‹ Prédicatoriana: ou, Révélations singulières et amusantes sur les prédicateurs; entremêlées dChapitre 50 sur 55 · SUR LES SAINTS PATRONS · texte numérisé non relu

SUR LES SAINTS PATRONS

On sait que depuis rétablissement du Christianisme, qui a répandu ses bienfaits sur presque toute l'Europe et dans plusieurs autres parties du Monde^ les différents Etats, empires, monarchies, républiques, se sont choisis un patron dans le Ciel. La Russie , par exemple , est sous rinvocation de S. Nicolas -, T Autriche , sous celle de la Sainte Yierge^ Rome, sous celle de S. Pierre et de S. Paul; Venise, sous celle de S.. Marc; TÀngleterre, sous celle de S. (Georges; la France, sous celle de S. Denis ; le Portugal , sous celle de S. Antoine de Padoue , etc. Mais dans aucun pays , la manière d'honorer son saint patron n'a été plus remarquable , plus solennelle, plus singulière qu'en Portugal. Voici ce qu'en raconte (dans son Portugiesiche Grammatik) M. Junk, qui était en Portugal en 1762 , et qui y commandait un corps de volontaires levé à ses frais.

« Vers le commencement du xyin* siècle (en 1706), les habitants de Lisbonne crurent sans doute beaucoup ajouter à la gloire de S. Antoine , leur patron , ou du moins s^attirer encore davantage sa protection , en le décorant d'un titre pompeux. En conséquence, on résolut de conférer au grand saint la haute dignité de maréchal-général des armées de Portugal. Mais, comme pour parvenir à ce rang distingué, il Seillait passer suc-

oessivement par tons les grades militaires infisrienrs, on le fit d'abord soldat, pais bas-ofitcior, soas-lieatenant, lieutenant, capitaine, etc., etc., etc., enfin maréchal : et pour rendre cette promotion [dos régulière, et la mettre à Pabri du reproche de tout passe-droit , de to^ ËiYCur , on exigea que le saint ne passât d'un grades un autre qu^après le temps exigé par les r^ements , avec la paie et l'habit aflTectés à chaque grade. Enfin , toutes les formalités étant remplies , le grand saint fut reçu et proclamé maréchal-général de l'armée, et sa pension fiit fixée annuellement à cent cinquante ducats. Dès-lors, toutes les fois qu'il y eut guerre, saint Antoine , en grand costume , placé sur une chaise , fat porté à l'armée, et sa présence stimulait et augmentait le courage du soldat. L'auteur de cette narration prétend qu^en 176a, le premier boulet tiré de l'armée de Ferdinand , duc de Brunswick , faillit emporter la tête du saint général. On assure que, jusqu'au temps de nos révolutions modernes, la paie du saint officier, renfiermée dans une bourse de velours rouge , était tous les ans déposée solenndiement sur l'autel de sa diapelle par le Roi lui-même.*

Nous ignorons si tous ces laits sont d'une rigoureuse exactitude: mais, vu leur importance, nous ne sommes guères plus tenté d\ croire que d'y aller voir.

11 en est de même d'une autre historiette tenant encore à S. Antoine , et à laqudle on peut fort bien se dispenser de croire, sans porter atteinte à la foi. Le Suédois G.-J. Ruders raconte, dans son Partugisick Resa, etc. (Yotage en Portugal), 5foitAo£pfi, 18079 2 iW. ùi-S"*, que lorsqu'il était à Lisbonne {ea 1800), on montrait dans la cathédrale deux corbeaux qui avaient nourri saint Antoine , et qui en furent récom*

pensés par Timmortalité. Le saint est mort le i3 Juin i23i, âgé de 36 ans'; ainsi les deux corbeaux auraient siaintenant plus de 600 ans d^existence. C'est déjà un fort joli petit à-oompte sur Fâge fiitur de ces doyens de la race corrine.

Mais revenons à quelque chose de plus sérieux 5 k nos Saints Patrons. Nous avons vu plus haut que les divers Etats de TEurope ont chacun le leur ; le même principe religieux a engagé les nombreuses corporations d*arts et métiers, connues jadis sous le nom de maîtrises ' et même quelques autres professions, à se choisir paiement qn patron dans le Ciel. Curieux de connaître ces corporations et de savoir le jour où chacune d'elles célèbre la fête du Saint qu^elle a adopté , nous en avons cherché la liste, mais nous ne Tavons trouvée nulle part ^ ; alors nous avons essayé de la former nousmême en sollicitant des renseignements près des personnes intéressées à ces pieuses associations. Yoici le résultat de nos recherches à cet égard ; il consiste dans la liste des divers états et corporations que nousavonspu découvrir, avec l'indication de leurs Saints Patrons, et des jours où se célèbrent leurs fêtes*. Nous nous sommes

' Elles ont été établies par ordonnance de François I^.

* La Mothe le Ta jer a bien parlé dans un de ses ouvrages , des superstitÎQns populaires qui attribuent à quelques Saints, prëférablement à d'autres , la vertu de guérir des maux qui ont rapport à leurs noms; mais ce sujet nous est entièrement étranger ; et nous ne citons cet article que parce que l'auteur, à la fin de ce passage, a mentionné quelques saints patrons , mais en petit nombre, et pour jouer sur leurs noms. Yot. Petits Traités en forme de lettres , etc. , par La Mothe le Vayer.- Lettre 33« , p. 365 , sur les Noms.

occupé de cet objet aussi rare dans les lirres que commun dans la société y parce que d'un côté , il tient à Tesprit religieux , et que de Tautre , il n'est point étranger aux mœurs du peuple , puisque chaque fête commence le matin par une messe solennelle, et le soir finit par repas , bal , etc. , etc.

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