‹ Prédicatoriana: ou, Révélations singulières et amusantes sur les prédicateurs; entremêlées dChapitre 5 sur 55 · PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRE

Il est surprenant que, dans le grand nombre d'ouvrages publiés, depuis près de deux cents ans, sous le nom d'ÂNA, il ne s'en trouve pas un seul consacré spécialement à l'éloquence de la chaire, pas un seul portant le titre de Prédicatoriana. Et cependant, quoi de plus vaste, de plus intéressant, de plus fécond dans tous les genres , que la carrière apostolique! Tout s'y trouve : la religion, qui en forme la base; la morale, qui en découle; l'histoire, qui la confirme; la littérature, qui l'embellit, et miéme de petits incidents curieux ressortant du mode de prédication dans les différents siècles. Ainsi, tout concourt à rendre cet important objet

aussi indispensable à connaître qu'agréable à par* courir. Comment arrive-t-il qu'il ait été négligé par les 1* compilateurs d'ÂNA, toujours si empressés à multiplier leurs recherches ?

Frappé de cette lacune dans une si volumineuse collection , nous avons essayé de la remplir en nous occupant d'un recueil qui, sous le titre de Prédica- TORiANA , présentât une galerie curieuse des orateurs sacrés, anciens et modernes, dont on a conservé le souvenir , soit à raison de leur manière de prêcher, soit à raison des heureux effets qu'ils ont pro- • duits dans kur temps. Nous avons donc recueilli sur chacun d'eux bon nombre d'anecdotes la plupart assez piquantes , et nous les avons entremêlées d'extraits plus ou moins longs des sermons les plus singuliers et les plus bizarres, prêches dans les xv% xvi* et xvu" siècles.

Qui dit Aka , dit ordinairement ouvrage varié , instructif, amusant; c'est vers ces trois points de vue que nous avons tâché de diriger nos recherches pour en composer le présent volume. Nous n'avons rien négligé dans le choix des sources où nous avons puisé ; nous avons consulté plus de cent àna les plus estimés; nous avons eu recours à une infinité de mélanges littéraires ; nous avons ïnis à contribution l'obligeajice de quelques amis , très-instruits , qui nous ont fourni de précieux renseignements ; nous les prions de recevoir l'expression de notre vive reconnaissance ; enfin nous avons pris nos extraits dans les éditions originales des sermons de nos vieun^ prédicateurs.

Qiacun sait que ces veitueui mais Jbprlesqaeft orateurs , s'accommodant au temps où ils vivaient (depuis le rè^e de Louis XI jusqu'à celui de Louis Xm inclusivement) , donnaient , pour ainsi dire, la comédie en chaire. À Dieu ne plaise que nous les condamnions ; la barbarie de leur siècle, les mœurs du temps, les vices qu'ils se pro« posaient de corriger et l'ignorance de leurs auditeurs, leur servent suffisamment d'excuse. D'ailleurs nous pensons à ce sujet comme La Croix du Maine,^ dont nous allons rapporter l'opinion sur Menot,, Maillard, Barletteetautres4X)ryphéesdu genre. On voudra bien se rappeler que La Gx)ix du Maine écri** Vait en 1580, et que par conséquent son style est un peu suranné.

« Les œuvres de Mcnot , dit-il , sont plus recher- » chées que celles de Olivici^ Maillard , ou bien de » Michel Barlette ' , et autres semblables écrivains, 9 lesquels ont feit des prédications si hardies et » tellement libres , qu'ils n'ont craint en cela au-

' Barlette s'appelle Gabriel, et non pas Michel. Nous proGte* irons de cette circonstance-ci pour réparer une omission qui a çu lieu à l'article de «e célèbre prédicateur (pages 26-36 du rprésent volume). Barlette demande comment on va en paradis? et il répond : « Cest en faiiant des dons à l'Eglise , comme le » disent tes clooLes du monastère. » Le latin est beaucoup plus expressif : a Vos qiuxnUs a me , frcUres carissim, quomodù Uur ad paradis um? Hoc dicunt vobis campanœ monasterii , dando, dando, dando. » Et en prononçant le mot dando, il imitait le son des cloches.

» cun, tant ils estoient ardents pour annoncer la n parole de Dieu : et si quelques-uns recherchent i> leurs œuvres par sur tous autres théologiens de » leur temps, c'est pour voir les abus de tous » estats découverts par iceux plus évidemment que » par les autres prédicateurs du temps passé : car » ceux-ci ont esté extrêmement hardis, à écrire et M encore plus à prescher en publiq, et n'ont point » craint d'employer en leurs livres , les vices qui » avoient cours de leur siècle, afin que l'on s'en » corrigeât : ce qui est cause que tant de personnes » en sont curieux (sk) :get s'ils tournent les discours » desdits docteurs autrement qu'en bonne part, cela » tournera contre eux et non pas contte les auteurs » desdits sermons. Ce que j'ai dit assez amplement, » pour ce que la plus grande partie de ceux qui » recherchent les œuwes des trois auteurs susdits » ne le font que pour s'en pensw rire et moquer : ^ mais les bienadvisés n'en font pas ainsi : car l'on » doit penser au but final et à l'occasion principale » qui les faisoit ainsi parler et au siècle où ils » estoient, et non pas aux répréhensions couchées » en leurs livres, en tels termes qu'il leur a semblé

» bon de ce faire Si les susdits auteurs ont

» failli, je ne les veux soutenir ; mais je veux juger » de tout en Is^ meilleure part, sans jai;nais mç w vouloir déclarer par trop affectionné. » (Voy. / BMiotk. franc., Paris, 1772, ifi-4% tom. n, p. 128- 129.) On ne peut qu'applaudir à cette opinion de La

Croix du Maine sur le^s^ppé^cateurs en question; et si nous les faisons connaître par des citations de leurs sermonSy c'est pour que le lecteur puisse juger plus pertinemment des progrès de l'éloquence de lai chaire depuis environ cent soixante ans.

Voulant faire quelque diversion à la longue série^ d'anecdotes plaisantes et d'ertraits singuliers dont se compose le Prédicatobj^â, nous avons cru devoir terminer le volume par quelques mélanges qui consistent dans le petit Poème sur les mauvais gestes des prédicateurs, par Sanlecque;, dans une Vie de la Sainte Vierge, espèce de légende du xv* siècle , modèle de naïveté, et monument du triste état de la langue française à cette époque ; dans une Vie de Judas Iscariote, morceau du même genre ; dans des Recherches historiques et philologiques sur l'origine et l'usage de l' instrument de pénitence appelé DiSQPLmE ; et enfin dans, une Notice sur les saints patrons.

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