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132 LES SOUlFFRANTS
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riche, mais contradictoire : une finesse de perception - une sensibilité excessives, jointe à l’ énergie opiniâtre de la volonté ; la passion de la musique et de la poésie avec un goût d'analyse méticuleuse et l’amour de la dialectique poussé jusqu’au sophisme ; des engouements fanatiques avec les soubresauts d’une àme taciturne et toujours en sourde révolte. Il y avait en lui un savant, un artiste et un philosophe. Mais jamais ils ne purent s'entendre, et, comme aucun des trois ne voulut céder le pas à l'autre, 1ls finirent par se porter des coups mortels. Nietzsche fitses études à Bonn. En 1865, 1l était nommé professeur de philologie srecque à l'université de Bâle. Il avait alors vingt et un ans.
Nietzsche avait appris de ses professeurs une masse de faits et l'art desséchant d’une critique purement négative, mais l’enseignement universitaire ne lui avait inculqué aucune idée directrice. Les tortures intellectuelles de la seconde moitié du xix° siècle l’avaient atteint. N’avait-il pas vu l'esprit humain menacé dans sa liberté et sa dignité par ses propres créations, je veux dire par les prétentions excessives des sciences naturelles et par le développement de l’industrie ? N’avait-il pas vu les intciligences banalisées, les caractères amoindris aux laminoirs de la bureaucratie et du militarisme ? N’avait-1l pas vu aussi l'élégance des mœurs et le sens de la beauté oblitérés par le flot montant de la démocratie niveleuse ? Le monde moderne ne souriait pas à sa nature raffinée, éprise de culture aristocratique et d’un idéal transcendant. C'est alors qu'il lut Schopenhauer. Le pessi-
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