‹ Predicatoriana ou révélations singulières et amusantes sur les PrédicateursChapitre 17 sur 74 · EXTRAIT DE L’ORAISON FUNÈBRE DE GRILLON, PAR LE P. BENING · texte numérisé non relu

EXTRAIT DE L’ORAISON FUNÈBRE DE GRILLON, PAR LE P. BENING

Louis de Crillon, né en 1541 , fut l’un des plus grands guerriers du xvi* siècle ; il se distingua sous cinq rois ( Henri II , François II , Charles IX , Henri DI, et Henri IV). Les soldats l’appelaient Y homme sans peur ; Charles IX et Henri III le saluaient du nom de Brave, et Henri IV , son ami , le surnomma le Brave des braves. D ne fut pas moins célèbre par ses vertus que par son courage. Un jour Henri, en présence des Grands de sa Cour et des ministres étrangers , mit la main sur l’épaule de Crillon et dit : « Messieurs , voilà le premier capitaine du monde. — Vous en avez menti , Sire , reprit vivement Crillon ; je ne suis que le second , vous êtes le premier. » Ce grand homme mourut le 2 décembre 1615.

Nous ignorons si , pour faire son oraison funèbre „ on a choisi l’orateur de la chaire le plus éloquent de son temps „ mais ce que nous pouvons affirmer , sans crainte d’erreur, c’est que cette oraison est l’une des pièces les plus singulières qui existent en fait de style bizarre et d’éloquence amphigourique. Elle fut composée et prononcée à Avignon , en 1615 , aux funérailles du héros , par le P. Bening , jésuite, qui la fit imprimer (avec une dédicace au Roi ) sous le titre de bouclier d'honneur 1 . Avant de rapporter les passages les plus saillants de ce burlesque panégyrique , citons le début de la dédicace au jeune roi Louis XIII , qui venait d épouser Anne d’Autriche, le 16 octobre de la même année

i Lç titre entier de cet ouvrage est le bouclier d honneur , QU sont représentés les beaux faicts de très-généreux et puis tant seigneur feu Messire lodis de berton , seigneur de crillon , chevalier des ordres du Roy, maistre de camp du régiment de ses gardes, conseiller en ses eonseils et Estât et privé, lieutenantcolonel de Cinfanterie française : appendu à son tombeau pour i immortelle mémoire de sa magnanimité , par un Père de la Compagnie de Jésus , dans l’église cathédrale de Nostre-Dame de Dons , d' Avignon. Avignon, 1616, in-8‘’. — Lyon, 1616, ii>-4“. — Nouvelle réimpression , Paris , Desprez , 1759, in-12 , avec pagination de 197 à 324. La cause de cette pagination défectueuse est que cette pièce avait été réimprimée pour figurer à la fin du 2* vol. de la de de Crillon , par Mademoiselle de Lussan; Paris, 1757, 2 vol. in-12. On l’a supprimée et remplacée par d’autres pièces ; mais on a conservé la composition , sans changer la pagination, et on y a fait un nouveau frontispice daté de 1759.

1615. Ce début donnera un avant-goût du savoirfaire du P. Bening :

« Sire , dit-il , je crains que ce ne spit une impertinence parmi les chants d’allégresse que la France pousse au ciel en actions de grâces pour l’alliance tant désirée entre la France et l’Espagne , d’entremesler le chant lugubre d’une épitaphe funeste , et qu’il ne semble que nous voulions esteindre les feux de joye avec nos larmes et faire faner les fleurs de lys avec la cendre de la mort. Car, comme la musique n’est pas de saison avec le deuil , ainsi le deuil n’est point à propos au temps de la musique. Néanmoins l’affection que V. M. a portée au sieur Crillon , la perte qu’a faite toute la France , nous donnent le ton pour en commencer nos plaintes et doléances. Bien seroit-ce une impertinence , si nous faisions estât d’arrester le courant de la joye publique avec la bonde et le marbre du tombeau du défunt. A Dieu ne plaise que je prétende couvrir d’un voile violet la face de vostre sacré et fortuné hyménée. Je sçai que le cœur des grands rois , tel que vous estes, Sire, est capable.de» qualités contraires et qu’il peut tout-à-la-fois mener deuil et liesse pour divers subjets et motifs. Il n’y a que les hautes montaignes en l’Inde , qui en mesme temps ayent le printemps et l’hyver, qui portent le verd et la neige , qui sentent la bise et le zéphire ; il n’appartient qu’au roi du ciel , à Jésus , d’estre voyager ensemble et bienheureux ; et par la partie supérieure de son ame reposer au sein de la vision béatifique et

au havre de gloire , et en la mesme ressentir la tourmente d’une douleur extrême. Voire il est à propos de donner du relief à l’esclat de vostre bonheur et du nostre par les ombrages et grotesques de ce discours funèbre » Cette dédicace fort longue,

finit par ces mots : « Me contentant en mon particulier, au secret de mon oratoire , à l'imitation de tou s mes Pères et frères espandus en ce Royaume , d’offrir à Dieu pour la prospérité de vostre mariage les victimes de mes lèvres , sans m’enhardir de monstrer à vostre Cour les avortons de ma langue et de ma plume , lesquelles je voue au service de Vostre Majesté comme doit faire, son très-humble , très-fidèle et très-obéissant serviteur, selon Dieu , Fr. Benesg , de la Compagnie de Jésus. — D'Avignon, le 20 janvier 1616. »

A la suite de la dédicace est l’oraison funèbre, qui commence ainsi :

« Abjectus est clgpeus fortium. Il Reg. , 1. Le bouclier des forts a esté atterré.

» Les choses qui ont coustume de jetter la pâleur sur la face des orateurs , le battement dans le cœur et le tremblement sur les lèvres , aujourd’hui m’enflent le courage , m’échauffent le sang , et me défient la langue : ce sont la saincteté et majesté du fieu , la splendeur et noblesse de l'assistance ,’le riche et magnifique subject ; car ès choses grandes le vouloir suffit , ès petites le faire y est requis. Le fieu , c’est cet ancien temple dédié à la plus grande des deux, la roynedes anges, fondé par une des plus

grandes dames de la Judée , saincte Marthe , rétabli et doté par le plus grand des empereurs et rois , Charlemagne; l’assistance, c'est vous. Monseigneur l’illustrissime et révérendissime , c’est vous, Messieurs ; le subject , ce sont les beaux faits du plus grand guerrier qui ait piéça endossé le harnois , du plus grand capitaine qui ait jamais mené armée, du plus grand maistre de camp qui ait oncques porté le bâton. Hélas ! est-il mort , ce miracle de force, ce prodige de vaillance, ce parangon de magnanimité, ce courage à l'épreuve des adversités, difficultés et traverses ? est-il donc mort , Grillon ? Il est mort! ces parements noirs sur ces parois, cette chapelle ardente au mitan de cette nef, ce son lugubre des cloches, ce grand deuil sur la face, ces larmes aux yeux d’un chacun en sont les fidèles témoins et rapporteurs. D'autant plus que sa valeur me réliaussoit au commencement le courage, d'autant* plus le regret de sa mort me le rabbat maintenant. Ce triste spectacle, ce collier veuf, cette épée orpheline , cet ordre délaissé de feu Louis de Berlon , me font fendre le cœur de tristesse , et fondre les yeux en larmes. Comment donc parlerai-je de Crillon? Parler et pleurer tout ensemble ne se peut ; parler je ne puis de sa mort sans pleurer, et parlant de Crillon, faut parler de sa mort. Si faut-il apporter quelque consolation à la douleur de Messieurs ses parents , frères , sœurs et nepveux ; rendre quelqu honneur à l'immortelle mémoire du défunt , et satisfaire aux louables désirs qu’a cette

honorable compagnie d’ouïr parler de Crillon : quoi faisant , nous parlerons plutôt de Crillon vivant que de Crillon trépassé ; de Crillon sur un coursier, que de Crillon sur un tombeau ; de Crillon à la tête d’une armée, que de Crillon à la queue d’un convoi; de Crillon bouillant, soufflant, battant, triomphant , que de Crillon sans force , sans pouls , sans ame , sans mouvement.

» Mais ne sera-ce point par aventure une témérité et imprudence à moi qui fais profession d’une vie pacifique et non guerrière , de parler des exploits de guerre , comme jadis reprocha Annibal à un philosophe péripatcticien? Mais que puis-je dire en si peu de temps sur un si plantureux et ample sujet? Mais quelles paroles pourroit-on trouver jxmr répondre aux coups que ce bras martial a dessérés , et assénés sur la tète des ennemis du Roi et de la France ? Mais qui est-ce de vous , Messieurs , qui avez eu 1 honneur de le voir suant sous son harnois , empoudré parmi les chamaillis, perdu dans la mêlée, empourpré de son sang et de celui de ses ennemis , qui ne feroit mieux et avec toute sa perfection , ce que je vais entreprendre d'ébaucher? Néantmoins le commandement de mes supérieurs , les prières de ceux qui me font commandement , les obligations qu’a notre Compagnie à la mémoire de ce grand héros , la communauté du sol natal , l’alliance qui est entre Mars et les Muses m’ouvrent la bouche que le respect et la douleur m’avoient cousue , et me commandent de parler de cet Hercule Musngète

Quel thème prendrons-nous? quel sera le plainchant sur lequel nous chanterons ce funèbre épitaphe? Etant sur ce pensement , je pensai que je ne pouvois mieux louer ce grand guerrier, que d’emprunter l’oraison funèbre que David fit sur la mort d’un grand guerrier, et prenant langue de lui, m’écrier avec lui : abjectus est clypeus fortium; le bouclier des forts est atterré et enterré.

» Pouvions-nous donner un surnom plus honorable pour un capitaine, mieux convenable au sieur de Crillon , plus significatif de ses vaillances et prouesses que celui de bouclier? Car appeler quelqu’un boucher , écu , ou pavois , c’est l’appeler fort , brave , preux , vaillant , valeureux , courageux , magnanime ; et appeler quelqu’un magnanime , c’est lui donner le haut bout au fait de la guerre , la prescéance aux affaires d’état , la main droite ès choses de piété et de religion

» Mais qu’est-ce que magnanimité? qu’est-ce qu’être magnanime? c’est avoir une ame grande. Et qu’est-ce qu’avoir une ame grande? il nous faut expliquer ceci à la façon que les théologiens discourent de la grandeur invisible et ineffable de Dieu, la mettant aux pieds de la grandeur corporelle des créatures, et prenant leurs mesures et allignements d’icelle....

» Nous appelons une chose grande qui est assortie de ces quatre dimensions , longueur , largeur , hauteur et profondeur. Ils disent que la longueur de Dieu, c’est son éternité; la largeur, c’est son iminen-

sit<v, la hauteur, c’est sa puissance en miséricorde; la profondeur, c'est sa sagesse ou justice. De même pouvons-nous déchiffrer la grandeur d'une ame par ces quatre pièces et ameublements. La hauteur d'une ame est de ne s'attacher à rien de bas La pro-

fondeur est de descendre jusques au plus creux des

pensées et couseils de l'ennemi La longueur , à

supporter avec patience l’envie , l’ennui , le travail La largeur du courage ne rcconnoît au-

cunes bornes ni lisières de temps , de lieu et d’âge.

» Or, venons au point. Comment est-ce que je prouve que le sieur de Cnllon a été magnanime et le bouclier dès forts? Est-ce parce qu’il étoit extrait d’un estoc fort illustre et généreux?.... Est-ce parce

qu’il étoit d’une bonne et forte constitution?

Est-ce donc parce qu’il étoit natif et originaire d’Avignon , que nous pouvons appeler par titre d’honneur, comme jadis Epaminondas disoit de la plaine de Beoce, l’échafautde Mars; ou comme Xénophon de la ville d’Ephèse, la boutique de la guerre? Tout cela est vrai; matssà magnanimité paroît principa- * lement en la hauteur, profondeur, longueur et largeur de son courage.

» 1° La hauteur, en ce qu’il ne pouvoit se tenir sous le toit d’une maison , à l’abri d'une tente , sous l’ombre d'une courtine , aux champs , à la campagne , au jour, à l’ombre, au soleil, au hàle, au serein; mon Crillon le pied toujours eu l’air ou sur l’étrier, la tète sous le ciel qui étoit son pavillon et son dais. La volupté ne l’a jamais collé à la terre ,

le* délices ne l’ont jamais colleté. Cet Annibal ne s’est point arrêté à Capoue; ce Samson n’a point perdu sa force au giron de Dalila ; cet Achille ne changea jamais le pourpoint en une veste féminine ; cet Hercule ne quitta jamais son épée pour prendre une quenouille. Telle étoit la liautesse de son cœur, qu’il étoit supérieur à toutes les difficultés et encombres qui l’accueilloient

. » 2° La profondeur étoit son conseil et prudence qui est l’œil de l’art militaire , la visière d’un guerrier, et le cadran de la vie humaine

» 3" La longueur de sa magnanimité étoit sa longanimité et patience à attendre l’ennemi et son temps, à ne s’attiédir jamais, à tenir coup à une entreprise , à ne lâcher point ; sa vertu ne disoit jamais, c’est assez ; sa valeur étoit sans virgule, sans

souffrance , sans période

» 4° Reste la quatrième dimension de sa valeur , qui est la largeur et l’étendue d’icelle; qu’en diraije ; mais que n’y a-t-il à dire là-dessus ? sa force n’étoit rétrécie en un lieu seulement , encernée d un temps , limitée à une sorte d’ennemis , enclose en un # âge , attachée à une action. A quoi le voulez-vous , où le voulez-vous, contre qui le voulez-vous? à pied, à cheval, avec la lance, avec l’épée, au siège, à l’escarmouche, à une saillie, à une tranchée, sur une muraille , à une brèche, à unecamisade, de nuit , de jour , en santé , en maladie , au printemps , à l’hiver de son âge , avec une poignée de gens , avec une grosse armée? il est toujours Crillon En

quel coin de la France n'a-t-il empreint les vestiges de sa valeur? Quelle partie de l’Europe n’a senti ou oui les foudres de son bras? Toute la France a été le théâtre et le colisée de scs prouesses. »

Le Père Bening, après être descendu dans un grand détail des actions mémorables de M. de Crillon , conduit son héros aux portes de la mort, et le représente , pour me servir de scs termes , sous le pressoir de 6a dernière maladie. Voici de quelle manière il s’explique : « Quand la maladie, sergente du ciel , nous met la main dessus , et que la mort nous dit : il faut suivre, Dieu l’a dit; allons, suivons, n’estrivons pas, à l'imitation de notre Crillon, qui averti qu’il falloit déloger, battre aux champs, aller servir son quartier au ciel , reçut cet ajournement en maislre de camp, c’est-à-dire, aussi généreusement qu’autrefois il entendoit volontiers le son de la trompette pour monter à cheval ; car comme le Père spirituel qui l’assistoit , lui eut dit : Monsieur, il fout aller au Ciel, lui, avec un tressa ut le prenant par la main et le serrant très-fort , allons, allons, dit-il; tout comme il eût dit pour aller livrer un combat, monter à l’assaut , prendre quelque ville »

L’orateur finit son discours par une longue péroraison qui est dans le même goût. « llélas! messieurs, après avoir emmiellé vos aureilles du narré de tant de vaillances et actes héroïques, faut-il que je les enfielle de ce triste mot : abjectus est, il est mort.... U n’y a plu* de Crillon. Nous ne le verrons plus

foire volter son cheval, le manier à saults gaillards, à la carrière , à bride ronde , en long ; objectas est ,

il est mort Nous ne le verrons plus dans son

carrosse faire le tour de la ville, réjouir de son aspect scs amis, remplir de révérence les étrangers, aumôner de son argent les pauvres ; objectas est, il est mort. SNous ne le verrons plus dans nos églises battre la poitrine de ses mains , le Ciel de ses prières, nos oreilles de sa voix exemplaire ; objectas est, il est mort. ... Où est celui qui jadis a donné la loi à la fortune , la vie à ses ennemis, la paix à la France , le royaume au Roi, leur pais aux François, les tribunaux à la justice , les autels à la religion ? abjectut est , il est mort. Où est celui qui a gravé son nom sur l’éternité , sa valeur sur le corps de ses ennemis, sa mémoire sur le cœur des François, sa libéralité sur les mains des pauvres? abjectus est , il est mort. Où est celui à qui jamais homme ne fit quitter le gantelet , ni fuite le bouclier, ni crainte la couleur, ni fortune la constance? abjectus est, il est mort. Mort , as-tu bien osé mettre la main sur celui qui tant de fois t’a donné le cartel de défi en bataille rangée? Celui qui a sauvé nos rois n’a-t-il pu se sauver soi-même? abjectus est, il est mort. Saint Père, voilà votre vassal et défenseur ; Roi de France, voilà votre bouclier; noblesse, voilà votre modèle; soldats , voilà votre père ; pauvres , voilà votre dépensier ; François , voilà votre pavois ; Avignonnois, voilà l'honneur de votre ville ; Religion , voilà ton protecteur ; magnanimité , voilà ton parangon ;

clémence, voilà ton lustre; libéralité, voilà ta gloire ; sincérité , voilà ta perle ; abjectus est , il est mort. La Briolle , Saint-Jean-d’Angéli , Nisincs, La Rochelle, voilà vostrc foudre; Calais, Tours, Quillebœuf, voilà vostre mur; Dreux, Jarnac, Montcontour, voilà vostre Mars; Paris, La Fère Boulogne, Laon, voilà vostre Crillon ; Cliambéri, Con flans , Charbonnière , Montmillian , voilà le brave Crillon ; Dauphiné, comtat d'Avignon, voilà le brave des braves ; abjectus est, il est mort.

>* Adieu , Crillon , adieu ; adieu , le capitaine des merveilles ; adieu , la merveille des capitaines ; adieu, mon brave; adieu, brave Crillon; adieu, brave des braves ; nous ne vous verrons donc plus , nous ne vous ouïrons plus. La grande perte qu’a faite toute la chrétienté ! le grand guerrier que vous avez perdu. Saint Père! le grand serviteur que vous aviez là, mon Roi! l’inexpugnable boulevard que cetoit pour vous, 6 France! mais que tu as perdu, Avignon ! Son ombre, comme celle du frêne , chas- «oit loin de tes murs les serpents huguenots. Mais le sincère ami , le grand bienfacteur que tu as perdu , Compagnie de Jésus! Il se disoit tout tien et de cœur et de bouche : aussi avoit-il le cœur dans sa bouche , et la bouche dans son cœur, tant il estoit franc en ses paroles et cordial en ses franchises..... i ” Au demeurant , ne vous attristez point tant da\oir perdu un si grand homme, comme remerciez Dieu de vous l’avoir prêté , joint qu’il n’est pas tout mort. Ce n’est que la moindre partie de Crillon

qui est en terre ; son aine vit et triomphe au ciel ,

qui est 1 hébergement des âmes magnanimes De

là il considère la France qu’il a lant aimée , le Roi qu’il a tant fidèlement servi , les Princes qu’il a si cordialement honorés, son pays qu’il a toujours prisé. Il me semble que je vous vois , grande ame , prosternée devant la majesté de Dieu, mettant à ses pieds toutes vos couronnes , navales , murales , civiques , triomphales, comme les saints vieillards de l'Apocalypse , et dire, avec eux : Dignus es, Domine

Deus noster, accipere gloriam, el honorem, et virtutem

Jaçoit que son ame vive , néanmoins Grillon est mort, abjectus est. L’union entre l’ame et le corps est rompue. A quoi est-il réduit ce grand héros! cette liautesse de courage , combien est-elle abbaissée; cette longueur, combien raccourcie; cette largeur, combien rétrécie ; cette profondeur, combien applanie ! Alcmène portant les cendres de son fils Hercule dans une petite urne, chez le tragique latin, s’écrie tout éperdue de douleur et d'admiration : Hue Ule decrevit gygas! Est-il possible que dans le creux et l'obscur de cette grotte soit encoffré ce grand Crillon, la réputation duquel alloit joindre les nues, et les Victoires outrepas$oient les limites de France, et que cinq ou six pieds de terre suffisent à celui de qui le cœur étoit plus large que toute l’Europe! Hue ille decrevit gygas.... »

L’auteur trace ensuite un petit tableau de la piété de Crillon, qui, malgré la trivialité du style, ne manque pas de force. « La dévotion de Crillon , dit-

il, n’étoit point féminine, mais mâle, virile et martiale, selon son naturel, air guerrieret humeur soldatesque; la brièveté de son oraison étoit aggrandie par la grandeur de son ame ; ses prières étoient comme les ouvrages de Timante, auxquels , comme dit Pline : plus intelligebalur quant pingebatur. Son cœur parloit plus que sa bouche ; les mondains au contraire parlent plus souvent de la bouche que du cœur. Le sieur de Crillon traitoit avec Dieu comme avec les rois , brièvement et révéremment. Ce n’est pas pourtant que je veuille dire que quand en une longue traite de prières , la ferveur, l’affection et la dévotion s’y retrouvent , que cette oraison ne soit de plus grand prix et valeur; mais j’assure qu’une petite oraison bien troussée et faite avec attention et récollection intérieure , est plus agréable à Dieu

qu’une longue, lente et languissante oraison

La dévotion solide ne consiste pas à marmoter les psalmes , mais à les pratiquer ; car Dieu aime mieux

voir bien faire, qu’ouïr bien dire

Enfin le Père Bening termine son chef-d’œuvre par quelques réflexions sur la nécessité de mourir : « Mais , dit-il , à quoy en venons-nous , Messieurs? Pour Dieu , éveillons-nous et pensons à ceci : Crillon est mort, et il nous faut mourir. Il n’y a homme si haut monté que la mort ne désarçonne ; si haut perché , qu’elle ne culbute; si bien armé à blanc et à cru , qu’elle ne perce ; si bien retranché et barricadé qu’elle n’enfonce; si ferme en son assiette qu’elle ne renverse. La mort est cet Até d’Homère

qui sc promène et danse sur la tète des hommes ; la mort est ce glaive de Damoclès , qui , lorsque nous banquetons et passons nos jours en plaisirs ou quelque joyeux déduit, nous pend sur la teste; la mort est la faux que Zacharie voyoit voler en l’air; la mort est la pierre qui , déva liant d'une montagne , abbattit cette superbe statue de ÏNabuchodonosor , composée d’or, d’argent, d'airain et de terre; la mort est le bord et l’arène où se rompent et se brisent les (lots sourcilleux des puissances terriennes , qui semblent devoir abvsmer et absorber toute la terre. . . Il faut mourir ; nous partageons ce jour, cette matinée , cette heure, cette minute, voire ce moment, avec la mort , et cependant le temps , le jour, l'heure et la minute est incertaine. Une heure a soixante minutes; après avoir passé la première, on ne peut se promettre de passer la seconde , et se [>cut faire qu après avoir passé les cinquante-neuf, on ne passera pas la soixantième, mais on trespassera. 11 faut mourir; nôus ne pensons mourir que quand nous rendons le dernier soupir. Il n’en va pas ainsi , ce dit Sénèque ; nous mourons tous les jours , à toute heure , à tous moments ; nostre vivre n'est qu’un mourir; à mesure que nous vivons, nous mourons; à mesure que nous croissons , nostre vie descroît. Qui a vécu un tiers de ses ans , a un tiers de soi mort; la vie nous fuit, la mort nous suit. Il faut mourir, et cependant nous ne pensons qu'à vivre. Tous les hommes sont après à foire des projets; tel fait bastir une belle maison , mais sur le point de

l’habiter, voici le grand mareschal de logis qui lui commande de desloger et remuer mesnage ; tel dresse un joli parterre , mais aucun de ses arbres ne l'accompagnera à la sépulture, fors qu’un rameau de cyprès; tel fait de belles emplettes, mais scs héritiers les débiteront pour lui; tel fait dessein de voyager, de voir le pays, mais Dieu lui en fait voir un auquel il ne s’attendoit pas. Il faut mourir et bien mourir; pour bieo mourir, bien vivre; pour bien vivre, mourir à l’ambition, volupté et avarice. J’ar dit , et n’ai rien dit. » Ainsi finit l'orateur.

Tel était ce que l’on appelait encore éloquence de la chaire au commencement du dix-septième siècle, du moins chez certains prédicateurs , comme le Père Bening.

ANECDOTES

Dans un sermon sur le jugement dernier, un prédicateur navarrois , parlant des trompettes effrayantes qui réveilleront les morts à la fin du inonde , s’écria : « Oui , vous les entendrez , pécheurs, quand vous y penserez le moins, peut-être demain, quedis-je demain, peut-être tout-à-l’heure. » A 1 instant les voûtes de l’église retentissent du son terrible d’une douzaine de trompettes qu’il avait fait placer secrètement dans la nef. Tout l’auditoire est dans une frayeur mortelle; on croit voir les gouffres de l’enfer prêts à s’entr’ouvrir. Chacun s’enfuit en tremblant. Dès-lors ce prédicateur fut en odeur de sainteté parmi les Navarrois.

Il n’est pas le seul qui ait eû recours à des moyens aussi singuliers pour frapper les fidèles.

Un bon curé de campagne, faisant le préne à ses paroissiens , dont le territoire était en vignoble , leur dit : « Vous savez , mes chers frères , combien les saints vendangeurs ont fait de tort par le passé à nos vignes ; je vous donne avis que notre bon prélat les a tous transférés entre Noël et les Rois, auquel temps ils pourront geler et grêler tant qu’ils voudront. » Rabelais, liv. III, ch. 33, attribue cette plaisante imagination à François de Dinteville, évêque d'Auxerre (de 151 i à 1530 ) ; mais Estienne Tabourot 1 en gratifie un curé de l’Auxerrois. C’est une imitation du conte que Bebelius fait de ce fou qui pestait contre le soleil de ce qu’au lieu d’être si ardent en juillet , il ne gardoit pas un peu de cette chaleur pour l’hiver qui en avait tant besoin.

Un capucin dit un jour en chaire que la Provi-

* Vor. son Almanach imprimé sous le nom de Jean Vostet- Breton (anagramme d'KsTiENNE Tabocrot), Paris, 1588, in-8°. E. Tabourot, né à Dijon en 1547, y est mort en 15!)0. Sa tombe se voit encore à l’église Saint-Benigne. Son ouvrage le plus connu a pour titre : Les Bigarrures et touches du seigneur des Accords , qui a eu plusieurs éditions , dont la plus complète et la dernière est de 1662 , 2 tom. en 1 vol. in-12.

dence avait mis la mort à la fin (le la vie pour donner aux pécheurs le temps de se convertir.

Un homme fort simple , ayant acheté une charge d’auditeur des comptes , alla un jour au sermon , et à chaque fois que le prédicateur disait : mon cher auditeur, il prenait cela pour lui , se levait et faisait une inclination.

Un chanoine de Liège, pour vanter le mérite de saint Hubert, disait en chaire que « si le Saint- Esprit étoit mordu d’un cliien enragé , il faudrait qu’il recourût à son saint pour être guéri. »

Un chanoine de Saint-Cloud prêchait un jour que le superflu n’est point à nous, mais aux pauvres, et qu’un seul habit doit suffire à un bon chrétien. Un honnête marchand , frappé de l'éloquence du prédicateur, lui porta le lendemain deux habits , de trois qu’il avait , pour le prier de les remettre aux pauvres. Le chanoine absent de chez lui par un trèsmauvais temps, rentre tout trempé, un instant après l’arrivée du marchand, et prie celui-ci, avant de l’entendre , de lui permettre de changer d’habit , parce que le sien est mouillé. « Ah ! oui , dit le marchand, vous avez des habits de rechange , tandis que vous dites en chaire qu’un bon chrétien ne doit en avoir qu’un; eh bien! à votre exemple, je me

servirai des miens dans le mauvais temps. « Et il remporta ses deux habits.

L’histoire du premier ou plutôt des deux premiers sermons qu’a prêches l’illustre Bossuet, est assez remarquable pour que nous la rappelions dans un ouvrage consacré à quelques singularités parénétiques. L’orateur, à peine âgé de seize ans , et n’ayant pas encore terminé ses études , se trouva dans le cas d'improviser son premier sermon , non pas à l’église , non pas en plein jour, mais dans un élégant salon , aux bougies et au milieu d’un cercle brillant , composé des darnes les plus distinguées de la capitale et de quelques beaux esprits. M. le cardinal de Bausset raconte ainsi cette curieuse aventure :

« Le marquis de Feuquières ( protecteur de Bossuet), parloit souvent avec enthousiasme à Madame et à Mademoiselle de Rambouillet du talent extraordinaire et de la facilité prodigieuse de ce jeune ecclésiastique. Il ne craignit même pas d’avancer que si on vouloit enfermer le jeune Bossuet seul et sans livres, dans une chambre, en lui laissant seulement quelques moments pour se recueillir, il se trouveroit prêt à prononcer un sermon sur tel sujet qu on jugeroit à propos de lui donner. Le défi fut proposé sur-le-champ par "Madame et Mademoiselle de Rambouillet, et accepté par le marquis de Feuquières qui envoya chercher Bossuet au collège de îSavarre. Il n’arriva que dans la soirée à 1 hôtel de

Rambouillet. Toutes les conditions annoncées furent remplies avec l’exactitude la plus minutieuse. Le jeune orateur, après un moment de réflexion , prit la parole, ctonna la nombreuse et brillante assemblée qui l’entendoit , et surpassa l'idée que le marquis de Feuquière* avoit prétendu donner de son talent et de sa facilité. Il étoit onze heures du soir lorsque Bossuet prêcha ce singulier sermon; c’est ce qui fit dire au bel esprit Voiture, qu’il n' avoit jamait oui prêcher ni si tôt ni si tord.

M. Cospéan ; évêque de Lisieux , qui se trouvoit alors à Paris , ayant ouï parler de ce sermon , désira entendre prêcher notre jeune orateur de la même manière; il l’invita à se rendre chez lui, et là, en présence de deux autres prélats , amis de M. Cospéan ,. Bossuet prononça un discours qui excita l’admiration de cette assemblée si peu nombreuse et par cette rai-1 son plus redoutable pour le jeune orateur. L’auditoire étoit sans doute moins brillant que celui de l’hôtel de Rambouillet; mais il étoit composé de juges plus capables d’apprécier les dispositions et le mérite d'un orateur chrétien et d’un ministre de l’Evangile. M. Cospéan fut frappé de l'espèce de phénomène que lui offroit un jeune ecclésiastique qui n’nvoit pas même encore achevé le cours de ses études. »

Ce fait prouve les heureuses et précoces dispositionsque Bossuet avait pour l’improvisation. Dans sa longue et brillante carrière , il a prêché six Carêmes et quatre Avenlt, soit à Paris , soit à la Cour, et lui-

meme a souvent dit qu’il n’avait jamais prêché le même Carême ni le même A vent. Et combien d'autres sermons lui sont encore dus, sans compter les oraisons funèbres ! Quel talent! quelle facilité et quelle activité, surtout quand on considère ses autres ouvrages !

Jacques-Benigne Bossuet , né à Dijon , dans la nuit du 27 au 28 septembre 1 627 , est mort à Paris le 12 avril 1704, un peu avant quatre heures et demie du matin , âgé de soixante-seize ans six mois et seize jours. .

Le Père Séraphin, célèbre prédicateur, prêchant devant Louis XIV , dit à ce monarque : « Sire , je n’ignore pas la coutume qui me prescrit de vous faire un compliment ; mais je supplie Votre Majesté de m’en dispenser ; j’ai cherché un compliment dans l’Ecriture-Sainte et j’ai eu le malheur de n'y en point trouver. »

Le même prédicateur, prêchant une autre fois devant Louis XIV, s’aperçut que l’abbé de Fénelon dormait; il s’interrompit et dit : « Réveillez cet abbé qui dort et qui n’est peut-être au sermon que pour faire sa cour au Roi. » Sa Majesté sourit.

Un prédicateur , {leut-être encore le même , s’avisa

de faire une peinture un peu trop vive et trop directe de la conduite de Louig XIV ; ce prince en témoigna son mécontentement par ces mots : « J'aime à prendre ma part d’un sermon , mais je n’aime pas qu’on me la fasse. »

Le même Roi demanda un jour à Boileau quel était un prédicateur qu’on nommait Le Tourneur et auquel tout le monde courait. « Sire , répondit le poète , Votre Majesté sait qu’on court toujours à la nouveauté , c’est un prédicateur qui prêche l'Evangile. » Le Roi lui ordonnant d’en dire sérieusement son avis , il ajouta : « Quand il monte en chaire , il fait si peur par sa laideur qu’on voudroit l'en voir sortir, et quand il a commencé à parler , on craint qu’il n'en sorte.

Le Père Chaussemer, jacobin, prêchant devant Louis XIV, après le fameux passage du Rhin, et dans le moment où le Roi venait de laver les pieds des pauvres pendant la semaine-sainte, dit à ce monarque : « Ces ondes orgueilleuses que vous avez passées avec autant de rapidité qu’elles sont rapides elles-mêmes , sécheront un jour ; et ces gouttes d’eau que vos mains royales viennent de répandre sur les pieds des pauvres , subsisteront éternellement devant le tribunal de Dieu. »

Le célèbre Bourdaloue, dans son sermon de la fausse conscience, dit : « Souvenez-vous que le chemin du ciel est élroit, et qu’un chemin étroit ne peut avoir de proportion avec une conscience large. » C’est à peu près l’idée qu’un ancien prédicateur a rendue dans le style de son temps : « Le Ciel n'a point de porte cochèrc , on n'y entre point en carrosse. »

Le même orateur prêchait le Carême à Saint- Sulpice. Cn jour que M. le Prince y était, l’orateur se fit long-temps attendre. Cependant tout le monde causait à l’église en l’attendant ; et comme la foiile était grande, le bruit était aussi fort grand. Sitôt que M. le Prince aperçut le Père Bourdaloue, il s'écria tout haut : « Voici les ennemis, voici les ennemis ! »

Ménage ayant assisté à un sermon que Bourdaloue prêchait en présence du Roi de France et du Roi d’Angleterre , dit en le voyant descendre de chaire : « Voilà le prédicateur des Rois et le roi des prédicateurs 1 . »

1 C'est aiDsi que, (le notre temps, on appelle un riche banquier de la nation israclitc, le Itoi des Juifs et le Juif des Rois.

Notre grand orateur excellait surtout dans les portraits dont il enrichissait ses discours ; une daine disait que tous les prédicateurs qui l’ont voulu copier, n’ont fait que des marmouzets.

Le Père d'Harrouis , jésuite, disait, avec une naïve et piquante modestie, à Ménage : « lorsque le Père Bourdaloue prêcha l’année dernière à Rouen, lès artisans quittoient leurs boutiques pour aller l’entendre ; les marchands, leur négoce; les avocats , le palais; les médecins, leurs malades qui s’en trouvèrent mieux; mais pour moi, quand j’y prêchai ensuite, je remis toute chose dans l’ordre; personne n’abandonna son emploi.

Un capucin, prêchant, un jour, devant le prince, de Condé, le compara à Belisaire, et dit que la valeur ne leur avait jamais manqué , mais souvent la fortune.

Le maréchal de Gassion entendant prêcher un religieux qui exhortait le peuple à se sauver : « Je crois , dit le Maréchal , qu’il nous prend tous pour des poltrons. » ( Lanliniam .)

Madame Cornuel disait du PèreGonnelieu, jésuite

et prédicateur fort sévère, qu'il surfaisait en chaire, mais qu’au confessionnal il donnait à bon marché.

L’abbé de Beauvais, prêchant le Carême de 1773, à Versailles, tonna fortement dans son dernier sermon contre les vieillards vicieux qui conservent encore au milieu des glaces de l’àge les feux impurs de la concupiscence. Louis XV assistant à ce sermon avec toute sa Cour, dit en sortant au maréchal de Richelieu : « M. le Maréchal, le prédicateur a jeté bien des pierres dans votre jardin. Oui, Sire, reprit le Maréchal. , il y en a tant jeté, qu’il en est rejailli quelques-unes dans le parc de Versailles. »

SLR LF. P. DF. ISLA

r.T SUR LES PRÉDICATEURS ESPAGNOLS. ,

Le Père Joseph-François de Isla 1 , célèbre jésuite espagnol, né à Ségovie en 1714 et mort à Bologne

■ Quoique Feller et la Biographie universelle donnent au Père de Isla le prénom de Jean, nous croyons devoir l’appeler Joseph- François, et nous nous appuyons de l’autorité de M. de la Serna Santander, célèbre bibliographe espagnol , qui , citant les divers ouvrages du Père de Isla , et entre autres son Hisloria (lel famoso predicador, etc. , l’appelle toujours Joseph-François. Voyez Le Catalogue des litres de C. de la Serna Santander , rédigé par lui-méme ; Bruxelles , 1803 , 4 vol. in-8°, N°* 3263 et 3390.

L’abbé Feller fait naître le P. de Isla, en 1703, à 4 illavidane dans le royaume de I.éon ; nous présumons que c’est une erreur.-

(Italie) en 1783, a composé, sous le nom du licencié Lobon de Salazar , un ouvrage très-remarquable , intitulé : Ilisloria del famoso predicador froy Gerundio de Campazas, alias Zotes, escrita por el Lie. D. Francisco Lobon de Salazar. 1758-1770, 2 vol. ih-4”. Ce livre, dont le premier tome a été imprimé en Espagne , et le second hors du Royaume , est une critique ingénieuse , fine , judicieuse et très-gaie des mauvais prédicateurs espagnols. Il est à leur égard’ ce que Don Quichotte est aux romans de chevalerie, et ce que le Chef-d'œuvre d'un inconnu est aux commentateurs en us ; malheureusement il est très-difficile, pour ne pas dire impossible, de faire passer les beautés dè cet ouvrage dans une autre langue ; l’auteur est inimitable dans son style , surtout dans le satyrique et Je plaisant. Cependant il existe une traduction anglaise sous ce titre : The Hislory of llie famous Preaclier friart Gerant de Campazas, ortherwi.se Gerund Zotes. Translated from the spunish. London, Davies, 1772 2 vol. «»-8°. Il en a paru une en français dans ces derniers temps; elle est intitulée : Histoire du fameux prédicateur frère Gerunde de Campazas, dit Zotes: écrite par le Père Jean Isla, sous le nom du licencié Don François Lobon de Salazar, prêtre bénéficier de Preste , d'AguUa et de Villagarcia de Campas, curé de la paroisse de Saint- Pierre, professeur de théologie en l'université de Valladotid. Dédiée au public; traduite de l'espagnol par F. Cardini. Paris , chez Aimé André , 1822 , 2 forts vol. m-8°. Mais, nous le répétons , ces traductions, par la difficulté de rendre la finesse et le mordant de

l’expression de l’auteur, ne donnent qu’une idée imparfaite de son talent et du mérite de son ouvrage.

Nous n’entrerons dans aucun détail sur la vie plaisante de frère Gérunde ; mais nous citerons quelques passages d’anciens sermons espagnols qui ont autorisé , à juste titre, le Père de Isla à les tourner en ridicule.

Croirai t-on que l’on a poussé en Espagne le honteux abus de l’application de la mythologie aux choses sacrées jusqu’à prêcher et imprimer un sermon où se trouve cette absurde allusion dont le ridicule surpasse encore l’inconvenance : « Marie fut conçue de la blanche écume de la grâce divine dans la mer de la nature humaine ‘ . » Et cette autre infamie : « Le divin Adonis Christ s’amouracha de la belle Vénus Marie 1. » Nous trouvons ailleurs un insensé prédicateur qui ose bien se servir de la fable de Danaé pour prouver que Dieu aime les âmes chastes qui vivent cloîtrées : « En Danaé, dit-il , je contemple une ame retirée qui a fait vœu de clôture pour sa vie; et en Jupiter transformé en pluie d or , je considère le Christ, qui descend comme pluie dudel. Et nubes pluant Justum. »

Un curé de village avait si souvent parlé du Dieu Apollo dans les sermons qu'il prêchait à ses parois-

i Yoï. Y Histoire de Fr. Gentntle , tom. I , p- 368 ; il J * de longs détails sur cette écume.

1 Yoï. idem , p. 30.

siens, qu’une vieille femme faisant son testament , y inséra cette clause : « Item, je lègue mes poules et le coq au bienheureux signor saint Polio, pour la grande dévotion que j’ai eue pour lui depuis que notre curé en a dit tant de bien. »

Voici le début d’un sermon sur la circoncision ; il est pris parmi les grands modèles du siècle : «< Sachez que la vapeur condensée du nuage qui servit de carrosse triomphant à Jésus-Christ, fut formée de la congélation de la sueur dinphorétique sortie de Sa Majesté dans le jardin des Oliviers. » Puis l'orateur dit ensuite : « La circoncision a été le prélude de l enchaînement sanglant , la cause de l'œuvre de la rédemption, ou le cachet déchiré, le sceau ouvert, le fil rompu qui a annoncé la Passion ; l’heureuse missive adressée au Christ qui, étant en même temps Dieu , étoit digne d’être déifié. Dignité est Agnus, gui occisus est, accipere virtutem et divinitatem. Amant libéral , il donne des gages de générosité dans la peau

dont il se dépouille La sortie de son sang a été

plus solennelle , que son entrée dans Jérusalem n’a été la cause de sa mort; orient de l’occident , courage de l'abattement, coin de la sépulture, fin première de la fin et de tout ce qui est au-delà. Le bois aride de la croix ne dessécha point la valeur du Christ ; les clous 1 augmentèrent et ne laissèrent pas évaporer la suavité de sa vertu. Le coup de lance produisit un fruit d'une liqueur rougeâtre , aromatique et odoriférante. Christ est la (leur de la croix ; la circoncision lui donna la naissance parce qu'il

fut la fleur de cette fleur , et le premier bouton de la rose de vie ou bourgeon animé. Le couteau fut la première épine qui perça sa vie ; et sa blessure la première vapeur du plus exquis parfum l. »

On retrouvera le pendant de ce galimatias dans l’extrait suivant d’un sermon sur la Sainte Vierge ; commençons par l’exorde :

« Le meilleur Ave, la fidèle Marie , vint à l’opposite d'Eva ( d’Eve). Si Eve fit l’ourlet de la ruse , Marie broda le tissu de la vérité. Eve fit pécher Adam,

Marie demanda au Christ notre Rédemption

L’ange vient saluer la Vierge et lui donne, un avis obscur et mystérieux , qtiod enim ex le nascetur sanc-

lum O Marie , la plus pure Ave de grâce qui soit

dans le livre purpurin de la génération du Christ , livre pour lequel le sang servit d’encre , Marie de papier , le Saint-Esprit de plume , et dans lequel furent réunis et reliés les cahiers épars du volume de la vie : cet Ave miraculeux ne peut être autre chose que Y Ave Maria. Saluons-la donc et donnons-lui les éloges qu’elle mérite. Ave Maria. »

Après cet exorde vient le sermon dont il suffira de citer un passage pour prouver qu’il est vraiment digne de cet exorde. L’orateur dit : « Lorsque la très-sainte Marie portoit dans le sein son divin fils Jésus, l'archange Gabriel qui lui servoit d’escorte et de garde du corps , l’accompagnoit partout sous la

• Voyez la même histoire de Fr. Genindc, pp. 47, 48.

forme humaine ; il lui montroit une superbe croix qu’il portoit au cou et sur laquelle l’enfant Jésus jetoit de temps en temps ses yeux de colombe.... 1 » Voici des détails miraculeux relatifs aux trois rois mages , que nous ignorions complètement , et qu’il est bon de connaître, surtout sortant de la chaire de vérité , selon l’habile prédicateur :

« Le Ciel , par un prodige singulier , dit-il , fit connoître aux Mages la naissance du Christ. Dans la même nuit , 1° il naquit un enfant au roi Balthazar, et cet enfant, d’après Bosquier, fut saint Barthélémy, lequel enfant se levant aussitôt debout , dit ces paroles : ln hàc nocte , in Judœà , nalus est nolns Salvator mundi. 2° En entrant dans un des jardins de son palais, le roi Melchior entendit une yoix; c’étoit celle d’une belle colombe qui disoit : In liâc nocte natus est Salvator generis Immani. 3° Dans le même moment et la même nuit, il naquit d’un petit oiseau qui avoit déposé ses œufs dans le jardin du roi Gaspard, un lion et une brebis, le Ciel voulant faire connoître par cette merveille que le Verbedivin s’étoit fait homme et avoit pris naissance ; c’est saint Germain qui le rapporte....1 »

Passe encore si, à de telles fables bizarres, le prédicateur , emporté par un zèle aveugle et outré, ne mêlait pas quelquefois des propositions scandaleuses; «;} «•} r >:S l.e

1 Voy. la même histoire , pp. -49 , 50.

1 Idem, p. 50.

par exemple , il dit que : « Jésus-Christ , quoique né pour tous , naquit spécialement pour saint Joachim, et presque pour lui seul ; — que le Christ est le souverain poisson , parce que les épines, espèces d'arêtes , firent partie des instruments de sa Passion; — que les arnes se transforment en lois {de Dieu ) par la force de l'amour divin; — que Jésus est le Dieu pénale dans chaque famille chrétienne ; — que la sagesse de Marie est supérieure à celle du Christ ; — que le peuple angélique ( le ciel) éprouva un tremblement de terre peu après sa fondation ; — que saint Jean fut le remède contre le mal de cœur qui affligeoit Jésus-Christ ; — que Dieu est sujet à ce mal ; etc. , etc., etc. 1 » Comment de pareilles absurdités ont-elles pu entrer dans la tête d’un homme et surtout d’un homme chargé de prêcher l’Evangile ?

Dans un sermon imprimé à Madrid en 1740, le prédicateur fait un escamoteur de saint Jean de la Croix dont il célèbre la fête ; et pour mieux développer son idée , il s’explique ainsi :

« Lorsque des sauteurs de corde et des joueurs de gobelets arrivent dans un village , deux sortes de gens concourent indépendamment d’eux à se donner en spectacle : les curieux, et les mimes ainsi nommés dans l’antiquité , et que nous appelons arlequins. Le curieux ne perd point de vue le joueur de gobelets ,

1 Idem , p. 51.

sans cependant parvenir à connoître en quoi consiste son habileté. L’ arlequin prétend l imiter, mais seulement pour faire rire. Le sujet de mon sermon sera la lumière de la raison de mon très-grand saint Père , obscurcie par le diable Submodio ; de manière que quand celui-ci est attentif au jeu comme curieux et qu’il emploie toute sa perspicacité , il ne peut saisir les plus beaux tours d'adresse , et que lorsqu’il est arlequin et qu’il cherche à imiter la légèreté du sauteur de corde , il ne fait que servir de risée , ce qui est l'effet de l’audace du démon. Mes deux points seront donc le diable curieux et le diable arlequin. Ave Maria. »

Ensuite il établit dans son discours que la sagesse divine qui a déjà passé une éternité à jouer , selon ce mot de la Bible, Delectabar per singulos dies, ludens omni lempore ( l’rov. vnt , v. 30), a donné des leçons de jeu et d'escamotage à S. Jean de la Croix , en lui expliquant tous les instruments dont se sert l'opérateur dans ses jeux de mains , tels que la baguette, les cartes, les gobelets , les soucoupes , les livres , les couteaux, les boules, i’alène, les étoupes, les rubans, etc. , qui , tous , après le jeu , disparoissent dans la poche de l’escamoteur , comme tout ce qui nous a occupé pendant la vie disparoit dans la poche de la mort. Ainsi « la baguette marque la manière dont la sagesse de Dieu gouverne l’empire ; sur le livre sont écrites les destinées de la vie ; les cartes représentent les dignités et les emplois que Ton ambitionne et qui varient continuellement ; les étoupes désignent la va-

nité de ceux qui recherchent les honneurs , et le feu ce qui fomente l’irascibilité et la concupiscence ; les rubans, ce qui nonsenchaîne et fascine nos yeux ; les soucoupes, l’emblème du plus grand des mystères ( l’Eucharistie); les boules, les biens de la fortune qui roulent comme elle ; les gobelets qui couvrent ces biens et la manière dont ils sont répartis ; le couteau , sa vraie signification; et Y alêne, la pointe aiguë dont la charité quelquefois nous blesse. Dieu joue ainsi , et a enseigné à jouer de la même manière au grand S. Jean de la Croix. » Comment a-t-on pu autoriser l’impression de pareilles bouffonneries !

Veut-on un exemple du style ampli igourique de certain prédicateur espagnol ; il faut recourir à une phrase qui termine l’exorde d’un sermon sur la présence réelle dans le Sacrement de l’Eucharistie : « Vous la démontrer, mes frères, ce sera la grande et pénible entreprise de la frêle barque de mon entendement , prête à déployer ses voiles dans le golfe du discours ; et pour qu’elle reçoive en poupe une brise bénétique , il est nécessaire d’implorer le souffle de la divine impératrice des anges , par l’acro6tique épinikion du célestial paranymphe, qui est Y Ave Maria 1 . » — Voici un autre passage qui ne le cède en rien au précédent : l’orateur parlant du baptême

1 Cela rappelle l’exorde d'un Capucin qui débuta ainsi : « J’embarque ce discours sur le galion de mes lèvres , pour passer la mer orageuse de vos- attentions et arriver enfin au port fortuné de vos oreille», »

du Messie , s’exprime ainsi : « Le Sauveur reçut le frigide mundificant , baplizalus est Jésus ; le taffetas azuré du céleste rideau fut immédiatement déchiré, et apcrli sunt cœli ; et le Saint-Esprit descendit en voltigeant en forme de colombe ; Spiritum Dei descei tdenlem sicul cotumbam 1 . »

Le Père Isla a voulu sc moquer de ce genre , en étalant tout ce qu’il y a de plus ridicule dans le premier sermon qu’il prête à son fameux prédicateur, frère Gérunde de Campazas ; le sujet est la fête de Sainte-Anne; voici comment il fait débuter son burlesque orateur, qui entonne d’abord d’une voix creuse et gutturale le Soit béni et glorifié le Saint- Sacrement, qui ensuite fait gravement le signe de la croix, et qui, après avoir toussé deux fois, commence ainsi son exorde 1 .

« On n’estime pas moins la couleur verte , bien qu’elle ne soit pas jaune, que l’écarlate qui n’est pas bleue. Dominus , O altitudo divitianim sapientiœ et scienliœDei ! Les couleurs ne manquèrent pas à sainte Anne pour être l’oracle de la vue , et les paroles pour être la foi de l’ouïe , comme l’a dit le Christ , /Ides ex auditu, auditas autan per verbum Christi. Cette grande sainte naquit , ainsi que la foi l’assure pour l’avoir ouï dire, de couleur rouge, parce que les

• Ailleurs il est dit que cette divine Colombe bat toujours des ailes sur la tête des prédicateurs.

* Cet exorde n’est compose que de phrases ridicules, empruntées aux prédicateurs du temps.

ondes azurées de ses funestes sensations la firent palpiter avec force dans le sein maternel ; ex utero ante luciferum genui te. À cet ange transparent , à cette diaphane intelligence, à cet objet spéculatif de la plus âcre dévotion , oe peuple extatique et fervent consacre son culte hyperbolique, et admire son visage agréable et serein ; vultum iuum deprecabuntur omnes divites plebis. » Je quitte un moment l’exorde et je passe au sujet tant important que l’auditeur curieux commence à comprendre. Qui polest capere copiât.

« Anne , comme chacun le sait , fut la mère de Notre-Dame , et des auteurs dignes de foi affirment qu’elle la porta vingt mois dans son sein, hic mensis sextus est illi; et d’autres ajoutent qu’elle pleura, plorans ploravit in noefem : d'où j’infère que Marie fut une Zahori 1 . » Que l’auditeur attende l’argument. « Sainte Anne fut la mère de Marie ; Marie fut la mère du Christ ; donc sainte Anne est l’ayçule de la Très- Sainte-Trinité, et Trinitatcm in unitate veneremur.... »

Nous ne prolongerons pas cette citation d’un sermon plusque ridicule, où l’auteur, accumulant toutes les absurdes conceptions des prédicateurs du temps, en a fait la plus sanglante satire. 11 est certain que son livre prouve quel était 1 état déplorable de la

, ’ Le mot Zahori signifie en Espagne , chez la gente popu-

laire , une personne née avec la faculté de voir clairement et nettement toute chose cachée , et même enfouie , pourvu qu elle ne soit pas couverte d'un drap bleu.

chaire en Espagne aux xvn' et xvm* siècles; et, comme il le dit lui-même : « Au lieu de prédicateurs , l’Espagne avait des criailleurs, des charlatans, des saltimbanques, des perroquets et des insensés. » Cependant il y avait quelques orateurs dont les sermons furent généralement estimés, tels que saint Thomas de Villeneuve, Louis de Grenade et le P. Vieyra ; arrêtons-nous à celui-ci.

Le P. Antoine Vieyra, de l’ordre des Jésuites , a joui de la plus haute réputation , comme prédicateur et comme zélé missionnaire. Né à Lisbonne en 1608 , il est mort au collège de Bahia dans le Brésil , en 1697 ; il a rempli cette longue carrière, féconde en événements curieux , de la manière la plus honorable, soit dans ses missions, soit à la Cour de Lisbonne, soit à la Cour de Rome, soit même sous les verroux de l’Inquisition. On l’appelait le Cicéron lusitanien; et le général des Jésuites, dans sa correspondance , le nomme le véritable interprète de t’ Ecriture Sainte , l’organe particulier oti canal du Saint- Esprit, le modèle des orateurs et le père de l’éloquence. Cependant, il faut en convenir, le P. Vieyra a parfois été entraîné par le mauvais goût de son temps. On trouve dans ses sermons quelques traits assez singuliers, et qui, à coup sûr, ne lui ont pas valu les titres pompeux dont nous venons de parler. Par exemple, dans son sermon sur la puissance de la Sainte Vierge, il raconte l’historiette suivante qu’il a sans doute tirée de quelque légende ridicule du xiu" siècle ; la vçici telle que la donne dans une note ,

le traducteur de Y Histoire du frère Gèrunde , iom. 1 , p. 460.

« Un moine revenoit d’une maison dans laquelle il s’inlroduisoit toutes les nuits. Il avoità son retour une rivière à traverser ; Satan fit chavirer le bateau et le moine fut noyé au moment où il commençoit l’invitatoire des Matines de la Vierge. Deux diables se saisissent de son ame, et sont arrêtés par deux anges qui la réclament en qualité de chrétienne. « Seigneurs anges, disent les diables, il est vrai que Dieu est mort pour scs amis, et ce n’est pas une fable ; mais celui-ci étoit du nombre des ennemis de Dieu ; et puisque nous l’avons trouvé dans l’ordure du péché , nous allons le jeter dans le bourbier de l’enfer ; nous serons bien récompensés de nos prévôts. » Après bien des contestations, les anges proposent de porter le différend au tribunal de la Vierge. Les diables répondent qu’ils prendront volontiers Dieu pour juge, parce qu’il jugeoit selon les lois ; « mais pour la Vierge , disent-ils , nous ne pouvons en espérer de justice ; elle briseroit toutes les portes de l’enfer plutôt que d’y laisser un seul jour celui qui, de son vivant, a fait quelque révérence à son image. Dieu ne la contredit en rien ; elle peut dire que la pie est noire , et que l’eau trouble est claire ; il lui accorde tout. Nous ne savons plus où nous en sommes ; d’un embcsas elle fait un terne , d’un double-deux un quinc; elle a le dez et la chance. Le jour que Dieu fit sa mère , fut bien fatal pour nous. »

Nous reprocherons encore au P. Vieyra, faisant dans l’un de ses sermons un éloge pompeux de la figure circulaire , d'avoir dit : « Si le Tout-Puissant étoit dans le cas d’apparoît re sous une forme géométrique, ce seroit sûrement sous la circulaire, préférablement à la triangulaire , à la carrée, à la duodécagonale , ou à toute autre connue des géomètres, etc. »

Une autre fois, prêchant sur le jugement dernier, il dit que les morts ressusciteraient chacun avec le caractère qu'il avait de son vivant : les gens gais ressusciteront gais et alertes ; les gens tristes seront mélancoliques ; puis il ajoute : « Si ce jour n’étoit pas si fâcheux , ce seroit un beau spectacle que de voir là réunis les fameux personnages de tous les âges; mais comment une si grande multitude pourra-t-elle tenir dans une vallée, dans la vallée de josaphat ! Ah , ah, la difficulté est grande, elle est bonne , plùt-à-Dieu que la réponse le fût aussi. » — De pareilles fadaises paraissent peu dignes d’avoir occupé un prédicateur aussi célèbre que le Père Vievra 1 .

Les Espagnols ne tarissent pas sur l’éloge de leur pays , qui en général est beau ; leur amour propre à

1 Ses OEuvres ont été recueillies et imprimées à Lisbonne , de 1679 à 1718, 15 col. in-\°. Ix;s treize premiers ne contiennent que ses sermons ; on trouve, à la fin du quatorzième, quelques opuscules , entre autres sa Dissertation sur les larmes (F Heraclite , lue dans une assemblée de savants, au palais delà reine Christine.

cet égard est tel qu’un de leurs prédicateur* crut singulièrement flatter ses auditeurs , en employant dans un sermon sur la tentation de Jésus-Clirist , l’hyperbole suivante qui paraîtra sans doute peu convenable dans son résultat. « Le diable, dit-il, porta le Sauveur du monde sur le pinacle pour tâcher de le tenter ; mais ayant trouvé à qui parler dans la .forme syllogistique , il changea de batterie. Il offrit au Fils de Dieu , l’empire des divers royaumes, et avec une lunette d’approche, il lui fit voir l’Italie, l’Allemagne, la France; mais par malheur pour lui , les Pyrénées lni cachèrent l’Espagne , ce qui le mit au désespoir ; car s’il eût pu découvrir au Sauveur toutes les beautés qu’elle renferme, je ne sais trop ce qu’il en seroit arrivé. » (Voy. Etat présent de l'Espagne, par l’abbé de Vayrac; Paris, 1718, 4- vol. in- 12. ) *

Un religieux espagnol , Pierre de Valderame , prieur du couvent de S. Augustin à Séville, prononça , en 1610, le panégyrique de saint Ignace, le jour de la fête de sa béatification. Ce discours , chefd’œuvre de ridicule et de bizarrerie , a été traduit en français, par le P. François Solier, et cette traduction a été condamnée le 1er octobre 1611 , par la Faculté de théologie de Paris , quoiqu’elle eût été approuvée par Mathieu Le Heurt, docteur de Sorbonne 1 . Prouvons par différentes citations com-

‘ Cette traduction venait d’être imprimée ù Poitiers , avec

bien est fondé le jugement que l’on a porté de cette pièce singulière.

« Le nom de sainct Ignace , escrit sur du papier , dit l'orateur, fait plus de miracles que Movse avec sa baguette sur laquelle estoit escrit le nom de Dieu, et autant que les apostres au nom de Jésus-Christ , par la vertu qu'il leur avoit donnée; son nom a tant d'auctoritéque toutes les créatures luy obéissent sur le champ.... Quand S. Ignace vivoit, sa vie et ses mœurs cstoient si graves, si sainctes et si relevées, mesme en l’opinion du Ciel , qu’il n’y avoit que les Papes comme saint Pierre , les impératrices comme la Mère de Dieu, quelques souverains monarques, comme Dieu le Père et le Fils, qui eussent le bonheur de le contempler

On connaît beaucoup d’éloges emphatiques du fondateur de la Compagnie, de Jésus ; mais on ne conçoit pas des exagérations d’une telle absurdité.

Voici d'autres extraits du même panégyrique que je dois à l’obligeancede M. G D , philolo-

gue et bibliographe distingué, qui a eu la bonté de les copier littéralement sur le volume de Poitiers,

celle de deux autres sermons sur le même sujet, sous ce titre : J rois iris-excellenles prédira ions prononcées au jour cl feste de la kealijîca ion du g/orieur Patriarche , le bienheureux Ignace , fondateur de la Compagnie de Jésus , par le R. P. Pierre de ralderame , et par deux autres RR. PP. Dominicains ; le tout nouvellement traduict par te P. Solier de ta Comp. de Jésus. A Poictiers , par Ant. Mesnier, 1(51 1 , in-8' de vm-223 pag.

cité dans la note précédente. Ces extraits offrent un autre genre de ridicule.

« Ceste saincte religion 1 disoit parfois à Dieu : Ente à framea, Deus , animam meam, et de manucanit animant meam.... Délivrez, ô grand Dieu , délivrez ma vie des pattes du chien et du tranchant de l’espée, qui est une façon de parler assez extraordinaire , car si le prophète eust dit : délivrez-moy des pattes du lyon , les griffes duquel sont autant dangereuses que ses dents, il eût beaucoup accourci et esclarci sa prière. S’il eust dit : délivrez-moy des pattes du tigre, il eût encore plus doctement et plus avantageusement parlé. Car le tigre ne donne jamais coup de patte qu’il n’emporte la pièce de la chair qu’il touche. Mais disant , délivrez-moy de la patte du chien, il a usé d’une nouvelle sorte de parler, laquelle néantmoins estant bien pesée vient fort à propos et si est très subtile. Quand le chien veult mordre le passant , il ne se sert point des pattes ; mais lorsque le dogue oumastin se rue sur celuy qu'il veut offenser et luy porte les pattes contre la poictrine , c’est signe qu’il le veut outrager en la face où les playes sont plus laides et difformes » p. 2 et i.

« A ceste occasion , le patriarche Abraham travailla tant pour empeschcr que son fds et légitime héritier ne print femme de la race de Canaam , quoyqu’il habitast en leur terre Ce ne fut pas tant

» Le mot Religion signifiait alors ordre religieux , et c est de l'ordre des Jésuites qu’entend ici parler le P. Valderame.

à raison de l'idolâtrie que les Cananéans suivoient , comine parce qu’ils estoient yssus de Caïn , homme vilain et roturier, qui perdit sa noblesse pour avoir encouru la malédiction de son père — Il estoit voiremcnt noble de race, mais son impudence le rendit vil et obscur. De luy sont descendus les Mores ou Nègres, que Dieu semble avoir teints de ceste funeste couleur pour montrer qu’ils sont yssus de parents viciei\x.... » p, 3 et 4-

« C’est moy seul en ceste assemblée qui ay trèsjuste 8ubject de craindre, me trouvant au bord d’un tel océan de sçavoir et en présence de si grands esprits , lesquels me semblent prests à remarquer les traicts de ma témérité et arrogance, à guise d’une grande armée qui tient l’arc bandé et la flesche presie à décocher, et donner dans le blanc de mon ignorance , pour avoir entrepris de monter en ce lieu et discourir d’un si haut subject en leur présence... » p. 9.

« On racompte une chose merveilleuse des avettes ou mouches à miel : c’est que qui en part ou divise une, trouve au milieu de son intérieur une petite teste de bœuf. Ainsi l’a escrit Ulysse Àldobrando ( Aldrovande), et le confirme par divers passages de plusieurs graves auteurs. La raison est parce que les abeilles s’engendrent de la teste d’un bœuf ; et l’autheur de la nature nous a voulu donner à entendre, par ceste merveille, que nous devons porter gravé et empreint au milieu de nostrecœur celuy qui nous a donné l’estre et la vie

» Par aventure est-ce aussi la cause pour laquelle Nostre Sauveur appeloit les Juifs ses ennemis <lu nom

des abeilles Car ils sembloient porter encore au

cœur le faux Dieu qu'ils a voient adoré (le veau d’or), parce qu’ils ne pouvoient engloutir le vray Dieu qu’ils presemtoient ( pressentoient ). » p. 1 6 et 17.

« D’icy je descouvre à mon advis clairement (ce) que vouloit signifier l’apparition du glorieux a postre S. Pierre, faite à nostre bien-heureux Ignace, pour le guérir d'une fort longue maladie. Car ce divin apostre est particulier médecin des maminelles, comme nousapprenons del’histoire de sainleAgatlie, à laquelle il rendit les tettes que le tyran luy avoit fait arracher, ainsi qu’elle recognoissoit disant : Dieu m’a envoyé son apostre pour me guérir, et mamillam meam meo pectori resliluere , et remettre en mon sein la mammelle que le tyran m'avoit cruellement ostée. Le bien-heureux Ignace donc et sa religion sacrée estants les mammelles spirituelles, du laict et doctrine desquelles les enfants reçoivent la première et les vieillards leur dernière nourriture, il fut raisonnable que le sainctqui est singulier médecin des mammelles corporelles vînt aussi guérir les spirituelles de l’Eglise p. 4L

« Mais je veux demander à Dieu Nostre-Seigneur, la raison pourquoy ce bien-heureux personnage secourt si promptement et tant asseurement les femmes qui sont en travail d’enfant. Il me semble. Messieurs, que Sa Maiesté divine me res|>ond, que ce bien-heureux patriarche , comme bon pasteur , a

prins la charge d’enseigner le peuple clirestien, qui est le troupeau de Dieu. Partant qu'il doilit assister aux mères qui sont enceintes, de peur que les créatures , qui sont comme les agneaux qu’il doibt après

eslever, ne se perdent Car le vigilant pasteur

accompagne toujours les brebis qui sont pleines, pour les ayder à se délivrer et garantir les agneaux de tout danger « » />. 5i et t>2.

« Je sçay bien que le parfaict amour ne peut estre estcint par l’eau.... Je sçay bien que Jonas, ayant cent mille tonneaux d’eau sur la teste, ne perdit pourtant le feu de l’amour de Dieu qui brusloit en sa poictrine, veu que du ventre de la baleine raesme il luy addressoit ses prières et requéroit inisérircorde. » p. 74.

« IS’estimez pas , Messieurs , que ce soit , sans y avoir pensé, que j’ai appelé travail l’instruction de la jeunesse. Car Artemidore a piéça escrit , et non sans cause, que qui songe estre en travail d'enfant, ou en avoir charge , se peut asseurer que quelque peine et travail l’accueillera bientost, parce qu’il n’y a rien plus laborieux ni difficile au monde que bien eslever des enfants... ». p. 82-83.

« Son humilité s’estendit bien jusques à ce poinct là : et la mesme vertu fut aussi cause qu’il ne voulut donner son nom à la religion qu’il avoit instituée, ni permettre qu’on l'appelast la Compagnie d’Ignace ou des lgnaciens , comme on pratique journellement ez autres rebgions, qui portent les noms de leurs fondateurs , comme les Au-

gustins , Bénédictin» , Bernardins, Célestins : ains leur donna le nom de Jésus , de peur que celuy d’Ignace ne lui acquist trop de bruit et de renom parmy le monde — » p. 85.

Le P. Labat raconte , dans ses Voyages en Espagne et en Italie, Amst., 1731 , 8 vol. in- 12 , tom. iv, p. 26, qu’il assista, étant à Tivoli, le 15 septembre 1709, à un sermon extraordinaire qui se fit en plein air sous des oliviers. Ce jour est dédié à la fête du Nom de Marie. Le prédicateur étoit l’un des plus célèbres du pays. laissons maintenant parler l’auteur ; quoiqu’un peu verbeux, il peint assez bien :

« Ceux qui faisoient les honneurs de la fête, ditil, me placèrent civilement vis-à-vis le prédicateur. Il parut, après s’être fait attendre raisonnablement, monta en chaire , s'assit sans cérémonie , examina son auditoire d’une manière grave et même un peu méprisante; et après quelques moments de silence, se leva , ôta son bonnet, fit un signe de croix sur son front, un autre sur sa bouche, un troisième sur son coeur qu’il plaça au côté gauche selon 1 ancien système, et enfin un quatrième qui couvrait ceuxlà, puisqu’il l’étendit depuis la tête jusqu’au bas de l’estomac. Il s’assit après cela, enfonça son bonnet, et commença son discours par ces paroles : Vidi librum grandem scriptum inlus et foris, qu’il expliqua ainsi : Ecco il verissimo ritrato di Maria sempre virgine; c’est-à-dire, voici le véritable portrait de Marie tou-

jours vierge. Cette application fut suivie d’une longue digression sur tous les livres dont on ait eu connoissance jusqu’à présent, tant manuscrits qu'imprimés. Ceux qui composent l’Ecriture Sainte passèrent les premiers en revue ; il en nomma les auteurs, il fixa l'époque et les raisons de leur composition. Il passa de là à ceux des anciens philosophes, des Egyptiens, des Grecs; ceux des Sibylles parurent sur la scène, et l’éloge de la Sibylle tiburtine y fut mêlé fort ingénieusement. L’Iliade d’Homère ne fut pas oubliée, non plus que l’Enéide ; pas un ne lui échappa; apres quoi il conclut que rienn’étoit comparable à ce grand livre écrit dehors et dedans; livre, nous dit-il, sorti de l’imprimerie du Saint- Esprit, enregistré en la datterie du Père éternel, dédié à la Sagesse incréée, approuvé par les docteurs des neuf hiérarchies, publié par les douze apôtres dans les quatre parties du monde ; livre enfin qui lient la première place dans la bibliothèque céleste, dans lequel les anges et les saints étudient continuellement , qui est la terreur des démons, la joie du ciel, les délices des personnes divines, la récompense de l’Eglise triomphante, l'espérance de la souffrante, le soutien, la force, le bouclier de la militante. 11 ne sortit point de ce grand livre, il le feuilleta pendant trois grands quarts d'heure, et s'apercevant qu’il étoit temps d’aller se reposer, il nous quitta brusquement sans nous dire adieu, c'està-dire sans nous bénir et sans avoir parlé de la Sainte

son

Vierge autrement que dans l’explication de texte.

« Jamais je n’ai entendu de sermon qui m'ait plu autant que celui-là , jamais je ne me suis moins ennuyé; aussi je ne crois pas que, dans ce genre de prêcher, il y ait jamais rien qui en approche. La Passion du P. Imbert, supérieur de notre mission de la Guadeloupe, son sermon de S. Jean de Dieu, celui du P. Ange de Rouen, capucin , sur l’indulgence de la portioncule, m’a voient paru jusqu’alors des chef8-d œuvre inimitables ; mais je dois dire à la louange de celui que je viens de rapporter, et pour lui rendre justice, qu’il surpassoit autant ces trois pièces, que le ciel empirée surpasse celui de la lune en grandeur et en élévation. »

Le Père Chatenicr, dominicain, prêchant à Paris vers 1715, rappela, dans la chaire, le ton et les parades des siècles précédents, si l’on en croit Sablier, qui dit l’avoir entendu, et qui rapporte, dans ses Variétés «trieuses et amusantes, tom. III, p. 487-490, quelques traits de ses sermons. « Un jour, dit-il, que le P. Chatenier étoit en colère contre les jeunes gens qui venoient à ses sermons pour rire, il nous reprocha vivement notre indécence, et finit par nous dire : « Après votre mort, où croyez-vous que vous irez, jeunes gens? Au bal, à l’opéra, dans ces assemblées où il y a de belles femmes? Non, non; au feu, au feu , au feu ! » Et il prononça ces derniers mots

d’une voix si forte et si effrayante, qu’il épouvanta l’auditoire, et que tout le monde songeoit à fuir, croyant que le feu étoit à l'église. »

« Dans un autre sermon, parlant des devoirs réciproques des maîtres et des domestiques, il supposoit un dialogue entre le confesseur et son pénitent; le confesseur recommandoit au pénitent d'être bon, humain envers ses serviteurs et servantes , de ne point les maltraiter, de les aimer. — Mais , mon Père, répliquoit le pénitent, comment voulez-vous que j’aime cette servante? Kl le est laide, elle est puante, elle me fait de mauvaise soupe. »

« Une autre fois , prêchant à Saint-Germainl’Auxerrois , il étoit probablement méconlent des marguillier8, car il les envoya en enfer la fourche au cul. »

« Il excelloit à travestir les histoires de l’Ancien et du Nouveau Testament. Pour prouver les suites funestes de la paresse , il raconta ainsi l'histoire de David et de Betzabée : « David étoit un paresseux qui ne se levoit qu'à midi. Dieu le punit. Il alla sur sa terrasse à peine éveillé; de là, il vit une grosse vilaine qui n'étoit pas couverte, et fit le péché. »

« Voici comment Chatenier racontoit la conversion delà Madeleine : « C’étoit, disoit-il, une grande dame de qualité, très-libertine; elle alloit un jour à sa maison de campagne, accompagnée du marquis de Béthanie et du comte d'Emma üs. En chemin faisant., ils aperçurent un nombre prodigieux d’hommes et de femmes assemblés dans une prairie. La

grâce commençoit à opérer ; Madeleine fit arrêter son carrosse, et envoya un page pour savoir ce qui se passoit dans cet endroit. Le page revint, et lui apprit que c’étoit l’abbé Jésus qui prêchoit; elle descendit de carrosse avec ses deux chevaliers, s’avança vers le lieu de l’auditoire , écouta l'abbé Jésus avec attention, et fut si pénétrée de sa doctrine, que de ce moment elle renonça aux vanités mondaines. » Cette histoire du bon Père Chatenier le fit dès-lors appeler l’abbé Jésus. »

« Il se permettoit quelquefois d’ajouter aux détails historiques qui sont dans les Evangiles, et il ne le faisoit pas toujours heureusement, comme on va le voir. Parlant un jour de la Passion, il dit en propres termes : « Quand on fut près de j»endre Notre Seigneur, les disciples envoyèrent en poste S. Jean pour en donner connoissance à la Vierge sa mère, qui étoit en Galilée, et pour la prier de venir voir son fils avant sa mort. S. Jean arriva qu’il étoit déjà nuit. La Vierge lui répondit : « Qu’on le pende si on veut; il est trop tard, je ne sortirai point. » Cela doit vous apprendre , filles et femmes, à ne point sortir à heure indue. Cela n’est point dans l’Évangile; mais je puis bien me l’imaginer. » (Extrait des Variétés , p. 489-490.)

Ne serait-ce pas ce même prédicateur qui, pour donner une leçon aux dames de la Cour, feignit d’être à la porte du paradis, où il vit plusieurs per-

sonne* qui *e présentèrent pour entrer. « Une duchesse frappe à la porte. S. Pierre demanda : qui estlà? La duchesse répondit : C’est Madame la duchesse une telle. — Quoi! dit S. Pierre, Madame la duchesse qui va au bal, Madame la duchesse qui va à l’opéra , Madame la duchesse qui a des galants, Madame la duchesse qui met du fard ! Au Diable, au Diable Madame la duchesse ; et il lui ferma la jtorte au nez. »

Un évêque de Noyon n'estimait que les gens de qualité; revenant d'entendre prêcher l'abbé Testu, il dit : « En vérité , je viens d’entendre un gentilhomme qui prêche bien. » Le même évêque s’étant engagé à faire le panégyrique de Saint Jcan-de-Dieu, envoya dégager sa parole , parce qu’il trouva dans la vie de ce saint qu’il avait été domestique.

Ménage disait que’, de son temps, il y avait trois singuliers prédicateurs à Angers : le P. Gostar , qui n’avait qu’un sermon; Bautru, prieur de Matras, qui n’en avait que la moitié d’un, car un jour il resta à mi-chemin; et le prieur de Pommier, qui n’en avait point du tout, car, monté en chaire , il resta la bouche ouverte , et en descendit sans prononcer un mot.

Le même Ménage raconte qu’un cordelier, prê-

chant la Passion dans un couvent , se mit à genoux selon la coutume, après la première pause, pendant que les religieux chantèrent : 0 Crux ave. Comme il se relevait, des veaux, qui passaient dans la rue, se mirent à beugler d'un ton si semblable au chant qui venait de finir, que le prédicateur, croyant que c’étaient les religieux qui commençaient la strophe suivante : Te summa , se rejeta aussitôt à genoux , ce qui fit sourire plus d'un auditeur.

Un prédicateur diffus prêchait tous les dimanches, et se cachait le reste de la semaine pour éviter ses créanciers : « Cet homme , dit un plaisant , est invisible six jours de la semaine , et incompréhensible le septième. »

extraits des sermons du p. brydaine.

Jacques Brydaine,' célèbre missionnaire, né à Cliusclan, diocèse d'Uzès, le 21 mars 1701, est mort à Roquemaure le 22 décembre 1767. Il a fait une grande impression dans son temps , moins par le nombre de ses missions , que l’on porte à deux cent cinquante-six , que par les succès éclatants qu’il a obtenus. Son éloquence rustique avait dans sa bouche une énergie que n’a point le style fleuri des prédicateurs de la ville. Sa voix forte et tonnante pouvait se faire entendre de dix mille personnes en pleine campagne. Des sons inarticulés , une chaleur

de débit égale à l’ardeur de son zèle, une familiarité brusque et quelquefois singulière, rendaient plus terribles les mots sublimes qu'il employait assez souvent et toujours heureusement. On remarquait dans tout ce qu’il disait une éloquence naturelle qui jaillissait des sources du génie; des élans dont la vigueur agreste découvrait plus de talent et plus d’idées que l’indigence superbe de l’imitation ; des tours naturellement oratoires; des métaphores trèshardies ; des pensées brusques, neuves et frappantes; une élocution très-simple, mais assez noble dans sa popularité; un art parfait d’exciter et de soutenir l’attention du peuple, qui ne se lassait jamais de l’entendre; des apologues ingénieux, attachants et quelquefois sublimes; le secret merveilleux d'égayer pieusement ses auditeurs et de Ifes faire pleurer à volonté; l’accent de l’indulgence mêlé aux cris déchirants d’une indignation douloureuse ; tous les caractères d'une riche imagination ; des beautés originales et inconnues, que les règles des rhéteurs n’ont jamais devinées ; quelques traits ravissants , parfois même des morceaux entiers traités avec un soin que tempérait son imagination, et dans lesquels la régularité de sa composition attiédissait sensiblement sa chaleur ordinaire. On s’est longtemps souvenu de lui avoir entendu prononcer le début du premier sermon qu’il prêcha dans l'église de Saint- Sulpice à Paris, en 1751. La plus haute compagnie de la capitale voulut l'entendre par curiosité. En arrivant à la chaire, Brydaiue aperçut dans l’as-

semblée plusieurs évêques, un grand nombre de personnes décorées , une foule innombrable d'ecclésiastiques ; et ce spectacle , loin de l’intintider, lui inspira ce superbe exorde , si connu , mais que nous ne pouvons nous dispenser de rapporter comme type de ce que l’éloquence offre de plus beau 1 .

« A la vue d'un auditoire si nouveau pour moi , il semble , mes frères , que je ne devrais ouvrir la bouche que pour vous demander grâce en faveur . d'un pauvre Missionnaire, dépourvu de tous les talenls que vous exigez, quand on vient vous parler de votre salut. J'éprouve cependant aujourd'hui un sentiment bien différent ; et si je me sens humilié , gardez-vous de croire que je m’abaisse aux misérables inquiétudes de la vanité : comme si j'étais accoutumé à me prêcher moi-mêir.e ! A Dieu ne plaise qu’un ministre du^tiel pense jamais avoir besoin d'excuse auprès de vous ! Car, qui que vous soyez, vous n’ètes tous comme moi , au jugement de Dieu ,

1 C’est M. l’abbé Maury qui , le premier , a retenu et fait connaître cet exorde improvisé. Un savant moderne a fait à ce sujet l’observation suivante : « Si l’illustre écrivain qui a recueilli ce beau fragment n’a pas eu besoin d’appeler son talent au secours de sa mémoire, il faut convenir que jamais l’éloquence spontanée des Missionnaires ne se signala avec plus de force et d’éclat, et que les discours les plus estimés des orateurs sacrés les plus célèbres n’offrent rien qui surpasse ce morceau sublime. Le reste du sermon avait été composé d’avance. » ( Art. Bridune, par M. Yinceiit-Saint-Laurcnt , dans la Biographie universelle. )

que des pécheurs. C’est donc uniquement devant votre Dieu et le mien que je me sens pressé dans ce moment de frapper ma poitrine. Jusqu’à présent j’ai publié les justices du Très-Haut, dans des temples couverts de chaume. J'ai prêché les rigueurs de la pénitence à des infortunés dont la plupart manquaient de pain ! J'ai annoncé aux bons habitants des campagnes les vérités les plus effrayantes de ma Religion! Qu’ai-je fait, malheureux! J’ai contristé les pauvres, les meilleurs amis de mon Dieu ! j’ai porté l’épouvante et la douleur dans ces âmes simples et fidèles que j’aurais dû plaindre et consoler ! C’est ici , où mes regards ne tombent que sur des grands, sur des riches , sur des oppresseurs de l'humanité souffrante, ou sur des pécheurs audacieux et endurcis ; ah ! c’est ici seulement , au milieu de tant de scandales, qu'il fallait faire retentir la parole sainte dans toute la force de son tonnerre , et placer avec moi dans cette chaire, d’un côté la mort qui vous menace, et de l'autre mon grand Dieu qui doit tous vous juger. Je tiens déjà dans ce moment votre sentence à la main. Tremblez donc devant moi , hommes superbes et dédaigneux qui m’écoutez ! L'abus ingrat de toutes les espèces de grâces, la nécessité du salut, la certitude de la mort, l'incertitude de cette heure si effroyable pour vous, l’impénitence finale, le jugement dernier, le petit nombre des élus, l'enfer, et par-dessus tout l’Eternité! l’Eternité ! voilà les sujets dont je viens vous entretenir, et que j aurais dû sans doute réserver pour

vous seuls. Eh ! qu 'ai-je besoin de vos suffrages qui me damneraient peut-être sans vous sauver? Dieu va vous émouvoir, tandis que son indigne ministre vous parlera ; car j’ai acquis une longue expérience de ses miséricordes. C’est lui-même, c’est lui seul qui, dans quelques instants, va remuer le fond de vos consciences. Frappés aussitôt d’effroi, pénétrés d'horreur pour vos iniquités passées, vous viendrez vous jeter entre les bras de ma charité, en versant des larmes de componction et de repentance ; et à force de remords vous me trouverez assez éloquent. »

Qui ne sent , en lisant et après avoir lu un pareil exorde , combien cette éloquence de l’ame est audessus des froides prétentions du bel esprit moderne? En s'excusant, pour ainsi dire, d’avoir été trop menaçant ou trop sévère au milieu des pauvres et bons habitants des campagnes, il se mettait par ce zèle courageux à sa véritable place; il prenait hautement sur son imposant auditoire tout l'ascendant qu’il avait à craindre lui-même; il exerçait dès son début toute l'autorité qui appartenait à son ministère ; et il préparait ainsi tous les cœurs aux terribles vérités qu'il se proposait d’annoncer. Ce ton mâle et fier avec mesure lui donnait le droit de tout dire. Plusieurs personnes dignes d'en juger ont encore présents à leur mémoire quelques traits de son sermon sur l'Eternité , où il avait pris pour texte ce verset des psaumes , annos œternos in mente hatmi , et qui était divisé en trois points : Il y a une Eternité ;

nous louchons à l'Elemilc ; nous sommes les maîtres de notre Eternité. Une tradition récente nous a conservé le souvenir de l’effroi prodigieux qu’il répandait dans l’assemblée , lorsque mêlant , selon son usage , des comparaisons populaires et frappantes à des conceptions sublimes , il s’écriait : « Eh ! sur quoi vous fondez-vous donc, mes frères, pour croire votre dernier jour si éloigné ? Est-ce sur votre jeunesse ? Oui , répondez-vous , je n’ai encore que vingt ans, que trente ans. Ah ! vous vous trom|>ez du tout au tout; Non, ce n’est pas vous qui avez vingt ou trente ans : c’est la mort qui a déjà vingt ans , trente ans d’avance sur vous , trente ans de grâce que Dieu a voulu vous accorder en vous laissant vivre, que vous lui devez et qui vous ont rapproché d’autant du terme où la mort doit vous achever. Prenez-y donc garde, l'Eternité marque déjà sur votre front l’instant fatal où elle va commencer pour vous. Eh ! savez-vous ce que c’est que l’Eternité? C'est une pendule dont le balancier dit et redit sans cesse ces deux mots seulement dans le silence des tombeaux : toujours, jamais ! jamais, toujours ! et toujours ! Pendant ces effroyables révolutions, un réprouvé s’écrie : quelle heure cst-il? Et la voix d’un autre misérable lui répond, l'Eternité. » L’organe tonnant de Brydairie ajoutait dans ces occasions une nouvelle énergie à son éloquence ; et l’auditoire accablé par l’impétuosité de son action et la puissance de ses figures, était alors consterné devant lui. Le silence profond qui régnait dans l’assemblée, surtout quand il prêchait ,

selon sa coutume , à l’entrée de la nuit, était interrompu de temps en temps par des soupirs longs et lugubres , qui partaient à la fois de toutes les extrémités du temple, dont les voûtes retentissaient enfin de cris inarticulés et de profonds gémissements. Ces accents d’une douleur sourde et étouffée se démêlaient dans le lointain , au milieu des agitations du remords, qui faisait éclater bientôt son action secrète et profonde sur les consciences , par les coups soudains et redoublés dont chacun frappait alors sa poitrine. Orateurs qui ne songez qu’à votre seule renommée, reconnaissez ici votre maître! tombez aux pieds de cet homme apostolique, et apprenez d’un Missionnaire ce que c'est que la véritable éloquence. Le peuple ! le peuple ! voilà le véritable , le premierjuge de votre talent, et, dans votre carrière, l’infaillible et suprême dispensateur de la gloire !

Nous citerons encore du P. Brydaine un apologue qui ne manquait jamais de produire un grand effet dans sa Conférence sur la Communion indigne. Voici comment l’abbé Maury en parle : « L’orateur, après avoir tonné, dit-il, de toute la puissance de son zèle, de son talent et de son organe contre les sacrilèges, s'arrêtait et se séparoit pour ainsi dire de son auditoire : il regardoit fixement l’autel en levant ses deux mains jointes; il sembloit absorbé dans le respect et dans la douleur devant le Tabernacle. Ce silence frappoit encore plus que ses paroles; il 1 interrompoit tout-à-coup, en disant lentement, les yeux fermés , avec cette demi- voix qu’il savoit

si bien affaiblir, au lieu de la rendre plus son-*nante , quand il vouloir commander une grande attention : « Les aveugles! les ingrats! Que leur dirois-je de plus, s'ils ne partagent pas d’eux-mêmes

les transes de ma foi ? Dieu , poursuivoit-il en

s’asseyant ou plutôt paraissant succomber à son abattement , Dieu réveille en ce moment dans mon esprit le souvenir d’une histoire édifiante dont vous avez tous autant besoin que moi pour soulager votre piété, du récit et du poids de ces horribles profanations.

» Il y avoit donc, mes frères, très-loin d’ici, dans une ville que je ne dois point nommer, pour ne pas vous faire connoître les parties intéressées; il y avoit, dis-je , un jeune homme d’une très-grande famille, d’une parfaite conduite , de la plus belle espérance, et qui jouissoit dans tout le pays de la meilleure réputation. Cétoit un fils unique, connu par son excellent cœur, et qui faisoit la gloire et les délices de ses parents. 11 arriva que d’autres jeunes gens de son âge , avec lesquels il n’avoit aucune liaison, se compromirent, de la manière la plus grave, dans une très-mauvaise affaire avec sa propre famille qui voulut absolument en avoir justice. On leur fit donc leur procès, qui fournit bientôt assez de preuves pour les pouvoir tous condamner à mort. La désolation étoit universelle dans la ville où ils dévoient subir leur triste sort au milieu de la place publique. Notre charitable jeune homme en fut touché; et ne Voyant point d’autre moyen d’obtenir leur grâce,

j>ou$sé par son bon naturel, il sut si bien s’y prendre, que, par un effort de la générosité la plus extraordinaire, il intervint comme partie principale dans ce procès criminel, en se substituant lui-même à cette troupe de malheureux. Ce n’est pas tout. Il faut vous dire encore qu’il étoit le fds du seigneur du lieu ; il poussa donc la charité jusqu’à se faire charger juridiquement , et à se charger par son propre fait de toute la responsabilité du crime qu’ils avoient commis, paraissant ainsi l’unique criminel aux yeux de la justice ; de sorte que les juges ne virent plus et ne durent effectivement plus voir que lui seul à poursuivre et à punir.

« On l'admira, on le plaignit. Mais la rigueur des formes et la lettre de la loi obligèrent les magistrats de prononcer contre lui , quoiqu’à regret , un arrêt de mort. Ce fut une consternation générale. Le jour de l'exécution est fixé au lendemain. Par une disposition de la Providence, au moment où le bourreau arrive sur la place pour préparer l’échafaud , il est frappé lui-même de mort subite en présence de tout le peuple. On s’écrie sur-le-champ de tous les côtés que c’est une déclaration manifeste du Ciel, et qu’il faut absolument faire grâce au pauvre patient, victime volontaire du dévouement le plus héroïque. Tous les cœurs déchirés poussent à la fois le même cri en sa faveur. Mais tout-à-coup un autre jeune homme fait entendre sa voix au milieu de la multitude : c'étoit précisément l’un des complices impliqués dans le même procès criminel, et auquel un si

beau sacrifice venoit de sauver la vie. Personne ne se présente, dit-il, pour dresser l’échafaud : eh bien! je prends sur moi ce soin. Il n’y a point de bourreau ! j’en ferai les fonctions , et je me charge du supplice. Tout le monde frissonna d’horreur, comme nous tous tant que nous sommes ici présents , en entendant une proposition si barbare, que les juges n’étoient pas en droit de rejeter. Il se mit donc à l'œuvre, et la sentence fut exécutée. Vous frémissez, mes frères! À la bonne heure ! Mais je suppose que vous me comprenez. Ce jeune homme si intéressant qui vient de mourir en quelque sorte devant vous pour le salut de ses frères, savez-vous qui c’est? C’est Jésus-Christ en son état de victime toujours vivante dans le sacrement de l'Eucharistie ! El ce bourreau d’office, ce bourreau volontaire, qui estil ? C’est vous tous pécheurs sacrilèges qui m’écoutez. Jésus-Christ , votre rédempteur et le mien , s’étoit donné pour vous une seconde vie par le testament et par le prodige de son amour. Il sembloit pour toujours à l’abri d’une nouvelle mort dans ce tabernacle. C’est vous tous, malheureux Judas, c’est vous qui avez renouvelé son supplice après sa résurrection; c’est vous qui, par vos communions en état de péché mortel, avez dit , sinon en paroles, au moins par le fait, ce qui est pis encore : Tirez Jésus-Christ du fond de ce sanctuaire où il est caché sous les voiles eucharistiques ; livrez-le-moi sur celte table sainte : c’est moi qui vais le crucifier de nouveau ; c’est moi qui veux élever de mes mains sa croix sur

un autre Calvaire ; c’est moi qui me charge d’être son bourreau ! »

« Un prédicateur à la mode se donnerait bien de garde de hasarder un pareil mouvement d’éloquence, si son talent lui en suggérait l'idée ; mais heureusement Brydaine osait être sublime. »

Le Père Brydaine, comme un apôtre, marchait sans cesse entouré des pécheurs qu’il convertissait , des riches qui lui apportaient leurs aumônes, qui brûlaient des livres impies, ou qui restituaient des biens usurpés. \ oici 1 exorde d un de ses sermons sur 1 incrédulité. Il apprend que plusieurs encyclopédistes, entre autres d'Alerabert et Diderot, sont rassemblés, pour le tourner en ridicule, dans l’église où il va prononcer son sermon sur les athées. Il monte en chaire et s’écrie : « Thuriféraires, éteignez le feu sacré ! Diacres , fermez les portes du temple ! Prêtres du Dieu vivant, voilez le sanctuaire! je vais

parler des incrédules

Son art consistait à captiver et à soutenir l’attention par l’attrait de la nouveauté ; il ménageait avec soin la gradation de tout ce qui lui paraissait propre à exciter la curiosité, à intéresser le cœur et à frapper l’esprit. Étant un jour à la tête d’une procession, il prononça une exhortation sur la brièveté de la vie , et finit par dire à la multitude qui le suivait : « Je vais vous remener chacun chez vous.... » Et il les conduisit dans un cimetière.

Qui croirait, d'après les talents et les succès bien avérés du P. Brydaine , qu’un tel prédicateur a en

recours à des gestes et à des actions peu dignes de la ' gravité de la chaire, et qu’on ne tolère guère que dans ces anciens prédicateurs du seizième siècle dont nous avons parlé. Voici cependant ce qu’on lit dans Y Histoire de la prédication , p. 480 :

« Le Père Brydaine se faisoit traîner par son valet , la corde au col , au milieu de l’église , comme une victime qui s’efforçoit de toucher la miséricorde de Dieu : les bonnes femmes craignoient qu’on ne l’étranglât. Après ce prélude de singeries, il reinontoit en chaire , reprenoit son discours et dispnroissoit tout d’un coup ; pendant qu’on le croyoit enfoncé dans les abîmes , il faisoit retentir sa voix , contrefaisant une a me damnée que les diables chargeoient de leurs chaînes. On se figure le trouble qu’un tel spectacle causoit dans l’aine d’une troupe de paysannes : il s’en est trouvé qui se sont accusées tout haut d'un péché de foiblesse, et se sont déshonorées par cette confession publique ; il y a eu des têtes renversées. » Que. prouve ce passage, emprunté à Y Histoire de la prédication, du P. Jos. -Romain Joly? 11 prouve que le P. Brydaine, comme tous les grands talents, avait aussi parfois 8on côté faible; c’était celui de l’exagération dans les moyens qu’il croyait les plus propres à frapper un auditoire ignorant, plus sensible à des images singulières qu’aux raisonnements les plus logiques.

Bisons un mot des ouvrages du P. Brydaine; le seul qui ait été publié de son vivant , est un recueil de Cantiques, qui a d’abord paru sous le titre de

Cantiques spirituels à l’usage des Missions du diocèse d'Alais, in-12, puis sous le simple titre de Cantiques spirituels, Montpellier, 1748, tn-12; ce recueil a eu quarante-sept éditions.

Lesouvrages posthumesdu même prédicateur sont : 1° Des Lectures et Méditations pour le temps de la mission, extraites des Discours inédits du P. Brydaine, etc. Montpellier, A. Seguin, 1821, in- 12 de 60 pages. — 2° Réglement de vie pour une pieuse demoiselle, précédé de la Méthode pour assister avec fruit au saint sacrifice de la »tme, etc. Avignon, Seguin aîné, 1821, 1822et 1838, tn-18. — 3° Sermons du P. Brydaine, missionnaire royal, publiés sur les manuscrits autographes. Avignon , Seguin aîné, 1823,5 vol. tn-12. — Nouv. édition, 7 vol. — 4° Instruction sur le mariage, adressée aux personnes qui sont libres et à celles qui ne le sont pas. Avignon, Seguin aîné, 1827, tn-12.

On trouvera beaucoup de détails sur le Père Brydaine dans l’ouvrage intitulé : Le Modèle des prêtres, ou Vie de J. Brydaine, missionnaire , par M. l’abbé Carron. Cinquième édition. Paris , Rusand, 1823, tn-12. La première édition est de Londres, 1803 , tn-12. Le respectable abbé Carron , né à Rennes le 23 février 1760, est mort à Paris le 15 mars 1821 , laissant un grand nombre d’ou-, vrages tous estimés.

ANECDOTES

André Valladier, dont nous avons déjà parlé, p. 128-145, a encore un sermon assez singulier;

c’est celui du troisième dimanche de l’Avent, qu’il a prêché, en 1612, à Saint-Méderic de Paris. Après avoir assuré que les âmes des saints gardent les villes, sont avec nous, nous gardent , nous regardent et nous aident, il cite, à l'appui de ce qu’il avance, plusieurs traits concernant S. Pierre, S. Sergius, martyr; S. Ferréol et S. Ferjeux 1 , S. Agricole, dont les aines ont défendu ostensiblement et sauvé des villes assiégées ; et comme ces faits ne sont pas articles de foi , et que le prédicateur craint qu’on ne les révoque en doute, il apostrophe ainsi les protestants avec autant de délicatesse que de goût : « Les huguenots s’en riront , gros animaux , bestes brutes, qui se moquent de tout,.... qui croyent plus

à un Tite-Live qu’à toute la sacrée antiquité

Laissons-les là en leur damnation et en l’enfer de leur incrédulité. Riez, riez, perdus! riez- vous de nous , et nous pleurerons de vous , et pour vous et pour la ruine de vos âmes. Nous vous apprendrons donc que les aines heureuses fréquentent avec nous, ont soing de nous, se plaisent avec nous, etc. »

1 L’orateur prétend que ces deux saints , patrons de Besançon, apparaissent et font chaque nuit, en forme de flambeaux , le tour de cette ville lorsqu’elle est menacée d’une camisade* ou de quelqu’autre danger : « chose, dit-il, qui advient toujours sans manquer, et y a autant de tesmoius de cette vérité qu’il y a de citoyens en ycelle ville. »

Canusade veut dire attaque soudaine faite à la pointe du jour ou pondant la* nuit.

Pierre Dyvollé , dominicain , dans ses sermons pour le carême , prêches à Chartres et imprimés à Paris, Guill. Chaudière, 1596, *»-8°, parlant de la vénération due aux images des saints, raconte, p. 55 (d’après Sozomène, Ecct. hist., lib. Y, cap. 20), que la femme, guérie du flux de sang par l’attouchement de la robe de J.-C. , « fist faire , en mémoire de ce bénéfice , une image de Nostre Seigneur , laquelle approchoit de sa semblance au plus près qu'elle peust, et la inist dessus la porte de sa maison : autour de laquelle les herbes qui croissoient estoient de telle vertu , qu'à l’attouchement d’ycelles toutes maladies estoient guaries. Ce qui monstre, ajoute le prédicateur, qu’il est très-bon et utile d’avoir des images, et y a plus de treize cents ans qu’on a escrit qu’il est bon d’en avoir , etc. » — Eusèbe , et beaucoup d’autres écrivains des premiers siècles de 1 Eglise, ont parlé de cette statue de J.-C. (Voyez des détails assez étendus sur cet objet dans les Recherches sur la personne de J.-C. , etc. Dijon , Yict. Lagier , 1819 j tn~8°, p. 85-9o.

Un prédicateur anglais riche , car il était pourvu d’un très-bon bénéfice , prêcha un jour , à Londres , sur le mépris des richesses et sur le désintéressement. C’est sans doute pour prouver qu il était bien pénétré de ces vertus, qu’il avait fait placer à la porte de l’église un homme avec encre , plume et papier, proposant, à tous ceux qui en sor-

Digitt

'le

taient, de souscrire pour l’impression de son sermon.

Les Méthodistes , en Angleterre , ne sont quelquefois pas moins ridicules dans leurs sermons que nos anciens prédicateurs. Un auteur moderne raconte que l’un d'eux introduisit un jour dans son sermon une comparaison du Chri®tjanisme avec le pot-au-feu : « Le pot , dit-il , c est 1 Église qui renferme tout ; la viande, c’est la parole de Dieu dont l’ame doit se nourrir chaque jour; le bouillon, c est la grâce d’en haut , qui découle du ciel dans nos cœurs ; enfin les trois pieds de la marmite , c est le symbole de la Sainte Trinité, base de tout l’édifice. »

Jean de Sérez, prédicateur de Toulouse au XYP siècle, voyant le grand-hôpital de cette ville surchargé de malades, y fit un sermon sur la charité, dans lequel il dit qu’il avait appris que les habitants de Toulouse devaient faire un voyage, et qu’il les prévenait que, pour faire un bon et heureux voyage , comme il l’avait expérimenté lui-même, il fallait d’abord se pourvoir d’un bon cheval , en prendre bien soin , voir s’il avait une bonne litière, s’il mangeait bien son avoîne , si la selle ne le blessait pas, et, en ce cas, faire panser ses plaies ; qu’autremènt le cheval, quelque fort qu’il fût, laisserait

le voyageur en chemin. « Eh bien! mes frères, continua-t-il , vous désirez tous faire le saint voyage de paradis; je vous ai appelés dans cet hôpital, afin de vous pourvoir chacun d'un bon cheval pour monter au ciel. Je vous réponds donc de la part de Dieu que si vous prenez chez vous un de ces pauvres , si tous les soirs vous voyez faire son lit, si vous êtes attentif à lui faire donner sa réfection et à faire panser ses playes , s*il en a , soyez bien certains que ce pauvre sera la monture qui vous fera arriver lestement et sans encombre en paradis. » Ce sermon produisit un tel effet , que chaque habitant demanda un pauvre pour le soigner, et même il y eut plus de demandeurs que de pauvres. (Voy. Catel, Mém. de l' Histoire du Languedoc, liv. 2.)

Du temps du cardinal du Perron, il y avait encore des prédicateurs qui , parlant des saints , disaient Monseigneur S. Augustin, Monseigneur S. Ambroise, Monseigneur S. Hiérôme. Le cardinal en question , assistant un jour à un sermon d’un prédicateur qui employait à tout propos ces expressions honorifiques, dit : « On voit bien que nostre prédicateur n’a pas beaucoup de familiarité avec les Pères de l’Église, et qu’il les eonnoît très peu , puisqu'il leur donne encore du Monseigneur. »

Auparavant, on disait Monsieur saint Antoine, Monsieur saint Ambroise, Monsieur saint Augustin, en opposition aux luthériens qui , dans le prin-

cipeet depuis, ont toujours dit. : Antoine, Ambroise, Augustin. — (Voyez les Observations de Ménage sur ta Langue française. Paris, 1626, 2 vol. in-12, tom. ü% 416-417.)

L’abbé Faydit , parlant d’un sermon du P. Arnoux, jésuite, sur la Passion, prêché devant la Cour de France, «qui, dit-il, commençoit à être fort polie et d’un goût délicat sous le feu roi Louis XIII, » raconte que l’on admira cette 'heureuse apostrophe de l’orateur aux Juifs qui fouettoient J.-C. : « C’est moy qu’il faut fouetter, et non pas J.-C. qui est innocent. Il faut fouetter le mensonge et non pas la vérité. Il faut fouetter les hypocrites, les parjures, ' les calomniateurs , les vindicatifs , les idolâtres, les médisants, les superbes, les ambitieux, les ravisseurs du bien# d’autruy , les fomicateurs , etc. » — Cet abbé Faydit n'avait pas beaucoup de goût : on en peut juger par sa Télémacomanie , satire dégoûtante contre le chef-d’œuvre de Fénélon, et par quelques épigrammes contre les sermons de Bossuet. Dans l'une de ces impertinentes rimailleries , il exhorte l’aigle de Meaux à se taire, et à laisser parler en sa place l’ânesse de Balaam.

Croirait-on qu’un R. P. capucin s’avisa de faire 1 apologie de Judas dans un de ses sermons? C’est le cardinal Mazarin lui - même qui a raconté la

chose, et voici ses propres expressions : « Il n’y a si mauvaise cause qu’on ne puisse défendre , si peu que l’on soit éloquent. Je me souviens, par exemple, d’avoir entendu un prédicateur faire l’apologie de Judas , en représentant qu’il étoit intendant des finances et maître-d’hôtel de Jésus-Christ , et que, manquant de fonds pour la subsistance des apôtres, il pensa qu'en livrant son maître aux Juifs , c’ctoit le vrai moyen de rétablir ses finances, et avec d’autant plus de raison , qu il se crovoit très-sûr que son maître auroit le pouvoir de se tirer de leurs mains, puisqu’il s’étoit déjà tiré de plus méchants pas que celui-là. » (Voyez Pièces intéressantes, par La Place, tom. n, p. 298.)

On trouve dans un vieux Recueil de sermons s intitulé: Anima pdelis , Lugduni, de Vingl», 1199, fol. en1, recto, le passage suivant, tiré delà Feria sectimla dominicc sectmde , sur l’obstination dans le péché. — « Iterum , dit l’orateur , assimilatur peccalor obstinatus passerilnts qui primo anno quum excunt nidtim, non audent intrare campanile; quando campane pulsantur, liment motus campane. In secundo anno non liment campanas, sed intrant campanile; in tertio anno dum campana pulsatur, slant super eam et slercorisant . »

M. de llarlai , archevêque de Rouen, de 1616 à 1651, prêchant dans une paroisse de cette ville pen-

dant une mission , s’avisa de diviser son sermon en vingt-deux points. Un artisan n’eut pas plutôt entendu cette division qu’il sortit brusquement. Quelqu’un lui dit : Où allez-vous si vite? 11 répondit : Je vais chercher mon bonnet de nuit, car je vois bien que nous coucherons ici. (Menagiana , tom. Il , p. 70.)

M. de Beaumanoir de Lavardin, évêque du Mans, en 1649, ayant, voulu prêcher une fois, resta court; de sorte qu’il fut obligé de descendre de chaire. Peu après, il se fit peindre, et la maligne Madame de Sablé , voyant son portrait , s’écria : « Mon Dieu , comme il est ressemblant ! on dirait qu'il prêche. »

Un père capucin , appelé à prêcher le jour de la Transfiguration, montait dans la chaire; parvenu au-dessus de l’escalier , il fit un faux-pas et tomba , la tête en bas et les pieds en l’air, ce qui, d'après la simplicité du vêtement des capucins, le mit dans une position peu décente aux yeux de son auditoire. Heureusement il ne se fit aucun mal, remonta en chaire , et commença son sermon par le texte suivant : IS'emini dixeritis visionem. Matii. , xvn , v. 9. « ÎNe parlez à personne de ce que vous avez vu. » Ce texte , qui était celui de son sermon , mais qui semblait avoir été fait pour la circonstance, servit d'excuse à l’orateur, qui sut ainsi capter l’attention et les suffrages de ses auditeurs.

On sait que le comte de Saint-Germain, ministre de. la guerre au commencement du règne de Louis XVI , a fait des changements et des réformes dans l’administration et la discipline militaire; quelquesunes de ses opérations ont été louées , d'autres ont été vivement blâmées. Un jour, le P. Beauregard, célèbre prédicateur , prêchait son fameux sermon sur les mauvais livres, et jamais il ne le prêchait qu’on ne vît plusieurs de ses auditeurs venir déposer à ses pieds quelques-uns de ces instruments de corruption. Comme il rentrait chez lui après son sermon, un officier se présente et lui apporte un paquet de brochures enveloppé et ficelé : Mon Père, lui dit-il , votre éloquence persuasive m’a tellement touché , que je vous apporte tout ce qu’il y a de plus mauvais dans ma bibliothèque, en vous priant de détruire promptement par le feu ces écrits détestables. Le P. Beauregard félicite cet officier , et lui promet, en le reconduisant, qu’il va jeter au feu ces oeuvres du Démon. A peine l’officier est parti, que le bon Père va ouvrir le paquet pour exécuter sa promesse. Qu’y trouve-t-il? Un vingtaine d'exemplaires des nouveaux réglements militaires du ministre de la guerre, M. de Saint-Germain. Il ne put s’empêcher de rire de cette épigramme d’un nouveau genre *»

1 C’est ce même P. Beauregard qui , treize ans avant la révolution, prononça à Notre-Dame de" Paris ces paroles prophétiques, qui firent tant de bruit dans le temps : « Oui, vos tem-

Il arriva à Turin, en 1780, un tour assez plaisant à la suite d’un sermon. C'était en carême , vers le commencement de février, où les jours sont courts. Un prédicateur fort à la mode, qui prêchait un peu longuement, s’étendit un jour si bien sur son sujet (la Contrition), qu’il était nuit avant qu’il eut terminé son discours. A peine avait-il fini , qu’un des auditeurs élève la voix , et demande humblement à être entendu. On fait silence, et cet homme, avec un ton de véritable componction , déclare que le sermon qu’il vient d’entendre a fait une telle impression sur lui misérable pécheur , qu’il a résolu de changer entièrement de vie; et que, pour donner

pies, Seigneur, seront dépouillés et détruits, vos fêtes abolies, votre nom blasphémé, votre culte proscrit. Mais qu’entends-je? Grand Dieu ! que vois-je?.... Aux saints cantiques qui faisaient retentir ces voûtes sacrées en votre honneur , succéderont des chants lubriques et profanes! Et toi, divinité infâme du paganisme, impudique Vénus, tu viendras ici même prendre audacieusement la place du Dieu vivant, t’asseoir sur le trône du Saint des saints, et recevoir l’encens coupable de tes nouveaux adorateurs! » Ces paroles furent prononcées en 1776, et firent beaucoup crier contre l’orateur. Condorcet , dans une note de son édition des Pensées de Pascal , en 1776, le traita de ligueur et de fanatique. Cependant ce que le P. Beauregard avait prédit s’accomplit à la lettre en 1793-1794. Condorcet, proscrit et arrêté, s’empoisonna près de Paris, le 28 mars 1794, pour éviter l’échafaud. Quant au Père Beauregard, il s’exila et mourut en 1804 , âgé de 73 ans, au château de Gronincq , en Souabe , chez la princesse Sophie de Ilohenlohc.

une preuve de «a parfaite contrition, il va s’accuser publiquement de tous ses crimes. Il avoua donc hautement qu’étant avocat de profession , il avait abusé de la confiance de ses clients pour les tromper en vendant leurs intérêts à leurs parties adverses; qu’il avait souvent plaidé contre sa conscience , et soutenu effrontément des causes qu’il savait mauvaises; il s’accusa aussi d’avoir été mauvais fils, mauvais mari , mauvais père. Et après avoir fait la longue énumération de toute» ses fautes , il conclut par vouloir donner une preuve convaincante de la sincérité de son repentir en se nommant, et dit qu’il était l’avocat un tel, demeurant à tel endroit. A peine eut-il achevé , qu’une autre voix s’écrie : « Qui est cet infâme calomniateur? Ne l’écoutez pas ; c’est moi qui suis l’avocat un tel , et je ne suis point coupable des sottises que ce coquin vient de débiter. Qu’on l’arrête! qu’on l’arrête! » Chacun se mit à rire; . mais le mauvais plaisant avait pris la porte, et jamais on ne put découvrir qui il était.

Un bon curé francomtois , de» environs de D. . . , prêchant contre les blasphémateurs, quelque temps avant la révolution , débuta ainsi avec beaucoup d’onction : « Nom de Dieu , sacré nom de Dieu ! comme on vous outrage!.... »

Un autre curé, digne ecclésiastique, mai» un peu

original, mort depuis quelques ahnées à Besançon, prêcha en 1816, dans l’église Saint-Maurice, sur la Communion pascale : « Mes frères , dit-il , cette communion ne ressemble pas aux autres; elle a un caractère tout particulier ; c’est une lettre de change tirée à vue, et qui, passé le jour, est protestée avec amende et compte de retour. Or, savez- vous ce que c’est que compte de retour de Dieu?.... » Ici le prédicateur continua la comparaison , et épuisa toute la série des termes de banque et de protêt. Cela lui fut d'autant plus facile, qu’il était fils de banquier. ' — Nous tenons cette anecdote de M. W...., témoin auriculaire.

Tout finit par la mort : finissons donc par l’indication de quelques prédicateurs que cette implacable ennemie du genre humain a frappés à l’improvistc dans la chaire même, au milieu de leurs saintes fonctions ; le cas est assez rare.

Pierre du Chatel (Caslellanus), célèbre prélat du Xvf siècle, né à Arc-en-Barrois (Haute-Marne), lecteur et bibliothécaire de François I" , évêque de Tulle en 1539 , de Mâcon en 1544, grand-aumônier de France en 1548, enfin évêque d’Orléans en 1551, mourut le 2 février 1552 d'une attaque d’apoplexie qui le frappa au milieu d’un sermon qu’il prêchait à Mâcon.

M. l’abbé Brednrt est mort en prêchant à Saint- Omer en avril 1824.

M. l’abbé Papillon est également mort en chaire à Londres en août 1824.

M. l’abbé Paris , né eu 1757 , curé de la principale paroisse du Havre , prêchant sur la mort , le dimanche 27 août 1826, a été frappé subitement d’un coup de sang ; il n’a eu que le temps de dire : « Je me trouve mal , mes frères , » et il est tombé sans vie sur le bord de la chaire.

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