‹ Preface de Cromwell and HernaniChapitre 24 sur 72 · HERNANI, DO^A SOL · texte numérisé non relu

HERNANI, DO^A SOL

Hernani considère avec un regard froid et comme inattentif récrin nuptial placé sur la table/ puis il hoche la têtCy et ses yeux s^allument,

Je YODS fais compliment I Plus que je ne puis dire La parure me charme et m'enchante, et j'admire!

Il s^apprpche de Vécrin, La bague est de bon goût, — la couronne me plaît, — 896 Le collier est d'un beau travail, — ^le bracelet Est rare, — ^mais cent fois, cent fois moins que la femme Qui sous nn front si pur cache ce cœur infâme! ajm^*^^^

Examinant de nouveau le coffret.

Et qu'avez-vous donné pour tout cela? — ^Fort bien! Un peu de votre amour? mais, vraiment, c'est pour rien ! 900 Grand Dieu! trahir ainsi! n'avoir pas honte, et vivre!

Examinant Vécrin, Mais peut-être arar^ tout c'est perle fausse et cuivW^ Au lieu d'or, ifpf^i plomb, diamants déloyaux,jfli^ Faux saphirs, faux bijoux, faux brillante, faux joyaux! Ah ! s'il en est ainsi, comme cette parure, ,905

Ton cœur est faux, duchesse, et tu n'es que dorure î^f'^r^

n revient au coffret, — Mais non, non. Tout est vrai, tout est bon, tout est Il n'oserait tromper, lui qui touche au tombeau, [beau. Rien n'y manque.

Il prend Vune après Vautre toutes les pièces de Vécrin. Colliers, brillants pendants d'oreille, Couronne de duchesse, anneau d'or . . . — A merveille! 910 Grand merci de l'amour sûr, fidèle et profond! Le précieux écrin!

DOfÎA SOL.

Elle va au coffret^ y fouille^ et en tire un poignard. Vous n'allez pas au fond!

^-C'est le poignard qu'avec l'aide de ma patronne°i;tu^^ Je pris au roi Carlos, lorsqu'il m'offrit un trône W5 Et que je refusai, pour vous qui m'outragez!

HERNANI, tombant à ses pieds.

Oh! laisse qu'à genoux dans tes yeux affligé8° J'efface tous ces pleurs amers et pleins de charmes, Et tu prendras après tout mon sang pour tes larmes !

DoS^A SOL, attendrie.

Hernani! je vous aime et vous pardonne, et n'ai gsso Que de l'amour pour vous.

HEENANi. Elle m'a pardonné.

Et m'aime! Qui pourra faire aussi que moi-même, Après ce que j'ai dit, je me pardonne et m'aime? Oh ! je voudrais savoir, ange au ciel réservé, Où vous avez marché, pour baiser le pavé !

DOS^A SOL

086 Ami!

Non, je dois t'être odieux! Mais, écoute.

Dis-moi: Je t'aime! Hélas! rassure un cœur qui doute^ Dis-le moi ! car souvent avec ce peu de mots La bouche d'une femme a guéri bien des maux.

DoS^A SOL, absorbée et sans Ventendre.

Croire que mon amour eût si peu de mémoire !

030 Que jamais ils pourraient, tous ces hommes sans gloire'. Jjgou^ d'autres amours, plus nobles à leur gré, Ë^peflper un cœur où son nom est entré !

Hélas! j'ai blasphémé! Si j'étais à ta place, Dofla Sol, j'en aurais assez, je serais lasse 085 De ce fou furieux, de ce sombre insensé

158 VICTOE HUGO

Qui ne sait caresser qu'après quMl a blessé.

Je lui dirais: Ya-t'enI — Bepousse-moi, repousse!

Et je te bénirai, car tu fus bonne et douce,

Car tu m'as supputé trop longtemps, car je suis

Mauvais, je noifmrais tes jonrs avec mes nuits, 040

Car c'en est trop enfin, ton âme est belle et haute

Et pure, et si je sais méchant, est-ce ta faute?

ÉpoQse le vieux duc ! il est bon, noble, il a

Par sa mère Olmedo^*, par son père Alcala^.

Encore un coup, sois riche avec lui, sois heureuse! 945

Moi, sais -tu ce que peut cette main généreuse

T'offrir de magnifique? une dot de douleurs.

Tu pourras y choisir ou du sang ou des pleurs.

L'exil, les fers, la mort, l'effroi qui m'environne.

C'est là ton collier d'or, c'est ta belle couronne, 950

Et jamais à l'épouse un époux plein d'orgueil

N'offrit plus riche écrin de misère «t de deuil.

Epouse le vieillard, te dis-je, il te mérite !

Eh ! qui jamais croira que ma tête proscrite

Aille avec ton front pur? qui, nous voyant tous deux, oss

Toi calme et belle, moi violent, hasardeux.

Toi paisible et croissant comme^unefleur à l'ombre.

Moi heurté dans l'orage à dés écuens sans nombre.

Qui dira que nos sorts suivent la même loi?

Non. Dieu qui fait tout bien ne te fit pas pour moi. «jo.

Je n'ai nul droit d'en haut sur toi, je me résigne.

J'ai ton cœur, c'est un voll je le rends au plus digne.

Jamais à nos amours le ciel n'a consenti.

Si j'ai dit que c'était ton destin, j'ai menti.

D'ailleurs, vengeance, amour, adieu I mon jour s'achève, ges

Je m'en vais, inutile, avec mon double rêve,

Honteux de n'avoir pu ni punir ni charmer,

Qu'on m'ait fait pour haïr, moi qui n'ai su qu'aimer!

Pardonne-moi ! fuis-moi ! ce sont mes deux prières ;

Ne les rejette pas, car ce sont les dernières. ^ 970

Tu vis et je suis mort. Je ne vois pas pourquoi

Tu te ferais murer dans ma tombe avec moi.

HEBNANI 159

BOf^A SOL.

Ingrat !

HEKNANI.

Monts d'Aragon ! Galice ! EstramadoareP !

— Oh! je porte malheur à tout ce qui m'entoure! — 075 J'ai pris vos meilleurs âls, pour mes droits sans remords

Je les ai fait combattre, et Yoilà qu'ils sont morts!

C'étaient les plus vaillants de la vaillante Espagne.

Us sont morts ! ils sont tous tombés dans la montagne

Tous sur le dos couchés, en braves, devant Dieu, «0 Et, si leurs yeux s'ouvraient, ils verraient le ciel bleu!

Voilà ce que je fais de tout ce qui m'épouse!

Est-ce une destinée à te rendre jalouse?

Dofla Sol, prends le duc, prends l'enfer, prends le roi!

C'est bien. Tout ce qui n'est, pas moi vaut mieux que 965 Je n'ai plus un ami qui de moi se souvienne, [moit

Tout me quitte, il est temps qu'à la fin ton tour vienne^

Car je dois être seul. Fuis ma contagion i»ij«*^^

Ne te fais pas d'aimer une religion !

Oh! par pitié pour toi, fuis! — Tu me crois peut-être 000 Un homme comme sont tous les autres, un être

Intelligent, qui court droit au but qu'il rêva.

Détrompe-toi. Je suis une force qui va°!

Agent aveugle et sourd de mystères funèbres !

Une âme de malheur^ faite avec des ténèbres ! 905 Où vais-je? je ne sais. Mais je me sens poussé

D'un souffle impétueux, d'un destin insensé.

Je descends, je descends, et jamais ne m'arrête.

Si parfois, haletant, j'ose tourner la tête.

Une voix me dit : Marche ! et l'abîme est profond, 1000 Et de flamme ou de sang je le vois rouge au fondai

Cepeiiidant, à Tentour de ma course farouche, *^^^

Tout se brise, tout meurt. Malheur à qui me touche t

Oh! fuis! détourne-toi de mon chemin fatal,

Hélas ! sans le vouloir, je te ferais du mal !

DOlî^A 80L.

1005 Grand Dieu !

HERNANi. C'est un démon redoutable°, te dis- je, Que le mien. Mon bonheur ! voilà le seul prodige Qui lui soit impossible Et toi, c'est le bonheur ! Tu n'es donc pas pour moi, cherche un autre seigneur, Va, si jamais le ciel à mon sort qu'il renie Souriait . . . n'y crois pas! ce serait ironie ! loio

Epouse le duc I

Do^A SOL. Donc, ce n'était pas assez!

Vous aviez déchiré mon cœur, vous le brisez ! Ah ! vous ne m'aimez plus !

HERîfl^ ANi. Oh ! mon cœur et mon âme.

C'est toi ! l'ardent foyer d'où me vient toute flamme, C'est toi! Ne m'en veux pas de fuir, être adoré! lois

doSa sol.

Je ne vous en veux pas. Seulement j'en mourrai.

HEBNANI.

Mourir ! pour qui? pour moi? Se peut-il que tu meures Pour si peu?

DOlî^A SOL, laissant éclater ses larmes.

Voilà tout. Bile tombe sur un fauteuil.

HERîfl^ANi, s^ asseyant près d^elle.

Oh I tu pleures ! tu pleures !

Et c'est encor ma faute ! et qui me punira?

Car tu pardonneras encor I Qui te dira 1020

Ce que je souffre au moins° lorsqu'une larme noie La flamme de tes yeux dont l'éclair est ma joie! Oh! mes amis sont morts! Oh! je suis insensé! Pardonne. Je voudrais aimer, je ne le sai.

Hélas! j'aime pourtant d'une amour° bien profonde! — 1025 Ne pleure pas J ^mourons plutôt ! — Que n'ai- je un monde? Je te le donnerais ! Je suis bien malheureux !

DOlî^A SOL, ie jetant à son cou.

Vous êtes mon lion superbe et généreux!

Je vous aime.

HEBNANI 161

HBRNANi. Oh! ramour serait un bien suprême 1080 Si l'on pouvait mourir de trop aimer I

doSa sol. • Je t'aime!

Monseigneur ! je tous aime et je suis toute à vous. HEBNAKi, laissant tomber sa tête sur son épaule. Oh! qu'un coup de poignard de toi me serait doux!

D(^A SOL, suppliante.

Ah ! ne craignez-vous pas que Dieu ne vous punisse De parler de la sorte?

HERNANi, toujours uppuyé sur son sein.

Eh bien! qu'il nous unisse!

1085 Tu le veux. Qu'il en soit ainsi!— J'ai résisté.

Tous deuxy dans les bras Vun de Vautre^ se regardent avec extase^ sans voir^ sans entendre^ et comme absorbés dans leur regard. — Entre don Ruy Gomez par la porte du fond. Il regarde et s^ arrête comme pétrifié sur le seuil.

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