SOCIÉTÉ D'ÉDITIONS SCIENTIFIQUES
place de l'école de médecine 4, Rue Antoine - Dubois , 4
mon Maître le Professeur PANAS
Je dédie cet essai anatomique fait au laboratoire de l'Hôtel-Dieu.
A. ROCHON-DUVIGNEAUD.
Mon cher ami,
L'importance des études anatomiques prises pour base de la physiologie et de la pathologie de l'organe de la vue ne vous a pas échappé. C'est pourquoi vous vous êtes livré à de patientes recherches dans. le laboratoire de l'Hôtel-Dieu : le précis iconographique actuel en est le fruit.
Témoin attentif de vos efforts, je tiens à vous exprimer publiquement mon approbation au sujet de la façon large en même temps que pratique et vraie dont vous avez traité l'anatomie du globe, particulièrement de la rétine et du muscle ciliaire.
J'espère que vos lecteurs seront de mon avis et que le succès mérité de votre opuscule vous stimulera à poursuivre, dans l'intérêt de l'ophthalmologie, des travaux si bien commencés.
Panas.
Septembre 1894.
AVANT-PROPOS
Dans notre intention ce petit livre est avant tout destiné à compléter les descriptions de l'œil que l'on trouve dans les ouvrages d'anatomie descriptive.
Il diffère essentiellement de ces derniers par son point de
vue et sa méthode.
11 expose des notions différentes et ne les répète pas; sa tendance étant plutôt d'aboutir à des données générales que de perfectionner des descriptions.
Sa méthode est à peu près celle de l'enseignement au laboratoire et dérive des exemples donnés par M. Ranvier dans son Traité technique. Une bonne préparation étant mise sous les yeux de l'élève, on lui apprend à la lire, on lui en fait l'analyse, on lui révèle un fait ou un ensemble de faits servant de point de départ. Puis en s'aidant de laits analogues empruntés à l'anatomie ou à l'histologie comparée, en faisant intervenir l'histoire du développement et l'anatomie générale, on le conduit à une interprétation du fait, ce qui est le but de l'anatomie scientifique, dont la description pure, base nécessaire, n'est que l'alphabet.
Les préparations histologiques sont représentées ici par des ligures à la chambre claire, en attendant le moment où
AVANT- PROPOS
l'on pourra ne plus accepter comme probantes que des photographies de préparations. Les explications orales sont remplacées par une légende suffisamment détaillée. Nous abrégeons ainsi de beaucoup les descriptions et nous réservons notre texte à l'exposition de données générales pour lesquelles l'anatomie comparée et l'embryologie interviennent à chaque instant.
Une telle méthode pourrait à la rigueur s'accommoder d'une bibliographie étendue, principalement sous forme de confirmation ou de critique des opinions des auteurs. Mais une bibliographie complète a plutôt sa place dans une monographie ou dans un article de dictionnaire. Ici nous avons voulu faire avant tout notre anatomie de l'oeil, ce que nous avons appris, non certes sans beaucoup de lectures, mais principalement par nous-même, dans une vie de laboratoire déjà longue. Il y a assez de livres d'origine purement bibliographique ; nous n'avons tenu à donner que nos résultats personnels, ce que nous sommes en mesure de démontrer au laboratoire.
Voici les points principaux que nous avons cherché à mettre en lumière.
L'œil de l'homme a des caractères anatomiques particuliers lui donnant un type spécial, par lequel il se différencie de l'œil des quadrupèdes.
Le plus évident de ces caractères est le développement du muscle ciliaire, organe actif de l'accommodation, et la disparition corrélative du ligament pectiné.
Le même type humain de région ciliaire se retrouve chez les singes supérieurs, nouveau point de similitude anatomique entre eux et l'espèce humaine.
Le perfectionnement du muscle ciliaire constitue avec le
AVANT- PROPOS
développèrent d'une grande amplitude de convergence et apparition de la macula, une sorte de trépied anatomique qui est la condition de la vision binoculaire rapprochée et l'un des plus importants perfectionnements organiques mis au service de la main et de l'intelligence humaine.
Cependant l'oeil de l'homme, malgré les différences qui le séparent de l'œil des quadrupèdes, peut présenter des organes témoins, qui, quelquefois, persistent comme une révélation d'origine. Nous pouvons citer à ce sujet les vestiges du ligament pectine- les restes du pédicule embryonnaire du vitré (prétendus prolongements anormaux de la lame criblée) rares chez l'homme, constants chez le mouton et le bœuf, et qui, chez les carnassiers (chat), ne persistent que pendant les premiers temps de la vie extra-utérine.
Au point de vue de sa configuration générale nous avons insisté sur la nature kystique de l'œil. L'œil, en effet, est un kyste dont la forme régulière est due à l'équilibre qui existe entre la tension intra-oculaire et la résistance de son enveloppe.
La régularité géométrique des appareils de réfraction contenus dans l'œil (cristallin et vitré) est due cà un procédé spécial, celui de Yenkystement total avec suppression des pédicules; idée que l'on trouvera développée principalement à propos de la figure 22.
Au point de vue histologique, l'œil présente des adaptations toutes spéciales : la transparence de tissus conjonctifs et épithéliaux généralement opaques ou semi-opaques. Pour les tissus conjonctifs l'une des conditions de la transparence, c'est la non vascularité ; elle se trouve réalisée pour la cornée et le vitré, mais d'une façon différente pour chacun de ces deux organes :
AVANT-PROPOS
l'un n'ayant jamais eu de vaisseaux (la cornée), l'autre ayant perdu ceux qu'il renfermait à l'état jeune.
Ces particularités anatomiques et histologiques de l'œil, caractères d'adaptation à des fonctions spéciales, lui créent une pathologie spéciale. Sa nature kystique l'expose à la rétention des liquides sécrétés à l'intérieur du kyste, c'est-à-dire au glaucome, maladie sans analogie dans l'organisme, sinon dans ses causes, du moins dans ses effets.
La transparence et l'invascularité nécessaires de ses parties les plus volumineuses (vitré, cristallin) le rend d'une vulnérabilité excessive aux traumatismes pénétrants et surtout aux infections, parce que l'absence de vaisseaux ailleurs que dans ses parois, rend très lentes la diapédèse et surtout la résorption des produits pathologiques.
Nous avons ainsi indiqué quelques tendances, qui, suivies jusqu'au bout d'une façon méthodique, comporteraient un programme d'anatomie de l'œil pouvant se résumer ainsi :
i° Étude des caractères d'origine faite au moyen de l'anatomie comparée et de l'embryologie.
2° Étude des caractères d'adaptation fonctionnelle aux divers points de vue de la morphologie (dimensions absolues et relatives, courbures, corrélation et coordination entre les diverses parties d'un même œil, etc.) et de l'histologie (modification des tissus en vue de la transparence, etc.) C'est, en d'autres termes, l'étude de la question suivante : la nature ayant à faire un appareil d'optique avec des tissus vivants, comment, jusqu'à quel point, a-t-elle résolu le problème?
Une grande partie de ce programme a été étudié par les physiciens au point de vue de l'optique (vices de réfraction, astimatisme, etc..) Iwanoff en avait aborbé le côté anatomique
AVANT-PROPOS
dans ses recherches sur le muscle ciliaire des trois types de réfraction. Mais il reste encore beaucoup à faire, clans ce sens, pour l'anatomiste, et nous n'avons même pas effleuré i« cette dernière partie du programme. Elle comporte, en effet, des conditions difficiles à réaliser : il faudrait pouvoir étudier anatomiquement des yeux dont on aurait fait l'examen clinique et pris toutes les mensurations ophthalmométriques possibles. La clinique et la pratique auraient à y gagner autant et plus que l'anatomie pure.
A part trois figures de M. Karmanski, tous nos dessins sont dus à M. H. Gillet, qui les a exécutés sous nos yeux, à la chambre claire. M. H. Gillet, tout en copiant exactement les détails, a su reproduire l'aspect des préparations, ce qui, pour les histologistes, est une garantie d'origine.
PRÉGfS ICONOGRAPHIQUE DANATOMIE DE L'ŒIL
Nerf optique humain avec ses gaines.
(Nouveau-né).
Fi*
PRECIS
ICONOGRAPHIQUE d'aNATOMIE DE LOEIL 1$
Fig. i.
Nerf optique humain avec ses gaines.
(Nouveau-né).
Coupe transversale à 7 ou 8 millim. en arrière du globe. Coloration par la méthode de Weigert. La décoloration n'a pas été poussée jusqu'au bout, de telle sorte que les parties fibreuses les plus denses (pic-mère et ses prolongements) ont conservé une teinte foncée.
g. d. m. Gaine dure-mérienne.
e. s. d. Espace sous-dural.
g. a. gaine arachnoïdienne et tissu conjonctif réticulé cloisonnant l'espace sous-arachnoïdien.
v . Une petite gaine vasculaire allant de la dure-mère dans l'arachnoïde.
p. m. La pie-mère de couleur foncée à cause de la densité de
son tissu qui a résisté à la décoloration, o . n. Gaine névroglique doublant la pie-mère, constituée par un lin réseau fibrillaire invisible à ce faible grossissement.
/. 11. Un faisceau primitif du nerf optique représenté par un ilot pointillé et noirâtre, aspect dû aux nombreuses sections des fibres nerveuses à gaine myélinique colorée en noir.
L'espace clair qui l'entoure ainsi que ses congénères est sa gaine névroglique.
a. L'artère centrale.
v\ Une veine allant rejoindre le système veineux intraorbitaire.
La gaine durale, fibreuse, épaisse, un peu lâche sur le nerf, traversée par une quantité considérable de petits vaisseaux destinés au tronc nerveux, est séparée de l'arachnoïde par un espace virtuel (espace sous-dural), anciennement appelé dans la nomenclature de Bichat, cavité arachnoïdienne, d'après une conception erronée qui faisait décrire cette cavité comme tapissée par une membrane séreuse ayant son feuillet pariétal confondu avec la dure-mère. Cette conception des membranes séreuses est de plus en plus remplacée aujourd'hui par cçlle des cavités séreuses limitées par des surfaces con-
l6 PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE DANATOMIE DE LCEIL
jonctivcs quelconques, pas toujours différenciées en membranes isolables, et n'ayant de caractère constant que d'être revêtues d'un vernis endothélial, comme toutes les surfaces conjonctives libres.
L'espace sous- durai est traversé ça et là par des travées conjonctives conduisant les vaisseaux de la dure-mère au nerf optique à travers l'arachnoïde. La présence de ces vaisseaux flottant en quelque sorte dans des cavités séreuses, fait comprendre la possibilité des hémorrhagies dans les gaines du nerf optique quelquefois constatées en clinique.
La gaine arachnoïdienne fine mais résistante, lisse par sa face externe qui limite en dedans l'espace sous-dural, est reliée par sa face interne à la pie-mère par des faisceaux conjonctifs disposés en une sorte de réseau dont les mailles intercommunicantes constituent l'espace (labyrinthe) sousarachnoïdien. Cette disposition réticulée n'a pas été suffisamment indiquée par le dessinateur.
La pie-mère, un peu plus épaisse que l'arachnoïde, d'un tissu extrêmement dense, envoie dans l'intérieur du nerf un grand nombre de cloisons par lesquelles elle adhère intimement au tissu nerveux. C'est surtout par la présence de ces cloisons que le nerf optique diffère des cordons de la moelle.
On voit que nulle part la pie-mère n'est en rapport direct avec les faisceaux nerveux, qu'elle en est au contraire constamment séparée par un espace clair, la gaine névroglique, dans lequel un fort grossissement (fig. 5) nous permettra de reconnaître un réseau névroglique analogue à celui qui double la pie-mère médullaire.
Chaque petit ilot pointillé et noirâtre représente un faisceau de fibres nerveuses, faisceau primitif de dimensions variables, mais toujours isolé de ses voisins par un espace clair, fine gaine névroglique, qui entoure chaque faisceau comme la couche névroglique sous-pie-mérienne engaine le nerf tout entier (1).
(1) C'est le professeur Fuchs (Archiv f. Ophtalm. 1885) qui a le premier insisté sur la gaine névroglique et en a donné de bonnes figures. Seulement il la considère comme résultant d'une atrophie des faisceaux nerveux périphériques dans lesquels la charpente névroglique a seule persisté. Le
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE DANATOM1E DE L
Les cloisons conjonctives émanées de la pie-mére sont représentées dans L'intérieur du nerf par des figures stellaires noires dont les prolongements englobent un certain nombre de faisceaux primitifs, constituant ainsi des faisceaux secondaires nécessairement plus volumineux et moins nombreux que les primitifs et du reste moins complètement isolés les uns des autres que ces derniers ne le sont généralement. Si les faisceaux primitifs constituent des individualités relativement isolées et présentent peu ou pas d'anastomoses entr'eux (il reste là un point intéressant à préciser), il n'en est pas de même des faisceaux secondaires qui, au contraire, s'anastomosent fréquemment. En d'autres termes on voit souvent un faisceau primitif passer d'un faisceau secondaire dans un autre.
titre même de son travail (L'atrophie -périphérique du nerf optique) en indique 1 idée générale.
Faisons remarquer tout d'abord que le professeur Fuchs n'ayant pu se servir de la méthode de coloration de Weigert (action de l'hématoxyline et décoloration ultérieure de tout ce qui n'est point myéline) qui prenait naissance à l'époque même de ses recherches (1884-85) ni surtout des dérivés de cette méthode (procédé de Pall, etc.), n'a pu avoir des gaines névrogliques périfasciculaires, les notions beaucoup plus étendues qu'il est maintenant facile d'acquérir avec ces divers procédés. Il n'a vu et ne pouvait guère voir que les amas névrogliques les plus volumineux, c'està-dire la gaine sous-piemérienne et les colonnes névrogliques autour des vaisseaux centraux. Le fait important que partout les faisceaux nerveux sont séparés des cloisons conjonctives par une couche plus ou moins épaisse de névroglie, lui a nécessairement échappé.
Dès lors, il lui était facile de considérer ces amas névrogliques disséminés plus ou moins irrégulièrement à la surface et vers le centre du nerf optique, comme le résultat d'une atrophie, constante du reste, de certains faisceaux placés dans des conditions particulières. Il semble en effet que cette seule interprétation se soit présentée à son esprit : il ne discute même pas la question de savoir si réellement les amas névrogliques ont jamais renfermé des fibres nerveuses. Avec sa bonne foi habituelle il reconnaît cependant que les faisceaux atrophiés existent déjà chez l'enfant (bien que moins développés d'après lui) et que jamais ils ne renferment de gouttelettes graisseuses, vestiges des fibres à myéline disparues, comme cela arrive dans les vraies atrophies.
Les observations mêmes du professeur Fuchs ne sont donc pas en faveur d'un véritable processus atrophique. Mais reconnaissons à notre tour qu'il ne faudrait pas considérer la question comme absolument tranchée en sens inverse. Elle ne le sera qu'une fois connus point par point le développement de la névroglie dans le nerf optique et le mode d'apparition des diverses gaines et colonnes qu'elle constitue. Des recherches embryologiques et d'anatomie comparée seront ici nécessaires.
Rochon-Duvigneaud. — 2
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE DANATOMIE DE LOEIL
FlG. 2.
Nerf optique humain.
(Homme 22 ans).
Coupe transversale à 3 millim. en arrière du globe.
La dure-mère et l'arachnoïde ont été enlevées, à l'exclusion de la pie-mère intimement adhérente au nerf. Coloration au picro-carmin. b.lh.0
m. o. Pic-mère du nerf optique.
g. 11. Gaine névroglique sous-piemérienne.
cl. c. Cloison conjonctive émanée de la pie-mère.
f. 11. Faisceau nerveux.
a. Artère centrale.
v. Veine centrale.
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE DANATOMIE DE L'OEIL IQ
Cette figure se distingue de la précédente en ce que le nerf paraît divisé en faisceaux beaucoup plus gros et beaucoup moins nombreux. Cela est dû à ce que le picro-carmin, ne donnant pas comme la méthode de Weigert une coloration différente aux fibres myéliniques et à la névroglie, on ne distingue nullement dans les faisceaux secondaires, à ce grossissement faible, les fines cloisons névrogliques qui séparent les faisceaux primitifs. On acquiert donc seulement par cette coloration la notion des faisceaux secondaires séparés par les cloisons conjonctives, et nullement celle des faisceaux primitifs isolés à l'intérieur des premiers par les fines gaines névrogliques.
On trouve environ 130 à 140 faisceaux secondaires, autant qu'il est possible de compter des faisceaux incomplètement isolés les uns des autres.
Vers le centre du nerf optique on voit les vaisseaux centraux, l'artère à parois épaisses et conservant sa forme circulaire, la veine à parois minces et revenue sur elle-même. La gaine de tissu conjonctif qui entoure ces vaisseaux est formée d'un tissu très lâche, très différent des gaines périfasciculaires et permettant les mouvements d'expansion et de retrait des vaisseaux.
A aucun grossissement on ne voit rien du prétendu nerf de Tiedemann qui ne peut être admis que comme représentant les filets vasomoteurs des vaisseaux centraux et que nous n'avons jamais rencontré sous forme d'un cordon individualisé.
Le nerf optique, qui a tant d'analogies avec un cordon blanc de la moelle, en diffère cependant par sa forte charpente connective, les cordons médullaires ne renfermant en effet d'autre tissu conjonctif que celui des gaines vasculaires et n'étant pas cloisonnés comme le nerf optique.
Il en résulte que ce dernier a une consistance et une résistance (surtout à l'arrachement) infiniment plus considérable que celle de la moelle.
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE DANATOMIE DE LÛEIL
FlG. 3.
Nerf optique humain.
(Homme 22 ans).
Coupe transversale au niveau de la lame criblée, c'est-à-dire dans le trajet du canal scléral. Coloration au picro-carmin.
se. Sclérotique.
le. Cloison conjonctive épaisse émanée de la sclérotique et
faisant partie de la lame criblée.
fn. Faisceau nerveux, constitué uniquement en ce point par
des fibres sans myéline.
a. Artériole.
v. Veinule.
ch. La partie profonde de la choroïde entamée par suite d'une légère obliquité de la coupe.
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE d'aNATOMIE DE LCEIL
Cette coupe étant prise sur le même nerf et dessinée au même grossissement que la précédente, on peut juger exactement de la réduction que subit le nerf optique quand il traverse le canal scléral pour aller s'épanouir dans la papille.
Cette diminution de volume est due principalement à ce que les fibres nerveuses s'amincissent à ce niveau en perdant leur gaine myélinique, et aussi à ce que le système des gaines névrogliques périfasciculaires est certainement beaucoup moins développé dans la région intrasclérale du nerf que dans ses parties rétrobulbaires. Les gaines névrogliques étant très probablement le siège d'une circulation interstitielle active, la région du nerf optique qui nous occupe doit se trouver dans des conditions circulatoires relativement défectueuses, et peut-être faut-il voir là la raison d'un certain nombre de localisations pathologiques en ce point.
Dans le même ordre d'idées il faut remarquer que les espaces séreux entourant le nerf dans l'orbite, font ici complètement défaut et que le tissu de la sclérotique arrive au contact des faisceaux nerveux. C'est donc en partie aux dépens de la circulation lymphatique du nerf que sont réalisées l'occlusion et la résistance nécessaires de la coque sclérale au point où le tronc nerveux la traverse.
Quant à la lame criblée, on voit qu'elle n'est nullement une formation spéciale, c'est un simple renforcement local du système conjonctif qui cloisonne le nerf. Seulement dans le canal scléral les cloisons fibreuses sont plus épaisses relativement au volume diminué du nerf et aussi d'une façon absolue. Elles sont surtout plus complètes. Les faisceaux qu'elles délimitent paraissent correspondre aux faisceaux secondaires, tant par leur nombre (environ 160 dans la fig. ci-contre) que par leur mode de séparation.
Le cloisonnement névroglique, sans faire complètement défaut, paraît moins net que dans la région rétrobulbaire. Peutêtre aussi est-il plus difficile à révéler faute de fibres à myéline que la méthode de Weigert permet de différencier des tissus de soutien.
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE d'aNATOMIE DE L'OEIL
Fig. 4.
Un petit faisceau du nerf optique de l'homme
Coupe transversale à un grossissement de 350 diam. Coloration au picro-carmin.
cl. c. Cloison conjonctive interfasciculairc. c. n. Petite colonne névroglique représentée par un petit ilot réticulé.
cl. n. Une petite cloison névroglique.
/. n. Une fibre nerveuse à myéline. Le point central représente la coupe du cylindre axe, le cercle clair est la gaine de myéline.
71. n. Noyau d'une cellule névroglique entouré d'un cercle vacuolaire clair, produit par les réactifs.
PRECIS
ICONOGRAPHIQUE DANATOMIE DE l'CEIL 23
Le faisceau représenté correspond aux plus petits que l'on rencontre dans le nerf optique. Encore est-il subdivisé par des cloisons névrogliques. En haut et a gauche de la figure est dessiné un fascicule d'une petitesse exceptionnelle.
Autour du faisceau principal on retrouve l'enveloppe conjonctive fine (pie-mérienne) le séparant des faisceaux voisins non représentés. En plusieurs points, notamment aux encoignures de la gaîne conjonctive, on voit que le tissu nerveux est séparé des parties fibreuses par des amas névrogliques. Ce sont là les régions les plus apparentes et les plus épaisses de la gaine névroglique qui paraîtrait beaucoup plus importante et plus complète si la myéline avait été colorée en noir comme dans la fig. i. En haut et à droite de la figure se trouve une véritable petite colonne névroglique d'où partent les fines cloisons névrogliques allant subdiviser le petit faisceau secondaire en plusieurs faisceaux primitifs. Mais malgré le grossissement ceux-ci ne paraissent pas nettement limités à cause de la couleur uniforme donnée par le picrocarmin à la névroglie et au tissu nerveux.
On distingue dans les cloisons névrogliques un feutrage serré de fibres fines et de gros noyaux entourés d'un espace vacuolaire clair (cellules névrogliques altérées par le liquide de Mùller dans lequel le nerf a été durci).
Les fibres nerveuses représentées les unes par un cylindre axe entouré d'une gaine de myéline, les autres tellement fines qu'on ne les distingue pas autrement que sous la forme d'un simple point sans gaine appréciable, sont donc de volume très différent. Elles ne sont pas au contact les unes des autres, mais isolées par les fibres névrogliques que l'on rencontre entre les tubes nerveux sous la forme d'un fin réseau.
On voit ainsi que le cloisonnement du nerf optique s'étend jusqu'aux éléments primitifs du nerf : les fibres névrogliques isolées séparant les tubes nerveux, les cloisons névrogliques isolant les faisceaux primitifs, enfin les cloisons conjonctives englobant un certain nombre de faisceaux primitifs pour constituer les faisceaux secondaires.
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE DANATOMIE DE LOEIL
Fie. 5.
Nerf optique humain.
Coupe longitudinale comprenant la pie-mère et quelques faisceaux périphériques. La myéline a été colorée en bleu-noir par un procédé analogue à celui de Weigert, puis les parties décolorées ont été teintées de nouveau par le carmin. Grossissement 300 diam.
p. m. Pie-mère.
g- n. Gaine névroglique sous-piemérienne. cl. f. Cloison fibreuse.
cl. n. Cloison névroglique séparant deux faisceaux primitifs. f. n. Faisceau nerveux coloré en noir, les stries noires correspondant aux gaines de myéline.
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE d'aNATOMIE DE L
A ce grossissement et par ce mode de coloration on voit parfaitement combien l'aspect dense et lamellaire du tissu conjonctif (pie-mère et cloisons qui en émanent) diffère de l'aspect réticulé et délicat des gaines névrogliques.
La gaine névroglique sous-piemérienne apparaît avec tous ses détails de structure, son fin réseau et ses cellules.
Les trois faisceaux nerveux de gauche sont trois faisceaux primitifs, isolés les uns des autres par les gaines réticulées de la névroglie, mais compris dans la même enveloppe fibreuse incomplète qui a surtout pour utilité de conduire leurs vaisseaux nourriciers. On ne trouve en effet de vaisseaux sanguins que dans les cloisons fibreuses. Quant aux gaines névrogliques, elles ont probablement un grand rôle dans la circulation interstitielle du nerf et jouent le rôle d'espaces lymphatiques.
C'est du moins ce que tendent à établir les injections du professeur Fuchs. Il a fait voir qu'en piquant un nerf optique avec une seringue de Pravaz chargée de bleu de Prusse (qui, ainsi qu'on le sait, ne diffuse pas à travers les tissus), on pouvait remplir tous les interstices du réseau de névroglie.
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE DANATOMIE DE l'OEIL 27
FlG. 6.
La région papillaire d'un oeil emmétrope.
(Homme de 49 ans).
Coupe dirigée horizontalement du côté nasal N au côté temporal T. - La fossette0centrale serait située un peu en dehors de l'extreimté tempo: aie et du reste un peu au-dessous du plan de la coupe.
sel. Sclérotique.
d. m. Dure-mère.
e. s. d. Espace sous-dural.
■ o-. a. Gaine arachnoïdienne. e.&s. a. Espace sous-arachnoïdien.
p. m. Pie-mère.
c s Cul-de-sac des espaces périneuraux. a. sel. Anneau scléral dont la coupe dessine un éperon surtout proéminent du côté nasal.
I. c. Lame criblée, ses fibres les plus antérieures émanent de la choroïde.
a. v. Artères et veines centrales s'inclinant vers la région nasale de la papille.
ch. Choroïde, adhérente en ce pointa la sclérotique dont elle représente les couches internes pigmentées et .vascularisées.
f n. Faisceaux du nerf optique.
c. n. Colonnes névrogliques, visibles par leurs noyaux et que l'on peut suivre, comme les faisceaux du nerf, à travers la lame criblée et jusque dans la papille. I. r. Limitante interne de la rétine qui n'existe qu'au niveau de la rétine proprement dite, c'est-à-dire manque au niveau de la papille.
c. f. n. Couche des fibres nerveuses de la rétine, plus épaisse du côté nasal.
c. c. g. Couche des cellules ganglionnaires, plus épaisse au contraire du côté temporal (d'autant plus que l'on se rapproche davantage des bords de la fossette centrale).
e. j>. r. Épithélium pigmentaire rétinien ; dans la partie tem-
porale de la coupe, il est avec toute la rétine, décollé accidentellement de la choroïde. Du même côté, en se rapprochant de la papille, il est anormalement éloigné de la couche des cellules visuelles [n. c. v.);
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE d'anATOMIE DE l'0E1E
cela csl dû à un gonflement de la couche des cônes et des bâtonnets, par altération cadavérique. je. Petit lambeau de tissu fibroïdc adhérent à la papille et que nous considérons comme un reste du pédicule primitif du vitré (artère hyaloïdicnne et ses gaines). /. v. ch. Lame vitrée de la choroïde se terminant au contact des fibres nerveuses de la papille.
Avant d'aborder la lame criblée, le nerf optique a déjà subi, on le voit, une légère diminution de volume, par suite de certaines modifications histologiques encore peu étudiées, croyons-nous, et qui nous paraissent consister principalement dans une réduction des tissus de soutien conjonctifs et névrogliques. Mais au moment où les faisceaux nerveux arrivent à la lame criblée, ils perdent brusquement leur myéline et cela suivant une surface concave qui reproduit le trajet courbe de la lame criblée à ce niveau.
Chaque fibre s'amincissant par la perte de sa myéline, il en résulte une brusque diminution de volume du nerf tout entier à l'origine de la lame criblée. La région amyélinique du nerf dépourvue de gaines isolables, c'est-à-dire directement enserrée par la sclérotique, constitue la portion papillaire du nerf optique et comprend elle-même un segment intrascléral et un segment papillaire proprement dit s'épanouissant pour former la rétine.
Sur une papille ainsi coupée horizontalement on voit que le côté nasal contient beaucoup plus de fibres que le côté temporal, en d'autres termes la lame criblée et l'anneau scléral sont recouverts du côté nasal par une bien plus grande épaisseur de tissu nerveux. Aussi dans les atrophies papillaires la décoloration de ce dernier et la mise à nu des parties fibreuses sous-jacentes apparaissent-elles plus vite et deviennent-elles beaucoup plus marquées dans la région temporale.
On voit également que les troncs vasculaires les plus volumineux se portent vers la région nasale de la papille, accompagnant les plus gros faisceaux nerveux. C'est là du reste un fait constant dans la distribution vasculo-nerveuse de la rétine ; il y a parallélisme entre la direction générale des faisceaux nerveux et celle des troncs vasculaires.
C0N0GRAP111QUE DANATOMIE DE l'OEIL 20
L'épanouissement rayonné des libres optiques laisse au centre de la papille une dépression plus ou moins marquée suivant les sujets, moyennement développée ic. et que Ion désigne en ophtalmoscopie sous le nom d — on physrolo- *1 Elle est toujours située entre le point d émergence d s vaisseaux (qui paraissent sortir de sa partie nasale) et la limite temporale de la papille dont elle s approche plus ou moins. On conçoit facilement que la lame criblée à peine couverte par quelques fibres nerveuses au fond de (excavation, se révèle en ce point par une tache blanche faisant contraste à l'examen ophtalmoscopique avec la coloration rosée du disque papillaire. Dans cette tache blanche, le fort grossissement de l'image droite montre un dessin guilloche, criblé, qui révèle la disposition du tissu scléral à ce niveau.
La papille figurée ici présentait vers son centre un petit prolongement fibreux que nous croyons être un reste du pédicule embryonnaire du vitré (artère hyaloïde et ses gaines). Disons tout d'abord qu'il ne faudrait pas le considérer comme un lambeau de vitré normal resté adhèrent à la papille. Le vitré, chez l'adulte, n'adhère plus à la papille par aucun lien figuré. Tant que l'œil est vivant, l'hyaloide est, il est vrai, cimentée à la limitante rétinienne, mais dans l'œil énucléé depuis quelques heures, le ciment se dissout, le vitré se détache du fond de l'œil par son propre poids sans laisser aucune partie de lui-même adhérente à la rétine ou à la papille. Il est très facile de s'assurer du fait sur des yeux cadavériques. D'autre part, sur un assez grand nombre de papilles normales dont le vitré s'était séparé, comme ici, sous la simple influence des réactifs durcissants (liquide de Mùller), nous avons trouvé des petits prolongements fibreux analogues à celui représenté ici. Nous croyons que les réseaux fibreux blanchâtres recouvrant plus ou moins la papille, autrefois considérés comme des décolorations congénitales, et depuis, très bien figurés et décrits au point de vue ophtalmoscopique par M. Masselon sous le nom de prolongements anormaux de la lame criblée, ne sont autre chose, dans bien des cas, que des restes du pédicule embryonnaire du vitré. Il est du reste évident que lorsqu'on peut
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE DANATOMIE DE L'OEIL
les voir à l'ophtalmoscope ils sont beaucoup plus développés que ceux figurés ici. Il y aurait là un intéressant sujet de recherches, dans lequel l'emploi du microscope est évidemment nécessaire, l'ophtalmoscope ne pouvant devenir en aucun cas un instrument d'analyse histologique.
Nous avons déjà fait remarquer que la limitante interne de la rétine s'arrête au bord de la papille avec la rétine proprement dite et par conséquent, ne recouvre pas la surface papillaire. Celle-ci est une sorte d'ombilic, de cicatrice, qui peut présenter à plusieurs degrés les irrégularités, les malformations des cicatrices, môme physiologiques, comme l'ombilic abdominal. Il est évident, par exemple, que l'on peut établir une comparaison entre les hernies ombilicales et les grandes excavations congénitales de la papille, et mieux encore avec le colobome du nerf optique, vaste poche papillaire quelquefois très profonde et surtout beaucoup plus large qu'une papille normale.
Squelette fibreux de la papille. — Pour bien comprendre les dispositions essentielles des tissus fibreux autour de l'entrée du nerf optique, il faut tout d'abord remarquer que la gaine durale du nerf se continuant avec la sclérotique, les espaces sous-dural et sous-arachnoïdien pénètrent cette dernière au moins jusqu'à la moitié de son épaisseur, de sorte que le nerf, tout d'abord isolé de la sclérotique par ses gaines, ne traverse réellement que les feuillets les plus internes de cette membrane, à travers les orifices de la lame criblée. Il faut ajouter que le nerf conservant sa myéline tant qu'il est entouré de ses espaces lymphatiques, la portion myélinique du nerf optique a, comme ce dernier, un court trajet intrascléral. Au moment où le nerf commence à se tamiser à travers la lame criblée, il perd à la fois sa myéline et ses gaines feuilletées. Par là, d'une part, il s'amincit, d'autre part, il obture complètement le canal scierai, double résultat évidemment en rapport avec la conservation d'une suffisante résistance de la fibreuse oculaire en ce point.
La diminution de volume du nerf optique à son entrée dans l'oeil, l'étroitesse corrélative du canal scléral, sa forme
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE d'aNATOMIE DE LCEIL V
tronconique à petite ouverture f^i^J^^ sence de la lame criblée, autant de palliatifs à \affalblls^ment inévitable de la sclérotique au point où la présen e du nerf optique ne lui a pas permis de fermer la sphère oculaire La régularité de forme de cette dernière résulte de 1 équilibre établi entre la résistance de la coque et la tension intérieure de l'œil, et tout affaiblissement local de cette coque se révèle par une ectasie du globe. La clinique en fournit des exemples journaliers, c'est l'histoire de tous les staphylomes. Or une forme régulière de l'oeil étant la condition nécessaire d une réfraction normale, il en résulte que toutes les dispositions connues de l'entrée du nerf optique dans l'œil, interprétées comme nous venons de le faire, c'est-à-dire comme organisées en vue de la résistance, se présentent comme un caractère d'adaptation aux nécessités optiques du globe oculaire, puisque par elles est réalisée une régularité de forme indispensable à la production d'images utilisables pour la rétine.
L'épaisseur de sclérotique réellement traversée par le nerf optique et correspondant à la lame criblée, est d'environ un millimètre, ce qui suffit pour constituer le court canal évasé en arrière, rétréci du côté de l'œil dont nous avons déjà parlé. Sa forme est sujette à des variations individuelles généralement en rapport avec des modifications de forme et de rétraction du globe oculaire.
Dans l'œil représenté ici, œil emmétrope à canal scléral solidement constitué, le nerf optique aborde à peu près directement le globe oculaire et le traverse perpendiculairement à l'épaisseur de la sclérotique. Il en résulte que le canal scléral est à peu près symétrique et que l'éperon formé par la coupe de l'anneau scléral est presque aussi saillant du côté temporal que du côté nasal.
Il n'en est pas de même dans les yeux où le nerf optique aborde le globe non plus directement mais suivant une direction oblique en dehors et en avant. Le canal scléral devient alors oblique dans le même sens comme l'indique le petit schéma placé en haut de la figure. La région nasale de l'anneau scléral devient extrêmement saillante et forme sur les coupes un cap aigu que contournent par un trajet en
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE d'aNATOMIE DE L'OEIL
anse les fibres papillaires passant dans la rétine. La région temporale de l'anneau présente au contraire un rebord mousse effacé. Cette disposition très fortement marquée dans les yeux à sclérectasie postérieure (myopie axile forte), est plus ou moins indiquée dans un grand nombre d'yeux normaux. 11 est donc très fréquent de trouver la région temporale de l'anneau scléral plus arrondie et moins saillante que la nasale. Si, à l'ophtalmoscope, c'est la partie temporale de cet anneau qui apparaît toujours beauconp plus nettement, c'est uniquement parce qu'elle est recouverte de beaucoup moins de fibres nerveuses.
Il en est de la région papillaire comme de tout le reste de l'œil: la partie essentielle et la première formée, c'est l'axe nerveux. Les tissus fibro-vasculaires résultent tous de différenciations secondaires dans la masse conjonctive embryonnaire de la région orbitaire.
Si l'on veut bien se rendre compte de la structure de la région papillaire, il faut donc se représenter la sclérotique et la choroïde s'organisant et se modelant peu à peu autour du point d'épanouissement du nerf optique, et non le nerf optique traversant une sclérotique préformée. Qu'il y ait secondairement des modifications de forme (l'étranglement, le collet au niveau de l'anneau scléral) imprimés à l'axe nerveux par le développement du squelette fibro-vasculaire, cela est probable. Ces deux indications générales seraient à prendre en considération dans une étude anatomique des anomalies papillaires et surtout dans la genèse — presque entièrement à faire — de ces anomalies.
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE UANATOMIE UE 1,'OEIL
Fig. 7.
Segment antérieur de l'œil d'un enfant nouveau-né.
Région du limbe scléro-cornécn et région ciliairc. Le vitre, le cristallin et la zonule ont été enlevés.
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE DANATOMIE DE L
Sel. Sclérotique.
t. ép. Tissu épiscléral.
e. c. Epithélium cornéen et conjonctival.
m. B. Membrane de Bowman.
c. La cornée proprement dite, son tissu fibreux. Dans ses parties profondes elle présente de petites lacunes qui ne sont autre chose que les espaces interlamellaires renfermant les cellules cornéennes, rendues ici très apparentes par un état œdémateux de la cornée (action du liquide de Mùller).
m. D . Membrane de Descemet, d'apparence vitreuse; on voit que vers l'angle irien (a. i.) elle fait suite à une petite région triangulaire d'aspect pointillé, qui représente la coupe du reticulum scléro-cornéen. Elle commence avec le tissu cornéen proprement dit (transparent). De même la membrane de Bowman à la surface antérieure de la cornée. Mais le tissu scléral "opaque empiétant sur cette surface antérieure de la cornée, la membrane de Bowman s'étend moins vers la périphérie que la membrane de Descemet. Cette dernière est presque aussi grande que la chambre antérieure (moins la largeur de la zone réticulée scléro-cornéenne), tandis que la membrane de Bowman est notablement moins étendue.
c. S. Canal de Schlemm.
ch. a. Chambre antérieure ; anormalement profonde vers sa partie centrale à cause du recul de l'iris que ne soutient pas le cristallin absent.
o. s. Ora serrata, c'est-à-dire bord dentelé de la rétine, qui en ce point perd sa structure compliquée et s'amincit brusquement en le réduisant à une simple couche de cellules prismatiques toujours séparée de la choroïde par son épithélium pigmentaire. La rétine ainsi réduite à un double feuillet cellulaire va tapisser, en subissant diverses modifications secondaires, les plis ciliaires d'abord, puis la face postérieure de l'iris, ce que rappellent les noms de pars ciliaris et pars iridica retinœ. e. p. r. Epithélium rétinien de l'iris (uvée irienne — pars iridica retinœ).
ch. Choroïde, au niveau de la queue des procès ciliaires. ». c. Un nerf ciliaire allant innerver le muscle ciliaire. m. c. Muscle ciliaire ; sur l'œil figuré ici il était presque entièrement formé de fibres longitudinales. On voit qu'il s'effile et s'étale en arrière dans la zone choroïdiennè, tandis que son tendon antérieur se continue avec le réticulum scléro-cornéen.
p. c. Coupe axiale d'un procès ciliaire.
s'. Stroma conjonctif (choroïdien) de l'iris. sph. Sphincter pupillaire.
36 PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE DANATOMIE DE LOEIL
Le caractère essentiel de la région qui nous occupe est d'être une zone de transformation et d'adaptation à des fonctions spéciales pour toutes les membranes oculaires et les fentes qui les séparent.
Ces transformations n'interrompent du reste la continuité d'aucune de ces membranes sauf cependant de la membrane vasculaire (choroïde et ses dépendances) qui , pendant la vie intra-utérine , formait un sac complet perforé plus tard au niveau de la pupille par la résorption de la membrane pupillaire.
La conjonctive ne se termine qu'en apparence autour de la cornée, en réalité elle cesse simplement à ce niveau d'être mobile, son épithélium passe sur la cornée sans presque changer de caractère, son derme se continue avec les couches les. plus superficielles du tissu cornéen (membrane de Bowman).
La sclérotique se continue fibre à fibre avec les lames cornéennes , seulement le mode d'intrication des faisceaux conjonctifs se modifie, se régularise dans la cornée, l'enchevêtrement dans tous les sens fait place à une stratification régulière qui est l'une des conditions (non pas la seule évidemment) de la transparence nécessaire à la cornée.
Comme disposition anatomique particulière , véritable caractère d'adaptation à des fonctions de réfraction régulière, il faut remarquer l'inclusion de la masse transparente de la cornée entre deux lames anhistes à surfaces lisses, la membrane de Descemet et celle de Bowman. Elles assurent d'une part la régularité de courbure , le poli des deux surfaces cornéennes, et d'autre part le parallélisme (relatif) des deux faces de la cornée. Pour se rendre compte de l'importance capitale de cette double disposition ii suffit de rappeler que les lames de verre dont la surface est cannelée ou rugueuse ne laissent rien distinguer par transparence et que, lorsque par suite d'inflammations superficielles il s'est formé entre l'épithélium et la membrane de Bowman, de très minces membranes, presque transparentes, de tissu conjonctif (taies), la vision est extrêmement gênée, beaucoup moins par le défaut de transparence de telles membranes, peu sensible à un fort
PRECIS
ICONOGRAPHIQUE d'aNATOMIE DE l'CEIL 37
éclairage, que par les légères ondulations de surface qu'elles présentent et qui déterminent un astigmatisme irreguher non susceptible de correction.
Remarquons en passant que le cristallin, mieux encore que la cornée, est mis par sa capsule dans les mômes conditions de régularité de surface.
L'espace virtuel suprachoroïdien (sous-scléral) , occupé par les fines lamelles de la lamina fusca et situé entre la sclérotique (dure-mère) et la choroïde (pie-mère) se trouve être naturellement l'homologue des cavités séreuses séparant le cerveau et le nerf optique de leur enveloppe piale. Seulement alors qu'au niveau du cer(veau et du nerf optique il existe deux cavités, l'une sous-durale, l'autre sous-arachnoïdienne, il n'en existe qu'une entre la sclérotique et la choroïde. Il faut voir dans cette différence l'expression d'une adaptation à des fonctions diverses et se rappeler aussi qu'il s'agit ici simplement d'homologie et non de descendance, l'espace suprachoroïdien se différenciant sur place et n'étant nullement une expansion des séreuses périencéphaliques, tandis qu'au contraire la rétine est un bourgeon des parois cérébrales.
Autour du cerveau et du nerf optique le tissu conjonctif paraît être disposé surtout pour contrebalancer les changements de volume de la masse qu'il enferme (battements du cerveau et coussinet formé par le tissu spongieux sous-arachnoïdien) et aussi pour des fonctions circulatoires. Au niveau de la choroïde (pie-mère oculaire ; là encore homologie. et non descendance), le tissu conjonctif organisé en fines lamelles (lamina fusca) qui la séparent de la sclérotique semble surtout modifié en vue de faciliter les glissements de la choroïde sur la sclérotique (sous l'action du muscle ciliaire).
Au devant du tendon ciliaire, la chambre antérieure représente la continuation de l'espace supra-choroïdien et se trouve être encore par conséquent l'homologue des cavités séreuses périencéphaliques. Même situation entre la fibreuse externe (ici la cornée) et la membrane vasculaire (ici l'iris) appliqué sur le tissu nerveux ou sur la couche épithéliale qui en est l'équivalent (pars iridica retince).
RRÉCIS ICONOGRAPHIQUE UANATOMIE DE LOEIL
Mais les caractères d'adaptation aux fonctions optiques (transparence et réfraction régulière) que nous venons de faire ressortir pour la fibreuse (cornée transparente) et la membrane vasculaire (résorption de La membrane pupillaire), se manifestent également pour la cavité séreuse, qui, au même niveau, représente, encore une fois, sans en provenir en aucune façon, les espaces séreux périchoroïdiens et périencéphaliques.
La chambre antérieure est évidemment quelque chose d'analogue à l'espace suprachoroïdien (dire qu'elle en est un prolongement pourrait induire en erreur, car elle apparaît chez l'embryon bièn avant cet espace), mais elle en diffère par deux caractères essentiels. Tout d'abord elle forme une cavité réelle, maintenue par la présence constante de l'humeur aqueuse, et de plus dans toute l'étendue de la cornée transparente (de la membrane de Descemet) elle n'est traversée par aucun filament conjonctif. L'importance de ce dernier caractère au point de vue de la transparence est facile à saisir. Quant à l'humeur aqueuse elle parait remplir des fonctions multiples sur lesquelles nous reviendrons. Mais considérée relativement à son adaptation optique, il faut faire remarquer qu'elle ne renferme normalement aucun élément figuré, qu'elle ne forme pas de caillot, c'est-à dire ne renferme pas d'albumine et seulement de très petites proportions de sels. Cette pauvreté en produits solubles qui dépasse même celle du liquide céphalo-rachidien est probablement en rapport avec les conditions de réfraction et même de transparence nécessaires à la vision.
Chez les vertébrés inférieurs l'adhérence qui s'établit entre la choroïde et la périphérie de la cornée pour constituer la limite de la chambre antérieure, se fait par l'intermédiaire d'une sorte de bourrelet cellulaire, le ligament annulaire.
Chez les reptiles, les oiseaux, les mammifères, cette adhérence s'établit principalement par le ligament pectiné et accessoirement par un système de fibres musculaires allant de la choroïde vers la limite cornéenne de la sclérotique (muscle ciliaire).
Enfin, chez les singes supérieurs et l'homme, le muscle ciliaire s'est assez développé pour constituer à lui seul un
PRECIS
3 ICONOGRAPHIQUE DANATOMIE DE LCEIL 39
moyen suffisant d'adhérence entre les deux membranes vas- Claire et fibreuse, et corrélativement le Ugàment pect.nc s'est atrophié jusqu'à disparition complète, du moins chez l'adulte, car il persiste jusque dans les derniers temps de la vie intra-utérine comme trace de l'état ancestral.
Nous admettons donc qu'il y a un véritable balancement entre le développement réciproque du muscle cihaire et du ligament pectine, ce dernier disparaissant quand le premier a pris un développement suffisant pour assurer l'union tout d'abord due aux fibres ligamenteuses (i).
Quant au développement du muscle ciliaire si remarquable chez les grands singes et chez l'homme comparativement aux autres mammifères, il constitue pour nous un caractère de perfectionnement complémentaire du développement du cerveau et surtout de la main.
C'est, en effet, grâce au développement du muscle ciliaire, c'est-à-dire de l'accommodation, que l'homme primitif, chasseur et chassé, doué de la vue à longue portée des animaux sauvages, sans laquelle il n'aurait pu subsister, a pu cependant utiliser sa main à des travaux délicats, aux arts nécessaires : la fabrication de ses armes de pierre et d'os, de ses vêtements, de ses amulettes, premiers vestiges d'industrie, origine et cause de tous les perfectionnements ultérieurs. On ne comprend pas la main sans le muscle ciliaire, sans la vision rapprochée. Un presbyte est un amblyope pour tous les petits objets qui l'entourent, il est incapable de toute besogne manuelle délicate parce que l'accommodation lui manque. Et cette amblyopie dans la vision de près est bien plus précoce et bien plus intense pour les hypermétropes comme l'étaient vraisemblablement les races primitives. Est-ce donc trop dire que sans l'accommodation la main est inutilisable et que par conséquent le développement du muscle ciliaire est l'une des conditions organiques
(i) Il ne faudrait pas objecter ici la présence simultanée chez les oiseaux d'un ligament pcctiné et d'un muscle ciliaire puissamment développé. Ce dernier n'est pas disposé chez eux pour servir d'union entre la choroïde et la sclérotique. De plus la puissante musculature striée de leur iris a besoin d'un tendon d'arrêt : c'est le ligament pectine qui le fournit-
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE DANATOMIE DE L'OEIL
les plus nécessaires au service de l'intelligence humaine? (i) Le muscle ciliaire appartient a la choroïde, mais constitue un organe surajouté et non une transformation de parties préexistantes. A sa face profonde, la choroïde se continue pour aller former les procès ciliaires. Nous n'insisterons ici que sur le profil exact de ces derniers. 11 a été bien représenté par les anciens anatomistes qui étudiaient un procès ciliaire détaché en entier et examiné à plat, et souvent mal compris et figuré depuis que l'on se rapporte principalement à des coupes histologiques minces. Toute section tant soit peu oblique ou ne passant pas exactement à la fois par la base et la crête du procès donne nécessairement un profil raccourci et déformé.
Nous croyons exact le profil figuré ici parce qu'il est le même que celui d'un procès entier examiné à plat. Les lacunes criblant la co'upe sont dues aux alternatives de verrues et de sillons qui marquent les faces latérales du procès et leur donnent un curieux aspect mamelonné.
On voit que le tissu des procès ciliaires, c'est-à-dire de la choroïde, se continue dans celui de l'iris. Cette continuité est la seule attache de l'iris chez l'homme adulte, par suite de la résorption du ligament pectine du fœtus.
(i)On sait que les oiseaux ont un muscle ciliaire beaucoup plus compliqué et développé que l'homme même, et de plus strié comme leur musculature irienne. Mais l'accommodation si puissante qu'il suppose, n'est pas, croyonsnous, en rapport avec les mêmes fonctions de relation que chez l'homme. L'accommodation, chez l'oiseau, supplée en partie l'odorat peu développé, dans le choix des aliments par exemple, tandis que tous les mammifères pour le même objet se fient exclusivement à leur nez. Mais nous croyons aussi que la puissance et la rapidité probable (striation) de l'accommodation chez l'oiseau, est surtout en rapport avec la rapidité du vol. Conçoit-on, par exemple, que les oiseaux chasseurs à vol extrêmement rapide, les martinets, les faucons, par exemple, puissent, d'une part, distinguer leur proie à la fois de très loin et de très près (surtout les martinets, chasseurs de petits insectes), et d'autre part éviter les obstacles sur lesquels ils se précipitent avec d'énormes vitesses, s'ils ne sont doués d'une accommodation à la fois rapide, précise, très étendue, probablement même devenue consciente (sens musculaire) et susceptible en tout cas de les renseigner instantanément et exactement sur la distance de la proie ou des obstacles ? II y a certainement dans cette puissance du muscle accommodateur des oiseaux une nécessité de leur genre de chasse et de la rapidité de leur vol:
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE d'aNATOMIE DE LŒIL S}I
La rétine gonflée et décollée par le liquide de Millier s'amincit brusquement en formant l'ora serrata et dès lors adhère intimement à la choroïde. Toute la rétine nerveuse (feuillet interne de la vésicule rétinienne), se réduit a une couche êpithéliale sans pigment, qui, toujours doublée par 1 epithélium pigmentaire (feuillet externe de la vésicule rétinienne), tapisse les procès dans toutes leurs anfractuosites (pars ciliaris retins), puis enfin l'iris (pars iridica retinœ ). Seulement la couche cellulaire interne dépourvue de pigment jusque vers la racine des procès ciliaires commence à présenter quelques grains pigmentaires au niveau de ceux-ci, et devient enfin complètement noire, comme le feuillet rétinien externe, à partir de la racine de l'iris, transformation qui a pour effet d'assurer l'opacité nécessaire à ce diaphragme.
Au point de vue purement macroscopique , la rétine et la choroïde, en avant de l'ora serrata, ne forment plus qu'une seule membrane, étant intimement soudées l'une à l'autre et seulement séparables par des macérations prolongées. On pourrait exprimer cet état de choses, en opposition si prononcée avec la facilité de décollement de la rétine proprement dite, en désignant par le terme de chorio-rétine l'ensemble formé par les deux membranes de l'ora serrata au bord pupillaire. La région ehorio-rétinienne comprendrait trois segments : i° chorio-rétine postérieure ou plane, de l'ora serrata à l'origine des procès, ayant une certaine étendue chez l'homme, mais faisant défaut chez la plupart des mammifères dont les procès naissent immédiatement au devant du bord dentelé de la rétine ;
2° Chorio-rétine moyenne ou ciliaire, c'est-à-dire la région plissée, les procès ciliaires;
3° Chorio-rétine antérieure ou irienne, caractérisée par son opacité et sa mobilité dont les deux conditions essentielles sont qu'elle ne possède d'adhérences que par un de ses bords et qu'elle est pourvue d'un appareil musculaire.
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE d'aNATOMIE DE L-'CEIL
Fig. 8.
Œil humain vu de face
après ablation complète de tout le couvercle de la chambre antérieure (cornée et limbe scléral), et arrachement de l'iris.
On découvre ainsi la face antérieure du cristallin, les têtes des procès ciliaires et l'espace périlcnticulaire traverse par les fibres de la zonule.
s. c. Sclérotique (surface de coupe).
z. Fibres zonulaires.
cr. Cristallin.
p. c. Procès ciliaires.
Cette figure est simplement destinée à donner Tidée d'un aspect général. Elle ne se prête par sa nature à aucune analyse anatomique précise. Elle permet seulement d'indiquer
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE d'an ATOMIE DE LOEIL -|3
qu'il y a un espace libre périlenticulaire, c'est-à-dire que les. procès ciliaires ne touchent pas le cristallin. C'est la du reste une des caractéristiques de l'œil humain, chez la plupart des quadrupèdes les procès, beaucoup plus longs que chez l'homme, vont s'appliquer et se mouler sur la périphérie de la lentille.
L'espace périlenticulaire est traversé par les fibres radiées de la zonule, disposées en petits faisceaux, transparents comme du verre, allant de la région des parois à la lentille sans que l'on puisse du reste déterminer, par ce mode de préparation, quel est leur point et leur mode exact d'insertion. On ne peut non plus se rendre compte s'il s'agit de fibres isolées ou réunies par une fine membrane, question très facile à résoudre dans le premier sens par d'autres procédés d'examen.
On voit simplement en somme que le cristallin paraît maintenu dans l'œil comme une araignée au milieu de sa toile par un système de fils radiés.
44 PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE DANATOMIE DE L'ŒIL
Fig. 9.
Segment antérieur de l'œil.
(Femme de 50 ans).
Les chambres antérieure et postérieure, la zonule, la région antérieur
vitré.
ch. p.
zz z"
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE d'aNATOMIE DE l'CEIL 45
m B L.origine de la membrane de Bowman. C'est en ee point L seulement que les couches antérieures de viennent transparentes. Opaques jusque- a tituent une sorte d'empiétement superficie de L scie rotique sur le couvercle transparent de a c m antérieure. Cet empiétement est de a rmllim et plus en haut et en bas, de i millim. environ en dedans a en dehors. C'est ce qui donne à la cornée transparent la forme d'un ovale à grand axe transversal, tandis que la chambre antérieure est circulaire.
ch. a. Chambre antérieure. Elle est moins profonde q^ létat normal, le cristallin étant légèrement porte en avant et surtout plus épais que normalement (gonflement par
les réactifs). ... ,.
Chambre postérieure. On voit qu'elle est limitée en avant par l'iris et les procès ciliaires (pars iridica et ciliaris retinœ), en arrière par le cristallin et le vitré (h. hyaloïde). Elle contient les fibres z de la zonule. La zone pupillaire de l'iris (non figurée ici) reposant sur le cristallin, les deux chambres de l'humeur aqueuse communiquent par une fente capillaire.
Fibres zonulaires constituant le plan antérieur. Fibres zonulaires du plan postérieur.
Fibres zonulaires de renforcement.
~ h L'hyaloïde. En arrière, dans l'épaisseur du vitré on voit des faisceaux ondulés analogues d'aspect à l'hyaloïde et du reste de même nature qu'elle. Toute cette partie antérieure du vitré présente, plus ou moins marquée, une disposition fibrillaire, ébauche de la transformation qui a donné naissance aux fibres nettement différenciées de la zonule.
L'espace libre entre l'hyaloïde et les fibres zonulaires (au niveau de h.) résulte d'un décollement accidentel très fréquent sur les préparations et qui démontre la non adhérence de l'hyaloïde et de la zonule en ce point. Petit (1726) en produisant ce décollement par une injection d'air fit une expérience sans aucun doute fort intéressante encore aujourd'hui. Mais on voit combien le mot de canal de Petit est mal appliqué à ce décollement par emphysème rétro-zonulaire.
o.s. L'ora serrata. Le pli choroïdien situé au-dessus est accidentel.
/. /. Espace supra-choroïdien, ne présentant dans sa partie antérieure que des lamelles de lamina fusca extrêmement ténues et espacées. C'est là presque une transformation en cavité séreuse ; dès lors il est bien difficile de ne pas admettre des glissements de la choroïde sur la sclérotique en ce point.
m. c. Muscle ciliaire (portion radiée, muscle de Brùcke. m M. Muscle de Mûllër (faisceaux circulaires du muscle ciliaire).
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE DANATOMIE DE LOEIL
La l'orme régulière du globe oculaire, nécessaire à ses fonctions optiques, se maintient par l'équilibre qui existe entre la résistance de la coque et le volume du contenu liquide ou semi-liquide de l'œil. Un œil perforé se déforme par affaissement de sa paroi fibreuse; un œil trop rempli (glaucome) finit toujours par présenter des ectasies, des bosselures. Si donc d'une part l'intégrité de la résistance sclérocornéenne est nécessaire à la conservation de la forme de l'œil, un volume constant du contenu du globe est un second facteur d'une égale importance. Le cristallin, le vitré, l'humeur aqueuse, forment ce contenu. Le cristallin a un volume invariable; le vitré est très probablement, même à l'état physiologique, susceptible de subir des variations de volume par suite d'imbibition aqueuse plus ou moins prononcée.
Mais c'est avant tout l'humeur aqueuse qui représente l'élément variable (et rapidement variable) dans le contenu de. l'œil et qui a par conséquent pour fonction de combler les vides , de prendre la place des organes qui viennent à disparaître (résorption pathologique ou extraction du cristallin) ou à diminuer de volume (le vitré dans les yeux de vieillards qui présentent du collapsus de la cornée après l'extraction de la cataracte).
En un mot, c'est elle qui assure le réglage de la tension intraoculaire et par suite la forme du globe , du moins dans des limites étendues.
Sa sécrétion, sa résorption, sont, par conséquent, pour les fonctions optiques et la vie propre de l'œil , d'une importance absolument primordiale. Malheureusement nos connaissances sont encore bien incomplètes à ce sujet, malgré beaucoup d'expériences et un certain nombre de données intéressantes (notamment l'expérience d'Ehrlich : apparition rapide dans la chambre antérieure, de la fluorescéine injectée dans les veines d'un lapin).
L'humeur aqueuse est contenue entre le vitré et le cristallin formant paroi postérieure et la cornée formant paroi antérieure. L'iris sépare en deux l'espace ainsi limité et le divise en chambre antérieure et chambre postérieure. Le contact du cristallin avec la zone centrale de l'iris fait que
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE d'aNATOMIE DE l/C&IL |7
la chambre postérieure n'est une cavité réelle que vers 1 equateur du cristallin , mais non au devant de la lentille. La communication des deux chambres au niveau de la pupille se fait donc par l'intermédiaire d'une fente capillaire.
Les particularités peu connues de la chambre antérieure, sa subdivision en chambre antérieure proprement dite et espace cilio-scléral seront principalement étudiées au sujet de l'angle irien.
Nous ne parlerons ici que de la chambre postérieure. Son vrai nom serait espace hyalo-rèlinien, car en définitive elle représente une fente, une cavité entre deux organes partout ailleurs contigus, le vitré et la rétine (représentée au niveau de la chambre postérieure par les pars ciliaris et iridica).
La chambre postérieure de l'homme est caractérisée par l'espace libre qui existe toujours entre la tête des parois et le bord du cristallin. Cet espace périlenticulaire mesure toujours un millimètre et plus; il est beaucoup plus étroit ou même manque totalement chez les quadrupèdes. Chez les oiseaux les procès ciliaires se moulent exactement sur le cristallin.
Immédiatement en arrière du plan équatorial de la lentille l'hyaloïde arrive au contact des crêtes ciliaires et la chambre antérieure n'est plus représentée que par les vallées ciliaires qui lui constituent autant de prolongements radiés. Nous ne faisons qu'indiquer ici ces prolongements dont une étude exacte n'est possible que sur les coupes perpendiculaires à l'axe optique (fig. 10 et n). Les crêtes ciliaires s'effaçant graduellement en arrière, la chambre postérieure à ce niveau se termine en fente et se ferme par le contact et l'adhérence qui s'établissent au-devant de l'ora serrata .entre l'hyaloïde, la zonule et la pars ciliaris retince.
La chambre postérieure contient la zonule l'un des organes de l'œil les plus particuliers et les plus difficiles à étudier.
Que la zonule chez l'homme et même, croyons-nous, chez toutes les espèces animales , soit uniquement composée . de fibres , ou pour mieux dire de faisceaux de fibrilles et nulle-
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE DANATOMIE DE LOEIL
ment constituée ou compliquée par une membrane continue, c'est ce qu'il est parfaitement inutile de discuter aujourd'hui. Nous avons des procédés très simples de préparation qui permettent à chacun d'observer les fibres zonulaires dans des conditions où il ne saurait y avoir aucun doute sur leur nature. Par exemple les coupes perpendiculaires ou légèrement obliques par rapport à l'axe optique après coloration en masse par le carmin (v. fig. 10).
La zonule membrane continue est du même temps que le canal de Fontana et le canal de Petit. Il n'est pas question de méconnaître le mérite des premiers anatomistes qui, avec des méthodes de préparation encore imparfaites, ont fait faire les premiers pas à l'anatomie de l'œil en publiant des observations déjà fort utiles bien qu'en partie erronées. Mais vraiment c'est trop vivre sur le passé, trop négliger les observations personnelles rendues cependant faciles par la technique actuelle que d'adopter encore certaines opinions vieillies et même de les discuter.
La figure 8 donne une idée de la disposition radiée des fibres zonulaires. La fig. g fait comprendre dans leurs points principaux le trajet et les insertions de ces fibres.
On les distingue à partir de l'ora serrata. En avant de ce point elles s'attachent d'une part à la pars ciliaris retinœ, d'autre part à l'hyaloïde. Elles sont donc comprises entre deux surfaces auxquelles elles adhèrent. Mais leurs insertions à la rétine ciliaire se continuent beaucoup plus en avant que celles à l'hyaloïde. Celle-ci, en effet, ne donne adhérence à la zonule que dans une largeur de quelques millimètres en avant de l'ora serrata, au-delà de cette étroite zone elle lui est simplement appliquée et peut s'en éloigner sous l'influence d'injections artificielles ou pathologiques , ce qui met en évidence le prétendu canal de Petit. Au contraire, les attaches ciliaires des fibres de la zonule se prolongent beaucoup plus en avant, presque vers l'orifice antérieur des vallées ciliaires.
A partir du point où se dessinent les crêtes et vallées ciliaires (c'est-à-dire quelques millimètres au devant de l'ora serrata), c'est uniquement au fond de ces vallées que s'attachent les fibres de la zonule. On n'en voit jamais partir des
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE UANATOMIE DE L'OEIL 49
crêtes ciliaires ni de leurs faces latérales (v. fig. 10). Ce qui a pu souvent donner lieu à des erreurs à ce sujet, c'est que l'on a généralement interrogé des coupes antéro-postérieures de l'œil (comme la fig. 9). Dans ces conditions, quand un faisceau zonulaire présente une extrémité coupée au contact d'une crête ciliaire, on peut parfaitement croire qu'il s'attache à cette dernière. C'est ce qui arriverait ici si l'on suppose la fibre zonulaire la plus antérieure prolongée jusqu'aux procès ciliaires. L'erreur a été commise et même figurée. Les coupes transversales de l'œil, convenablement orientées suivant la direction des fibres zonulaires (fig. 10), nous placent dans des conditions d'observations telles que nous ne pouvons nous tromper sur l'insertion des fibres antérieures de la zonule : Nous les voyons partir toutes ' et exclusivement du fond des vallées ciliaires.
Les fibres zonulaires en descendant vers le cristallin se divisent en deux plans principaux, un antérieur et un postérieur.
Les fibres postérieures {z") se moulent sur la convexité antérieure du vitré qui les fait légèrement bomber en avant. Dans la fig. 9 elles ont conservé cette direction curviligne malgré le décollement accidentel du vitré. Elles vont s'attacher à la cristalloïde postérieure tout à fait vers sa périphérie.
Les fibres antérieures en rapport non plus avec une surface régulière comme celle de l'hyaloïde, mais avec la série des crêtes et des vallées ciliaires présentent une disposition un peu plus compliquée , car elles forment non plus un plan , mais une surface gaufrée qui s'engrène avec les procès. Les unes, nées sans doute loin en arrière dans la région plane de la zone choroïdienne, suivent dans leur trajet (et sans y adhérer) lès crêtes ciliaires qui appuient sur elles en les déprimant et en leur donnant la concavité antérieure que l'on retrouve sur la figure 9. Le rasoir n'ayant pas passé exactement par la crête du procès, le profil de sa coupe se trouve éloigné de la zonule. Mais il faut bien se rendre compte que c'est là un profil tout artificiel, ne représentant pas la crête des procès (pour le vrai profil des procès ciliaires, v. fig. 7). Cette crête, en appuyant sur les fibres zonulaires,
Rochon-Duvigneaud. — 4
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE d'aNATOMIE DE l'oEIE
détermine leur concavité en avant, et leur sert en quelque sorte de chevalet tenseur, de poulie de réflexion. Les fibres réfléchies sur les procès s'attachent à la cristalloïde antérieure tout a fait vers sa périphérie, dans une situation à peu près symétrique aux insertions postérieures. Elles constituent les parties rentrantes de la surface gaufrée.
Les parties saillantes de cette surface sont représentées par les fibres qui débouchent de l'orifice antérieur des vallées ciliaires où elles sont nées (2) et par conséquent ne subissent pas de réflexion sur les crêtes ciliaires avec lesquelles elles n'ont aucun rapport. Ces fibres nous paraissent moins nombreuses que celles des deux autres catégories prises séparément. Elles s'insèrent sur la cristalloïde antérieure bien en avant du plan des fibres réfléchies, c'est-à-dire plus vers le centre du cristallin. L'alternative des insertions rentrantes et saillantes du plan antérieur gaufré de la zonule dessine sur la cristalloïde une ligne onduleuse depuis longtemps connue et souvent représentée.
Toutes les fibres zonulaires ne vont pas au cristallin. Un certain nombre d'entre elles s'étendent longitudinalement d'un point à un autre de la pars ciliaris retince. On entrevoit quelque chose de cette disposition en z". Peut-être aussi existe-t-il des fibres analogues allant très obliquement de l'hyaloïde à la rétine ciliaire et d'arrière et avant.
Nature de la zonule. — Les faisceaux zonulaires ont assez bien l'aspect de petits faisceaux tendineux, mais ils en diffèrent par une rigidité beaucoup plus grande en rapport avec une résistance particulière aux agents dissociants (ébullition, acides). Nous les croyons développés aux dépens de la zone vitréenne située chez l'embryon entre le corps ciliaire en voie de développement et lequateur de la lentille. Vers le troisième mois chez l'homme, à l'apparition des plis ciliaires, de très fines fibres, d'abord plus visibles au contact des procès, se dirigent radiairement vers le cristallin , accompagnant les vaisseaux près de la périphérie du vitré, descendent vers lequateur de la lentille. Ces libres se développent dans le tissu muqueux (vitré) qui englobe les vaisseaux, mais
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE DANATOMIE DE LCCIL
nullement aux dépens des gaines de ceux-ci. La zonule ne représente pas du tout les vaisseaux capsulaires atrophiés, étant formée bien avant que ceux-ci ne disparaissent. Elle représente au contraire quelque chose de très analogue à l'hyaloïde et aux faisceaux librillaires ondulés des régions vitréennes antérieures, c'est-à-dire une espèce particulière de fibres conjonctives. Seulement elle est le résultat d'une différenciation, d'une adaptation bien plus complète, elle est en somme un système de fibres tendineuses développées aux dépens de la substance intercellulaire d'une masse conjonctive préexistante.
La disposition générale de la zonule fait comprendre sans plus ample explication comment elle s'oppose aux déplacements latéraux du cristallin , tout en permettant dans une certaine mesure des excursions antéro-postérieures. Le nom physiologique de ligament suspenseur la qualifie justement bien qu'il n'exprime pas toutes ses fonctions. Mais une suspension suppose un point fixe : la zone choroïdienne, principal point d'attache de la zonule , n'étant réunie à la sclérotique par aucun lien anatomique solide, c'est la seule tension du vitré qui appliquant fortement la choroïde à la sclérotique (en d'autres termes distendant le sac choroïdien) peut faire de la première membrane un point d'attache résistant. A ce point de vue donc le rôle mécanique du vitré paraît être de la plus grande importance.
La tension considérable qui existe dans la chambre vitréenne est démontrée par la propulsion du cristallin et de l'iris contre la cornée dès qu'une ponction vide la chambre antérieure. Si l'on a ce fait bien présent à l'esprit, il nous paraît difficile de ne pas admettre que la zonule est constamment en état de tension , comme formant , si l'on veut , une partie de la paroi d'un sac (sac choroïdo-zonulaire) partout inextensible (comme appuyé à la sclérotique) sauf justement au niveau de la zonule et du cristallin. La tension de la zonule et par suite sa traction constante sur la lentille, nous paraissait donc extrêmement probables. C'est là l'hypothèse faite anciennement par Helmholtz et admise sans conteste jusqu'à ces derniers temps pour expliquer le mécanisme de l'accommodation. Seulement Helmholtz ne faisait pas intervenir
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE d'aNATOMIE DE LfJEIL
l'action clu vitré, qui nous paraît essentielle. Il reste à savoir quelle modification imprime au cristallin la tension zonulaire. Helmhotz admettait, ce qui, évidemment à priori, semble rationnel, un aplatissement de la lentille, tandis que M. Tscherning, en exerçant des tractions avec les doigts sur la zonule du bœuf, tandis qu'il examinait le cristallin de profil, a vu, il est vrai, les parties périphériques de celui-ci s'aplatir, mais les parties centrales, au contraire (qui seules interviennent dans l'accommodation) se bomber ; ce qui est juste l'inverse de la manière de voir d'Helmhotz et modifie complètement les conceptions actuelles du mécanisme de l'accommodation.
Cette question de mécanisme est des plus ardues, parce que l'expérimentation et la vérification directe sont extrêmement difficiles. à ce sujet. Helmhotz paraît s'être trompé en un point pour avoir admis (non pas sans essai de vérification directe , mais du moins sans résultat positif d'observation) une chose pourtant bien logique en apparence : l'aplatissement du ' cristallin par la tension de la zonule (chose qu'il ne donne du reste que comme probable). M. Tscherning, vérifiant expérimentalement le résultat de cette tension zonulaire, semble avoir fait faire un pas à la connaissance de la question et réfuté une erreur d'Helmhotz. Mais quand à son tour il quitte le terrain expérimental pour essayer d'interpréter l'action du muscle ciliaire d'après les dispositions anatomiques qu'il lui suppose, il est infiniment probable qu'il fait lui-même fausse route "et nous fait sentir la nécessité qu'il y a à aborder expérimentalement et autant que possible par l'observation directe l'étude du mécanisme musculaire de l'accommodation.
Muscle ciliaire. — Nous n'insisterons pas sur les insertions de ce muscle suffisamment indiquées dans la légende de la fig. 9. Mais il faut ajouter quelques traits à son anatomie. Le muscle ciliaire présente suivant son épaisseur deux régions, se continuant faisceau par faisceau l'une avec l'autre et séparables seulement dans une description, nullement dans la nature. La partie superficielle , celle qui touche la sclérotique, est un muscle feuilleté, c'est-à-dire formé de lamelles
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE d'aNATOMIE DE LOEIL
musculaires superposées, clans chacune desquelles les fibres musculaires lisses ont une direction longitudinale. La figure 9 montre quelque chose de cette disposition surtout bien visible chez le fœtus où chaque feuillet musculaire se continue par un plan relativement distinct de petits faisceaux tendineux qui vont concourir à la formation du système trabéculaire scléro-cornéen. Cette portion radiée du muscle ciliaire existe seule chez les quadrupèdes, par exemple le chien, le chat, le porc. Elle représente le véritable tensor choroïdeœ de Brûcke, et constitue la partie fondamentale, essentielle du muscle ciliaire.
A la face profonde de cette portion radiée chez l'homme les faisceaux musculaires s'éloignent de la direction antéropostérieure , s'incurvent latéralement en prenant des directions plus ou moins obliques, et, s'anastomosant les unes avec les autres, constituent une sorte de réseau musculaire à mailles allongées transversalement (circulairement), ce que démontrent surtout les coupes perpendiculaires à l'axe optique (v. fig. 10 et 11). La tendance à la disposition réticulée et circulaire est d'autant plus accentuée dans le muscle choroïdien qu'il s'agit de régions plus profondes et plus antérieures. A son angle antero-inférieur (l'angle antéro-supérieur étant représenté par l'insertion sclérale), on observe souvent même sur les coupes sagittales (v. fig. 10 et 14) un certain nombre d'ilots arrondis et isolés qui représentent la coupe de faisceaux à direction circulaire et séparés du reste du muscle [m. de Mùller). Cet isolement n'est du reste sans doute que relatif : une coupe ainsi faite ne révèle que les dispositions anatomiques exactement comprises dans son plan et ne démontre nullement que le faisceau momentanément isolé . ne va pas plus loin s'anastomoser avec le reste du muscle, chose qui nous semble probable.
La portion circulaire du muscle ciliaire représente sans doute, malgré sa direction, un faisceau de renforcement de la portion radiée. Il paraît impossible du reste, à cause de leur continuité anatomique, de ne pas admettre la synergie des deux régions du muscle , l'unité d'action du muscle unique qu'elles constituent. C'est là l'idée fondamentale qui avait guidé Iwanoff dans l'interprétation des différences que
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE DANATOMIE DE LCEIL
représente le muscle ciliaire suivant la réfraction de l'œil. Étudiant des yeux de cadavre qu'il n'avait pas examinés cliniquement , Iwanoff les considérait comme hypermétropes ou myopes suivant qu'ils étaient notablement plus courts ou plus longs que les yeux emmétropes. Les petites différences étant peu appréciables ou peu sûres avec les moyens de mensuration extérieure de l'œil, Iwanoff n'a tenu compte que des écarts notables, il s'est donc adressé aux amétropies fortes, aux types extrêmes. Un muscle circulaire très développé caractérise pour lui le muscle de l'hypermétrope qui accommode constamment, l'absence de tout faisceau circulaire celui du myope, qui use peu de son accommodation. On peut donc conclure , semble-t-il , que la présence des fibres circulaires augmente la puissance du muscle.
Mais en définitive, n'étant pas assurés du mécanisme d'action de ce muscle, rappelons-nous que si celui de l'hypermétrope nous paraît mieux conditionné au point de vue de l'accommodation que celui du myope, c'est qu'au fond nous faisons ce raisonnement : l'hypermétrope accommode plus que le myope, donc son faisceau circulaire est un faisceau de renforcement. C'est une pétition de principe.
Reconnaissons cependant que l'anatomie comparée parle dans le sens de l'hypothèse d'Iwanoff. Les quadrupèdes doués seulement d'une accommodation, peu étendue, n'ont qu'un muscle ciliaire peu développé , réduit à la portion radiée, et chez les espèces supérieures, à grande amplitude accommodative, les grands singes et l'homme, non seulement cette portion radiée se renforce, mais constamment aussi on voit s'adjoindre à elle le système des fibres obliques approchant plus ou moins de la disposition circulaire.
Tout en accordant un grand caractère de probabilité aux conclusions d'Iwanoff, il faut cependant encore faire les réserves que commande notre incertitude sur le mécanisme du muscle ciliaire, et se rappeler aussi que les modifications de forme du globe dans les cas d'amétropie forte peuvent ne pas être sans influence sur la configuration du muscle ciliaire. Sa physionomie peut varier suivant qu'il est allongé (type de l'œil myope) ou raccourci (type de l'hypermétropie).
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE d'aNATOMIE DE L'OEIL
FlG, 10.
Œil humain adulte.
Coupe vertico-transversale, au niveau de la tête des procès ciliaires, suivant une ligne passant donc au-devant du vitré.
sel. Sclérotique ; une partie seulement de son épaisseur a été représentée.
/. f. Lamina fusca, dissociée par le décollement qui s'est produit, comme toujours, entre le muscle ciliaire et la sclérotique.
m. c. Muscle ciliaire.
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE DANATOMIE DE L'OEIL 57
Couche choroïdicnne du corps ciliaire.
Vallée ciliaire, garnie d'un épithélium fortement pigmenté ch l L'espace périlenticulaire, faisant, comme les vallées ciliaires, partie de la chambre postérieure.
, • rir lotir double couche epithchale
Procès cihaires revêtus de leur auuuic .
(pars ciliaris retin») presque entièrement dépourvue de pigment à ce niveau.
z. Les fibres zonulaires.
La cristalloïde, coupée aux environs de 1 equateur, doublée de son épithélium capsulaue.
cr.
Nous ferons tout d'abord remarquer l'aspect particulier du muscle ciliaire dont on voit les faisceaux superficiels figurés par des champs arrondis, c'est-à-dire, coupés perpendiculairement à leur axe. Les faisceaux profonds sont, au contraire, coupés très-obliquement ou même suivant leur longueur, parce qu'ils ont sur certains yeux une direction à peu près circulaire :
La couche de tisssu conjonctif qui continue la choroïde en diffère surtout parce qu'elle contient beaucoup moins de vaisseaux. Cela tient essentiellement à ce que la choroïde, dans ses régions plus postérieures, renferme un très grand nombre de vaisseaux de passage, ce qui n'est pas le cas pour les régions antérieures.
On voit que les procès ciliaires ne sont pas à proprement parler des plis, mais des crêtes, puisqu'ils sont formés d'une seule lame conjonctive. Leur réseau capillaire, si riche, n'est pas apparent ici parce qu'il est vide et que le grossissement n'est pas assez fort. La disposition ravinée, plissée, de leurs parois latérales est bien apparente : elle explique facilement l'aspect lacunaire des coupes antéro-postérieures et comme quoi elles sont rarement complètes et de profil si souvent irrégulier.
Il est inutile de décrire spécialement les vallées ciliaires dont on comprend aisément la disposition et la profondeur. Mais faisons remarquer tout d'abord la forte pigmentation du fond des vallées en opposition avec celle beaucoup moindre des crêtes ciliaires et ensuite que les fibres zonulaires partent uniquement du fond des vallées, jamais des faces
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE DANATOMIE DE L'OEIL
latérales ou des extrémités des procès. La raison de cette dernière disposition est facile à saisir : le fond des vallées ciliaires est un sol résistant et solide, les procès eux-mêmes offrent certainement une stabilité beaucoup moindre qui ne fournirait pas à la zonule un suffisant point d'appui pour agir sur le cristallin.
Le ligament suspenseurdu cristallin, est, on le voit, constitué chez l'homme uniquement par des fibres et nullement par une membrane, comme certains ouvrages d'anatomie, même très-récents, le figurent encore. Ces fibres zonulaires ont quelque analogie avec des fibres tendineuses, mais elles sont plus rigides et d'aspect vitreux. De plus elles traversent à nu la chambre postérieure, c'est-à-dire qu'elles ne présentent aucune trace de revêtement endothélial, chose qui n'arrive jamais pour les faisceaux tendineux, lesquels sont toujours engainés d'un endothélium.
Leur mode d'attache dans le fond des vallées ciliaires est chose encore mal déterminée. Chaque fibre zonulaire avanc d'aborder la double couche épithéliale de la pars ciliaris retince se dissocie en un faisceau de fibrilles dont chacune semble pénétrer entre les cellules épithéliales. Mais est-ce réellement l'épithélium qui fournit l'insertion, ou bien la lame vitrée choroïdienne qui persiste encore très-amincie au niveau du corps ciliaire ? C'est ce que nous ne somme? pas en mesure de décider. Cependant il faut faire remarquer que l'origine conjonctive de la zonule (v. fig. 9, nature de la Tpnule) porterait beaucoup plutôt à admettre une adhérence des fibres zonulaires à la surface des cellules de la pars ciliaris retinœ, qu'une pénétration de ces mêmes fibres entre les cellules et leur insertion à la lame vitrée choroïdienne.
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE DANATOMIE IjE L'OEIL
FlG. II.
Œil humain adulte
upe vertico- transversale passant par la partie moyenne des procès chaires, c'est-a-dire plus en arrière que la précédente, et intéressant la partie antérieure du corps vitré.
sel. Sclérotique.
/. f. Lamina fusca m. c. Muscle cil ia ire.
ch. c. Couche choroïdienne du corps ciliaire.
~. Fibres zonulaires coupées presque perpendiculaire ment à leur longueur, parce que la coupe passe en un point où elles vont à peu près directement d'arrière en avant.
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE d'aNATOMIE DE L OEIL
p. c. Un procès ciliaire, avec sa double couch « ' ni^m^nt^ ouc ce c du lune a<- ui
beaucoup moins pigmcni.ee que ^
voilée
Hyaloïde, n'ayant, comme l'on peut voir, rien de
commun avec la zonulj.
Corps vitre, déprimé à ses points de contact avec les
crè'tcs ciliaires. . .
ér ch P les prolongements de la chambre postérieure qui Pr. ch. p. Le^ont /utre chose que les vallées ciliaires dans
la région où le contact de l'hyaloïde avec les cretes
ciliaires fait de chacune d'elles un divert.cule isole
de la chambre postérieure.
Cette coupe postérieure au niveau de laquelle les procès ont nécessairement une hauteur moindre, est surtout intéressante en ce qu'elle fait voir comment la chambre postérieure se prolonge en arrière entre les crêtes ciliaires et l'hyaloïde.
Le trajet de la coupe intéresse d'abord les crêtes ciliaires, puis un espace libre prolongement de la chambre postérieure contenant les fibres zonulaires, puis enfin l'hyaloïde et le vitré. Seulement le sommet des crêtes ciliaires touchant et déprimant l'hyaloïde, il en résulte que la chambre postérieure est à ce niveau subdivisée en autant de prolongements radiés qu'il y a de vallées ciliaires.
Ces dernières contiennent les fibres zonulaires coupées presque transversalement ainsi que l'indique facilement le trajet de la coupe.
Kunht admettant que la zonule était une membrane continue, décrivait les prolongements de la chambre postérieure comme limités en dedans par la zonule à laquelle il attribuait le même trajet qu'à l'hyaloïde, dont elle constituait une sorte de doublure.
11 y avait là une double erreur portant sur la nature de la zonule et sur son trajet, erreur qui paraît encore admise par certains auteurs et que l'on retrouve même dans de récents traités d'anatomie.
Les procès ciliaires considérés comme source de l'humeur aqueuse. — Le mot de glande ciliaire revient assez souvent maintenant
PRÉCIS ICONOGRAPHIQUE DANATOMIE DE L'OEIL
dans la littérature ophthalmologique pour désigner la surface épithélialë anfractueuse que représentent les procès et vallées ciliaires revêtus de leur rétine. Il exprime l'hypothèse de la sécrétion de l'humeur aqueuse par les procès, hypothèse déjà émise par Zinn et Maller, qui s'appuyaient sur la grande richesse vasculaire des franges ciliaires opposée à la pauvreté relative de l'iris.
Ce terme de glande ciliaire, très probablement juste au point de vue physiologique, est mauvais en anatomie. Il n'y a rien dans la région ciliaire qui soit semblable aux vraies glandes. Celles-ci sont originairement et essentiellement des bourgeons épithéliaux en rapport avec les surfaces cutanées ou muqueuses dont elles représentent des proliférations intradermiques. Il suffit de rappeler cette disposition générale des glandes pour faire comprendre que les procès ciliaires sont quelque chose de fort différent au point de vue anatomique.
Mais il n'en est pas moins vrai que ces replis de la choriorétine ciliaire constituent une modification de même sens (multiplication des surfaces) et très probablement de même usage (sécrétion) que les glandes proprement dites. Leur richesse vasculaire, qui n'approche pas de celle des glomérules du rein, mais qui, enfin, est considérable, n'est sans doute pas uniquement destinée à assurer la nutrition de ces parties mais doit se trouver en rapport avec une fonction spéciale.
Un autre caractère particulier de la rétine ciliaire pouvant être relatif également à des fonctions sécrétoires, consiste dans son peu de pigmentation au niveau des crêtes ciliaires, qui ont une coloration non pas noire, mais gris clair. Les cellules surchargées de pigment, paraissent, d'une façon générale, douées d'une vitalité moindre que les cellules blanches. Or, les figures 10 et n montrent que la couche superficielle de 1 epithélium des procès est à peu près dépourvue de pigment; de plus , la couche profonde , pigmentaire dans toute son étendue, de la papille à la pupille, perd elle-même au niveau des crêtes ciliaires une partie de son pigment, révélant peutêtre ainsi en ce point une adaptation à des fonctions autres que celle d'éteindre la lumière diffuse dans l'œil et d'assurer l'opacité des parois du globe.
PRÉCIS ICONOGRAIMIIQUE UANATOMIE DE LOEIL
FlG. 12.
Kégion des procès ciliaires et de l'angle irien chez le
porc.
(Région cilio-sclérale de la chambre antérieure).
h Sclérotique.