MALADIE DE PAGET
relot, limitant avec une extrême netteté l'ensemble dos lésions.
9° Surface rouge vif, brillante, plus ou moins suintante, légèrement mamelonnée, recouverte par places de squames et de croûtes, dans laquelle on distingue des points excoriés (premier degré), des points exulcérés (deuxième degré), des surfaces (épidermisées) pseudo-cicatricielles.
10" Induration papyracée superficielle.
11° Sensation de brûlure ; prurit par périodes, en général, peu intense. Douleurs au contact.
12° (Signes négatifs) : pas de vésicules; pas d'engorgement ganglionnaire. Incurabilitô absolue par les méthodes anti-eczémateuses. En dehors des limites de la surface malade, peau saine, ni rosée, ni desquamée, ni vésiculeuse, ni épaissie, ni cicatricielle.
13" A une époque plus ou moins éloignée du début, en moyenne de sept à dix ans, il se produit le plus souvent, tantôt à la surface même et au centre, une ulcération de mauvaise nature, tantôt dans la profondeur un noyau carcinomateux. Le cancer une fois formé, n'offre pas de caractères spéciaux. 11 évolue lentement, et n'est accompagné d'engorgement ganglionnaire qu'aux périodes ultimes ; il peut alors se généraliser et entraîner la mort.
14° La maladie de Paget est due à des parasites de la classe des sporozoaires, de l'oi'dre des coccidies ou psorospermies.
15° Cette affection doit, désormais, être classée dans le groupe des psorospermoses cutanées, proposé par Daruîr, qui contient déjà la psorospermose folliculaire végétante, et dans lequel il faut ranger peut-être le molluscum contagiosum de Baïeman.
16° Elle doit être considérée comme une maladie de la peau en général, avec prédominance extrême au sein, et
MALADIE DE PACET.
non plus comme une atleclion essentiellement propre à cette région.
17" L'examen microscopique des squames qu'on trouve remplies de psorospermies, constitue un excellent et rapide moyen de diagnostic.
18° Les psorospermies infiltrent l'épiderme et ses prolongements. Elles y apparaissent à leurs divers stades de développement; les formes moins avancées étant très difficiles à reconnaître.
19° La pullulation parasitaire a semblé se faire par voie de déhiscence et par dissémination consécutive de masses globuleuses intra-kystiqucs, qui ont probablement la signification de pseudo-navicclles.
20° Les cellules épithéliales présentent une certaine ten dance à se grouper en s'aplatissant autour des coccidies ; celles-ci parfois ont paru être très nettement le centre de formation des globes épidermiques.
21° Jusqu'à la découverte des psorospermies, les diverses formes que celles-ci revêtent avaient été prises par les auteurs pour des cellules dégénérées ou en voie de transformation endogène.
22° Au point de vue histologique, il s'agit primitivement d'une affection des épithéliums superficiels.
23° Laprésence desparasites parmi les cellules épithéliales et dans leur intérieur môme détermine dans les tissus des degrés divers d'inflammation et de prolifération cellulaire.
24° Le cancer, qui ne survient qu'à une époque fort reculée du début, naît, au sein, le plus souvent, des conduits galactophores, mais il peut aussi bien provenir de l'épiderme des glandes pilo-sébacées et sudoripares et de leurs canaux excréteurs.
25° C'est un épithélioma pavimcnteux, qui peut être lobule, tubulé, ou alvéolaire.
MELANODERMIE.
26° Dans les lobes et les tubes épithéliaux, on retrouve les coccidies aux divers stades de leur évolution.
27" Les parasites semblent avoir dans la maladie de Paget une intluence directe sur le développement de l'épithélioma.
28° Il résulte des conclusions précédentes que l'hypothèse de la nature parasitaire psorospermique de certaines formes de cancer mérite d'être prise en considération.
29° La maladie de Paget, aux deux premiers degrés des lésions, doit être traitée non plus par l'extirpation radicale, mais par les substances anti-parasitaires, en se conformant aux indications et aux règles formulées par Darier (1). L'affection est curable, dans ses premières périodes, c'est un fait qui découle très nettement de la notion pathogénique nouvelle. »
MELANODERMIE
Synonymie. — Mélasma.
Définition. — Ce nom s'applique particulièrement à une hyperchromie souvent diffuse sous forme de taches, parfois généralisée du tégument.
Elle est ordinairement acquise, soit de cause interne, symptomatique d'une maladie générale comme dans la maladie d'AonisoN [maladie bronzée), la syphilis {vitiligo
(1) Cet auteur recommande les applications de solution à 1/3 de chlorure de zinc auxquelles on ne doit avoir recours, disent E. Besnier et A. DoYON, que si l'on n'obtient pas de résultat avec le traitement hygiénique antiseptique et parasiticidc ordinaire.
MILIAIRE
syphilitique de Bazin, syphilide pigmentaire du col de Hardy et Pillon, collier de Vénus), la cachexie [chloasma cachectic\mï) ; soit de cause externe, comme dans la mélanodermie traumatique plus ou moins généralisée, avec mélanodermie unguéale et quelquefois pigmentation de la muqueuse buccale (G. Thibierge et A. Chauffard), due à la phthiriase invétérée [maladie des vagabonds), ou localisée, due au hàle [clilocLsma calorique), aux pressions prolongées des ceintures, des corsets, des jarretières, des bandages [chloasma traumatique), aux irritants cutanés, vésicatoires, sinapismes, etc. [chloasma toxique); soit consécutive aux lésions locales de certaines affections cutanées [ulcères variqueux, syphilide s); soit encore sous la dépendance de certains médicaments pris à l'intérieur comme l'arsenic et le nitrate d'argent produisant :
1° U arsenic isme, caractérisé par une pigmentation généralisée ou limitée, d'un jaune brunâtre ou noirâtre.
2° Vargyrie, dans laquelle la peau prend une teinte ardoisée spéciale et les muqueuses (conjonctives, muqueuse buccale) souvent une teinte bleu-grisâtre. Cette coloration habituellement généralisée, plus intense sur les parties découvertes, est indélébile.
Traitement. — Le traitement ne peut s'appliquer qu'à la cause provocatrice directe de la mélanodermie.
MILIAIRE
Symptomatologie. — Les miliaires constituent une éruption sudorale distincte de la suette miliaire ou fièvre
MILIAIRE
miliaire et consistent en papulo-vésicules minuscules (quelquefois en papules acuminées, rouges) [miliaire papideuse — lichen tropicus) très confluentes, rouges à la base {miliaire rouge) ^ contenant un liquide clair {miliaire cristalline)^ parfois louche {miliaire blanche), ou purulent [miliaire jaune).
Les éléments éruptifs reposent sur des taches érythémateuses.
Ils sont souvent précédés de sensations diverses de picotement et plus tard de prurit.
Siège. — Ils siègent sur le tronc, le cou et les membres, du côté de l'extension.
Marche. — L'affection se termine par desquamation ou dans certains cas se transforme en lésions d'aspect légèrement eczémateux.
Étiologie. — La miliaire est toujours produite par une transpiration abondante.
Pronostic. — Elle n'offre aucun caractère de gravité.
Diagnostic. — On ne confondra pas la miliaire qui apparaît brusquement et cesse très vite avec l'eczéma papuleux ou vésiculeux dont la marche est tout autre, et dont les vésicules se rompent facilement et spontanément.
Anatomie pathologique. — Elle est due au soulèvement de la couche cornée de l'épiderme au niveau de l'orifice d'une glande sudoripare.
Traitement. — Son traitement général sera surtout prophylactique.
MOLLUSCUM CONTAGIOSUM.
Localement, on peut employer soit les bains émoUients, soit les poudres sèches, soit les lotions astringentes.
MOLLUSCUM CONTAGIOSUM (Baïeman) (Voir la planche XXXL)
Synonymie. — Tumeurs folliculaires (Robert Willis). — Êlevures foUiculeuses (Rayer). — Molluscum athcromateux (Jacobovics). — Ecdermoptosis (HuGuiER). — Acné molluscoïdc (Caillaulï). — Acné molluscuiu (Chausit). — Acné tuberculoide (Devergie). — Acné tuberculeuse ombiliquée (Gérard Piogey). — Condylome sous-cutané et eudocystique. — Condyloma porcelaneum. — Verrues sébacées (Hebra). — Molluscum sébacé (Hebra et Kaposi). — Molluscum verruqueux (Kaposi). — Acné varioliforme ou ombiliquée (Bazin). — Molluscum épithélial ou epithélioma molluscum (ViRcnow). — Epithclioma contagiosum (A. Neisser).
Symptomatologie. — Le molluscum contagiosum est une petite tumeur globuleuse ou aplatie, assez dure, sessile ou pédiculée, blanche, grise ou rosée, grosse comme un grain de millet, un pois, souvent demi-transparente, ombiliquée, avec un point noir ou blanc par lequel on peut faire sortir le contenu de la tumeur sous forme d'un magma de matière sébacée, de graisse, d'épiderme ou sous forme d'un liquide laiteux ; la tumeur devient alors aplatie, flasque et ridée. Parfois, le molluscum contagiosum atteint les dimensions d'une petite noisette; il est alors de forme irrégulière, lobulée et offre souvent plusieurs orifices.
Tantôt isolées et discrètes, les tumeurs du molluscum contagiosum sont quelquefois excessivement abondantes, au nombre de cent et plus (cas rares).
MOLLUSGUM COM'AGIOSUM.
Siège. — On les rencontre à la face (paupières et cou), aux parties génitales; plus rarement sur le tronc, les seins et les membres.
Marche. — Leur disparition peut être naturelle : le contenu du moUuscum s'enflamme, suppure et la tumeur elle-même disparaît, laissant à sa place une petite cicatrice. Sauf dans ces cas d'inflammation, les mollusci ne causent aucune douleur ni cuisson, c'est à peine si quelques malades accusent à leur niveau une légère démangeaison.
Pronostic. — C'est une afî'ection peu grave.
Diagnostic. — La description du molluscum contagiosum en rend le diagnostic facile, surtout lorsque l'on envisage le point noir déprimé au centre de la tumeur par lequel on peut faire sortir les éléments indiqués plus haut. On ne le confondra pas avec les tumeurs du molluscum fibreux, solides, multiples surtout au tronc, siégeant audessous de la peau et atteignant principalement l'adulte.
Étiologie. — La nature contagieuse du molluscum, niée par Bazin, est admise par Hardy et tous les dermatologistes modernes ; elle a d'ailleurs été prouvée expérimentalement par Gustave Retzius, de Stockholm, E. Vidal et H A AU, de Zurich.
Cette affection semble atteindre plus particulièrement les enfants, les jeunes gens et les femmes; Cazenave cite toutefois un cas de molluscum contagiosum développé sur un vieillard de soixante ans.
On a cité comme circonstances favorisant son développement le lymphatisme et la scrofule (Bazin), le tempérament nerveux ou sanguin (Hardy).
Pl. XXXI. - Molluscum contagiosum.
MOLLUSCUM CONTAGIOSUM.
Anatomie pathologique. — On admettait anciennement que le molluscum contagiosum était une lésion des glandes sébacées, c'est encore l'opinion de Renaut, de Lyon. Actuellement, on tend plutôt à en faire une affection d'ordre parasitaire (Balzer, Neisser, Darier). Pour H. Le- LOiR et E. Vidal, le molluscum contagiosum est « la résultante de deux altérations différentes qui frappent les cellules glandulaires des régions profondes, et qui évoluent parallèlement.
t°Une altération particulière, due peut-être à l'envahissement de la cellule par des parasites de l'ordre des grégarines, qui atteint une partie des cellules du lobule dès ses régions les plus profondes.
2" Une altération due à la transformation cornée (par conséquent atypique) d'une partie des cellules du lobule. Cette altération débute un peu plus haut que la précédente.
A partir de la zone oii elies se trouvent réunies, ces deux altérations évoluent parallèlement et simultanément, se complétant pour ainsi dire l'une par l'autre, dans la formation des pointes d'aspect verruqueux de la tumeur d'acné varioliforme.
Ces deux altérations parallèles ont complètement arrêté el remplacé en totalité le processus normal sébacé des cellules glandulaires. »
Traitement. — Le traitement consiste dans Fabrasion aux ciseaux, avec le thermo-cautère ou l'attouchement avec les caustiques.
MOLLUSCUM VRAI (Gornil et Ranvier)
Synonymie. — Molluscum simplex ou pendulum de Willan. — Moliuscum non contagieux de Bateman. — Fibroma molluscum de Virchow. — Fibroma cutané. — Fibro-lipome.
Définition. — Les mollusci sont des tumeurs cutanées pouvant se présenter sous des aspects très divers.
Symptomatologie. — Ces tumeurs sont plus ou moins saillantes, sessiles ou pédiculées [molluscum pencbdum) ou rattachées à la peau par une sorte de covAoii[acrochordon) ou pleines et aplaties, faisant parfois des replis considél'ables [dermatobjse, pachydermatocèle) ; leur volume est variable : à peine grosses parfois comme une tête d'épingle ou atteignant dans certains cas rares le volume d'une tète d'enfant; la peau qui les recouvre varie de couleur : de coloration normale sur les petites tumeurs, elle est rosée, livide, violacée sur les plus grosses. La consistance des tumeurs est mollasse, parfois un peu ferme; la pression sur les plus petites peut les faire rentrer pour ainsi dire à travers la peau.
Le molluscum est indolent, sauf dans le cas oii il devient le siège d'une irritation quelconque.
Les tumeurs sont parfois très nombreuses [fibroma molluscum généralisé)^ au nombre de plusieurs centaines ou de plusieurs milliers (Modrzewski, T. IIasuimoto), développées particulièrement à la face, au cou, dans les régions
MOLLUSCUM VRAI.
supérieures du tronc, ou bien il n'en existe qu'une ou deux, assez volumineuses et développées dans une même région [fibroma molluscum circonscrit), siégeant surtout aux paupières, aux tempes, aux régions génitales, etc.
Le molluscum peut d'ailleurs envahir toutes les régions du corps, même les muqueuses de la bouche.
Marche. — Les tumeurs du molluscum restent en général stationnaires après avoir acquis un certain développement; quelques-unes, cependant, disparaissent spontanément.
Pronostic. — Le pronostic dépend principalement du volume et de la localisation des tumeurs.
Diagnostic. — Le diagnostic est ordinairement facile, grâce surtout à la multiplicité et à la marche des éléments.
Étiologie. — Les mollusci sont des tumeurs que d'habitude on considère comme des nœvi avec lesquels ils coïncident presque toujours.
Anatomie pathologique. — Au point de vue anatomopathologique les mollusci sont des tumeurs fibreuses.
Traitement. — Le traitement, très simple, consiste dans l'abrasion par la ligature, l'excision aux ciseaux, au thermo-cautère, au galvano-cautère, etc.
MONILETHRIX.
MONILETHRIX
Synonymie. — Atrophie ou aplasie intermittente moniliforme de Vmciiow. — Atrophie en sablier d'il. Hallopeau. — Cheveux moniliformes de Karsch. — Pili annulati. — Nodositas pilorum.
Cette affection, que E. Besnier et A. Doyon considèrent comme « le résultat d'une altération fonctionnelle de la formation du poil qui peut se rencontrer dans plusieurs états pathologiques », est caractérisée par un aspect spécial du cheveu, sec, cassant, lanugineux, aminci et court, présentant régulièrement de distance en distance (tous les millimètres environ) un renflement fusiforme, avec une dischromie pigmentaire telle que la portion renflée est plus colorée que la portion rétrécie.
Le système pileux en entier peut être envahi (H. Hallopeau).
Traitement. — Une médication excitante du hulbe pileux par les lotions alcooliques, les liniments cantharidés, etc., est certainement le traitement le plus rationnel à employer.
MYCOSIS FONCOIDE.
MYCOSIS FONGOIDE ;(Alibert)
(Voir la planche XXXII.)
Synonymie. — Pian fongoïde. — Frambœsia. — Lèpre indigène de Bazin.
— Lymphadonic cutanée (J.-B. Hillairet, Xav. Gillot, E. Démange). — Tumeur lymphadéno'ide. — Sarcome lymp'nadénique myxoïde (Rindfleisch). — Tumeur fongueuse inflammatoire de Gebhr, L.-A. Duhring).
— Fungoïd néoplasme de Sherwell. — Granulome fongoïde (Ausprrz).
— Lymplioderniie pernicieuse (Kaposi) et Lymphomatose cutanée généralisée d'E. Besnier.
Définition. — Le mycosis fongoïde est une affection de nature douteuse dont les caractères, indécis au début (période prémycosique), consistent, à la période d'état, dans la présence de tumeurs de volume variable, ressemblant grossièrement à une tomate et pouvant disparaître, soit spontanément, soit à la suite d'un processus ulcératif qui les envahit et les détruit peu à peu.
Symptomatologie. — La symptomatologie de l'affection ditfôre suivant ses périodes.
Phëmière et deuxième périodes. — Erythrodermies du mycosis fongoïde. — Érythrodermatite d'E. Besnier et H. Hallopeau.
Période eczématiforme. — A. la période prémycosique, c'est-à-dire avant l'apparition des tumeurs caractéristiques, l'affection, constituée soit par des plaques érythémateuses {plaques coriffestives de BAziTi), ronges, ou roses, persistant sous la pression du doigt, plus ou moins squameuses, peu ou point saillantes, accompagnées d'un prurit plus ou
MYCOSIS FONGOIDE.
moins accentue mais constant, souvent assez intense pour provoquer par la fréquence du grattage des altérations des ongles dont la surface « brillante et vernissée a l'aspect de l'ivoire >' (K. Besmer et H. Haelopeau); soit par de véritables saillies urticariennes siégeant sur le tronc, la face (front), les plis articulaires, est confondue souvent avec Yeczéma soc, Y urticaire, les érythhnrs, affections auxquelles elle ressemble alors complètement.
Période lichénoïde. — Dans cette période qui survient au bout de plusieurs mois, quelquefois au bout de plusieurs années (un à dix ans), la peau prend, au niveau des placards eczématiformes, un aspect sec, rugueux, parfois fissuré; les téguments sont comme œdématiés et infiltrés; les placards d'aspect lichénoïde [plaques lichéno'ides de Bazin, lichen hypertrophiciue de Hardy), de couleur rouge sombre, rouge brun, rouge pâle, s'hypertrophient plus ou moins et forment des nodosités dures, arrondies, disposées irrégulièrement; certains se transforment en cercles, durs sur les bords et déprimés au centre ; d'autres fois, les lésions se résorbent et disparaissent complètement, laissant une pigmentation ou une dépression atrophique cicatricielle pendant que de nouvelles apparaissent çà et là.
En même temps, le système pileux s'atrophie, les ganglions se tuméfient, la peau présente des excoriations ou des ecchymoses, mais « jamais de prurigo » (E. Besnier et A. Doyon).
Troisième période. — Période .mycosique. — Enfin, à la période réellement mycosique, les plaques licliénoïdes donnent naissance tout d'abord à des végétations d'aspect verruqueux, puis forment de véritables tumeurs inégales, mamelonnées, d'apparence framboisée. Dans certains cas, ces excroissances se développeraient, d'après Kaposi, sur la peau saine qui commence d'abord par s'épaissir et
MYCOSIS FONGOIDE.
s'œdématier, à plus ou moins grande distance des plaques lichénoïdes.
Une fois constituées, les tumeurs, pédiculées ou non, sont plus ou moins volumineuses, du volume d'une noisette, d'une orange ou d'une tête d'enfant; elles sont généralement distinctes et ovalaires ou irrégulières et anfractueuses par suite de l'agglomération de plusieurs saillies voisines et se confondant à leur base; elles sont ordinairement rouges, quelquefois violacées, résultat de la présence à leur surface de nombreux vaisseaux.
On n'observe à cette époque aucun symptôme subjectif; pas ou peu de prurit, pas de douleurs au niveau des régions atteintes. On constate souvent que la sensibilité est un peu amoindrie et que le système pileux s'atrophie.
L'état général est peu altéré, on a noté des malaises, do l'affaiblissement, des troubles digestifs.
Les tumeurs, après être restées stationnaires pendant un temps plus ou moins long, plusieurs semaines ou plusieurs mois, peuvent subir deux processus différents; tantôt, en un espace de temps relativement restreint, de dix à quinze jours environ, elles se rétractent, s'affaissent et disparaissent sans laisser de traces ; tantôt elles sont envahies par une suppuration séro-purulente et peu abondante dans certains cas, abondante et fétide dans d'autres.
En même temps, les ganglions lymphatiques des aisselles, des aines, du cou, deviennent indurés, volumineux et douloureux, mais ne suppurent presque jamais.
Quatrième période. — Période cachectique (P. Fabre, de Commentry). — Pendant un certain temps la santé générale ne subit aucune atteinte, puis, par le fait de l'ulcération des tumeurs, surviennent des symptômes généraux graves : amaigrissement, troubles digestifs, cachexie, qui amènent le marasme et la mort.
MYCOSIS FONGOIDE.
Marche. — La marche du mycosisfongoïde est toujours très lente ; quelquefois les deux premières périodes manquent, les tumeurs sont primitives d'emblée (Bazin, E.Vidal, L. Brocq,Riehl) ; dans ce cas, le pronostic est toujours plus grave.
Siège. — Les tumeurs mycosiques peuvent siéger sur toute la surface tégumentaire ; elles sont peut-être plus communes sur le tronc et à la racine des membres.
Pronostic. — Tous les cas connus jusqu'ici, sauf un, se sont terminés par la mort.
Diagnostic. — Le diagnostic est presque toujours impossible à établir au début. « On devra se prononcer en faveur d'une érythrodermie mycosique quand la peau sera notablement épaissie, indurée, facile à plisser et tz'op large pour son contenu ; quand il n'y aura pas traces de desquamation ; quand les malades accuseront un prurit intense provoquant un grattage incessant et frénétique; quand il existera concurremment de très volumineuses adénopathies (E.Besnier et H. IIallopeau). »
Quand la maladie est confirmée et que le malade présente en même temps des lésions appartenant aux trois périodes : placards éruptifs divers, tumeurs, ulcérations, le diagnostic est très facile; toutefois, au début de la troisième période, les nodosités peuvent ressembler tellement à des syphilonte^ que l'erreur de diagnostic est fatale, comme nous l'avons observé chez une malade de l'hôpital Saint-Louis en 1892 dans le service de M. le D'' Tenneson.
Étiologie. — Le mycosis fongoïde peut se rencontrer à tous les âges; il a été observé surtout de trente à cin-
MYOMES ClJTAM?iS.
quante ans et moins fréquemment chez les femmes que chez les hommes.
Anatomie pathologique. — Nature. — L'anatomie pathologique et la nature du mycosis fongoïde sont encore à l'étude et très discutées. « A parler clair, disent E. Bes- NiER et A. DoYON, la nature vraie du mycosis fongoïdo est encore à déterminer. »
Traitement. — Aucun traitement interne n'a réussi. D'après Kobner, il y aurait lieu d'expérimenter l'action de l'arsenic par la voie hypodermique.
Comme traitement externe, on pourrait, si les tumeurs étaient en petit nombre, les enlever chirurgicalement, comme cela a été fait chez une malade d'E. Besnier. Contre les ulcérations, il faudra recourir aux pulvérisations et pansements avec les solutions phéniquées, aux pansements salolés :
Salol 10 grammes.
Sous-nitrate de bismuth 90 —
(E. Besnier.)
au naphtol camphré (cas observé à Beaujon et cité par L. Brocq).
MYOMES CUTANÉS
Synonymie. — Dermatomyomes d'E. Besnier. — Lyomomcs de la peau.
Ce sont de petites tumeurs cutanées formées de fibres musculaires lisses et dont E. Besnier et A. Doyon distin-
MYXŒDÈME.
guent deux espèces qu'ils décrivent de la façon suivante :
1° Les MYOMEs SIMPLES, à évolutlon lente, à volume restreint, nombreux, indolents ou douloureux à la pression. Ce sont des tumeurs bénignes, ne récidivant pas lorsqu'on les a enlevées, et dont la pathogénie est inconnue ;
2" Les 3IY0MES DARTOÏQUES [inyomes dartoïques de ViR- CHOw), à évolution variable, de la grosseur d'une noisette, quelquefois du poing; sessiles ou pédiculés, contractiles, plus ou moins vasculaires.
Ils siègent ordinairement aux seins, au scrotum, aux grandes lèvres.
Ils prennent le nom de fihromyomes, s'ils renferment des tissus fibreux; de my ornes télangiectasiques (ViRCUow) s'ils sont très vasculaires; de bjmphangio-77iy ornes lorsque le développement atteint les lymphatiques (L. Brocq).
Traitement. — Le traitement doit être chirurgical.
MYXŒDÈME
Synonymie. — Œdème muqueux (myxœdème) de Ord. — État crétinoïdc de William Gull. — Cachexie pacliydermique de Charcot. — Polysarcie adipeuse de Lasègue. — Idiotie avec cachexie pachydermique de BourneviLLE et Bricon. — Crétinisme sporadiquc. — Cachexie strumiprive de KocHER. — Athyroidie d'E. Besnier et A. Doyon.
Le myxœdème est une maladie générale intéressant le système nerveux et dont les manifestations cutanées doivent seules appeler l'attention du dermatologiste.
MYXCEDÈME.
Symptomatologie. — Les altérations du tégument consistent en modifications profondes qui portent sur la consistance, la couleur, le fonctionnement, l'état d'intégrité de la peau et des annexes.
La peau est dure, épaissie, œdématiée par adipose [pseudo-lipomateuse myxœdémateuse d'E. Besnier et A. Doyon); elle est pâle, jaunâtre, cireuse, luisante ou terne; sèche ou exfoliante, quelquefois ulcérée.
La sensibilité est conservée, mais amoindrie, troublée.
Les poils tombent en plus ou moins grande quantité ; les ongles sont malades.
Diverses muqueuses (buccale, gingivale, palatine, pharyngée) deviennent tuméfiées.
A la période d'état confirmée, l'aspect du malade est caractéristique ; les joues bouffies et tombantes, les paupières gonflées, le nez élargi, les lèvres boursouflées, la bouche entr'ou verte donnent au visage arrondi, « en pleine lune » (\V. Gull), une expression d'hébétude; les mains et les pieds rappellent l'éléphantiasis.
Diagnostic. — L'examen des lésions cutanées joint à celui des fonctions cérébrales suffira toujours pour établir le diagnostic différentiel entre le myxœdème et la sclérodermie, V éléphantiasis , Vhérédo-syphilis, la lèpre et Vacromégalie.
Étiologie. — Cette maladie, dont l'étiologie est mal connue, a été observée surtout chez les femmes et chez des individus auxquels on avait enlevé le corps thyroïde [myxœdème opératoire de J. Reverdin).
Anatomie pathologique. — Les lésions de la peau consistent en un développement exagéré du tissu conjonctif.
MYXOEDÈME.
Traitement. — U n'existe aucun traitement de cette maladie ; nous ne manquerions pas, le cas échéant, d'essayer les injections sous-cutanées de liquide thyroïdique, d'ajDrès la méthode de Brown-Séouaru et d'Arsonval (1).
(1) Ces lignes claienl déjà écrites quand ont paru les cas de guérison ou tout au moins d'amélioration par cette méthode publiés par Murray, FenwiCK, W. Beatty, Ch. Bouchard, Carter, Mendel, Robin, de Lyon, etc., HowiTz, de Copenhague, Napiek, de Glasgow, H. Mackensie, de Londres, E. Fox, de Plymouth, etc., ont obtenu des résultats satisfaisants par l'ingestion du corps thyroïde lui-même, Merklen, Bircher, J. Gibson, de Brisbane, et d'autres observateurs, des améliorations, par la greffe thyroïdienne soLis-cutanée.