercha à l’écarter, et que ce ne futpoint,

» comme on l’a dit, en aveugle, sans avoir rien *» prévu , rien calculé , qu’il se jeta sur les An- » glais. En effet , mieux instruit des manœuvres » des Prussiens, il dépécha au commandant de » la colonne de droite , l’ordre de les suivre le )) plus vivement qu’il poun'ait et de déboucher )) sur IVavrc. . . . Pour donner le tems du chef )) de cette colonne de prende l’importante po- )) silion qui lui était assignée, le général tint » lui-même sans agir , l’armée en bataille. A une «heure, il a dû penser que l’aîle droite s’était » mise en mesure de contenir les Prussiens , et « il donna de son coté le signal de l’attaque.»

Jj’ordre de suivre les Prussiens le plus vivement qu’oti pourrait , et de déboucher sur Wavpe , ne voulait pas dire de s’arrêter , le I J , h Grmbloux , et de chercher à déboucher ,■

par Wavre le i8 ; c’est pourtant ce que nous avons fait. On ne trace point h l'arniée, et devant l'ennemi, des feuilles de route telles qu’en donnaient les commissaires des guerres à de.s détaclicmens qui rejoignaient leurs corps par lieues d'étape : la marche dépend alors des événemens et des circonstances ; le général doit savoir les distinguer et les saisir. Le conseil donné par le général Gérard , au village de Walhain , en est une preuve.

Les mouvemens irrésolus de la colonne do droite , dans la journée du , ne peuvent p.as être considérés comme une marche; cc n’était qu’une grande manœuvre de niasses , dans une espace de deux lieues , pour se concentrer sur Gembloux , où. l’on ne fut réuni qii’assez tard, ce qui senvblait préparer, pour le lendemain , un mouvement .stratégique dont on voulait dérober les préparatifs h l’ennemi, M ais cette lenteur doit être regardée comme une faute énorme , quand on connaît la marche rapide de la colonne principale sur la route de Charleroi à Bruxelles, et lorsque celle de droite , qui no traînait pas de pontons îi sa suite , n’avait point cherché d'abord .à s’a.ssurer d’un pont sur la Dyle, qu’à la vérité elle n’a point eu envie de passer. Si ces premières fautes , et le retard du

au matin ont trumpé le prince Fl icher sur les forces (jui le suivaient , il le lui eiK ctie par les rapports de lord V’e!lin^loll , qui lui disaient : qv'il n voit toute I rrnire fr\ nçaise en tcte , et qu’il i’attendait à ti ut nitnicnt à être ait ,quc...

Eu lisant les rapjiorls prussiens , en voit que le i8 , à huit heures du matin , le prince Blucher est parti de VVavre, avec ses j>lus grandes forces,. pour se diriger vers les Anglais , laissant son Iroisit'ine corps chargé de la dérensede cette ville si celle niar< he de flanc ne fut pas faite sous les v'eux dé l’aile droite de l’année française, c’est (|u’;‘j la même heure elle sortait à [leine de ses cantonneniens de Cemhloux Le cotfiinandanl de celle aile, droite et le general jirussien se faisaient réciproquement beau jeu ; Ce dernier en a profité; sans le connaître , mais non sans crainte j'cndant sa marche.

Le meme jour, vers six heures du soir lefcldmore'chfdBluclier reçut hi nouvelle que legénéred de TiiielnwTin,(\\.ù comniamluil le troisième corps prussien , e'tait (Moqué à U'avre par un corps ennemi très-considerable,etque déjà anse disputait la possession de la ville; mais le prince jugea trèsbien qu’il ne |',ouvait pas rétrograder^ et jlit : que le succès de la journée dépendait de l’issue

àu comba' du Mont-^..-Jean, et que la victoire sur ce point principal devait faire oublier i’ échec de fV.avre. Le général prussien avait cru et croyait encore , que le 3 '*. corps , commandé par le général Vamlamme , marchait seul sur Wavre , et que tout le reste de l'armée française était réuni devant les Anglais. Une lettre de lord Wellington au comte Bathurst, datée de Cateau , le 22 juin 181 5 j dit également : « Le il 3 « corps J qui, comme j’en ai informé V. S.

» dans mes dépêches du 19 , avait été détaché » pour observer l’arniée prussienne , resta jus- » (pi’au 2odanslesenvironsdeAVavre.il fil alors » sa retraire par Namur et Dinaut. Ce corps est » le seul qui soit resté entier, n

D'après ce qu’on vient déliré, il n’est per-, sonne qui ne lire des conséquences fâcheuses du peu lie marche de la colonne de droite, le de la prudence , ou pour mieux dire , de la timidité qu’elle a montrée pendant la même journée devant Balow , et de son départ tardif le 1 9 , des cantonnemens de Gembloux. Toutes ces fautes ont dû donner une grande sécgjité à l’ennemi, et le fortifier dans son erreur sur le nombre des troupes qui marchaient sur ses traces; elles n’ont sans doute pas peu contribué à faire premlre au général prussien ' la détermination hardie et gé-

ncreüse de ingircher au secours de son allié ; mais quel iimiiense avantage pouvait en tirer rarraée française , si , aux premiers coups de canon qui se firent entendre à Walliain, le commandant des troupes , sur la rive droite de la Dyle, animé de celle force d’àme , de celte fermeté de caraclère J premières vertus d’un génénéral . doué du coup-d’œil militaire que doit avoir un grand capitaine vieilli dans le mélier des armes, et qui lui faisant deviner les desseins de r’ennemijiar ce qu’il a fait lui-même ,1e porte aux entreprises audacieuses sans le secours d’un conseil, qui, pour être bon , devrait secomjioser d’hommes connaissant bien la guerre, et n’étant point jaloux de la réputation de celui qui commande; si ce général eût saisi l’à-propos, ce secret de la victoire, en interprétant ses ordres selon la mobilité des circonstances, s’il eiit enfin bien conçu les dispositions du général en chef, qui étaient faciles à deviner, il se fui porté rapidement sur le pont de Mouslier pour se rattacher à la ligne intérieure de l’armée , en poussant de fortes reconnaissances de cavalerie par les deux rives de la Dyle pour protéger le passage de cette rivière. On eût alors connu bien vite la marclie des Prussiens ; on prenait une direction concentrique,

au lieu de suivre une ligne divergente en se portant ù Wavre , et certes, le général anglais qui s’é’tait arrêté au Mont-St.-Jeaii , pour avoir compté sur le secours de ses alliés , aurait été bien déçu dans ses espérances. Les colonnes prussiennes , prévenues dans leur marche, ou attaquées en flanc dans les longs défilés de Chapelle-St. -Lambert et de Lasne, auraient eu assez de besogne pour se défendre, sans vouloir porter un secours bien nécessaire à lord Wellington ; car le feld-maréclial Bluclier nous dit encore dans son rapport': Lp- désordre se mettait dans les rangs anglais. La perte avait été considé'able ,• les réserves avaient été avancées en lignes , la position du duc était des plus critiques. Le feu de mousquetterie continuait le long du front ; Vartillerie était retirée en seconde ligne ; déjà l’ennemi se croyait sûr de la victoire.

Le commandant français de la colonne de droite n’ignorait pas la marche de l’armée principale sur la route de Charleroi à Bruxelles.

A peine eut-on entendu les premiers coups de canon de la gauche, la progression en lut si rapidement croissante , qu’elle nous fît bientôt connaître qu’il y avait une grande affaire engagée de ce côté là. Quel dessein alors a pu lui faire prendre la détermination d’éloigner trente-

tînq mille lionitnes de la bataille , en les portant de\aiit V\ avre, le neZ sur une rivière? on's’é-* cariait davantage par celle marche , pulMjiie le cours de la Dyle et la rùute de Bruxelle semblent former les deux cotes d’un angle , dont le Sommetserait vers les Qualre-Bras: on était déjà bien convaincu que l’armée prussieijue ne sétait point retirée sur Namur.

'.Pouvait- on supposer qu’elle eût prolongé sa retraite au-delà de Wavre? ou dev;i'on croire qu’elle était toute entière derrière la D^fle sur ce point-là? la première ‘supposition n’était pas vraisemblable ^ puisqu’on se battait à notre^ucbc; mais , eût elle même paru possible, il fallait faire observer Wavre et marcher au canon ; la seconde supposition devait faire présumer que les Prussiens se lieraient parleur droite aux Anglais ; et dans ce dernier cas , il fallait encore passer la Dyle pour s’opposer < du moins, à ce que celte armée ennemie ne prît aucune part à l’action de gauche , dont le canon nous annonçait sans cesse toute l’importance. *

Au lieu de cela, nous avons tous marché sur Wavre, sans même avoir reconnu le pont de Mouslier; nous avons resté une partie de la journée à lancer des boulets de bas en haut.

«ontre une position formidable au-delà d'un* rivière, que par tout ailleurs nous eussions déjà pu passer sans brûler une amorce, Mais on a dirigé des attaques successives d'infanterie contre le pont deWavre et le moulin de Biergje, où l’on perdit du monde inutilement sur les deux seuls points que l'ennemi pouvait défendre avec avantage. Les quatre cinquièmes de notre infanterie ne pouvaient pas être engagés devant Wavre, et dix-huit régimens de cavalerie étaient à ne rien faire, et en partie jetés en arrière et à droite où il n’y avait personne , car , indépendamment du corps de Pajol, qui était à Tourinnes, je reçus l’ordre d’envoyer un régiment de ma brigade ( le 17e. de dragons, colonel Labiffe) , en reconnaissance vers la route de Louvain à Namur , et le moyen de bien assurer la droite et les derrières de ce corps eût été le passage de la Dyle.

Pendant que nous perdions des momens précieux devant Wavre , et que nous nous occupions si mal à-prôpos de notre droite , le général français , informé de ce que nous aurions dû conixaître mieux que lui, avait fait parvenir des ordres par des détours h travers un pays libre , où nous n’avions pas voulu pénétrer. La lettre du commandant de la colonne de droite , datée

de Dînant le 20 juin i 8 i 5 , qui en est Taccusé de réception J est en même temps la critique de nos fausses manœuvres; il est dit dans celle lettre : « Ce n^est quaprès les sept heures du » soir J le 18 juin, que j’ai reçu la lettre du duc » deDalmatie, qui me prescrivait de marcher » sur Saint-Lambert, et d’attaquer le général

» Bulow Dans cet état de choses, impatient

fl de pouvoir déboucher sur le mont Saint- » Lambert , et coopérer au succës de nos armes ^ » dans cette journée si importante, je dirigeai » sur Limalle la cavalerie de Pajol, la division » Teste, et deux des divisions du général Gé- » rard, afin de forcer le passage de la Dyle, » et de marcher contre le général Bulow. Mon » mouvement sur Limalle prit du temps > en » raison de la distance (i) ; cependant j’arrivai, Yi j’efiectuai le passage , et les hauteurs furent n enlevées par la division Vichery et la cava- » lerie. La nuit ne permit pas d’aller loin, et je > n’entendais plus le canon du côté où 'vous U vous bqttiez. »

La division de cavalerie, commandée par le général Vallin, passa d’abord le pont de Limalle

(1) £n marchant sur Wa^rc , nous avons passé à une denii-lieuc des ponts de Limeletlc et de Limalle.

vers six heures du soir, sans éprouver de résistance; elle fut suivie, une heure après, par la division Vichery, et enfin de tout le quatrième corps.

A quatre heures après-midi., on envoya des ordres au général Pajol , à Tourinnes ; il n’arriva h Limalle que vers huit heures, avec sa cavalerie. La division Teste, qpi suivait d’assez près, se porta, , par le même pont de la Dyle, sur les hauteurs de droite, pour appuyer l’attaque du village de Rosieren, qui fut enkvé à l’ennemi entre neuf et dix heures du soir, ce qui nous rendit maîtres de la route deWarre à!&*uxelies. Le corps du général Vandammc était toujours devant Wavre, et avait porté une de ses divisions vis-à-vis le moulin de Bierge; le quartiergénéral fut étahi à Idmalle.

Lé 19, à trois heures du matin, le général de Thielmann , voulant rétablir sa communication avec Bruxelles, attaqua les troupes françaises sur Rosieren et Bierge; le peu de forces qu’il pouvaity employer furentfacilemfent repoussées, Vandamme faisant alors passer une de ses divisions par le mouUn de Bierge , que l’ennemi avait dû dégarnir pour se porter en arrière et défendre sa droite. Ce fut le même jour, sur les hauteurs du village deBiCtge, que le général Penne, qui

commandait une brigade de la division Teste, trouva une mort glorieuse ; il emporta les regrets de tous les braves, parmi lesquels il occupait une place distinguée.

Le corps de dragons venait aussi de passer le pont de Limalle, lorsque, vers les neuf heures d.u matin, l’arrivée d’un aide-de-camp du général Gressot vint nous apprendre les malheurs de la gauche. On voulut en vain en cacher la cause ; chacun connut dès-lors les fautes de l’aile droite, et en gémit. On ne pouvait plus les réparer; il fallut songer à la retraite; elle n’était pas à comparer à celle des dix mille, après la bataille de Cunaxa : nous n'élions pas éloignés de nos frontières, et nous n’avlons à parcourir qu’une contrée d’amis : l’accueil généreux de la ville de Namur ne sera jamais oublié par ceux qui en furent les témoins. Cette ville, naguère française, reçut et traita nos blessés comme ses propres enfans; nous ne saurions trop le répéter à toute la France : Namur. a bien mérité de notre patrie? Quelques transfuges, échappés de nos rangs, arrivèrent dans celte ville la veille de la bataille de Fleurus; ils y furent honnis !

Sept régimens de dragons du corps d’Excelmans, avec les blessés et l’artillerie de réserve.

SC portèrent rapidement sur Namur pour s’assurer du pont de Sambre ; les premiers entrèrent dans cette ville le même jour à quatre heures du soir. L’infanterie a resté en position devant Wavre jusqu’à minuit, appuyée et éclairée, à sa droite , par le corps de cavalerie du général ^ Pajol; à sa gauche, par la division aux ordres du général Vallin ; le 30*. régiment des dragons du corps d’Excelmans, marchait avec les colonnes du centre. Celte infanterie arriva à Namur, le 20, dans la matinée, après avoir livré plusieurs combats très-sanglaus aux Prussiens qui la suivaient avec ardeur, et dans lesquels le 30 ‘. de dragons, commandé par le colonel Briqueville, fit quelques belles charges, reprit deux pièces de canon qui avaient été abandonnées un moment au pouvoir de l'ennemi , auquel il enleva en outre un obusier. La division Teste resta chargée de la défense de la ville, ce qu’elle fit, sans canon, jusqu’à six heures du soir, contrele troisième corpsprussien, qui y perdit vainement près de trois mille hommes. Teste ne quitta Namur que lorsque tout fut évacué et que les hauteurs de Bouvigne et de Dinant étant déjà occupées par nos troupes. L’ennemi ne nous fit suivre ei^ deçà de Namur que par quelques: éclaireurs.

Le quartier-général s’était porté à Dinant.

Je me sens entraîné à faire ici qiïelques réflexions sur les résultats des fausses manœuvr e de notre aîle droite, et sur les conséquences de sa position, prise contre toutes les règles de la tactique et de la stratégie , dans l’aprcs-midi du iS juin, qui a fait errèr le général en chef dans son plan d’attaque , calculé sur les mouvemens présumables de plus de trente mille hommes, sur lesquels il devait compter. Qu’at-il dû penser, en effet, loi’squ’à huit heures du soir les Prussiens arrivèrent en force sur le flanc droit de son armée? Devait-il croire qu’une colonne française se serait séparée de lui pour s’en éloigner de quatre lieues, sans y être contrainte. par aucun mouvement de l’ennemi, et qu’elle se serait placée de manière à ne pouvoir ni porter ni recevoir des secours, mais à être obligé de faire une retraite excentrique au moindre échec. Car, en supposant encore, que les Prussiens n’eussent pas marché vers les Anglais, le corps de droite les plaçait eu ligne défensive sur cette autre armée ennemie, tandis qu’il formait une bgne d’opérations extérieure , hors des points par où il devait communiquer, et assez éloigné par sa position du reste de l’armée pour’ que les Prussiens, devenant alors maîtres de leurs mouvemens, 'pussent prendre l’initiative pour isoler ce corps français

et lui livrer sans inquiétude une double bataille ^ en s’avançant sur les ponts de Limalle et de Limelette. Une armée qui se divise pour courir en même temps deux chances séparées, sur deux champs de bataille , sans rapport entre eux , mais qui laissent toutes les communications à ses ennemis , perd la moitié de sa force avec l’unité d’action , s’expose à faire écraser l’une des deux parties , si l’ennemi tnanœuvre habilement, et c’était le cas dans le- ([uel nous nous plaçions devant Wavre.

Si le général français eut connu la position dè cette aile droite, rien ne l’empêchait, dans la nuit du i8,de venir, avec un peloton de cavalerie , la rejoindre par le pont de Mousticr , et , à la tête de trente mille hommes frais et bien disposés, que ne pouvait-il pas entreprendre contre des ennemis bien plus étonnes de leur bonheur que certains de la victoire?

si , avec vingt mille hommes bien déterininés, il fut venu fondre sur les derrières dé ses ennemis, peu réunis alors , et occupés à pottwuivrè avec abandon , parce qu’ils ne trouvaient plus d’obstacles , que d’espérances n’auraivü pas ren* dues à la patrie désolée!

Mais l’ailc droite dé l’armée framfaise étant livrée h elle-inême, le 19 au matin, et privée

de toute espèce de renseignemens ; ayant , par ses propres fautes, détruit toutes les combinaisons qui donnent de la force aux armées, elle s’était mise dans la dure nécessité de ne songer qu’il faire, le mieux possible , la plus mauvaise retraite sur les premières places frontières de la France, ce dont elle s’est bien acquittée.

Si le général français eût osé croire encore que son aile droite, dont il n’avait aucune nouvelle, arriverait intacte le 31 juin à Givet, il serait venu en prendre le commandement, ^t, connaissant tout le mal qu'il avait fait à l’ennemi, au lieu de détourner, comme en l'a fait, son infanterie par Rheims, il eût accouru reprendre en masse la ligne d’opération à Laon ; là, il aurait pu réunir beaucoup de mcnide; il aurait donné à son armée le temps de se reconnaître, et à la France celui de réfléchir. La capitale n’aurait point été étourdie par l’arrivée subite des troupes étrangères, et la désastreuse capitulation de Paris n’aurait point eu lieu. L’armée française avait encore les moyens de marcher de nouveau sur Bruxelles, et l’ennemi aurait été réduit à une retraite bien difficile pour sortir de France.

De misérables aventuriers qui se disent Français , avaient cru rendre service à nos en-

nemis en leur livrant le Pont-le-Pecc; ils avaient assuré la destruction du reste de l’armée prussienne, et celle de son alliée, si des hommes, qui croyaient gouverner la France, n’eussent point enchaîné le courage d’une armée outragée d’être trahie et vendue aux intérêts de quelques coupables , qui voulaient se racheter aux dépens de l’honneur de leur pays: l’armée française n’avait trempé dans aucun complot; elle était nationale comme elle l’est

aujourd’hui ; elle était sensible à la gloire!

elle s’est laissé sacrifier parce qu^elle l’a cru nécessaire au bien de sa patrie : elle avait plus d’une fois prouvé qu’elle pouvait mourir pour elle.

L’emploi prématuré de la cavalerie française îi la bataille de Waterloo, qu’on regarde avec raison comme une grande faute, a paru s’être fait successivement à la suite d'une charge de celle des Anglais, et non par un ordre général ; on aurait pu la retirer au lieu de faire appuyer une entreprise aussi • courageuse , qui devint funeste, quoique ses chocs eussent ébranlés et même enfoncés plusieurs carrés ennemis. On a, il est vrai , trop souvent abusé de la promptitude des mouveraens de cette arme, et fatigué les chevaux avant la fin de la bataille, où ils

deviennent si nécessaires quelle qu’en soit l’issue, t '

On peut, avec certitude, se résumer it dire que l'armée française devan*t Waterloo, telle qu’elle était le i8, aurait vaincu les Anglais, si les Prussiens ne fussent arrivés à leur secours / par une marche hasardeuse entreprise sans assez connaître ce qui se passait ; marche dont le chef de celte armée nous a donné depuis un exemple sous Paris, mais avec plus de sécurité. Ce mouvenlentdu i8 ,qui devait faire éprouver les plus grandes pertes aux restes de l’armée prussienne, si la colonne française de droite eût opéré militairement et avec la hardiesse qui convenait à sa force et à sa situation , a changé la scène de Waterloo, qui devait être le tombeau de l’armée anglaise. C'est avec raison que le feld-maréchal Blucher désirait que cette bataille portât le nom de la Belle-Alliance (i) ,'p«isque ce fut tout près dec tle ferme que s’est prononcé 1© mouvement des Prussiens qui a-soul déitérminé la victoire; mais le général anglais a .jugé à propos de là baptiser du nom de Wulérloo<I.,esFrauçais, à qui la victoire fut infidèle , après avoir donné des noms à cent batailles, avaient désigné celte dernière sous celui du Mont-Saint Jean. -

( 1 ) Rapport prussien , signé : le général Gneissenau.

L’armée anglaise, qui se trouvait dans l'inipossibilité de ramener un canon de la bataille j ni de faire une retraite de colonnes par des routes encombrées, eut été détruite avant l’ar" rivée dés Prussiens, si le général français n’eut pas attendu envain et aussi long-temps la coopération de son corps de droite : il n'aurait pas été obligé de sé priver, à la fin de la journée, de quinze à vingt mille hommes qu’il employa contre les Prussiens (i), tandis que trente-cinq . mille restaient inutiles devant Wavre. Les rapports ennemis, faits alors, n’ont pas dissimulé qu’il existait ce jour là un désordre affreux derrière l’armée anglaise. Effectivement, entre Waterloo et Bruxelles, l’artillerie et les caissons culbutés, les bagages abandonnés par les do-' ' raestiqucs et les cantiniers pour se sauverj des chevaux tués et estropiés encombraient les routes sur lesquelles les fuyards se battaient pour se frayer un passage ; h la fin , il était impossible à un homme à cheval de traverser la forêt de Soigne, sur la grande chaussée qui conduit à Bruxelles; des prisonniers français en ont été témoins, et les habitans du pays le

(i) Il y envoya le sixième corps, la jeune garde , une partie de la cavalerie légère , avec l’artillerie de réserve.

certifient k qui veut l’entendre , comme ils me l’ont dit à moi -même, depuis, sur les lieux. Les blessés, qu’on ne pouvait plus transporter, remplissaient cette forêt, qui cachait aussi bien des gens épouvantés. Le tumulte s’était prolongé jusqu’à Anvers, et s’étendait déjà vers la Hollande; les routes, qui y conduisent, étaient couvertes de voitures et d’une foule si grande qui se sauvait à pied et à cheval , qu’il ne sufiisait pas, dans la nuit suivante, d’offrir beaucoup d’argent pour entrer dans une maison et surtout pour y coucher. Des officiers anglais blessés , qui arrivèrent à Anvers avec des femmes de généraux, ont annoncé que tout était perdu, et un convoi d’artillerie, qui fut envoyé par ordre supérieur sur cette ville, est la preuve que d’autres le croyaient également. L’émigration de Bruxelles avait été si forte et si précipitée, que, pour cent guinées, on ne pouvait plus obtenir deux chevaux pour aller jusqu’à Anvers. Une des relations du témoin oculaire nous fait connaître , entre autres détails minutieux, que le 19, à trois heures du matin, lady JFitz- Roi Sommerset refont à Anvers la nouvelle du gain de la. bataille, apportée par un exprès venu de Waterloo, ce qui causa un étonnament général, et fit renaître la joie et le courage

parmi bien des personnes désolées, qui ont accouru à Paris, à la suite des bagages du Tain> queur, pour partager le triomphe....

Je citerai en outre, pour preuve de la situation désespérée dans laquelle se trouvait l’armée anglaise, les paroles mêmes du noble lord qui a ^ nsodestement avoué ‘qu’il n’avait jamais été si près de sa perte. A la vérité, si sa seigneurie gagnait encore deux batailles comme celle deWaterloo, les trois États unis auraient de la peine à recruter seuls ses armées Les pertes en hommes , des deux armées alliées furent doubles de celle de l'armée française, et ce sont les Prussiens qui en ont perdu le plus (i). Quelques person-

(i)Dans le premier rapport envoyé Londres, on avoue 85 1 généraux et officiers de tous grades , tués ou blessés , non' compris les Beiges et les Hollandais. Une histoire de, oette campagne, intitulée ; la Guerre de T Europe coalisée contre la France , en i 8 i 5 , par le lieutenant-colonel prussien de Plotho , porte la perte de l’armée anglaise, avec les auxiliaires, à 19,476 hommes, et celle des Prussiens à 33 ,iao hommes, en tout 52 ,Sc^ hommes On doit bien penser que ces calculs ne sont point exagérés : le nombre de officiers anglais et hanovriens , tués ou blessés , en supposant une proportion de a 5 soldats pour un officier , porterait la perte de ces deux là seulement à 20,775 hommes. Tout ce qui est

nages s’étaient plu . seulement à exagérer la perte des Français, et à l’apprécier à leur manière ; mais le ministère anglais , à qui pn n’a pu dissimuler l’étendue des sieni^es, a eu soin de distraire les liabitans de Londres par une exposition pompeuse, dans la rue Saint-James, d^objets curieux trouves sur le champ de bataille ; ^savoir :

« Grand nombre d’armes , de cuirasses, d’or- )) dres , de décorations , de boulets , etc.

» L’épée que Bonaparte portait dans l’action.

» Le bâton du maréchal Nej.

J» Le baudrier , brodé dans un goût exquis , » et appartenant â la dignité’de grand maréchal-

» Le magnifique baudrier donné au maréchal » Bertrand , par Napoléon.

» La garderobe de Napoléon, capturée par les n Prussiens , consistant en superbes habits de 1) cérémonie , parfaitement brodés , épées de )» grande parure , etc.

)) La totalité de son costume au Champ-den Mai.

blessé est perte pour le lendemain de la bataille j les estropiés ou amputés ne reparaissent pins dans les rangs , et en outre , beaucoup d’honunes comptés parmi les blessés n'existent plus vingt-qnatre heures, ou quelques jours après.

» La garde-robe de l’impératrice Mjjrie Lbuise «contenant des vêtemeus d’une splendeur et » d’une magnificence extraordinaires.

■ « Des baudriers , des sabres , etc. , de manu-

» factures turques, présentés à Bonaparte, quand » il était en Egypte , par les Bey , etc. , etc.

Scott , Battle qf Waterloo ^ imprimée et publiée à Londres , en septembre i8i5.

' Cette parade n’a pas besoin de commentaire, mais le bon sensvoulait qu’on n’imprimàtpas des mensonges aussi grossiers : d’après les rapports des généraux ennemis , les seules troupes de Bluclier ont poursuivi les Français , parce que le.s Anglais étaient trop fatigués , et n'avaient pas eu le tems de manger depuis le matin. Les hussards prussiens sont ceux qui ont dû prendre ces objets précieux ^ à l’exception, bien entendu des boulets et des cuirasses : comment se faitil donc qu’ils ont été plutôt exposés dans la rue Saint-James , à Londres , que dans la Frideric- SfF'asse à Berlin ( i ) ? C’est pourtant dans de telles rapsodies que l’éditeur qui a recueilli la relation fallacieuse du témoin occulaire , ou du . pseudonyme, a été chercher (page 5o) uncom-

(i) Rue de Frédéric ; elle traverse la ville de Berlin . d’une extrémité è l’autre.

plément très-nécessaire , et , ajoute-t-il , nous osons croire que désormais notre collection servira de base à Fhistoire de cette guerre mémorable. C'est ainsi que cet éditeur a composé un volume in- 8 “. de 397 pages , dont la 4 *- édition se vend encore aujourd’hui cinq francs, et se trouve classée sur un catalogue de livres militaires , page 46-

Il me reste à indiquer un dernier rapport qui nous fait bien connaître la détresse de l’armée anglaise , le 18 , persuadé que l’on ne s’inscrira pas en faux contre le témoignage d’un des plus zélés admirateurs du duc de Wellington , qu’il dit avoir répandre des larmes de douleur.- L’auteur de ce rapport paraît s’être rendu trèsutile , quoiqu’il n’ait pas été blessé légèrement, ou n’a point reçu de contusion comme MM. les généraux Vincent et Pozo-di-Borgo (r) desquels je n’ai cependant pas vu de rapport. Mais j’ai lu celui du général Alava (3) qui partagea tous les dangers de sa grâce, lui deuxième au moins de^a nation, puisqu’il conclut par recommander à

la bienveillance de son souverain le capitaine

N. deMiniussir, du régiment des tiralleurs 3 e

(i) Rapport de Welliugtoa au Comte Baihurst.

( 3 ) Lisez le supplémeot à la Gazette de Madrid , du i5 juillet, >8i5.

Doyle,^ui j se comporta avec une grande

vaillance pendant Inaction , et qui Jut blessé en ralliant les troupes de Nassau dans le jardin et en les faisant retourner à leur poste.

M. le général espagnol a vu , je pense, pour la première fois des troupes prussiennes se présenter au combat; il a remarqué, et il a reconnu que Vannée du prince Blucher attaquait la droite de V ennemi avec son impétuosité accoutumée.

Il pi ace la déroute-de l’armée française, dans cette journée, au-dessus de celle de Vitoria. M. le général Alava aurait-il oublié les déroutes espagnoles d'Espinosa , de Sommo-Sierra , d’Uclès, d’Almonacid , d’Ocagnia, de Ciudad-Réal , de Médelin , d’Alba*de-Tormes , de la Guevora , etc. , etc. , etc. , quoiqu’il eût probablement figuré dans quelques-unes.

Je me suis borné à dire ce qu’on ne pouvait pas omettre , pour l’honneur de l’armée et la gloire du nom français , sans vouloir porter préjudice à la réputation militaire desautres nations. Le tems permettra à l’histoire de faire connaître toute la vérité. 11 fallait répondre à ces hommes dont l’opinion s’adapte h toutes les * circonstances , et qui ont des allures réglées sur la marche des événemens. Pai opposé les principes et des faits aux écrits de ceux

qui vendent leur pensée pour se rendre l’écho des passions du jour ; qui s’empressent d’être les premiers à mentir sur des opérations d’armée dont ils ne connaissent pas plus les causes que les moyens.

Tout le monde veut penser et écrire la guerre, peu d’hommes la comprennent bien , beaucoup ne saventen juger que les résultats, sur lesquels ils élèvent des réputations à quelques hommes pour détruire celles des autres! (i)

Je ne prétends pas avoir écrit la courte campagne de i8i5 ,qui pourrait, peut-être , fournir matière à un assez gros volume; je n’ai eu d’autre but que d’en faire connaître les dispositions militaires y et de signaler les trois grandes fautes

(i) «Je sais que le Prince cl’Orange, depuis Roi d’Angleterre , a etc mis par les historiens au rang des habiles généraux. On peut, sans scrupule, mettre la réputation militaire de Guillaume III , au rang des réputations • usurpées. Une chose qui contribua beaucoup à élever ce Prince dans Topinion de ses contemporains , fut sa rivalité avec Louis XIV , devenu la haine de l’Europe, après avoir fatigué 4 o ans son admiration. Pour déprimer ce mçnarque , on affecta d’exalter son antagoniste ; %n en fil un grand homme dans les choses même où il était * au-dessous de la médiocrité. Et les historiens ont été dupes de ce jeu des passions humaines. »

Pei.Aissxc , f/e milùaù'e , page 262. f

qui ont été faites par deux généraux, et qui furent

la cause de nos malheurs. .

La première est celle du i6, qui a arrêté le •mouvement du i". corps d’infanterie, se portant sur un des points décisifs de la bataille contre les Prussiens , et qui a , en même tems , neutralisé la cavalerie , qui aurait agi avec cette masse.

La seconde vient de la marche lento et timide du corps de droite , le 17, au lieu de la poursuite rapide et vigoureuse d’un ennemi battu et en retraite.

Le retard , les incertitudes de la marche du 18 , à l’aîle droite et les fausses manœuvres de ce même côté, ont produit le fatal résultat de la troisième; cette dernière, la plus grande de toutes, qui a duré autant que le jour , a placé le désastre là où devait être le triomphe.

D’après les conséquences que j’ai tirées de ces '' trois fautes , qui ont dû nécessairement en faire commettre d’autres , conséquences que je crois pouvoir présenter comme vraies , il sera hmile au lecteur de faire la part de chacun. Je lui ai mohtré les faits et je lui livre mes réflexions ; ^je lirai moi -même avec plaisir celles qui ^seront plus exactes que les miennes.

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