CANCER DE LA LANGUE
PROCEDES OPÉRATOIRES
Avant de recourir aux opérations par lesquelles on enlève une partie ou la totalité de la langue, le chirurgien ne doit point oublier que certaines tumeurs sont entièrement superficielles, et qu’il suffit alors d'écorcer la langue pour les isoler des parties saines; que d’autres sont enkystées , siègent dans l’épaisseur de l’organe, et peuvent en être extraites facilement par énucléation. Mais quelques dégénérescences réclament V excision ou la ligature.
Excision — Proportionnée à l’étendue du mal, l’excision comprendra toujours une portion des tissus non malades ; un ou deux millimètres au delà des limites de la tumeur. Des bouchons, placés entre les dents, maintiendront la bouche ouverte; la langue sera saisie avec des pinces érignes et tirée autant que possible hors de la bouche ; suivant la forme ou le siège du cancer la section sera faite soit avec le bistouri, soit avec les ciseaux, tantôt droite et en travers, tantôt courbe. Si l’incision de la partie malade ne peut être faite d’un seul coup, il faudra commencer par la face inférieure de l’organe afin de ne pas être gêné par l’hémorrhagie en arrivant à la face supérieure de la langue.
• Boyer cernait la tumeur entre deux incisions réunies en V (fig. 2, c 6 et 6a). Deux ou trois points de suture (fig. 3 ) réunissaient ensuite la plaie.
ligature. — Procédé de May or. — Elle consiste à isoler la partie malade, des tissus sains , au moyen de ligatures pratiquées avec des fils traversant toute l’épaisseur de l’organe. Pour un cancer qui n intéressait qu’une moitié de la langue , Mayor traversa l’organe vers sa base avec un bistouri, et l’incisa d’arrière en avant dans toute l’épaisseur. La partie malade fut ensuite étreinte par une ligature serrée à l’aide du serre-noeud de Mayor (Instr., pl. XII, fig. 7'. On pourrait également, sans recourir à l’incision, comprendre la portion malade entre deux ligatures (fig. 4).
Procédé de M. J. Cloquet. — Dans un cas de cancer qui avait envahi toute la moitié latérale de la langue et s’étendait vers la base , de manière à ne pouvoir permettre la ligature par la bouche,
M. Cloquet eut recours au procédé suivant :
Une aiguille courbe, montée sur un manche, et ayant un œil à sa pointe, fut enfoncée sur la ligne médiane du coü, au-dessus de l’os hyoïde, et traversa de bas en haut toute l’épaisseur de la langue.
L’œil de l’aiguille courbe, par un mouvement de bascule en arrière imprimé au manche , vint se présenter aux arcades dentaires ; deux ligatures furent ensuite passées dans le chas de l’aiguille. L’opérateur ramenant alors l’aiguille en lui faisant rebrousser chemin , amena les fils au dehors par la plaie du cou , de manière qu’une extrémité des ligatures se trouvait dans la bouche et l’autre au dehors. L’aiguille fut ensuite enfoncée de nouveau dans la plaie du cou, mais cette fois pour ressortir sur l’un des côtés de la langue, où le chas reçut alors les deux chefs qui étaient restés libres dan3 la bouche. L’aiguille, de nouveau retirée, ramena donc les deux chefs par la plaie du cou. Ces deux ligatures ainsi passées servirent: l’une à serrer transversalement la moitié de la langue, l’autre , engagée dans une incision pratiquée sur la pointe de la langue, étreignit longitudinalement, d’arrière en avant, toutes les parties cancé-
Procédé de M. Mirault, d’Angers. — Il n’est qu'une modification du procédé de M. J. Cloquet. L’aiguille traverse la langue de bas en haut , et est ramenée par la bouche pour être replongée de haut en bas sur l'un des côtés de la langue.
Procédé de M. Vidal. — (Fig. 5, 6, 7 et 8.) Nous empruntons li l’auteur la description qu’il en a donnée. « Je me sers, d’une grande aiguille droite montée sur un manche (fig. 5, a). Elle est terminée en fer de lance; vers sa pointe est un œil. Si on ne doit lier qu’une moitié de la langue, on passe dans cet œil un seul fil trèsfort. Après avoir saisi la langue par sa pointe, et l’avoir tirée le plus possible en avant, on enfonce l’aiguille au-dessus de l’os hyoïde 6. Plus le mal est avancé vers la base , plus la pointe de l’aiguille est portée en arrière. Après avoir traversé la langue de bas en haut , la lance parait dans la bouche avec l’anse de fil qu’elle porte, c; au cou pendent les deux bouts ; on les confie à un aide. Le chirurgien saisit le manche de l’aiguille avec la main gauche ; au moyen d’une pince à disséquer tenue de la main droite, un fil est saisi dans la bouche ; il est retiré en dehors de cette cavité et confié ù un autre aide (fig. 6, b) ; il n’y a plus qu’un fil au cou, c. Alors le chirurgien tire un peu l’aiguille a vers cette région, comme s’il voulait la faire sortir ; mais la pointe une fois parvenue au-dessous de la langue, on la pousse de nouveau en haut et en dehors, et la lance paraît sur un côté entre le pilier antérieur du voile du palais et le bord de la langue (fig. 7). Avec les mêmes pinces à disséquer, on tire de l'oeil de l’aiguille le bout de fil qui pend encore au cou. Alors l'instrument est libre , il est retiré tout à fait par le cou. On lie les deux bouts de fil a, 6, ou on les passe dans un serre-nœud c (fig. 8).
« Si le cancer occupe toute la langue , on peut faire une double ligature qui étreindra les deux portions de la langue. Alors on passera deux fils dans l’œil de la lance; un d’eux sera noir, l’autre blanc. Cette différence de couleur permettra d’étreindre plus facilement, avec le même fil, un côté de l’organe. »
DTJ BEGAYEMENT.
La médecine opératoire compte un grand nombre de procédés par lesquels les chirurgiens ont cherché à remédier au bégayement. Aujourd'hui que l’expérience a suffisamment démontré l'inutilité et le daDger de la plupart des opérations tentées dans ce but , nous nous bornerons à décrire les procédés qui offrent quelque chance de succès , et qui , par leur simplicité , n’ont rien de périlleux.
Procédé de M. Baudens. — Section des génioglosses (fig. 9). — Le malade est assis 3ur une chaise, la tête maintenue par un aide qui tire en arrière les commissures des lèvres; l’opérateur, avec une érigne tenue de la main gauche, soulève la membrane muqueuse audessus du bord des génioglosses, puis avec des ciseaux pointus, coudés sur leur plat, et plongés entr’ouverts à trois centimètres de profondeur en rasant la mâchoire, il coupe d’un seul coup les attaches des deux muscles. On introduit ensuite dans la plaie un petit tampon soit d’éponge, soit de charpie, qu’on laisse jusqu’à ce que l’hémorrhagie ne soit plus à craindre. La plaie guérit ensuite rapidement.
Procédé de J U. Bonnet. — Section sous-cutanée des génioglosses. — Le malade est assis la tête renversée en arrière ; l’opérateur porte un doigt de la main gauche dans la bouche, au-dessus des apophyses géni ; puis , avec un ténotome aigu tenu de la main droite , il traverse, sous le menton et sur la ligne médiane, la peau, le penueier et l’espace intermusculaire des digastriques et des mylo-hyoïdiens ; le ténotome aigu est ensuite remplacé par un ténotome mousse qu'on porte dans la plaie, le tranchant en avant , jusqu’à ce que le doigt qui est au-dessus des apophyses géni sente l’extrémité de la lame ; alors, faisant agir latéralement le tranchant, le chirurgien opère successivement la section des muscles génioglosses. Avant d’exécuter ce temps de l’opération , il faut assurer la position du ténotome entre les apophyses géni , et ne point intéresser la muqueuse buccale. Après l’opération , il peut se former un épanchement sanguin plus ou moins considérable , lequel gêne un peu la déglutition pendant deux ou trois jours.
Les résultats obtenus par les opérations du bégayement ont été trop souvent négatifs pour ne pas faire revenir aux exercices gym-
«astiques, régularisés par MM. Colombat (de l’Isère), Serres (d’Alais), et de quelques autres médecins qui ont obtenu des succès incontestables.
SECTION Dû FILET DE LA LANGUE.
Le frein de la langue , en se prolongeant trop en avant vers la pointe , gêne l’enfant nouveau-né dans la succion du lait , et plus tard nuit à la prononciation. Avant d’opérer la section du filet, il ne faut pas oublier que les veines ranines rampent sous la langue de chaque côté du frein. L’enfant sera assis sur les genoux d’uu aide qui lui tiendra la tête renversée et lui pincera le nez pour le forcer à ouvrir la boucbe : le chirurgien soulèvera la langue avec le pouce et l’indicateur de la main gauche afin de tendre le filet, puis, avec la main droite armée de ciseaux courbes sur le plat, il pratiquera l’incision d’un seul coup , aussi loin que possible de la langue, et en dirigeant la pointe des ciseaux en bas, afin de ne point léser les veines ranines.
On peut employer, pour soulever la langue, la plaque fendue d'une sonde cannelée, en engageant le frein dans la fente. La plaie n’exige aucun soin spécial.
Deux accidents sont à redouter dans cette opération : 1" le renversement de la langue en arrière dans le pharynx, accident qui peut déterminer la suffocation, ainsi que l’a observé J. L. Petit; 2“ l’hémorrhagie, quand l’opération a lésé les veines ranines. Dans le premier cas, le doigt indicateur suffit pour ramener la langue en avant, dans le second, on peut recourir aux astringents ou à la cautérisation pratiquée avec un petit stylet chauffé à blanc. M. Malgaigne conseille de fermer la plaie de la veine par un point de suture entrecoupée.
On observe quelquefois chez les enfants nouveau-nés des tumeurs sublinguales qui se présentent sous la forme d’un bourrelet charnu assez ferme. Ces tumeurs seront saisies aveo des pinces, et excisées avec des ciseaux courbes sur le plat.
ADHERENCES ANOBMALES DE LA LANGUE.
Les adhérences peuvent être congénialeB ou acquises. Dans le premier cas, elles se présentent sous la forme débridés celluleuses, qu’on divise facilement avec des ciseaux; dans le second, elles sont souvent le résultat de phlegmnsies; elles occupent alors des surfaces étendues, et sont quelquefois très-résistantes.
Le malade sera assis sur une chaise, la tête fortement renversée en arrière et la bouche étant maintenue ouverte par un bouchon interposé entre les dents molaires; l'opérateur, placé derrière le malade, écartera la paroi buccale et les portions libres de la langue, puis avec un bistouri porté en dédolant , le tranchant tourné en dehors , il divisera les adhérences. L’opération sera de temps en temps suspendue pour permettre au malade de faire usage de gargarismes astringents.
La plaie se cicatrise d’elle-mêrae. Pour éviter des adhérences nouvelles, on recommandera au malade de mouvoir fréquemment la langue et de glisser le doigt entre les surfaces divisées.