DON MAT^^S
D'honneur, on est heureux un pareil jour la nuit! DON FRANCISCO, montrant à don MaticLS la chambre nuptiale.
PuMl Ta se passer là de gracieuses choses !
Etre fée, et tout voir, feux éteints, portes closes. Serait-ce pas charmant?
DON SANCHO, à don Matias.
n est tard. Partons-nous?
Tous vont saluer les mariés et sortent^ les uns par la
portCy les autres par V escalier du fond.
HERNANi, les reconduisant.
Dieu vous garde!
DON SANCHO, resté le dernier^ lui serre la main.
Soyez heureux! Il sort.
Hernani et dofla Sol restent seuls. Bruit de pas et de voix qui s^éloignent, puis cessent tout à fait. Pendant tout le commencement de la scène qui suit^ les fanfares et les lumières éloignées s^ éteignent par degrés. La nuit et le silence reviennent peu à peu.
SoÈNE III HEBNANI, DOli^A SOL..
DOîf A SOL. Ils s'en vont tous,
1805 Enfin!
HEBNANi, cherchant à Vattirer dans ses bras*
Cher amour^!
DOîf A SOL, rougissant et reculant.
C'est . . . qu'il est tard, ce me semble.
Ange! il est toujours tard pour être seuls ensemble.
DOlÎA SOL.
Ce bruit me fatiguait. N'est-ce pas, cher seigneur. Que toute cette joie étourdit le bonheur?
Tu dis vrai. Le bonheur, amie, est chose grave. 1900 II veut des cœurs de bronze et lentement s'y grave. Le plaisir l'effarouche, en lui jetant des fleurs. Son sourire est moins près du rire que des pleurs.
DOfi^A SOL.
Dans vos yeux, ce sourire est le jour.
Hernani cherche à Ventraîner vers la porte. Elle rougit.
Tout à l'heure.
Oh! je suis ton esclave! Oui, demeure, demeure!
1905 Fais ce que tu voudras. Je ne demande rien. Tu sais ce que tu fais! ce que tu fais est bien! Je rirai si tu veux, je chanterai. Mon âme Brûle. Eh! dis au volcan qu'il étouffe sa flamme, Le volcan fermera ses gouffres entr'ouverts,
» 1910 Et n'aura sur les flancs que fleurs et gazons verts. Car le géant est pris, le Vésuve est esclave.
Et que t'importe à toi son cœur rongé de lave?
Tu veux des fleurs? c'est bien! Il faut que de son mieux
Le volcan tout brûlé s'épanouisse aux yeux!
DOlÎA SOL.
bh ! que vous êtes bon pour une pauvre femme, i9is
Hernani de mon cœur I
HERNANi. Quel est ce nom, madameP?
Ah ! ne me nomme plus de ce nom, par pitié I Tu me fais souvenir que j'ai tout oublié!
Je sais qu'il existait autrefois, dans un rêve, Un Hernani, dont l'céil avait l'éclair du glaive, iwo
Un homme de la nuit et des monts, un proscrit Sur qui le mot vengeance était partout écrit, Un malheureux traînant après lui l'anathème!
Mais je ne connais pas ce Hernani. — Moi, j'aime Les près, les fleurs, les bois, le chant du rossignol. 1925
Je suis Jean d'Aragon, mari de doua Sol !
Je suis heureux !
DOf^A SOL. Je suis heureuse!
HERNANI. Que m'importe
Les haillons qu'en entrant j'ai laissés à la porte? Voici que je reviens à mon palais en deuiP.
Un ange du Seigneur m'attendait sur le seuil. i93o
J'entre, et remets debout les colonnes brisées. Je rallume le feu, je rouvre les croisées, ♦ Je fais arracher l'herbe an pavé de la cour, Je ne suis plus que joie, enchantement, amour. Qu'on me rende mes tours, mes donjons, mes bastilles, 1935 Mon panache, mon siège au conseil des Oastilles, Vienne° ma dofia Sol rouge et le front baissé. Qu'on nous laisse tous deux, et le reste est passé! Je n'ai rien vu, rien dit, rien fait. Je recommence, J'efface totit, j'oublie! Ou sagesse ou démence, 1940
Je vous ai, je vous aime, et vous êtes mon bien!
DOî^A 80L, examinant sa toison d*or.
Que sur ce velours noir ce collier d'or fait bien^"!
HERNAKI.
Vous vîtes avant moi le roi mis de la sorteP.
DOf^A BOL.
Je n'ai pas remarqué. Tout autre, que m'importe? 1945 Puis, est-ce le velours ou le satin encor?
Non, mon duc, c'est ton cou qui sied au collier d'or.
Vous êtes noble et fier, monseigneur.
// veut V entraîner.
Tout à l'heure!
Un moment! — ^Vois-tu bien, c'est la joie! et je pleure!
Viens voir la belle nuit.
Bile va à la balustrade.
Mon duc, rien qu'un moment!
1950 Le temps de respirer et de voir seulement.
Tout s'est éteint, flambeaux et musique de fête.
Rien que la nuit et nous. Félicité parfaite!
Dis, ne le crois-tu pas? sur nous, tout en dormant,
Xa nature à demi veille amoureusement^.
1966 Pas un nuage au ciel. Tout, comme nous, repose.
Viens, respire avec moi l'air embaumé de rose!
Regarde. Plus de feux, plus de bruit. Tout se tait.
La lune tout à l'heure à l'horizon montait
Tandis que tu parlais, sa lumière qui tremble loeo Et ta voix, toutes deux m'allaient au cœur ensemble»
Je me sentais joyeuse et calme, ô mon amant,
Et j'aurais bien voulu mourir en ce moment!
HEENANI.
Ah! qui n'oublierait tout à cette vol^ céleste? Ta parole est un chant où rien d'humain ne reste. iî»5 Et, comme un voyageur, sur un fleuve emporté. Qui glisse sur les eaux par un beau soir d'été Et voit fuir sous ses yeux mille plaines fleuries. Ma pensée entraînée erre en tes rêveries !
DOfîtA SOL.
Ce silence est trop noir, ce calme est trop profond. 1970 Dis, ne. voudrais- tu pas voir une étoile au fond?
Oa qu'une voix des nuits tendre et délicieuse, S'élevant tout à coup, chantât? . . .
HERNANi, souriant. Capricieuse I
Tout à l'heure on fuyait la lumière et les chants !
DOfÎA SOL. .
Le bal! mais un oiseau qui chanterait aux champs!
Un rossignol perdu dans l'ombre et dans la mousse, ^^^
Ou quelque flûte au loin ! . . . Car la musique est douce,
Fait l'âme harmonieuse, et, comme un divin chœur,
Eveille mille voix qui chantent dans le cœur !
Âh ! ce serait charmant !
On entend le bruit lointain dhin cor dans Vombre. Dieu ! je suis exaucée !
HERNANi, tressaillant, apart.
Ah! malheureuse^!
DOlîA SOL. Un ange a compris ma pensée, — i98o
Ton bon ange sans doute I
HERNANI, amèrement. Oui, mon bon ange!
Le cor recommence. — A part.
Encor !
DOlî^A SOL, souriant.
Don Juan, je reconnais le son de votre cor !
N'est-ce pas?
DOlîA SOL. Seriez-vous dans cette sérénade De moitié?
HERNANi. De moitié, tu l'as dit.
Do5^A BOL. Bal maussade !
Oh! que j'aime bien mieux le cor au fond des bois! **5
Et puis, c'est votre cor, c'est comme votre voix.
Le cor recommence.
HBRNANi, apart.
Âh ! le tigre est en bas qui hurle, et veut sa proie.
DOÎÏA SOL.
Don Juan, cette harmonie emplit le cœur de joie.
HEENANi, se levant terrible:
Nommez -moi Hernani! nommez-moi Hernani!
1900 Avec ce nom fatal je n'en ai pas fini!
DOîf A BOL, tremblante.
Qu'avez- voua?
HEEN ANi. Le vieillard !
DO^A BOL. Dieu ! quels regards funèbres !
Qu'avez-vous?
HEBNANi. Le vieillard, qui rit dans les ténèbres! — Ne le voyez-vous pas?
DOfi^A SOL. Où vous égarez-vous?
Qu'est-ce que ce vieillard?
HERNANI. Le vieillard!
DOf^A SOL, tombant à genoux. A genoux
1085 Je t'en supplie, oh! dis, quel secret te déchire? Qu'as-tu?
Je l'ai juré!
DolîA SOL. Juré?
Mie suit tous ses mouvements avec anxiété. Il s^ arrête tout à coup et passe la main sur son front.
HERNANI, à part. Qu'allais-je dire?
Epargnons-la.
Haut.
Moi, rien. De quoi t'ai-je parlé?
DOÎf A BOL.
Vous avez dit . . .
HERNANI. Non. Non. J'avais l'esprit troublé. . . . Je souffre un peu, vois-tu. N'en prends pas d'épouvante.
DOf^A SOL.
8000 Te faut-il quelque chose? ordonne à ta servante.
Le cor recommence.
HERKAKI, à part.
H le veut I il le veut ! Il a mon serment !
Cherchant à sa ceinture sans épée et sans poignard*
—Rien!
Ce devrait être fait î— Ah ! . . .
DOlîA SOL. Tu souffres donc bien?
HEKNANT.
Une blessure ancienne, et qui semblait fermée, Se rouvre. . . .
A part.
Éloignons-la
Haut.
Doua Sol, bien-aimée.
Écoute. Ce coffret qu'en des jours — ^moins heureux — ax» Je portais avec moi. . . .
DOlitA SOL. Je sais ce que tu veux.
Eh bien, qu'en veux-tu faire?
HERNANi. Un flacon qu'il renferme
Contient un elixir qui pourra mettre un terme Au mal que je ressens. — ^Va!
do^jl sol. J'y vais, mon seigneur.
Elle sort par la porte de la chambre nuptiale.