RHINOPLASTIE
La rhinoplastie prit naissance dans l'Inde, où les Brahmes la pratiquaient quelqxiefois pour remédier aux difformités qui étaient alors le résultat de condamnations légales. Vers le quinzième siècle, elle fut importée en Italie, et régularisée comme opération par Branca et Tagliacozzi. En 1813, elle fut pratiquée par Corpue , en Angleterre; plus tard par Greefe, en Allemagne; puis enfin par Delpech, en France.
Le but de cette opération est de réparer les pertes totales ou partielles du nez. On compte aujourd'hui trois méthodes opératoires principales : celles qui consistaient autrefois à remplacer le nez perdu, par un nez entier ou par une portion detégumens empruntés à une personne étrangère , ne sont plus en usage.
lo Méthode indienne. — Procédé ordinaire (fig. 1). Il consiste à prendre sur le front du malade une quantité de tégumens suffisante pour réparer laperte de substance. Pour cela, on commence par exécuter sur place avec de la cire ou du papier le modèle du nez qui manque. Ce modèle est ensuite renversé sur le front, de manière à ce que sabase regarde en haut; ses contours exacts sont tracés avec de l'encre sur la peau du front, et l'opérateur découpe cette peau, quatre ou cinq millimètres au delà du tracé. Puis il la dissèque jusqu'à la racine du nez , en ayant soin de conserver en cet endroit un pédicule, d, assezlarge pour lepassage des vaisseaux nourriciers du lambeau. Le lambeau est tordu sur son pédicule d, de manière à ce que sa face saignante regarde les fosses nasales, ses bords sont affrontés par des points de suture avec les bords préalablement avivés de la perte de substance. Pour maintenir les narines ouvertes et soutenir le lambeau, on introduit dessous quelques mèches de charpie ou deux bouts de sonde en gomme élastique e e. Une fois la réunion obtenue, on enlève les points de suture, on coupe le pédicule d, sur une sonde cannelée, afin de redresser sa torsion, et il se réunit très bien de lui-même. Quant à la plaie du front, elle se cicatrise seule et ne réclame que des pansemens simples.
4 '^'■fc, '.
tf
Procédé de Delpech. — Il consiste à tailler la base du lamheau comme elle est représentée fig. 1, c'est-à-dire avec trois pointes a, b et c. Les deux pointes latérales servent à former les ailes du nez, et la pointe médiane h, à constituer la sous-cloison.
Lisfranc, voulant éviter une torsion du pédule qui peut amener la gangrène du lambeau, en gênant la circulation, conseillait de descendre l'une des incisions plus bas que l'autre et tordait le lambeau dans le sens de la plus longue. Mais les avantages qu'on peut tirer de cette modification ne compensent pas toujours les inconvéniens auxquels on s'expose en prolongeant les incisions trop près de la perte de substance à réparer.
Méthode italienne. — Procédé de Grasff. Il n'est qu'une modification du procédé décrit et pratiqué en Italiepar Tagliacozzi. L'emprunt devant être fait aux dépens de la peau du bras, le malade doit être habitué quelque temps avant l'opération, à la position fatigante, qu'il est indispensable de garder pendant que la cicatrisation se fait. La fig. 2 représente l'espèce de bandage auquel il devra se soumettre pour maintenir le bras rapproché du visage.
Un lambeau ayant à peu près 16 centimètres de long sur 11 de large, est dessiné sur le bras; on le dissèque de sa pointe vers sa base, de manière à ce que la racinedu nez et les parties latérales soient immédiatement fixées par des points de suture à la perte de substance, tandis que la base reste adhérente au bras. La réunion des parties affrontées étant obtenue , le lambeau est divisé à sa base et séparé du bras. Cette base du lambeau peut être taillée à trois pointes, comme il a été dit plus haut (Procédé Delpech) . Tagliacozzi disséquait lelambeauetle laissait suppurer avant de le réunir à la perte de substance. Il pensait que le travail de la suppuration donnait plus d'épaisseur au lambeau, et le rendait plus propre à la restauration du nez.
Méthode française. — Elle consiste à combler laperte de substance par un emprunt fait aux parties les plus voisines. C'est la méthode par glissement déjà décrite IC^'OJ- Blepharoplastie , page 113 et planche 37).
Les procédés de cette méthode convenant surtout pour les réparations partielles, ne sauraient être soumis à aucune règle générale. C'est ainsi que l'aile du nez peut être remplacée par un lambeau pris sur la joue; la sous-cloison par un lambeau pris sur la lèvre supérieure, en ayant soin de n'intéresser que la moitié de l'épaisseur de la lèvre, et de nepoint endommagerlamuqueuse, etc., etc.
Appréciation. —La rhinoplastie estïoujours une opération grave. Elle tient rarement ce qu'elle promet, et les nez ainsi fabriquésse
ratatinent souvent sur eux mêmes, Ibrnumt des tubercules qui présentent alors une difformité quelquefois plus hideuse que celle qu'on a voulu masquer.
Aujourd'hui que .l'on est parvenu à faire avec assez de perfection des nez de cire ou de carton qu'on peut fixer à des lunettes, la rhinoplastie n'est plus pratiquée que dans les cas extrêmes , et l'opérateur ne devra céder aux instances des malades qu'après les avoir prévenus des dangers auxquels cette opération expose. Les personnes faibles ne se soumettront pas facilement à la méthode italienne. La méthode indienne est donc préférable dans la grande majorité des cas, et le procédé de Delpech est le meilleur.