ECZÉMA GÉNÉRALISÉ
Ce que l'on désigne sous le nom d'eczéma généralisé est une forme d'eczéma aigu ou chronique dans laquelle les téguments sont envahis non pas d'une façon tout à fait générale, mais en plus ou moins grande partie, présentant alors, suivant les régions, tous les aspects et toutes les formes de l'eczéma précédemment décrits.
Cet eczéma est accompagné de lièvre ordinairement assez intense avec exacerbation vespérale, d'inappétence, d'insomnie; les démangeaisons sont absolument insupportables : les malades qui frissonnent continuellement sont forcés de garder le lit par suite du suintement et de la desquamation dont la peau est le siège.
L'alTection peut durer très longtemps et présente souvent une série de complications diverses.
Complications. — Les complications qui peuvent survenir dans le cours d'un eczéma sont de deux ordres bien distincts; les unes, externes ou d'origine extérieure; les autres, internes. Les premières, peu sérieuses par ellesmêmes, souvent dues au grattage, aux traumatismes cutanés répétés, etc., consistent en lésions ecthymateuses, impétigineuses, en éruptions furonculeuses que E. Vidal regarde « comme un signe annonçant la guérison ou la
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rémission prochaine de l'éruption eczémateuse », ou en œdèmes et en dermite dans l'eczéma chronique, n'ayant toutes, en somme, qu'une importance relativement secondaire ; les secondes, qui consistent en manifestations bronchitiques, pulmonaires, stomacales, vésicales (phénomènes métastatiques), présentent une gravité beaucoup plus considérable, parfois extrême et ont, avec l'eczéma, des relations encore mal expliquées, mais admises par presque tous les dermatologistes.
Marche. — Pronostic. — La marche et le pronostic des eczémas sont extrêmement variables suivant les formes, les sièges, les variétés de l'affection; d'une façon générale, on peut dire que l'eczéma, soit aigu, soit chronique, a une marche variable et irrégulière, une durée souvent difficile à préciser et qu'il est sujet à des récidives fréquentes.
Comme maladie prise en elle-même, l'eczéma n'est pas une maladie grave, puisque, quelque grande qu'ait été son intensité, il disparaît sans laisser de traces ou peut persister pendant très longtemps avec la conservation d'un bon état général; mais ses symptômes subjectifs divers, en particulier ses démangeaisons , sa marche > souvent chronique, ses récidives fréquentes en font une affection désagréable. Il comporte même un pronostic réservé, parfois très sérieux, particulièrement chez les enfants ou les veillards chez lesquels il peut devenir mortel, et, dans certains cas, chez les adultes, puisque, comme le font justement remarquer E. Besnier et A. Doyon, il peut être ici le point de départ de dermatoses mortelles [mijcosis fongoïde, herpétide maligne exfoliatrice de Bazin).
Diagnostic. — Le diagnostic de l'eczéma est parfois entouré d'une véritable difficulté.
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Ce n'est pas seulement sur l'aspect des lésions élémentaires que l'on doit, comme cela est enseigné par la plupart des classiques, se baser pour établir le diagnostic de l'eczéma : un grand nombre de maladies cutanées ressemblent en effet objectivement, à s'y méprendre, à l'eczéma dans ses diverses périodes; la marche seule de l'afTection et l'étude complète de la maladie et du malade peuvent assurer le diagnostic (voir le diagnostic différentiel aux divers paragraphes de Veczéma suivant le siège).
Étiologie. — L'eczéma est de tous les âges; il atteint plus souvent les hommes que les femmes, l'enfant et le vieillard que l'adulte, chez lequel il se montre de vingt à trente ans ; il est dû soit à des causes constitutionnelles ou prédisposantes, comme l'arthritisme (maladie par ralentissement de la nutrition de C.-H. Bouchard), le lymphatisme, le diabète, l'hérédité; soit à des causes occasionnelles créées par la dentition, les professions, l'alimentation, les saisons, les émotions morales, la ménopause, etc.
Anatomie pathologique (J.-B. Hillairet et E. Gauchkr, H. LiiLom et E. Yidal). — Il est admis que l'eczéma est une inllammation de la peau : les vaisseaux superficiels du derme et des papilles sont congestionnés ; parfois le derme est infiltré de globules rouges {eczéma purpurique)^ les papilles et le derme sont hypertrophiés par suite de l'infiltration d'éléments embryonnaires au début, se transformant plus tard en tissu fibreux.
Un certain nombre de cellules du corps de Malpighi ont subi une dégénérescence caractéristique des lésions inflammatoires et dégénératives de l'épiderme (transformation vésiculeuse, Vulpian, J. Renaut, E. Gaucher). Les cellules centrales des colonnes interpapillaires sont plus ou moins détruites, et dans leurs intervalles s'accumule la sérosité
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qui produit la vésicule; celle-ci peut aussi naître au-dessous de la couche cornée.
L'épiderme, dont le stratum granulosura et le stratum lucidum ont disparu et dans la couche cornée duquel se montrent des noyaux (Buchanan Baxter, E. Vidal et L. Brocq, H.Leloir, Suchard) se décolle en masse (E. Gaucher et E. Chambard) et se trouve par places complètement séparé du corps papillaire.
Traitement. — « Il n'y a pas de traitement général de l'eczéma, disent E. Besnier et A. Doyon, il n'y a que des eczémateux qu'il faut traiter non seulement selon l'espèce particulière d'eczéma dont ils souffrent, mais encore selon leur état diathésique, selon les conditions d'organes et de fonctions qu'ils présentent. Celui qui traitera le mieux un eczémateux, au point de vue général, sera celui qui analysera avec le plus de sollicitude et de compétence la situation particulière de chaque malade, et qui fera le nécessaire pour rectifier dans son hygiène, dans sa situation locale, dans ses conditions morales, en même temps que dans ses organes et ses fonctions, tout ce qui peut être défectueux. »
Il n'y a rien à ajouter à ces éloquentes paroles qui sont l'expression exacte et supérieure des idées et des opinions de presque tous les représentants actuels de la dermatologie française, en opposition la plus complète avec les tendances des dermatologistes étrangers, en particulier les Allemands, pour lesquels le traitement externe de l'eczéma est de beaucoup le plus important.
Hygiène. — L'eczémateux devra se soumettre à une hygiène sévère, éviter la fatigue morale ou physique, mener une vie régulière, s'abstenir de liqueurs alcooliques, de vin pur, de thé, de café; supprimer dans le régime les aliments trop épicés ou trop salés, la charcuterie, les
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poissons de mer, les coquillages, les crustacés, le gibier, les viandes faisandées, les fromages fermentes ou salés, les noix, les fraises, etc., etc., etc.
Traitement interne. • — A Tintérieur, suivant la constitution de rindividu, on prescrira : aux arthritiques les alcalins, le bicarbonate de soude, le benzoate de soude, le salicylate de soude, l'acétate de potasse, le benzoate de lithine, les eaux minérales alcalines. Vichy, Vais, Royat, Châteauneuf, Renlaigue ; aux lymphatiques, l'huile de foie de morue, le sirop d'iodure de fer, les sulfureux en poudre ou en sirop, les eaux minérales sulfureuses : Enghien, Labassère, Saint-Gervais, Ludion, Gauterets; aux nerveux, les médicaments sédatifs.
Quant à l'arsenic, qui a ses détracteurs comme ses partisans, il semble être non pas seulement inutile, mais nuisible à la période aiguë d'un eczéma. On le prescrira, dans l'eczéma chronique, sous forme de liqueur de Fowler, de solution d'arséniate de soude, d'eaux minérales arsenicales, comme la Bourboule.
Les tisanes, désignées sous le nom de dépuratives, sont souvent utiles, ne fût-ce que pour aider à la régularisation des garde-robes. On recommande habituellement les tisanes de saponaire, de houblon, de gentiane, de douce-amère, etc. Nous prescrivons le plus ordinairement l'absorption quotidienne, le matin à jeun, d'un verre ou d'un demi-verre de tisane obtenue en faisant infuser pendant une demiheure dans un demi-litre d'eau l'un des paquets suivants :
Follicules de se'né 3 grammes.
Pensées sauvages 6 —
(Pour un paquet.)
Traitement externe :
Eczéma aigu. — A la période aiguë de l'eczéma, il faut
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employer une médication émoUiente : cataplasmes de fécule de pommes de terre, lotions avec les décoctions de camomille, d'eau de son, d'eau de sureau, une infusion de mélilot , l'enveloppement dans la toile fine caoutchoutée ; ce dernier moyen n'est applicable qu'à la condition d'être surveillé directement par le médecin.
Lorsque l'eczéma est très étendu, il sera plus facile d'employer le glycéré d'amidon, la vaseline lorsqu'elle n'irrite pas, le liniment oléo-calcaire , parfois les bains tièdes d'amidon, de son, de camomille, de gélatine.
Chez certains malades, il vaut mieux se servir des poudres inertes : talc, oxyde de zinc, amidon, kaolin, etc., etc.
A la période croûteuse, il faut employer les agents cités plus haut : cataplasmes, caoutchouc,- etc.
Un peu plus tard, on essaiera les pommades à l'oxyde de zinc :
Oxyde de zinc. . . . 3 grammes.
Vaseline 30 —
Ess. menthe, de V à X gouttes (en cas de prurit seul'). A Foxyde de zinc benzoïné :
Axonge lavée et purifiée 25 grammes.
Poudre de benjoin Os^^SO centigr.
Oxyde de zinc purifié 5 grammes.
Par-dessus ces applications, on saupoudre avec les agents indiqués ci-dessus.
Dans les eczémas humides, divers auteurs, Heinz, Lie- BRECHT, EicHHOFF, recommande l'usage du dermatol.