Scène Première
DON CARLOS, DON RICARDO DE ROXAS, COmte de CoSCh
palmay une lanterne à la main. Grands manteaux^ chapeaux rabattus.
DON RICARDO, SOU chapcau à la main.
C'est ici.
DON CARLOS
C'est ici qae la ligne s'assemble!
Qae je vais dans ma main les tenir tons ensemble! Ah! monsieur l'électeur de Trèves°, c'est ici! Vous leur prêtez ce lieu ! Certe, il est bien choisi! laoo
Un noir complot^ prpspèreàTgir dee catacombes. . n est bon d'agtaaef les sè^ets sut des toijibes. ,
Pourtant c'est jouer gros. La tête est de renjeu,C^*^*^:*- Messieurs les assassins ! et nous verrons. — Pardieu !
1809 Ils font bien de choisir pour une telle affaire
Un sépulcre, — ^ils auront moins de chemin à faire.
; ^ ^ j^ A don Ricardo.
Ces caVéâux*sous le sol s 'étendent-ils bien loin?
DON RICARDO
Jusques au château fort°.
DON CARLOS. C'est plus qu'il n'est besoin.
DON RICARDO
D'autres, de ce côté, vont jusqu'au monastère
1810 D'Altenheim. . . .
DON CARLOS. OÙ Rodolphe extermina Lothaire°.
Bien. — Une fois encor, comte, redites-moi Les noms et les griefs, oà, comment, et pourquoi.
DON RICARDO
6otha°.
DON CARLOS
Je sais pourquoi le brave duc conspire, n veut un allemand d'Allemagne à l'Empire.
DON RICARDO
1815 Hohenbourg°.
DON CARLOS. Hohenbourg aimerait mieux, je croi°» L'enfer avec François que le ciel avec moi.
DON RICARDO
Don 6il Tellez Giron.
DON CARLOS. . CastiUe et Notre-Dame I
Il se révolte donc contre son roi, l'infâme!
DON RICARDO
On dit qu'il vous trouva chez madame Giron 1880 Un soir que vous veniez de le faire baron.
n veut venger l'honneur de sa tendre compagne^
DON CARLOS
C'est donc qu'il se révolte alors contre l'Espagne. — Qui nomme-t-on encore?
DON RiOARDO. On cite avec ceux-là
Le révérend Vasquez, évêque d'Avila°.
DON CARLOS
Est-ce aussi pour venger la vertu de sa femme? isas
DON RIOARDO.
Puis Guzman de Lara, mécontent, qui réclame Le collier de votre ordre°.
DON CARLOS. Ah! Guzmau de Lara!
Si ce n'est qu'un collier qu'il lui faut, il l'aura.
DON RIOARDO. [prête. . . .
Le duc de Lutzelbourg°. Quant aux plans qu'on lui
DON CARLOS
Le duc de Lutzelbourg est trop grand de la tête. isao
DON RIOARDO.
Juan de Haro, qui veut A8torga°.
DON CARLOS. Ces Haro
Ont toujours fait doubler la solde du bourreau.
DON RIOARDO.
C'est tout.
DON CARLOS
Ce ne sont pas toutes mes têtes. Comte, Cela ne fait que sept, et je n'ai pas mon compte.
DON RIOARDO.
Ah! je ne nomme pas quelques bandits, gagés isss
Par Trêve ou par la France. ...
DON CARLOS. , Hommes sans préjugés
Dont le poignard, toujours prêt à jouer son rôle. Tourne aux plus gros ecus, comme l'aiguille au pôle!
DON RIOARDO.
Pourtant j'ai distingué deux hardis compagnons,
Tous deux nouveaux venus. Un jeune, un vieux. i84o
DON GABLOS. Lenrs noms?
Don Ricardo lève les épaules en signe dHgnorance. Leur âge?
DON RICARDO
Le plus jeune a yingt ans.^ DON CARLOS. C'est dommage.
DON RICARDO
Le vieux, soixante au moins.
DON CARLOS. L'un n'a pas encor l'âge.
Et l'autre ne l'a plus. Tant pis. J'en prendrai soin. Le bourreau peut compter sur mon aide au besoin. 1345 Ah I loin que mon épée aux factions soit douce,- Je la lui prêterai si sa hacho 5i'émoiisse°, Comte, et pour l'élargir, je coudrai, s'il le faut. Ma pourpre impériale au drap de l'échafaud.
— Mais serai -je empereur seulement?
DON RICARDO. Le coUégeP,
1350 A cette heure assemblé, délibère.
DON CARLOS. Que sais-je?
Us nommeront François premier, ou leur Saxon, ' Leur Frédéric le SagePI — ^Ah! Luther a raison, Tout va mal ! — Beaux faiseurs de majestés sacrées ? N'acceptant pour raisons que les i'aisons dorées°l
1355 Un Saxon hérétique ! un comte palatin Imbécile! un primat de Trêves libertin!
— Quant au roi de Bohême, il est pour moi. — ^Des princes De Hesse^, plus petits encor que leurs provinces ! De jeunes idiots ! des vieillards débauchés !
1360 Des couronnes, fort bien! mais des têtes? cherchez! Des nains ! que je pourrais, concile ridicule, Dans ma peau de lion°emporter comme Hercule!
Et qui, démaillotés°du manteau violet.
Auraient la tête encor de moins que Triboulet^'I
1865 — n me manque trois voix, Bicardo! tout me manque! Oh ! je doanerais Gand, Tolède et Salamanque,
Mon ami Ricardo^ trois villes à leur clioix°, [voix,
Pour trois voix, slls voulaient! Vois-tu pour ces trois Oui, trois de mes cités de Gastille ou de Flandre, Je les donnerais I— sauf , plus tard, à les reprendre°! isro
Don Ricardo salue profondément le . roiy et met son chapeau sur sa tête.
Vous vous couvrez?
DON RiCABDO. Seigneur, vous m'avez tutoyé,
Saluant de nouveau.
Me voilà grand d'EspagneP.
DON 0AEL08, apart. Ah! tu me fais pitié,
Ambitieux de rien°! — Engeance intéressée^!
Gomme à travers la nôtre ils suivent leur pensée^! Basse-cour ou le roi, mendié sans pudeur, i87&
A tous ces affamés émiette la grandeur^!
Eêvant.
Dieu seul et Tempereur sont grands! — et le saint-père°! Le reste, rois et ducs ! qu'est cela?
DON RICARDO. Moi, j'espèrc
Qu'ils prendront votre altesse.
DON CARLOS, apart. . Altesse! Altesse, moi!
J'ai du malheur en tout. — S'il fallait rester roi°! laso
DON RICARDO, à part.
Bast"! empereur ou non, me voilà grand d'Espagne.
DON CARLOS
Sitôt qu'ils auront fait l'empereur d'Allemagne, Quel signal à la ville annoncera son nom?
DON RICARDO
Si c'est le duc de Saxe, un seul coup de canon.
Deux, si c'est le français. Trois, <i c'est votre altesse, lass
DON CARLOS
Et cette doua Sol! Tout m'irrite et me blesse!
Comte, si je suis fait empereur, par hasard.
Cours la chercher. Peut-être ou voudra d'un césar^I
DON BIGABDO, souriaut.
. Votre altesse est biea bonne!
DON GABLOS, Vinterrompant avec hauteur,
Ah\ là dessus, silence!
890 Je n'ai point dit encor ce. que je venx qa'on pense. — Quand saura-t-on le nom de l'élu? \
DON RICABDO. Mais, je crois,
Dans une heure au plus tard.
DON CARLOS. Oh I trois voîxl rien que trois!
— Mais écrasons d'abord ce ramas qui conspire, Et nous verrons après à qui sera l'empire.
// compte sur ses doigts et frappe du pied.
1895 Toujours trois voix de moins ! Ah I ce sont eux qui Tout ! — Ce Corneille Agrippa° pourtant en sait bien long! Dans l'océan céleste Û a vu treize étoiles" Vers la mienne du nord venir à pleines voiles. J'aurai l'empire, allons! — Mais d'autre part on dit
1400 Que l'abbé Jean TrithèmeP à François l'a prédit. —J'aurais dû, pour mieux voir ma fortune éclaircie, Avec quelque armement aider la prophétie!
Toutes prédictions du sorcier le plus fin Viennent bien mieux à terme et font meilleure fin
1406 Quand une bonne armée, avec canons et piques. Gens de pied, de cheval, fanfares et musiques, Prête à montrer la route au sort qui veut broncher, Leur sert de sage-femme et les fait accoucher. Lequel vaut mieux, Corneille Agrippa? Jean Trithème?
1410 Celui dont une armée explique le système.
Qui met un fer de lance^ au bout de ce qu'il dit, Et compte maint soudard*^, lansquenet^ ou bandit. Dont l'estoc^, refaisant la fortune imparfaite. Taille l'événement au plaisir du prophète.
1415 — Pauvres fous! qui, l'œil fier, le front haut, visent droit A l'empire du monde et disent: J'ai mon droit! Ils ont force canons", rangés en longues files. Dont le souffle embrasé ferait foudre des villes,
Ils ont vaisseaux, soldats, chevaux, ^t vous croyez
Qu'ils vont marcher au but sur les peuples broyés ... m»
Bast ! au grand carrefour de la fortune humaine^,
Qui mieux encor qu'au trône, à l'abîme nous mène,
A peine ils font trois pas, qu'indécis, incertains.
Tâchant en vain de lire au livre des destins,
Ils hésitent, peu sûrs d'eux-méme, et dans le doute 14»
Au nécromant du coin vont demander leur route°!
A don Ricardo.
— ^Va-t'en. C'est l'heure où vont venir les conjurés. ^ Ah ! la clef du tombeau?
DON RICARDO, remettant une clef au roi.
Seigneur, vous songerez Au comte de Limbourg, gardien capitulaire°, Qui me l'a confiée et fait tout pour vous plaire. i48o
DON CARLOS, le congédiant.
Fais tout ce que j'ai dit! tout!
DON RICARDO, sHncUnant. J'y vais de ce pasi Altesse!.
DON CARLOS
Il faut trois coups de canon, n'est-ce pas?
Don Ricardo sHncline et sort.
Carlos^ resté seul^ tombe dans une profonde rêverie. Ses iras se croisent y sa tête fléchit sur sa poitrine; puis il se relève et se tourne vers le tombeau.