LA POULE
Vivat^!
DON CARLOS, à part.
J'y suis! et tout m'a fait passage!
Empereur ! au refus de Frédéric le Sage !
Entre dofla Sol conduite par RicardoP,
DOÎi^A SOL.
Des soldats! l'empereur! ciel! coup imprévu!
1700 Hernani !
HERNANi. Doua Sol!
DON RUT GOMEZ, à côté d^ffemani, à part.
Elle ne m'a point vu !
Dofla Sol court à Hernani. Il la fait reculer d^un regard de défiance.
HEBNANI.
Madame! ...
DOftA BOL, tirant le poignard de son sein.
J'ai toujours son poignard!
HEBNANi, lui tendant les bras. Mon amie!
DON CAEL0i3.
Silence, tous !
Aux conjurés.
Votre âme est-elle raffermie?
Il convient que je donne au monde une leçon.
Lara le castillan et Gotha le saxon, Vous tous ! que venait-on faire ici? parlez.
HERNAKi, faisant un pas. Sire, 1705
La chose est toute simple, et l'on peut vous la dire. Nous gravions la sentence au mur de Balthazar'^.
// tire un poignard et Vagite^ Nous rendions à César ce qu'on doit à César.
DON CARLOS
Paix!
A don Ruy Gomez.
Vou3 traître, Silva!
DON RUY GOMEZ. Lequel de nous deux, sire?
HERN A NI, se retournant vers les conjurés.
Nos têtes et l'empire! il a ce qu'il désire. mo
A Vempereur.
Le manteau bleu des rois pouvait gêner vos pas. La pourpre vous va mieux. Le sang n'y paraît pas.
DON CARLOS, à don Ruy Gomez.
Mon cousin de Silva, c'est une félonie° A faire du blason rayer ta baronnie !
C'est haute trahison, don Ruy, songez-y bien. 17J6
DON RUY GOMEZ
Les rois Rodrigue font les comtes Julien°.
DON CARLOS, au duc d^Alcala.
Ne prenez que ce qui pent être duc ou comte.
Le reste. ...
Bon Buy Gomez^ le duc de Lutzeïbourg^ le duc de Gotha, don Juan de Haro, don Guzman de Lara, don Tellez Giron, le baron de Hohenhourg, se séparent du groupe des conjurés, parmi lesquels est resté Hernani. — Le duc d^Alcala les entoure étroiteinent de gardes.
DO^x SOL, à part,
n est sauvé !
HERNANI, sortant du groupe des conjurés.
Je prétends qu'on nïe compte!
A don Carlos.
Puisqu'il s'agît de hache ici, que Hernani, 1790 Pâtre obscur, sous tes pieds passerait impuni,
Puisque son front n'est plus au niveau de ton glaive, Puisqu'il faut être grand pour mourir, je me lève. Dieu qui donne le sceptre et qui te le donna M'a fait duc de Segorbe et duc de Cardona", 1786 Marquis de Monroy, comte Albatera, vicomte De Gor, seigneur de lieux dont j'ignore le compte. . Je suis Jean d'Aragon, grand maître d'Avis°, né Dans l'exil, fils proscrit d'un père assassiné Par sentence du tien, roi Carlos de Castille I 1780 Le meurtre est entre nous affaire de famille. Vous avez l'échafaud, nous avons le poignard. Donc, le ciel m'a fait duc, et l'exil montagnard. Mais puisque j'ai sans fruit aiguisé mon épée Sur les monts et dans l'eau des torrents retrempée,
// met son chapefiu.
Aux autres conjurés, 1786 Couvrons-nous, grands d'Espagne!
Tous les espagnols se couvrent. A don Carlos.
Oui, nos têtes, ô roi.
Ont le droit de tomber couvertes devant toi!
Aux prisonniers.
— Silva, Haro, Lara, gens de titre et de race, Place à Jean d'Aragon! ducs et comtes, ma place!
Aux courtisans et aux gardes.
Je suis Jean d'Aragon, roi, bourreaux et valets I Et si vos échafauds sont petits, changez-les! 1740
Il vient se joindre au groupe des seigneurs prisonniers,
DO!ÎA SOL. ,
Ciel! I
DON CARLOS. i
En effet, j'avais oublié cette histoire.
HEBNANI. I
Celui dont le flanc saigne a meilleure mémoire.
L'affront que l'offenseur oublie en insensé !
Vit, et toujours remue au cœur de l'offensé.
DON CARLOS
Donc je suis, c'est un titre à n'en point vouloir d'autres^, 1745 Fils de pères qui font choir la tête des vôtres !
DOf^A SOL, se Jetant à genoux devant V empereur. Sire, pardon ! pitié ! Sire, soyez clément !
Ou frappez-nous tous deux, car il est mon amant, Mon époux ! En lui seul je respire. Oh ! je tremble. Sire, ayez la pitié de nons tuer ensemble! itso
Majesté I je me traîne à vos sacrés genoux !
Je l'aime! Il est à moi, comme l'empire à vous! Oh! grâce!
Don Carlos la regarde immobile.
Quel penser sinistre vous absorbe?
DON CARLOS
Allons! relevez-vous, duchesse de Segorbe,
Comtesse Albatera, marquise de Monroy. ... 1755
A Hernani.
—Tes autres noms, don Juan?
HERNANI aOJ
HERKAKi. Qui parle ainsi? le roiî
DON CARLOS
Non, l'empereur.
DOftA BOL, se relevant.
Grand Dieu!
DON GABLOS, la montrant à Hernani,
Duc, voilà ton épouse.
HEBNANi, les yeux au ciel^ et dofla Sol dans ses bras. Juste Dieu !
DON CARLOS, à don Ruy Gomez^,
Mon cousin, ta noblesse est jalouse.
Je sais. Mais Aragon peut épouser Silva.
DON RUT GOMEZ, sombre, 1780 Ce n'est pas ma noblesse.
HERNANI, regardant dofta Sol avec amour et la tenant embrassée.
Oh! ma haine s'en va!
Il jette son poignard.
DON RUY GOMEZ, à part, les regardant tous deux. Éclaterai-je? oh ! non ! Fol amour ! douleur folle ! Tu leur ferais pitié, vieille tête espagnole! Vieillard, brûle sans flamme, aime et soufEre en secret. Laisse ronger ton cœur. Pas un cri. L'on rirait.
DOîfA SOL, dans les bras d^Hernani.
1786 mon duc!
HERNANI. Je n'ai plus que de l'amour dans l'âme.
DOÎi^A SOL.
bonheur!
DON CARLOS, à party la main dans sa poitrine.
Eteins-toi, cœur jeune et plein de flamme !
Laisse régner l'esprit, que longtemps tu troublas. Tes amours désormais, tes maîtresses, hélas ! C'est l'Allemagne, c'est la Flandre, c'est l'Espagne.
L'œil fixé sur sa bannière.
L'emperenr est pareil à TaJgle, sa compagne. tno
A la place da cœur il n'a qn'nn écnsson^.
HEBKAKI.
Ah! TOUS êtes César!
DON CABLOS, à Hernanû
De ta noble maSson, Don Juan, ton cœur est digne.
Montrant dofla Soi n est digne aussi d'elle.
— ^A genoux, duc!
Hernani 8*agenouiUe. Don Carlos détache sa toison d^or et la lui passe au cou.
BeçoÎB ce collier.
Don Carlos tire son épée et V en frappe trois fois sur Vépaule.
Sois fidèle!
Par saint Etienne^, duc, je te fais chevalier. ira
n le relève et Vembrasse, Maïs tu l'as, le plus doux et le plus beau collier. Celui que je n'ai pas, qui manque au rang suprême, Les deux bras d'une femme aimée et qui tous aime ! Ah! tu vas être heureux; moi, je suis empereur.
Aux conjurés.
Je ne sais plus yos noms, messieurs. Haine et fureur, itso Je veux todt oublier. Allez, je vous pardonne ! C'est la leçon qu'au monde il convient que je donne. Ce n'est pas vainement qu'à Charles premier, roi, L'empereur Charles-Quint succède, et qu'une loi Change, aux yeux de l'Europe, orpheline éplorée, itss
L'altesse catholique en majesté sacrée.
Les conjurés tombent à genoux,