‹ Précurseurs et révoltésChapitre 23 sur 148 · CALE · texte numérisé non relu

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Shelley, agé de vingt-quatre ans, sortant d’une maladie qui avait mis sa vie en danger, écrivit à > CE ER ST m2 A.

Bishopgate, près de la forêt de Windsor, un de ses plus admirables poèmes : Alastor, ou l'esprit de la solitude. Chose remarquable, cette INSpiration soudaine a été le pressentiment de toute sa destinée ; il s’y est peint tout entier, y a personnifié son génie. Cette figure mérite de demeurer son type en poésie, comme Childe-Harold est resté celui de Byron. Je le place ici comme une

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sorte d'épilogue à sa vie et de frontispice à son œuvre,

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avec tout cé qui est excellent et majestueux. Il avait bu profondément aux sources de la connaissance, mais la science et la philosophie l'avaient laissé Inassouvi. Sa première Jeunesse passée, il quitta son foyer et vendit sa maison paternelle pour courir le monde ét « chercher d’étranges vérités en des pays ü explorés ». Alastor était poète et penseur en même temps; c'est par la Contemplation intense des choses que leur sens intime se révélait à lui. Il visita Tyr, Balbec,

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L'ŒUVRE DE SHELLEY 67 Jérusalem, Memphis, Thèbes, et pénétra jusqu’au fond de l'Éthiopie. Devant les pyramides, les tombes de jaspe, les sphinx mutilés, les civilisations passées se déroulaient à $ses yeux. Assis dans l’immensité du désert, sous les colonnes stupéhiantes de temples en ruine, entouré de colosses de porphyre dont [a muette assemblée semblait présider aux mystères du zodiaque, il essayait de déchiffrer la pensée muette des morts, et à travers des myriades d'années son regard enivré pénétrait jus qu à la Jeunesse du ee Rien ne pouvait le distraire de sa tâche, il la poursuivait pendant le jour brûlant et durant les nuits claires, où la lune venait animer ces hiéroglyphes et ren flotter les ombres du passé sous ces voûtes énormes ; il ne s’arrétait que « lorsqu'uñe forte inspiration traversant son esprit comme une flèche de lumière, il saisissait les secréts frémissants de la naissance du temps ». Pendant qu'il se livrait à ces méditations, une jeune fille arabe lui apportait tous les jours sa nourriture et venait étendre sa natte sur sa cou. che, Elle l’aimait et n’osait exprimer son amour. Chaque nuit, au péril de sa vie, elle se glissait hors de la tente de son père pour veiller sur le sommeil de l'étranger, sans sommeil elle-même : de longues heures elle contemplait ses lèvres divisées par un souffle régulier; aux premières lueurs du jour, elle s'enfuyait pale, égarée, le sein palpitant. Mais lui, le poète, n’avait-il rien vu, rien compris, ou esi-ce qu'absorbé par ses rêves 1l avait dédaigné la jeune fille ? Ce qui est certain, c'est qu’il avait effleuré le brûlant amour

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