TACHES DE LA. CORNEE
Les taches de la cornée sont habituellement le résultat de kératites ulcéreuses anciennes. Elles peuvent être entretenues, dans la grande majorité des cas, par un état inflammatoire de la cornée, pendant lequel on observe des réseaux vasculaires convergeant vers la tache. On a pensé que les vaisseaux entretenaient l’opacité, et que leur résection serait suivie de la résolution des taies.
L’opérateur ne devra cependant se décider à porter des instruments tranchants sur la cornée , qu’après avoir épuisé les traitements ordinaires. Les procédés que nous allons décrire réclament à la fois une grande prudence et une grande habileté. Leur emploi est dangereux, et peut être suivi de la perte de l’œil.
1° Scarifications. — Elles furent employées pour la première fois, par Demours, qui portait obliquement sur la tache la pointe d’une lan-
cette ou d’un bistouri fin, avec lequel il faisait quatre ou cinq mouchetures isolées et profondes. Holscher parvint par ce procédé à rendre transparente une portion de cornée qu’il voulait accommoder à une pupille artificielle.
il. Richet circonscrit toute la cornée par un sillon circulaire , en promenant autour de la tache un couteau à cataracte dont la pointe est obliquement enfoncée à mi-épaisseur de la cornée. Il résèque ensuite le petit lambeau circulaire qui résulte du premier temps de l’opération.
2° Séton. — • Pellier et Delarue ont publié des observations dans lesquelles un fil plat, passé entre les lames de la cornée opaque, aurait ramené la transparence. Le fil était passé avec une aiguille fine et plate. Ce procédé d’une exécution difficile expose aux accidents les plus graves. Il est complètement abandonné aujourd’hui. Il en est de même de la trépanation, proposée par Erasme Darwin , et de la résection du lambeau opaque, exécutée par Dieffenbach. Nous ne rappelons ici que pour mémoire ces procédés périlleux.
3* Abrasion de la cornée. — Cette opération dans laquelle on remplace une tache par un ulcère, est condamnée par la majorité des praticiens. Cependant elle fut pratiquée avec succès par M. Malgaigue, sur une jeune fille. On ne devra la tenter que sur des yeux complètement aveugles, et après avoir échoué dans l’emploi de tous les autres moyens (Desmarres).
Les paupières étant relevées et l’œil maintenu immobile , soit avec des pinces soit avec des érignes implantées dans la sclérotique , l’opérateur saisit la cornée avec des pinces à dents de souris et dissèque la lame superficielle avec un couteau à cataracte ; par ce procédé, toujours long et très-douloureux, on est fréquemment exposé à pénétrer dans la chambre antérieure. On devra le réserver exclusivement pour enlever les lâches métalliques , produites par l’usage intempestif de collyres métalliques mal préparés.
PTERYGION ET PANNUS.
Le ptérygion est une sorte d’excroissance qui envahit la cornée et se présente presque constamment sous la forme triangulaire et dans l’angle interne de l’œil.
Lepannus, moins régulier dans sa forme, est susceptible de se présenter sur tous les points delà cornée. Les mêmes procédés opératoires sont applicables à l’un et à l’autre.
On saisit la petite excroissance avec une petite érigne double ou avec des pinces à dents de souris, et on l’incise avec un petit scalpel ou avec des ciseaux courbes sur leur plat; on cautérise ensuite avec le nitrate d’argent. Ces affections récidivent fréquemment et sont sujettes à laisser une tache opaque sur la cornée après leur guérison.
HYPOPYON. — PHLEGMON . — HYDROPHTHALMIE
§ 1. Les épanchements purulents qui se forment dans la chambre antérieure ( hypopyon ) se résorbent facilement dans la grande majorité des cas ; aussi la ponction de la cornée est-elle généralement rejetée. Si l’ensemble des accidents en fait une nécessité , on peut la pratiquer avec une simple aiguille à cataracte plongée dans le point le plus déclive delà cornée transparente.
§ 2. Dans les cas de phlegmon aigu de l’œil , où les douleurs causées par l’accumulation du pus deviennent intolérables , il faut ouvrir une issue au liquide amassé. Scarpa incisait la cornée à son centre et taillait un lambeau circulaire , procédé long et douloureux. Il est préférable d’ouvrir la cornée à sa partie inférieure par une simple incision faite avec un couteau à cataracte. On a, par ce procédé , quelque chance de conserver la transparence de la cornée dans un point quelconque de son étendue.
§ 3. Li’hydrophthalmie , lorsqu’elle distend outre mesure le globe oculaire ou qu’elle est accompagnée d’accidents inflammatoires intenses, nécessite également la ponction de l’œil. Suivant les cas, ou peut évacuer le liquide en partie ou en totalité par une ponction pratiquée soit sur la cornée soit sur la sclérotique.
M. Desmarres se sert, pour la ponction de la sclérotique, d’une aiguille en forme de lancette présentant, à peu de distance de sa pointe , deux arêtes saillantes , qui l’empêchent de pénétrer trop avant. L’épaisseur de la lame est creusée d’une gouttière par laquelle le liquide peut s’échapper