‹ Préleçons de pathologie expérimentaleChapitre 8 sur 8 · CB · texte numérisé non relu

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Maintenant je reprends la question posée précédemment; quelles inductions générales pourrons-nous tirer de ces faits ? il est évident que les documents sont loin d’étre assez nombreux dans chaque espèce, dans chaque ordre, pour qu’on puisse en faire des applications aux individus, soit relativement à l’àge? par exemple, ou au sexe; M. Girard avait eu soin de noter Tàge des individus; j’ai toujours pris des renseignements à ce sujet? mais, je le répète, les observations sont encore en trop petit nombre pour que, sous ce rapport, on puisse en tirer des faits généraux.

Mais, en s’en tenant aux classes seulement, ou même aux ordres qui composent la série animale, ou bien en considérant le volume des espèces, leur genre d’alimentation , leurs mœurs en général, pourrions-nous trouver quelques rapports avec la précipitation ou la lenteur comparative des mouvements circulatoires ?

Ce qui me frappe ici avant tout (et je l’ai dit dans ma dissertation de concours), c’est cette remarquable uniformité que la nature me paraît avoir mise dans le rhythme des battements circulatoires, et cela dans des organisations si profondément , si étrangement différentes. Parcourez en effet l’échelle animale, à une extrémité, vous trouverez l’écrevisse, par exemple, dont le cœur, simple renflement vasculaire, vous offrira des pulsations allant de 50 à 76 dans ses variations , précisément comme dans l’espèce humaine; vous trouverez la même analogie chez les amphibiens, les grenouilles, les salamandres; il n’y a pas jusqu’au vaisseau dorsal des articulés à respiration trachéenne, qui ne batte dans les mêmes limites, c’est à dire de 60 à 90 par minute !

Si ensuite il y a quelques différences pins notables dans le nombre des pulsations , elles n’auront aucun rapport constant avec la place que les animaux occupent dans la série avec leur volume, leur genre de nourriture, et leurs mœurs; que si ces différences notées par les auteurs sont tranchées, on verra qu’elles paraissent plutôt dépendre de circonstances étrangères à leur organisation , et dont on a négligé de tenir compte dans les observations faites à ce sujet. J’y reviendrai tout à l’heure.

Je ferai donc remarquer de nouveau que, quant au degré de lié' ' ioppement, d'évolution, dans la série, il n’y a aucune différence notable; ainsi dans les reptiles, dans les crustacés, dans les insectes même , nous trouvons des pulsations aussi nom-

breuses, et dont le rhythme est aussi régulier que dans les hautes classes de Fanimalité,

Quant au volume , il faudrait peut-être le considérer plutôt dans chaque espèce, pour juger des différences qu’il comporte dans le pouls , que le considérer dans la série entière; car d’un côté nous voyons des poissons d’un petit volume , ayant un pouls moins fréquent que celui des ruminants incomparablement plus considérables ; d’un autre côté, le tapir ayant aussi un pouls moins fréquent que celui de l’àne plus fort et plus grand que lui. Mais ce serait une question à reprendre dans chaque ordre et dans chaque genre ; aussi je regretterai toujours de n’avoir pu parvenir à compter d’une manière un peu positive le pouls de l’éléphant pour le comparer à celui de la souris , infiniment petit mammifère que j’aurais voulu rapprocher, sous ce rapport, du plus volumineux que nous connaissions à la surface du globe.

Quant au genre d’alimentation , il nous serait encoi e bien difficile de baser sur ce fait, d^ailleurs si varié, des différences constantes dans la variabilité du pouls ; si en effet d’un côté nous avons vu que le chat, animal essentiellement carnivore, a le pouls en général très fréquent , au moins le double de celui du bœuf et de la vache, d’un autre côté nous avons pu observer que le lion a le pouls moins fréquent que celui des taureaux et des paisibles génisses !

Pour les mœurs, les instincts , même défaut de corrélation ! Nous avons vu que les panthères, les hyènes, ont le pouls moins fréquent que celui des marmottes et des moulons! donc la vivacité, la fréquence, la précipitation du pouls, ne paraissent pas liées à un surcroît de force, d’énergie ou de férocité chez les animaux.

Il y a cependant des variations dont on doit tenir compte, dont il faudra chercher les lois ; mais ces variations sont loin d’être aussi considérables qu'onl’a cru jusqu’à présent ; si on nous objectait, comme exemple pris dans le tableau que nous avons dressé nous-mêmes, d’une part, l’extrême rareté du ]»ouls dure^wm, et, d’autre part, la grande fréquence du pouls du héron , le premier battant seulement 7 fois par minute, et le second 220 fois aussi par minute; à cela nous répondrions qu’assurément ici il y a eu des causes de perturbations nécessairement étrangères au rhythme naturel du pouls chez ces animaux ; ces deux chiffres sont tellement en désaccord avec les faits que J’ai observés, que

je n’hésite pas à les regarder comme tout à fait en dehors de la norme. On peut d’ailleurs présumer les causes de ces grandes différences ; ainsi , pour ce qui est du héron, il est plus que probable que dans leurs recherches les explorateurs n’auront pas attendu un temps suffisant; qu’il aura été examiné dans un moment d’agitation extrême, de vive émotion ; ce qui se conçoit parfaitement chez des animaux naturellement timides ou farouches ; j’ajouterai , h cette occasion, que, même chez les animaux domestiques, c’est une circonstance qu’il faut toujours se rappeler ; ainsi les chevaux, les vaches, les taureaux même, lorsqu'on se met à leur tâter le pouls, éprouvent presque toujours, dans les premiers moments, une émotion assez vive pour précipiter les battements d’une manière notable. Quant au pouls du requin j je crois l’évaluation encore plus erronée ; c’était un pouls descendu , si l’on veut, à 7 battements par minute , mais ce n’était pas là le pouls normal; on pourrait d’ailleurs se demander comment Scoresby a pu s’y prendre pour tâter le pouls du requin à l’état normal? Assurément il n’a pas été faire ses explorations dans rélément naturel au requin ; ce ne pouvait donc être que sur un requin harponné, ou jeté sur le pont d’un bâtiment, et conséquemment sur un requin à peu près mourant, ce qui, suivant nous, rend parfaitement raison de cette extrême rareté du pouls. Ainsi ces différences sont plutôt apparentes que réelles ; elles n’infirment pas les conclusions générales que nous avons posées.

Mais puisque nous voici arrivés incidemment à cette question de la décroissance dans le nombre des pulsations par le fait des approches de la mort, cette particularité ayant été niée, nous allons exposer ce que nos expériences nous ont appris à ce sujet, c’est par là que nous terminerons cette première partie de notre mémoire.

C’est une opinion controversée parmi les médecins que celle de savoir si, aux approches de la mort, le nombre des pulsations s’accroît, se précipite, ou bien s’il devient moins fréquent, plus rare. Les deux hypothèses ont été soutenues; nous aurions dit peut-être, à priori, qu’il faut distinguer le genre de mort , ou plutôt la nature du mal qui va mettre fin à l’existence; mais nous avons cherché à nous éclairer expérimentalement, au moins pour les cas de morts traumatiquement provoquées.

M. Poiseuille avait déjà touché cette question ; il semble même poser en fait général qu’aux approches de la mort le nombre des

pulsations augmenterait constamment. Le nombre , dît-il , augmente (dans les vivisections) par suite de l’action de l’air ou de toute autre cause, comme aux approches de la mort {Du mouvement du sang dans les capillaires , page 32, note), et à cette occasion il s’appuie sur des phénomènes offerts par une jeune salamandre ; mes observations à cet égard ne concordent nullement avec celles de M.Poiseuille ; elles tendent précisément à prouver le contraire, et je les ai répétées sur des animaux de diverses classes. Ainsi , chez une jeune souris, le cœur ayant été mis à nu, on a compté immédiatement cmi vingt battements par minute; mais après cinc[ minutes cet organe n’en offrait déjà plus que quatre-vingt-dix; après six minutes, soixante; après sept minutes , quarante-six ; après huit minutes , quarante-quatre ; après dix minutes, trente-huit; après onze minutes, vingt : après douze minutes , dix.

Une grenouille ayant été préparée, le cœur rais à nu battait quatre-vingts fois par minute ; il ne battait plus que quarante-huit fois après dix minutes, quarante-quatre fois après quinze; même décroissance pour les cœurs lymphatiques qui d’abord battaient quatre-vingt-seize fois par minute, puis quatre-vingts, soixante , etc. , etc.

De même encore pour la salamandre , d’abord quatre-vingts fois par minute, puis soixante; puis après dix minutes quarantesix fois seulement.

De même enfin pour l’écrevisse; tout d’abord soixante-seize fois par minute, puis bientôt soixante; puis après trois minutes, vingt-huit fois. Ainsi, et telle est notre conclusion , dans le genre de mort qu’on provoque par suite des vivisections, le nombre des pulsations, règle générale, va sans cesse en décroissant; le pouls devient d’autant plus rare que la mort est imminente.

Je ne puis cependant terminer celte note sans ajouter encore un mot sur un point important; savoir sur ce fait du volume des tubes artériels comparé à celui du corps entier et au rang occupé par les animaux dans l’échelle zoologique. J’ai dit dans ma note, sur l’organisation du système capillaire, que les petits vaisseaux capillaires ont un diamètre absolu d’autant plus considérable que les individus sont placés plus bas dans l’échelle animale. Ainsi dans les amphibiens les capillaires sont plus volumineux que dans les animaux à sang chaud ; or, autant que peuvent me le faire présumer mes recherches sur le pouls, il me paraîtrait que

plus le volume des mammifères est considérable^ plus les artères m'ont paru faibles proportionnellement parlant. J’ai dit que très probablement chez l’éléphant la petitesse proportionnelle des vaisseaux artériels avait été une des causes qui m’avaient empêché de sentir distinctement leur diastole; on peut d’ailleurs en avoir la preuve directe dans les galeries d’anatomie comparée. Il suffira de comparer l’aorte de l’éléphant à l’aorte de l’homme, on sera surpris des petites proportions de l’artère principale chez l’éléphant , et on verra combien elle est loin de répondre aux effrayantes dimensions de cet animal.

Notre intention première avait été de revenir d’abord ici avec quelques détails sur le mouvement du sang dans les artères et dans les veines ; déjà nous avions repris quelques expériences sur le pouls dans la série animale, expériences consignées dans la note précédente ; cette seconde note devait être réservée à des recherches sur le pouls considéré dans l’espèce humaine ; mais comme ces recherches doivent être poursuivies sur une plus grande échelle , comme elles exigent enfin de nombreux développements, c’est un sujet que nous réservons pour un autre temps et qui fera la matière d’un mémoire spécial. Nous bornant donc pour le moment à ce qui a été dit dans notre dissertation, page 81, nous allons passer immédiatement à la propulsion du sang dans le système capillaire.

Pour que le sang traverse ce système, avons-nous dit dans la note précédente , il faut ou que le cœur agisse comme moteur unique, ou que les tubes capillaires se contractent d'eux-mémes sur ce fluide, ou enfin que celui-ci soit doué d’un mouvement spontané.

Harvey, tout en accordant la suprématie , le rôle principal au cœur pour expliquer le cours de cette admirable circulation qu’il venait de découvrir, Harvey, dis-je, tient compte en même temps d’autres circonstances : pour que le mouvement ait lieu, dit-il, il faut un choc, une force, un agent de propulsion ; cet agent, c’est le cœur : ad hune motum sanguinis ^ impetu et violentiâ opus est, et impulsore quale cor est [de Mot. sang., cap. XV, 165). Puis il admet une action particulière delà part des capillaires veineux pour le retour du sang ; quia è venis capillaribus in parvas ramificationes et indè in majores, exprimitur motii.

Il admet eSh outre une certaine compression exercée par les

muscles et dans les membres : memhrorum et museulorum compressione.

Enfin, il croit à une sorte d'attraction exercée par la masse sanguine sur les particules éparses et divisées, attraction qui fait qu'une goutte d'eau éparse sur une table tend à se réunir, à se confondre avec la masse : quia sponte sanguis suâ,,, quasi gutta aquæ sparsa super tabulam ad massam facile concentratur et coït ( Loco cit, ).

Ainsi Harvey tient compte des trois conditions que nous avons mentionnées tout à l’heure, et je m’étonne que Doellinger ait néanmoins affirmé que Harvey s’était contenté d’indiquer le passage du sang, des artères dans les veines, sans chercher à donner l’explication de ces phénomènes [Sur la cwcuL, par Doellinger, Journ, du progrès , ix, p. 2 ).

Dans la théorie de Harvey, l’action du cœurfest indispensable pour que le sang passe du centre à la périphérie; mais pour aller de la périphérie au centre, il y a tendance naturelle; dans le premier cas, il faut qu’il pénètre dans des espaces plus serrés et plus froids : ut loca stricta et frigidiora ineat; danslé second il y a propension, spontanéité, proclivis et pronus est sanguis [Loco cit,).

Haller, répétant toutes ces expériences, comme si Harvey et Walleus n’en eussent fait aucune, commence par confirmer tout ce qui avait été dit sur l’action du cœur; il rejette en outre tout mouvement de contraction de la part des vaisseaux capillaires, et il ajoule que ceux qui ont supposé dans le sang un mouvement intestin, capable de contribuer à son mouvement de progression, se sont totalement trompés [Sur le mouv, du sang ^ chap. III, p. 61 ).

Toutefois, et nous y reviendrons plus loin, Haller a fait toute une série d’expériences pour découvrir les causes des mouvements du sang qui ne dépendent pas du cœur, et ces causes il les a signalées,

Bichat a dù nécessairement commettre bien des erreurs sur le mouvement du sang dans les capillaires. Nous avons fait remarquer dans les notes précédentes que ce physiologiste avait imaginé presque tout ce qu’il a dit sur Forganisatioii de ce système; il en résulte qu’il a dù faire des suppositions non moins gratuites sur ses fonctions.

Ce qiFil y a d’étrange, c’est l’incroyable assurance, la pro-*

fonde conviction de Bichat sur des faits qu’il n’avait pas même cherché à vérifier , et qui pour la plupart avaient été laissés en litige par les plus grands physiologistes.

Bichat semble toujours poser des lois , et des lois qui n’admettent pas le plus petit doute : le sang , dit-il , une fois arrivé dans le système capillaire est manifestement hors de l’infiuence du cœur; le système capillaire, poursultdl, est vraiment ie terme où s’arrête Finfiuence du cœur {Anatomie generale^ sect. vu, Circul. des capill. ); puis, sans chercher à prouver ce premier fait, il en tire des conséquences qui, suivant lui, en prouvent la réalité: voilà pourquoi , dit-il, tous les vaisseaux qui partent de ce système présentent dans leurs fluides un mouvement qui

ne correspond point à celui des artères qui s’y rendent Cela

est réel pour les excréteurs {Loeo cit.), et notez que ces vaisseaux, que ces excréteurs, ne partent point des courants capillaires !

C’est cependant sur cêtte réalité, sur cette évidence que s’appuie Bichat pour affirmer que Finfluence du cœur sur le mouvement des fluides s^'est interrompue, a fini dans le système capillaire.

En résumé, Bichat ayant à prouver que le sang une fois arrivé dans le système capillaire se trouve hors de Finfluence du cœur, n’a pas été vérifier comment le cours du sang se fait dans ce système ; il a de préférence cherché ses arguments dans des actes physiologiques et pathologiques qui , suivant lui , ne s’accommoderaient pas d’une condition autre que celle posée par lui en fait.

Doellinger et Kaltenbrunner admettent d’abord que le mouvement du sang , dans toute Fétendue des artères , dépend uniquement de Faction du cœur (Loco cit, , 43) ; mais pour la propagation de ce mouvement, dans le système capillaire, ils ont recours à une autre hypothèse. La contraction des tubes capillaires invoquée par Fécoîe de Bordeu et de Bichat leur paraît inadmissible; ils ne pensent pas qu’on puisse accorder aux parois des vaisseaux capillaires une conctractiliîé toute particulière , et par conséquent une participation active au mouvement du sang.

Suivant Kaltenbrunner, il ne faut chercher la cause du mouvement indépendant du cœur que dans le sang lui-même : les globules sanguins manifesteraient, dans les vaisseaux capillaires,

la propriété qu’ils possèdent de se mouvoir et de se rendre dans les veines, à l’état normal (Loco cit. 49).

M. Magendie se refuse à admettre une action quelconque de la part des capillaires; il s’appuie sur de nombreuses expériences , et sa conclusion est que les ventricules du cœur sont les seuls agents de la circulation.

Burdach dit positivement {Traité de physiologie y etc.,vi, 308) que le mouvement du sang dans les capillaires dépend de rimpulsion du cœur ; il admet une contraction accidentelle des tubes capillaires; mais, loin de favoriser la circulation, cette contraction, quand elle a lieu, ne peut qu’intercepter les courants ( Op. cit. , VI, 362 ) , et il en conclut que les capillaires eux-mémes n’exercent aucune influence sur la marche du sang.

M. Gerdy, je l’ai fait remarquer dans ma dissertation (page 74), a admis une opinion qui n’a rien d’exclusif. Ce professeur, après avoir critiqué méthodiquement et avec une grande impartialité les différentes hypothèses invoquées par les auteurs , M. Gerdy conclut que c’est professer une physiologie peu médicale que de se préoccuper uniquement de l’action du cœur et des artères, et de ne pas s’occuper de celle des capillaires qui se révèle sur^ tout dans les maladies et qui intéresse tant notre art ( de méd.jMii^ 60).

Telles sont, en résumé, les opinions admises par les principaux physiologistes sur la propulsion du sang dans le système capillaire. Il nous reste à examiner en quoi les expériences auxquelles nous nous sommes livré peuvent faire prévaloir plutôt telle de ces opinions que telle autre.

Tout nous porte d’abord à rejeter formellement la supposition d’un mouvement spontané dans le fluide sanguin ; les partisans de cette opinion ne se sont véritablement appuyés que sur des erreurs, des illusions , ou du moins sur de fausses interprétations.

De la part de Harvey, c’était une idée sur laquelle il s’est bien gardé d’insister; Haller l’avait reprise sans y attacher plus d’importance : il m’a paru, dit-il, que le sang est attiré par le sang lui-méme, les globules sont attirés du côté où il y a un amas de leurs semblables (Ojt?. cit,, 340); mais Doellinger avait été bien plus loin , ce n’était plus pour lui une simple attraction, un phénomène tout physique, c’était un mouvement spontané et individuel de la part des globules sanguins.

J’ai fait remarquer dans les notes précédentes quelles ont été

les causes l’erreur dans laquelle est tombé Doellinger. Des globules souvent très espacés par du sérum en suivent tous les errements, toutes les fluctuations; lorsque les courants circulatoires ne peuvent vaincre la force de résistance que leur opposent les tissus, le sérum rétrograde pour osciller dans la même gouttière, ou pour en suivre une autre dont l’accès est plus facile; il en résulte que les globules isolés paraissent exécuter des mouvements qui leur seraient propres, et cependant ils ne sont qu’entraînés par un fluide incolore; tous ceux qui ont observé, au microscope, la circulation capillaire, ont pu, comme nous, être témoins de ce spectacle; on les voit avancer, reculer, tantôt finir par vaincre la résistance, et tantôt rétrograder pour prendre une autre voie.

Nous les avons vus, bien des fois, pénétrer dans telle partie de la substance animale qui ne nous paraissait pas d’abord creusée en canal et qui l’était cependant, puisque ces globules y trouvaient de nouveau accès. Aussi nous nous sommes, et dans tous les cas, parfaitement rendu compte des mouvements des globules isolés, ou du moins espacés.

Tout s’explique lorsqu’on sait d’une part qu’ils ne font que suivre le sérum dans lequel ils nagent, et que tous les mouvements tiennent à deux conditions : résistance des parties, impulsion du sang ; mais nous aurons à revenir tout à l’heure sur ces questions.

Passons à l’examen de la seconde opinion, savoir; celle qui, pour expliquer la propulsion du sang dans le système capillaire, suppose des contractions incessantes et actives de la part des vaisseaux capillaires.

Cetle opinion, avons-nous dit, professée par Bichat, n’a été étayée par lui d’aucune preuve; il est bien singulier, du reste, que dans toutes les discussions qui ont eu lieu sur ce sujet, on en a bien plus appelé aux raisonnements, aux causes finales, qu’aux expériences directes.

Toutefois , dans ces derniers temps, on avait senti la nécessité de recourir à des expériences,restait à les interpréter judicieusement : j’ai dit dans ma dissertation ( page 75 ), que quelques unes de ces expériences, celles qui avaient pour but de prouver un fait vrai au fond, la non contraction active des capillaires, n’avaient cependant pas paru concluantes à M. Gerdy, et j’ai partagé l’opinion de ce professeur.

Comment en effet a-t-on pu espérer qu’on parviendrait , en plaçant des ligatures d’abord, plais en ouvrant des artères correspondantes^ qu’on parviendrait, dis-je, à isoler l’action des capillaires et à en mesurer l’intensité.

D’un côté, en effet, vous ouvrez des artères faisant office de vaisseaux afférents, d’autre part vous adaptez un tube à des veines faisant office de vaisseaux efférents, et vous croyez avoir placé les capillaires inlermédiaires dans une condition propre à manifester leur action !

Bien certainement l’ascension du sang dans le tube devait aussitôt diminuer, et cela qu’il y eût ou qu’il n’y eût pas contraction de la part des vaisseaux capillaires.

Le moyen le plus probant était donc d^examiner, de voir comment se fait la circulation dans le système capillaire, et c’est ce que nous avons fait.

Mais revenons d’abord en peu de mots sur la constitution des derniers courants capillaires, c’est un fait important dans la question qui nous occupe.

Pour bien faire connaître ces courants, après avoir exposé toutes les raisons qui me portent à croire qu’ils traversent en plein la substance anirnde, qu’ils permettent ainsi au sang d’entrer immédiatement en conflit avec cette même substance, j’avais cherché dans la note précédente à donner la mesure du diamètre de ces courants et des espaces inlercapillaires; par suite delà publicité qu’a reçue cette note, il est arrivé que ces deux points ont suscité une controverse entre M. Poiseuille et moij controverse qui menaçait de perdre tout caractère scientifique, si je n’y avais rais Un, en déclarant que ce sujet serait bientôt repris par moi avec tous ses développements, c’est à dire dans ces mêmes notes, et non plus par correspondance.

Depuis, j’ai dû, dans l’intérêt de la vérité, répéter les mêmes expériences, vérifier de nouveau : or, les résultats aifxquels je suis arrivé sont à peu près les mêmes; je dis à peu près, car, comme l’a fort bien remarqué M. Raspail, il ne faut pas s’exagérer l’im*portance et la précision de ces sortes de résultats. ( Gazette des hôpitaux, l. Il, p. oQ4, )

J’avais dit que chez une très jeune grenouille j’avais trouvé des petits courants dont le diamètre ne s’élevait guère au-delà de 1/200 de millimètre , que d’autres courants, cette même nouille, offraient l/l 00, d’autres 2/100 de millimètre.

J’aTais ajouté que les îles de substance animale circonscrites, limitées par ces deux ordres de capillaires pouvaient avoir un diamètre moyen de 7 à 10/100 de millimètre.

Ainsi, les termes mêmes dont je m’étais servi indiquaient que ces mesures me paraissaient simplement approximatives; je disais qu’elles n’allaient guère au-delà de telle étendue; que pour les espaces intercapillaires , c’était un diamètre moyen que j'entendais indiquer. Pouvais - je être absolu en face delà nature, qui, dans son plan générai, varie à chaque instant les détails : ce il est temps, a dit avec raison M. Raspail,

» qu’on admette, du moins par analogie, que les organes soit en » grand, soit en petit, varient de dimensions et de grandeur » réelle, selon les espèces, les individus, et sur les mêmes indi-

» vidus, selon l’àge et la topographie du corps Il n’est pas

» un organe élémentaire (ajoute plus loin M. Raspail), qui ne » prête matière à ces réflexions, et le vaisseau capillaire, par » exemple, fournirait un chiffre bien différent, selon qu’on en yy mesurerait le calibre près de l’artère qu’il continue, ou de la )) veine qu’il commence, ou vers le point de l’anse qui est à une » égale distance du point où l’artère commence et où l’artère » finit. » ( Loc, eit. )

La conclusion que M. Raspail tire de ces faits est aussi juste qu’elle est réservée; lors donc, dit-il, que noos donnons un tableau comparatif des diamèires des divers organes, il ne faut pas attacher à ces résultats une autre importance que celle de simples approximations propres à fixer les idées des rapports, et non à déterminer la valeur de termes invariables. ( Loco cit. )|

Eh bien! je proteste ici que j’ai toujours donné mes résultats sans autre prétention et que j’ai toujours été guidé par ce même esprit.

C’est ce que n’a sans doute pas compris M. Poiseuille, quand il n^apas cru pouvoir se dispenser, ainsi qu’il le dit ( Expér, VI, 144 ), dans V intérêt du microscope, de relever mes erreurs.

Ainsi le microscope , ou plutôt la réputation du microscope se trouvait compromise, parce que Je ne pouvais déterminer la valeur de termes invariables!

Mais objectait M. Poiseuille, lamesure assignée par M. Dubois était vraie ^ toute circulation serait arrêtée chez la grenouille ; car il a trouvé de petits courants qui ne s’élevaient guère

au delà de 1/200 de millimètre; et les qui parcourent

ces vaisseaux (c’est M. Poiseuille qui parle), ont leur plus petit diamètre de 1/75 à 1/80 de millimètre (on voit que je ne cherche pas à diminuer la force apparente de l’objection).

Je ferai d’abord remarquer que cette disproportion, peut-être plus apparente que réelle, n’a pas dû me préoccuper; j’ai dû chercher à mesurer sans idée préconçue, et voilà tout. Rien ne m’eût été plus facile assurément que de proportionner partout les contenants aux contenus, et de me mettre ainsi à l’abri des objections de M. Poiseuille, mais j’ai dû consigner ici le résultat de mes observations, et non de ses raisonnements.

Maintenant, et pour ne pas m’appuyer uniquement sur des faits qui me sont propres, qu’il me soit d’abord permis d’invoquer ici des autorités irrécusables.

ex fréquemment remarqué des capillaires, indiqués par deux lignes, qui étaient si étroits que quand un globule se présentait à leur orifice, il y demeurait arrêté ; que

parfois ce globule y entrait pour ainsi dire de force. chungen ueher den K^^eislauf, 205.) Est-ce que pour cela toute circulation était impossible, comme le veut M. Poiseuille? Non assurément , c’est qu’il y avait d’autres courants d’un plus grand diamètre, précisément comme dans l’expérience attaquée ici, puisqu’en même temps, chez le même individu, j’ai trouvé, le viens de le dire , des courants de 2/100®« de millimètre, ou de 1/50®.

Telle gouttière, dit Muller, ne présenîe pendant quelque temps que de la sérosité sanguine, puis tout à coup on y aperçoit des globules à la suite les uns des autres. {In Biirdach, vi, 228.)

Sans globules, ajoute aussitôt Muller, les courants sont incolores, transparents ^ avec des globules isolés, ils paraissent d’un jaunâtre pâle, sans perdre leur transparence, {Lococit.)

Que prouvent ces citations? Trois choses : qu’il peut y avoir, chez un animal vivant, des courants d’un diamètre apparent plus petit que celui des globules; et que ce fait observé par moi, l’avait déjà été par d’autres; 2^" que cette disproportionné fait pas que toute circulation soit impossible; S*’ que ces derniers courants capillaires sont observables en cela qu’ils sont transparents, et que , livrant passage à des globules isolés, ils ne perdent pas leur transparence.

Or, c’est précisément ce que j’avais déjà répondu à M. Poh

seuille , quand j’ai dit que j’avais trouvé cette mesure exiguë, non à des vaisseaux proprement dits, pourvus de parois spéciales et indépendantes, mais à des courants si déliés qu’on ne les apercevait plus que sous forme de linéaments, de traces plus lumineuses que le fond sur lequel elles se dessinaient : etM. Poiseuille isolant ces dernières expressions du reste de ma réponse aurait voulu faire croire que d’abord j’aurais dit avoir mesuré des courants capillaires, puis que j’aurais avoué n’avoir plus mesuré que des linéaments, des riens !

Je le répète donc pour la dernière fois et afin qu’il n’y ait plus d’équivoque, les capillaires du premier ordre, capillaires qui admettent plusieurs globules de front, se présentent sous forme de tubes parfaitement cylindriques, avec une saillie antérieure très prononcée et sur lesquels se contournent les petits courants ; tandis que les capillaires du second ordre, qui n’admettent que des séries isolées, des chapelets de globules, et qui parfois même ne peuvent plus accidentellement en admettre un seul, se présentent sous forme de linéaments, de traces plus lumineuses, plus transparentes (expression de Muller), que le fond sur lequel elles se dessinent; et ces traces transparentes 5 qui ne sont que les gouttières des plus petits courants, m’ont offert, chez une très jeune grenouille, un diamètre qui n’allait guère au delà de 1/200“® de millimètre.

Mais si M. Poiseuille s’est élevé ainsi contre l’exiguité de mes mesures, c’était, comme on le dit communément, pour me payer de la monnaie de ma pièce; s’il a trouvé mes capillaires trop petits , c’est ^arce que j’avais trouvé ses espaces intercapillaires tî'op grands : ajoutons si l’on veut à cela Vintérêt du microscope.

En effet j’avais dit, dans la note précédente, que M. Poiseuille ayant à s’occuper spécialement du mouvement du sang dans les capillaires, avait pu ^ pour ne pas surcharger ses dessins, espa^ cer largement les courants secondaires,

M. Poiseuille se méprenant sur une supposition faite avec réserve, et qui assurément ne tendait pas à jeter de la défaveur sur ses travaux, a répliqué comme on vient de le voir; mais comment s’est- il défendu lui même sur la trop grande dimension de ses espaces intercapillaires? A-t-il, comme nous venons de le faire ici, exposé quelques raisons scientifiques? ou répliqué que ceci est simplement approximatif? Du tout : voici quelle a

été sur ce point la réponse de M. Poiseuiile : Nos dessins ont été exécutés 'par M. Chazal; c’est dire alors que la nature ne pouvait trouver de plus fidèle interprète. {Expér. VJ^ p. 63.) De sorte que le nom de M. Chazal répond à tout; dire que c’est M. Chazal, c’est tout dire. Ne semble- t-il pas entendre ceux dont a parlé M. Raspail dans les préliminaires de son Nouveau système de chimie organique , ce ces micrographes, disait M. Raspail, qui ne trouvent pas de meilleure garantie à donner de l’exactitude des faits que la richesse des microscopes dont ils se sont servis ; nous avons observé cela avec le beau microscope d’Adams, avec l’excelieat microscope de Seliigue, avec l’incomparable microscope d^Amici , inscrivaient-ils en tète de leurs mémoires, et tout ie monde de se récrier sur l’incontestable découverte obtenue à l’aide d’aussi puissants instruments. » {Nouv. syst. de chim, org , ^ 43.) J’ai eu le malheur de ne pas me récrier sur l’incontestable exactitude de dessins dus à un artiste célèbre : voilà mon tort. Toutefois je m’étais à peu près contenté de cette garantie du nom de M. Chazal, quand la persistance des critiques de notre confrère m’a fait examiner de nouveau et avec plus de sévérité et ses recherches et ses dessins.

De ce nouvel examen est résulté pour moi la conviction que M. Poiseuilie a eu tort de laisser M. Chazal dessiner les capillaires sans se servir de la chambre claire ; quelle que soit l’habileté de cet artiste, il est absolument impossible que , par une simple imitation, c’est à dire en cherchant à reproduire sur le papier ce que son œil venait de voir dans le champ du microscope, sans avoir recours enfin à aucun moyen micrométrique , il ait pu donner même approximativement et le diamètre des espaces intercapillaires, et le diamètre des capillaires eux-mémes : des dessins faits ainsi peuvent avoir quelque valeur artistique, mais ils n’ont pas une même valeur scientifique.

C’est sans doute par les mêmes motifs qu’on pourra reprocher une autre inexactitude à ce dessin de M. Chazal, qui représente les capillaires de la vessie d’un jeune surmulot ; on y remarque en effet que la plupart des petits courants capillaires veineux viennent s’ouvrir directement dans de gros troncs; ce qui est tout à fait contraire à la loi posée par Haller, loi que j’ai fait connaître dans la note précédente; c’est une observation que M. Poiseuilie devra prendre en considération , car elle se rattache à des faits scientifiques importants.

Mais en voici assez sur ce point; j’ai été bien y se d’y revenir et d’y insister, d’abord parce que j’avais promis de répondre aux objections qui avaient été faites; puis, parce qu’il est bon de ne pas perdre de vue l’organisation des deux ordres de capillaires, quand on veut bien comprendre les phénomènes de la propulsion du sang dans ce même système.

Lorsqu’on examine attentivement la marche du sang dans les capillaires, on voit que dans l’état normal les courants ne sont en aucune manière précipités ou ralentis par un mouvement quelconque dû aux parois des capillaires ou à la substance animale , quand il n’y a plus de parois. Je dis dans l’état normal , car il est une foule d’anomalies dans la marche des globules qui ne peuvent trouver leur explication que dans les changements physiques ou chimiques des organes vasculaires.

On voit donc dans les deux ordres de capillaires que nous avons décrits, les globules sanguins courir uniformément sans contraction, sans action aucune de la part des parois.

J’ai dit que souvent , comme seules limites appréciables on n’aperçoit plus que deux lignes parallèles et ombrées; or, quand la circulation est régulière, on ne voit aucun changement ni dans la direction, ni dans la situation de ces deux lignes, les globules sanguins passent au milieu, sans que ces limites paraissent s’agrandir ou se rapprocher.

Quand les courants sanguins sont arrivés à un degré de ténuité tel, qu’on ne les reconnaît plus qu’au passage des globules isolés, ou simplement à leur plus grande transparence , voici ce qu’on observe : ou bien le diamètre de ces petits courants est tel que ces globules les traversent sans difficulté, et ce diamètre ne paraît éprouver aucun changement; ou bien leur diamètre est tel que les globules, dans l’impossibilité accidentelle et momentanée de les pénétrer, suivent d’autres voies ; or, dans ce dernier cas, par suite du retrait de la matière animale, il y a plutôt obstacle à la circulation; mais dans ce cas aucun mouvement encore de contraction, aucun mouvement propre à favoriser, à activer la circulation capillaire.

Dans les principaux capillaires , dans ceux qui sont pourvus de parois spéciales et indépendantes, les globules courent de front, et comme par fusées continues^ avec tant de précipitation qu’on ne voit plus ces globules qii’en masse, mais toujours sans mouvement aucun des parois; celles-ci plus transparentes, plus

pâles dans les capillaires artériels ; plus foncées, plus obscures dans les capillaires veineux, non seulement ne présentent rien qui ressemble à des contractions successives, péristaltiques, mais n’ofPrent plus de dilatations, de pulsations enfin, comme les troncs artériels proprement dits. Où finissent donc ces mouvements isochrones de dilatation dans l’arbre artériel? Dans quel point du système artériel ou du système capillaire n’en aperçoit-on plus de traces ? C’est là ce qu’il serait bien difficile de déterminer. Quand l’animal est encore plein de force, et qu’on n’a exercé aucune violence sur les parties soumises à rol>servalion, qu’on ne les a modifiées par aucun agent; dans toute l’étendue du champ du microscope , on ne voit qu’un mouvement régulier, uniforme ; non seulement il n’y a aucune intermittence, mais il n’y a pas même de rémittence ^ c’est à dire des alternatives d’accélération et de ralentissement, avec continuité dans le cours du sang. Est-ce parce que l’ébranlement imprimé aux colonnes du sang, après s’étre fait sentir dans toutes les artères, doit se soutenir uniformément dans les courants capillaires ? Est-ce parce que la systole artérielle contribue activement au mouvement, à la marche du sang ? Ce sont des questions qui ont été posées , mais qui n’ont pas été résolues.

Dans l^js courants capillaires privés de parois spéciales ( et qui ont éW reconnus comme tels par Wolff , Hunter , Doellinger, Kaltenhrunner, Gruythuisen, Wedemeyer, OEsterreicher et Baumgaertner , quoique M. Poiseuille se refuse à les reconnaître); dans ces courants, dis-je, le mouvement du sang paraît encore se faire avec une excessive rapidité , sans doute à cause du grossissement du microscope ; et il n’est encore aidé en aucune manière par une action quelconque de la substance animale; tous les globules isolés s^e précipitent les uns à la suite des autres, sans accélération ou ralentissement successifs ; la matière animale qui limite ces courants est aussi immobile, passive, que le sont les parois des capillaires principaux.

C’est, au reste, un admirable spectacle à voir que cette circulation capillaire soit dans l’espace interdigital des grenouilles, soit dans le mésentère des animaux à sang froid et à sang chaud , soit dans le mésentère de très jeunes souris blanches. Je ne m’étonne pas que le grand Haller ait passé des heures entières, émerveillé de cette contemplation. On voit , en effet, d’un côté les capillaires artériels lancer uniformément, bien qu’avec une prodigieuse ra-

pidité, leurs flots de globules; on voit, de Pautre, de plus gros capillaires veineux reprendre ces mêmes globules avec une vélocité presque aussi grande, et comme intermédiaire un merveilleux réseau de petits courants , dans les mailles duquel courent des séries de globules isolés , et tout cela avec une immobilité complète du fond, sur lequel se projettent ces dessins si riches et si variés.

Mais si dans les capillaires du premier ordre la direction du courant est toujours la même, on ne peut en dire autant à l’égard des courants du second' ordre ; dans les premiers, comme ils sont à distribution dendritique, on voit , pour les capillaires artériels, les globules passer du tronc dans les branches, à moins que, par une des circonstances accidentelles dont nous parlerons bientôt, le mouvement ne soit momentanément rétrograde \ de même pour les capillaires veineux , il y a une direction con stante et normale qui se fait des radicules aux troncs.

Dans les courants du second ordre , il y a bien moins de constance ; et d’abord nous avons dit que souvent ils changent de diamètre, qu’ils peuvent avoir un diamètre apparent moins considérable que celui des globules, ce qui nous a valu les remarques critiques de M. Poiseuille; d’où il résulte que tantôt ils livrent passage aux séries isolées des globules, et que tantôt ils ne contiennent plus que du sérum; comme les anastomoses ne paraissent plus établies dans le but seulement de faire passer le sang des artères dans les veines, mais aussi dans le but d’amener une filtration générale , qu’on me passe ce terme, un ruissellement universel; comme enfin tous ces petits courants n’augmentent plus et ne diminuent plus de calibre, à la manière des capillaires dendritiques, il en résulte que la direction dans le cours du sang peut y être à chaque instant changée; il fallait bien que cela fût ainsi, à raison des nombreuses suspensions, des suppressions locales, qui doivent se faire dans le système capillaire général, c’est ce qu’avait fort bien vu Muller, quand il a dit qu’un léger déplacement de l’animal suffit pour imprimer au cours du sang^ dans la communication entre deux petits courants homogènes ; une direction inverse absolument de celle qu’ils suivaient jusqu’alors; de cette manière, ajoute Muller, deux courants artériels ne se rencontrent pas dans une anastomose ; mais celle-ci est parcourue tantôt dans un sens et tantêt dans un autre ; les chosè^

se passent du moins ainsi pour les plus petits courants (in Bur% dach, 270, vi).

Je viens de parler de conditions matérielles bien observées, bien vues 5 ii en résulte évidemment que ni les capillaires à parois sp^aleSjHi les capillaires creusés en plein dans la substance animale, n’offrent en aucun cas des mouvements de contraction. Comment se fait-il cependant que, suivant Thomson et son ami Gordon , rien ne serait plus facile à déterminer que la contraction des vaisseaux capillaires? Dans plus de cent expériences, dit Thomson (Traité de Vinflammation traduit par Jourdan, p. 56 ), la contraction s’est manifestée en moins de deux minutes, après l’application de l’ammoniaque. Plus loin il ajoute que le premier et le plus remarquable des effets visibles de la contraction serait une diminution de vitesse de la circulation dans les vaisseaux capillaires [loc, cit,).

J’ai répété, et un grand nombre de fois, toutes les expériences faites par Thomson et Gordon \ mais je ne pourrai en parler, avec quelques détails, que lorsqu’il sera question du système capillaire à l’état pathologique. Les phénomènes qu’on provoque alors , les changements qu’on détermine ne sont plus en effet de l’ordre physiologique. Quand même alors on donnerait lieu à de véritables mouvements de contraction, ceci ne prouverait encore rien pour la propulsion du sang dans l’état normal; mais, dès à présent, je puis affirmer qu’en aucun de ces cas encore il n’y a véritablement contraction^ soit dans les artérioles, soit dans les veinules, soit dans les courants intermédiaires. J’indiquerai plus tard ce qui a pu ainsi en imposer à Thomson; il a eu recours à plusieurs agents ; or, tous ceux auxquels on donne le nom éi irritants J modifient, pour la plupart, physiquement ou chimiquement, les tissus vivants, la substance animale ; ils changent conséquemment la constitution des courants capillaires ; mais quand il y a diminution de leur calibre, il n’y a pas pour cela contraction. Thomson l’avait d’abord fort bien reconnu luimême.

L’existence d’une contractilité vitale, disait-il , ou d’une tabilité , ainsi que rappellent Glisson et Haller , dans les capillaires des animaux, a été longtemps déduite comme conséquence des fonctions que remplissent ces vaisseaux. Cependant, ajoutait Thomson, il faut convenir que les preuves directes sur lesquelles on a voulu fonder l’existence de cette propriété ne sont ni

aussi nombreuses; ni aussi satisfaisantes; qu’on serait tenté de le croire; d’après le fréquent emploi qu’on fait du mot dans les discussions médicales {loco cit, 54).

Mais après nous être occupé de la question d’une manière générale, nous allons en considérer quelques unes en particulier : voyons d’abord ce qui a trait à la vitesse avec laquelle se fait la propulsion du sang dans le système capillaire.

Et d’abord quelle est la vitesse générale dans les courants capillaires? peut-on l’indiquer avec quelque précision ? Haies avait cherché à estimer cette vélocité ; il avait même cherché à établir le rapport des vélocités du sang dans l’aorte et dans les plus petites artères capillaires. Le docteur Jacques Keil, dit-il, dans ses Es-- ^ais médico-physiques (p. 46), avait fait des calculs d^où il s’ensuivrait que dans les capillaires la vitesse serait de 0,0095 parties d’un pied; ou 0,083 d’un pouce par minute ; Haies admet que telle serait sa vitesse si le sang coulait aussi librement dans les capillaires les plus déliés que dans les grandes ramifications; mais il lui paraissait prouvé que le principal obstacle au mouvement du sang est précisément dans les capillaires. (Haies; Hémostatique (p. 39); Expériences sur les animaux vivants, Genève, 1744.)

Nous ne chercherons pas à réfuter ces erreurs.

Haller n’avait eu garde d’omettre cette question, mais il la trouvait à peu près insoluble. H est très difficile , dit-il , d’établir une proportion entre l’espace parcouru et le temps employé à le parcourir, parce que l’espace qu’on peut considérer avec le microscope est si petit , que le temps qu’il faut au sang pour le traverser est moindre qu^aucune mesure sensible. {Op, cit. 47.)

Mais il est des observateurs bien moins réservés, ou du moins pour qui tout est facile, tout est appréciable, mesurable; ainsi M. Gendrîn n’a éprouvé aucune des difficultés qui avaient arrêté Haller. Ces globules rouges, dit M. Gendrîn, qui circulent dans les capillaires de la pâte d’une grenouille placée sur le microscope, traversent en général en moins dune demi-seconde le champ visuel de l’instrument! [Hist, des inflam,, t. ii, p, 475.)

Ceci est évidemment controuvé. Vingt fois nous avons cherché à mesurer approximativement la vitesse des globules dans les capillaires, et toujours nous avons reconnu, avec Haller, que dans l’état normal cela n’était pas possible. Nous disons dans l’état normal, car, dans les cas de ralentissement , rien de plus

facile à suivre que la marche des globules à travers le champ du microscope. Nous étions cependant bien désireux d’arriver sous ce rapport à quelques résultats : nous avons employé pour cela tous les moyens possibles. Ainsi , comme dans ces expériences on ne saurait voir en même temps et le champ du microscope et l’aiguille de la montre à secondes , pendant que nous observions la marche des globules, nous avons fait osciller près de nous le pendule du métronome médical , non seulement 60 fois, mais jusqu’à 200 fois par minute, et toujours inutilement. La raison en est bien simple, c^est que le sang, comme je Lai dit plus haut, une fois arrivé dans les capillaires, ne marche plus par secousses, sa marche n’est plus rémittente comme dans le système artériel; de sorte qu’il n’y a pas d’isochronisme à établir entre sa progression et la mesure du temps par nos instruments de précision; et enfin, comme l’a si bien dit Haller, parce que le temps qu’il faut au globule pour traverser le champ visuel de Linstrument est moindre qu’aucune mesure sensible.

Mais M. Gendrin, à l’en croire, n’aurait pas seulement mesuré la vitesse du sang dans Tétât normal, il aurait fait plus encore : l’agitation de Tanimaî, dit-il, augmente évidemment la vitesse des globules. Cependant, ajoute-t-il, elle n’excède pas la mesure à^une seconde pour le diamètre de la partie sur laquelle porte la vue avec le microscope [loco cit.). Voilà ce qu’il est absolument impossible de comprendre. Quand la vitesse n’est pas augmentée, il faut moins d'une demi-seconde , et quand par suite de l’agitation de l’animal elle est évidemment diVL^meniée, elle n’excède pas une Evidemment M. Gendrin a dit

précisément le contraire de ce qu^'il voulait dire ; il y a eu confusion dans les faits qu’il a imaginés : et je suis d’autant plus fondé à me servir de celte dernière expression , que ce qu’on observe est diamétralement opposé à ce que M. Gendrin a supposé. Quand l’animal s’agite, il n'y a pas accélération dans la marche des globules : il y a suspension; les globules s’arrêtent tout à coup, puis l’animal étant calmé, ils reprennent leur cours.

Ainsi, conclusion première ; dans l’état normal, la vitesse des globules, considérée d’une manière absolue, paraît telle qu'on ne saurait, dans le champ du microscope, lui assigner un temps appréciable.

Mais en la considérant seulement d’une manière relative, cette vitesse est-elle ia même dans les artérioles capillaires et dans les

veinules correspondantes? est-elle la même dans les petits courants intermédiaires ? est-elle la même dans l’axe des vaisseaux qu’à leur périphérie ?

Il n’en est plus ici comme de la vitesse absolue : quand on a à la fois sous les yeux les objets même de comparaison, on peut avoir la perception des différences les plus légères; ajoutons qu’on n’est pas tenu ici de donner la mesure des différences : le problème est donc assez simple.

On peut en effet avoir à la fois sous les yeux des artérioles capillaires, des veinules correspondantes et des petits courants réticulés, le tout en pleine circulation ; il peut se faire même qu’une artériole et, une veinule soient situées parallèlement, seulement les globules marchent en sens contraire ; or alors on peut très bien se faire une idée de la vitesse comparative. Dans les capillaires artériels la vitesse est excessive, les globules sont poussés avec tant de rapidité que dans l’axe du vaisseau surtout on ne les aperçoit plus individuellement: il en est ici comme des rayons d’une roue qui tourne avec une excessive rapidité. Dans les capillaires veineux, la vitesse est encore très considérable; mais comme on a par devers soi, en même temps et comme objet de comparaison des capillaires artériels , on voit que la vitesse y est un peu moindre ; enfin , dans les petits courants intermédiaires ou réticulés , on distingue les globules individuellement, et on voit que la vitesse y est moindre encore que dans les capillaires veineux.

Haller avait déjà fait remarquer que la vitesse du sang n^est pas la même dans toutes les parties du système vasculaire; mais j’ai trouvé, dit-il {Op, cü., chap. iii, p. 144), que le sang était beaucoup moins retardé dans les petits vaisseaux que les médecins géomètres ne le croient.

Spallanzani a également signalé le ralentissement qu’il avait constaté sur des salamandres. {Sur la circul.y 144.)

Forchhammer et Kaltenbrunner Font aussi reconnu.

Mais Doellinger ne l’a guère admis que pour les plus petits courants, ceux qui ne laissent passer qu’un seul globule de front.

J'ai fait tout à l’heure pressentir qu’il y a aussi une différence de vitesse dans la marche des globules, suivant qu’ils sont placés vers l’axe du vaisseau ou à sa périphérie. Il faut de l’habitude et beaucoup d'attention po

réelle néanmoins ; j’avoue

dans les extrêmes, et encore dans les cas de ralentissement acci. dentel général. Je m’explique :

Il est probable que la rapidité du mouvement est à son maximum dans l’axe même des vaisseaux, et qu’elle va graduellement en diminuant jusqu’aux parois mêmes de ces vaisseaux où elle a son minimum. Quand je dis jusqu’aux parois mêmes , je n’entends pas que les globules s’y trouvent en contact immédiat, je répète que cette décroissance graduelle est vraisemblable; mais ce que j’ai pu constater seulement, c’est une différence de vitesse entre les globules qui fusaient dans le centre du courant et ceux qui se trouvaient à la périphérie : voilà tout. Je viens de dire en outre que je n’avais pu constater cette différence que dans les cas de ralentissement graduel accidentel ; en effet, quand la circulation se faisait avec toute sa rapidité dans les petits tube d’importation, je ne voyais aucune différence; par une raison toute simple, c’est que les globules allaient trop vite pour que je pusse les distinguer les uns des autres; mais lorsqu’à dessein j’avais ralenti le mouvement circulatoire, alors cette différence de vitesse devenait très sensible pour moi.

Au reste, ces différences de vitesse avaient encore été signalées par Haller, et en plusieurs endroits de ses ouvrages. Conformément à des observations antérieures, dit-il {lococit,^ 52), il m’a paru que les globules qui étaient au centre et qui marchaient le long de Taxe des vaisseaux, vont plus vite que ceux qui touchent les parois, et cette observation est conforme à celles de Malpighi et de Schreiber.

L’on peut aussi, reprend-il dans un autre endroit {loco cit,, 85) observer dans les veines, et plus nettement encore que dans les artères, que les globules qui coulent au milieu des vaisseaux, le long de l’axe, ont un peu plus de vitesse que ceux qui coulent le long des parois.

Spallanzani avait fait des observations analogues {loeo 192^ 27), Sœmraeriog avait aussi adopté cette opinion [Gefœsslehre, p. 128), de même pour Wedemeyer; c’est donc là un fait admis depuis longtemps dans la science.

De là vient, ajoute Burdach {op, cit. vi, 3f8), qu’il arrive quelquefois, quand le sang marche avec lenteur, qu’un caillot se dépose sur les parois, et que lui-même ne conserve plus qu’une étroite gouttière co^espondante à l’axe.

Mais jusqu’à présrat nous n’avons parlé que d’une seule espèce

de mouvement imprimé aux globuîeS; bien qu’avec différents degrés de vitesse, c’est à dire d’un mouvement de projection, ou plutôt de translation, de locomotion : n’éprouvent-ils réellement que cette espèce de mouvement dans les canaux capillaires, ou bien n’éprouvent'-ils pas aussi parfois des mouvements individuels de rotation, de balancement ? J’ai déjà fait pressentir qu’il y a de nombreux mouvements de cette nature, mouvements qui parfois ont causé d’étranges illusions aux observateurs.

Un seul globule, qui circule isolément, dit Doellinger {loco cit.j 7) ne marche pas toujours dans le sens de sa longueur, il " tournoie souvent^ de manière que son plus grand diamètre ne se dirigeant pas toujours suivant l’axe du courant, ou du canal qu’il parcourt, coupe cet axe à angle droit, preuve qu’il y a assez de place pour les globules 5 dans ses mouvements de rotation même on le voit encore s’allonger.

Doellinger fait remarquer que Malpighi avait aussi parié de ces mouvements de rotation qu’exécutent les globules sanguins ; mais Doellinger avait mal interprété ces faits , puisqu’il les attribuait, non aux mouvements, aux fluctuations du sérum, dont il avait lui-même reconnu l’existence, mais à une force spontanée appartenant aux globules eux-mêmes.

Chacun, au reste, a pu faire ces observations; il suffit de ralentir les mouvements circulatoires dans une portion du système capillaire pour en être témoin.

Observés, à l’aide d’un grossissement de deux cents diamètres, les globules elliptiques des grenouilles, ainsi en circulation, nous ont paru d’une grande mollesse; ils nagent dans un sérum plus ou moins abondant, et s’adaptent facilement aux accidents, aux formes des sinuosités qu’ils ont à parcourir ; c^est pour cela qu’ils marchent en général dans le sens de leur plus grand diamètre. Haller les avait vus se heurter mollement contre les éperons là où les capillaires dendritiques se bifurquent ; il m’est arrivé d’en voir qui s’arrêtaient momentanément sur cet éperon, s’y infléchissaient, et enfin, après quelques oscillations, étaient entraînés dans un sens ou dans un autre.

Voici encore d’autres faits par nous observés : quand les capillaires pouvaient donner passage à plusieurs globules de front^’ ceux-ci se précipitaient en masse, ou se trouvaient espacés par du sérum, et c’était surtout dans ce dernier cas que les globules éprouvaient individuellement les mouvements les plus variés;

mais quand c’était de petits courants réticulés qui ne peuvent laisser passer qu’un seul globule à la fois, si les globules elliptiques étaient très serrés les uns contre les autres, on les voyait se recouvrir par leurs extrémités, sans que Fun pût devancer l’autre; que s’ils étaient largement espacés par du sérum, on pouvait suivre avec la plus grande facilité toutes leurs évolutions et leurs changements de forme, c’est à dire leurs élongations, leurs incurvations, changements de forme qui dépendaient toujours des milieux, ou plutôt des sinuosités qu’ils avaient à traverser.

Toutes ces irrégularités, toutes ces anomalies apparentes avaient été observées et décrites par Haller; ce grand physiologiste avait fait plus, il en avait indiqué et les causes réelles, et les causes erronées. Les causes erronées étaient, d’une part, le prétendu mouvement intestin attribué aux globules par des hommes illustres , dit-il , mais qui se sont totalement trompés, et d’autre part une prétendue contraction de la part des tubes capillaires. Restait donc l’impulsion du cœur pour le mouvement anormal, et les déplacements du sérum pour expliquer les mouvements particuliers aux globules.

Haller avait dit que du sérum, ou pour nous servir de ses expressions, qu’un liquide invisible, une lymphe se trouvait interposée entre les globules, et les entraînait simultanément ou à la suite les uns des autres : or, puisque Haller avait ainsi reconnu l’existence de ce sérum dans lequel nagent les globules, on voudra bien sans doute admettre qu’implicitement, et sans avoir besoin de le dire, il avait également reconnu que les parois des vaisseaux sont mouillées par ce liquide : ceci ne peut faire question.

Ainsi, il a toujours été reconnu que ce liquide existe partout, et entre les globules eux-mémes, et entre les globules et les parois, là où il y a parois. Dans les plus petits courants, ce sérum est une condition indispensable à leur existence ; c’est lui qui maintient la substance animale à l’état de canal, à Fétat de gouttière. Très fréquemment, avons-nous dit, dans les cas de ralentissement ou de suspension, un ou plusieurs de ces petits canaux restent complètement vides de globules; on les voit encore cependant, avons-nous ajouté, à cause de leur plus grande transparence; c’est qu’il y reste du sérum, sérum qui empêche la matière animale de se réunir, de s’agglutiner, et par conséquent de faire disparaître ces [>etites gouttières.

Ainsi, bien que les globules soient parfois complètement châssés d’un ou de plusieurs capinaires réticulés , il y reste du^érum, etc’estcequi permet aux globules de pénétrer de nouveau dans les mêmes voies, dès que la cause qui ralentissait ou suspendait le ^ mouvement circulatoire a cessé. Ajoutons qu’il y a ici d’autant plus d’adhésion pour le sérum, que ces canaux sont plus déliés et que cette adhésion n’y est autre chose que la force capillaire, nouvelle condition propre à nous expliquer et le ralentissement du mouvement circulatoire dans le système capillaire, et le mouvement qu’on nomme pouls dans le système artériel.

C'est donc principalement dans les réseaux capillaires que le cœur a la pins grande résistance à vaincre; aussi est-ce dans ce système qu’on observe surtout les oscillations, les saccades, les mouvements rétrogrades, et les suspensions dont nous .allons tout à l’heure nous occuper. ^

Burdach a fort bien dit [Op. cit., 318) que si c’est la masse du sang qui prédomine dans les troncs vasculaires, c’est^ surface du vaisseau qui prédomine dans les ramifications; or, ce sont là les deux grandes conditions à vaincre, savoir, la masse du sang elle-même et les espaces dans lesquels se meut le sang. Dans les gros tronc, c’est une colonne de sang qui en pousse une autre, Padhésion aux parois est un fait secondaire ; mais dans les petits courants réticulés , la masse du sang divisée à l’infini y est à son tour devenue secondaire, tandis que les surfaces des espaces à parcourir se sont étendues autant que possible : c’est que, comme je l’ai dit dans la note précédente, le sang ici a des fonctions spéciales k remplir; il ne doit pas seulement des capillaires artériels dans les capillaires veineux, il doit en quelque sorte sé^ journer dans les courants réticulés.

Eu effet, sauf les quelques communications ou abouchements directs que nous avons signalés, entre les capillaires artériels elles capillaires veineux, l’organisation de ce système est telle, que dans la trame la plus intime des tissus tous les globules sanguins viennent en quelque sorte individuellement se mettre en contact, en conflit avec la substance animale proprement dite.

Ceci résulte de toutes nos recherches : tant que les courants sont pourvus de parois spéciales et indépendantes, ce sont des conduits cïimporlation, ou des conduits d' exportation , rien de plus; en eux et par eux ne peut s’accomplir aucun acte de nutiition. Mais entre ces deux systèmes s’en trouve un intermér;

diaire^ et organisé de telle sorte^ que la matière animale ellemême forme les limites des courants, limites tellement exiguës que plusieurs globules ne peiivent plus passer de front, et que ces globules sont en quelque sorte forcés, Je viens de le dire, de venir individuellement se mettre en rapport avec la substance animale.

Ainsi deux conditions capitales se trouvent réunies dans cette partie de la carrière que doit parcourir le sang : substance animale mise pour ainsi dire à nu ; globules individualisés, tamisés, qu'on me passe ce terme, à ce point que tous se trouvent en rapport avec cette même substance 5 ajoutons enfin , comme troisième condition, un ralentissement marqué dans cette partie de la circulation.

Ce n’est cependant pas l'a le dernier mot de la nutrition. Que se passe-t-il dans des conditions organiques devenues si intimes? qii’observe-t-on encore? que voit-on? Ce qu’il y a de certain ,-^’est que les globules ne paraissent éprouver aucune déperdition sensible; qu’ils sortent des réseaux capillaires comme ils y sont entrés : serait-ce le sérum qui serait retenu par la capillarité, et qui après avoir dissous quelque chose desgîobules pénétrerait par imbibition dans les îles de substance animale et y fournirait les éléments de la nutrition ? C’est ce qu’on pourrait tout au plus soupçonner par induction; mais c’est ce que nul ne saurait affirmer.

Les réflexions auxquelles nous venons de nous livrer, montrent que nous aussi nous nous sommes demandé si, arrivé à ce point, on ne pourrait soulever une partie du voile qui nous dérobe encore les actes mystérieux.dont le dernier complément est la nutrition.

Pour Bichat, chacun le sait, rien n’était plus facile à expliquer; il avait imaginé des capillaires nourriciers, capillaires qui partaient directement des canaux sanguins; ci ces capillaires il avait départi une somme, un mode de sensibilité telle qu’ils n’admeUaieni que des particules nutritives, pour aller les distribuer aux organes. D’après cetle commode théorie, reprise même plus récemment, on affirmait que a’uiie part il se détachait des tourbillons circulatoires des corpuscules nutritifs qui allaient se perdre dans le solide; et que, d’autre part, d’autres corpuscules se détachaient du solide pour rentrer et se perdre dans les tourbillons circulatoires. C’était ainsi qu’on prétendait expliquer

la démolition eî îa reconstrnction incessante de cet autre vaisseau des Argonautes , qui bientôt, disait-on, ne conserverait plus une seule pièce de sa construction première ; mais malheureusement, pour les inventeurs, les faits ne sont pas venus se ployer à ces ingér nieuses théories. Il n’y a pas de capillaires nutritifs, et conséquemment pas de sensibilité diversement modiftée à leur donner : ensuite la circulation capillaire étant chose directement observable, on ne voit aucune issue pour le sang ; on ne voiî aucun globule s’écarter de Foroière qui lui est tracée j on ne voit pas de particules se détacher des séries globulaires ou d’autres rentrer dans ces mêmes séries. On voit des globules courir en foule dans des canaux plus.spacieux , ou se précipiter les uns sur les autres dans des conduits plus étroits, mais rien ne se perd, rien ne se renouvelle; un fluide de nature identique baigne constamment le pourtour des espaces intercapillaires : il nous est impossible de rien dire de plus sur la nutrition; tout ce que nous avons pu faire , ç’a été d’indiquer quelques unes des conditions qui paraissent propres à favoriser cet acte.

Mais ceci est devenu une digression. Passons maintenant aux anomalies qu’on remarque parfois dans la propulsion des courants capillaires ; il peut se faire, et ceci arrive souvent, qu’au lieu d’un mouvement uniforme, régulièrement continu, il y ait des ralentissements plus ou moins marqués, des oscillations, des saccades , des mouvements rétrogrades, et enfin des suspensions plus ou moins prolongées.

Toutes ces anomalies reconnaissent des causes communes; et ces causes qui , du reste , en rendent parfaitement raison , ne doi vent être cherchées ni dans la prétendue contraction des capillaires, ni dans la prétendue motilité des globules; nous les trouverons dans Fordre de conditions que nous avons signalées plus haut, savoir, les résistances que le sang doit vaincre dans cette partie de sa carrière , et le degré de force projmlsive qui lui est imprimé; pour résoudre le problème de toutes ces anomalies |1 n’y a pas à aller plus loin. Nous avons déjà fait connaître quelles sont les résistances; nous les avons trouvées dans la quantité plus ou moins grande du sang qui doit traverser les réseaux capillaires, et surtout dans Féîat des espaces que ce même sang doit parcourir : pour toute circulation normale, il faut que la force propulsive soit supérieure à ces résistances; que si elle leur est de beaucoup plus supérieure que ne le comporte l’état normal,

il y a précipitation , augmentation de vitesse dans tous les courants capillaires; mais le ralentissement tenir à deux causes, ou à une diminution , un affaiblissement dans la force propulsive; ou à un surcroît de résistance de la part des espaces à parcourir; ou enfin à ces deux conditions réunies. Quand le cœur ne peut plus communiquer un degré suffisant d’impulsion, il y a de toute nécessité ralentissement; on produit le même effet en modifiant, en changeant l’état des parties que le sang doit traverser; ce sont des obstacles que vous avez créés sur sa route, et d’où résulte encore de toute nécessité un ralentissement.

Je ne fais qu’indiquer ces résultats, parce que j’aurai à les reprendre avec plus de détails en traitant des accidents divers de l’hyperhémie.

Les fluctuations y les oscillations ^ les mouvements dei^a et vient qu’on observe si souvent dans la circulation capillaire, s’expliqueront absolument de même.

A mesure que l’animal, soumis|à l’expérience, s’affaiblit, les courants capillaires se ralentissent, puis quand l’impulsion est affaiblie à ce point que la résistance des espaces lui fait équilibre, il y a fluctuations, oscillations, et comme il y a des efforts successifs de la part de la vis à ter go f on observe ces saccades, ces mouvements de va et vient qui précèdent une stagnation complète; les petites colonnes capillaires avancent pendant chaque systole des ventricules ; puis vont perdant du terrain, pour ainsi dire, pendant la diastole, jusqu’à ce qu’enfin il y ait arrêt complet. Au reste, tout cela avait été indiqué et expliqué par Spallanzani et Haller. Doeîiinger et Kaltenbrunner seuls avaient de nouveau mal interprété ces faits, quand, posant en principe que tout mouvement indépendant du cœur est de sa nature oscillatoire, ils ont voulu expliquer ces anomalies par des forces complètement indépendantes de cet organe. 11 y a des faits vrais dans ce qu’ils ont avancé, mais on aurait pu leur répondre : oui, quand chez certains animaux , ou bien à un certain degré d’évolution, le mouvement se fait sans coopération du cœur, le mouvement est oscillatoire, mais le mouvement oscillatoire dans les capillaires n’est pas un mouvement indépendant du cœur : c’est donc à tort que ces physiologistes en ont conclu qu’il ne faut chercher la cause des mouvements oscillatoires nulle autre part que dans le sang lui-même {Loto cit, ,45).

Le mouvement rétrograde, qu’on observe si souvent, qu’on pro-

duit à volonté dans les capillaires , élait-îl connu et rationnellement expliqué avant ces derniers temps? D’après tout ce que nous venons de dire, ceci ne devrait être révoqué en doute par personne.

Cependant M. Poiseuille, après avoir exposé comment il s’y est pris pour déterminer un mouvement rétrograde dans les artères d’une salamande, ajoute : Cette expérience est due à Hallér et a été depuis répétée par Spallanzani ; mais ces auteurs n^ont rien dit sur Vintelligence de ces phénomènes ( Op, cit,, 36). Voilà qui est positif; M. Poiseuille affirme que ces phénomènes auraient été observés et décrits empiriquement par Haller, mais ce physiologiste n’y aurait rien compris; c’est ce que nous allons vérifier, d’autant plus que M. Poiseuille a dit, lui, quelque chose sur l’intelligence de Ces phénomènes.

Je consulte d’abord Haller, et je vois qu’en effet ce physiologiste avait d’abord bien observé ces faits; les globules se hâtèrent vers les blessures qu’il avait pratiquées, vers les ouvertures des artères et contre leur direction naturelle {Op, cit. ^ 307); mais je vois qu’en même temps Haller s’exprime de la manière suivante ; Je tâchai alors de découvrir les causes du mouvement qui se fait sans la concurrence du cœur (336). Est-ce que ce grand homme, malgré toute sa sagacité, aurait fini, comme l’assure M. Poiseuille, par ne pouvoir rien dire sur l’intelligence de ces phénomènes? Non assurément, car je vois que tout aussitôt, et sans croire avoir fait pour cela une grande découverte, il dit qu’il a trouvé une première cause, savoir : que LE COURANT SE PORTE DU CÔTÉ OU LA RÉSISTANCE EST DIMINUÉE

[Loco cit,). Mais est-ce dans un seul endroit qu’il s’est ainsi exprimé sur l’intelligence de ces faits? Non certainement; car ailleurs (Loco ctï. , 300), il ajoute; les mêmes phénomènes arrivent quand on arrache le cœur, ou qu’on fait une blessure par ha-* sard; le sang accourt à l’ouverture (comme vers un endroit, a-t-il dit plus haut, dont la résistance est enlevée) sans aucun égard pour la direction naturelle de son mouvement , contre les lois de la circulation et de la pesanteur.

Enfin , plus loin , Haller ajoute : les mêmes phénomènes suivent

naturellement l’artériotomie , elle fait Recourir le sang à la

blessure, contre la direction naturelle du sang {Loco cit,^ 301 ).

Personne n’ira soupçonner que Haller ignorait que kTsang est soumis dans le système artériel a une pression supérieure à celle

de l’atmosphère; à une époque où Haies avait publié ses expériences sur la pression du sang dans les différentes parties du système vasculaire, et où il avait estimé, bien qu’avec peu de rigueur, les différents degrés de pression avec des tubes de verres, donnant ainsi par pieds et par pouces les hauteurs du sang des carotides, des jugulaires, etc. {Voyez sa table, Op, cit.\ p. 35).

Maintenant voyons comment M. Poiseuille a parlé sur l’intelligence de ces phénomènes.

En enlevant le cœur et une partie de l’aorte, dit-il, en ces points du système vasculaire, la pression du sang devient tout à coup celle de l’atmosphère ; le sang qui est soumis à pression plus considérable dans tout le système vasculaire, artériel et veineux, doit donc refluer yev% ces points, et alors acquérir une vitesse plus grande dans les veines et avoir une marche rétrograde dans les artères (loco 37).

Page 27, même explication sur des faits analogues; puis M. Poiseuille tire ses conclusions.

Nous croyons devoir conclure, dit-il, que les mouvements des globules qui se montrent dans une partie séparée du corps par l’instrument tranchant, viennent tout simplement de l’écoulement du liquide qui, dans les points où les vaisseaux sont amputés, trouve une pression moindre que partout ailleurs, etc. (27).

De ce simple rapprochement entre les passages de Haller et ceux deM. Poiseuille, on nous permettra à nous, de conclure ; 1® que Haller a dit quelque chose sur l’intelligence de ces phénomènes; 2° qu’il a dit tout ce qu’il y avait à dire ; 3° que M. Poiseuille n’a dit rien de plus , ou plutôt qu’il a dit précisément les mêmes choses et sur les mêmes sujets. Donc lorsque M. Poiseuille a dit que cette expérience est due à Haller, il aurait pu ajouter que l’explication lui est également due.

Résumons-nous actuellement sur l’ensemble de cette note déjà fort étendue. Après avoir rappelé quelles sont les conditions nécessaires pour que la propulsion du sang ait lieu normalement dans le système capillaire , nous avons dans un court historique indiqué quelles avaient été à ce sujet les opinions des principaux physiologistes depuis Harvey jusqu’à notre époque, nous avons décrit ensuite ce qu’on observe généralement dans le système capillaire en pleine circulation. Abordant alors les faits particuliers, pour apporter quelque méthode dans ce sujet, nous avons successivement examiné le degré de vitesse considéré dans

Pensemble et d’une manière absolue; puis cette même vitesse dans les capillaires artériels, dans les capillaires veineux, et dans les réseaux intermédiaires ou dans les capillaires réticulés ; nous Pavons considérée aussi cette vitesse dans Paxe des canaux et à leur périphérie.

Nous avons vu en même temps quels peuvent être les mouvements particuliers aux globules, soit dans les capillaires du premier ordre, soit dans les plus petits courants, soit sur les éperons des bifurcations, quand ces globules sont agglomérés ou largement espacés ; nous n’avons eu garde d’oublier ce qu’il y avait à dire sur le sérum interposé; ici nous nous sommes livré à quelques considérations sur Pacte important de la nutrition.

Après l’examen de cette circulation toute normale, nous avons cherché à nous rendre compte de ce qu’on pourrait regarder comme des anomalies dans les courants circulatoires, c’est à dire des ralentissements uniformes ou rémittents, des fluctuations, des oscillations, des mouvements de va et vient, et enlîn des mouvements rétrogrades; il ne resterait plus qu’à parler des arrêts complets, des stagnations; mais ceci rentrant plus particulièrement dans la question pathologique, nous en ferons l’objet de la note suivante.

La nature nous parle un langage particulier , le langage des phénomènes : elle répond à chacune des questions que nous lui adres- ' sons/et ces questions ce sont nos expé-

/ riences.

JjWiG,Chim,orgAntTod.

Broussais croyant avoir à ^ défendre , vers la fin de sa vie, du reproche ontologie médicale ^ avait si souvent appliqué à ses adversaires dans le cours de sa carrière orageuse, sentait le besoin de substituer dans sa définition du mot irritation un fait purement graphique, à un fait réellement dynamique; en d’autres termes de substituer la description d’un état à dénonciation d’un acte.

Il se trouve encore des médecins, disait Broussais (De l’Irrit. et de la fol. l. 1. p. 2, note), assez ignorants et assez peu réfléchis, pour dire, au milieu des salons, Broussais condamne les abstractions en médecine, et son irritation n’est elle-même qu’une abstraction.

Il fallait réfuter cette allégation.

Broussais rappelle que, pour lui, le mot irritation représente Vétat des parties vivantes irritées, et conséquemment ne désigne pas un être abstrait, une sorte d’entité pathologique.

Ainsi , quand ce grand médecin se sentait pressé par ceux qui ne veulent plus aujourd’hui s’appuyer que sur des faits matériels, il leur opposait à son tour un fait matériel : Le mot irritation, ajoutait-il ,, rappelle donc un fait que tout le monde a constaté > et peut vérifier de ‘nouveau quand bon lui semble (op.cit. 2).

Mais Broussais s’abusait en cela ; ilétait essentiellementvitaliste ; ses tendances physiologiques le portaient vers un autre ordre de

faits; en voicila preuve. Il débute, dans le même ouvrage, pai déclarer que le mot irritation représente aux médecins V action des irritants , c’est à dire un acte , un fait dynamique, et non pas un état matériel.

Plus loin, il ajoute,: On ne se sert du mot irritation, dans le langage médical, que pour désigner Y exaltation anormale de la propriété vitale dite irritabilité, ou, celle de la sensibilité chez les animaux les plus élevés dans l’échelle zoologique (Op. cit. 3).

Ainsi, Broussais entend toujours parler d’un acte et non d’un état matériel. La preuve en est encore que des conditions simplement physiologiques pourraient, suivant lui, s’élever au degré de l’irritation, lorsque l’excitation ou la stimulation, comme il le dit (Op. cit. 6), sortent des limites de l’état normal : elles rentrent alors, ajoute -t-îl, dans ce que nous avons appelé irritation, et les agents qui l’ont déterminée prennent la qualification d’2Vntants,

Bichat n’avait pas compris autrement cette doctrine. Une partie est-elle irritée d’une manière quelconque, disait ce physiologiste (Anat. génér. Il, 26),aussitôt sa sensibilité s’altère, elle augmente...; le phénomène principal, celui qui est la cause de tous les autres, c’est Y irritation, etc.

Il n’y a donc pas à s’y méprendre. Tous les auteurs physiologistes et médecins, qui se sont servis du mot irritation, ont réellement désigné par là des actes, des surcroîts d’action organique, des exaltations, des aberrations de propriétés vitales, des faits purement dynamiques enfin , bien qu’en même temps quelques uns aient prétendu qu’on doit comprendre, sous la même dénomination, une foule d’altérations organiques, depuis la simple rougeur des tissus jusqu’à leur complète désorganisation.

Dans l’examen que nous allons faire, comme nous aurons à décrire des conditions, à la fois dynamiques et plastiques, des conditions qui , pour la plupart , résultent d’un changement dans la somme du liquide sanguin, eu égard à la somme des parties solides, il serait plus exact pour désigner collectivement ces différents états de se servir du moi hyperhémie , expression acceptée, admise dans la science, et qui ne préjuge qu’un fait reconnu vrai, savoir : cette trop forte proportion du liquide sanguin. Le mot irritation , on vient de le voir, préjuge bien d’autres choses; c’est toute une doctrine dont les bases vont être par

nous remises en question, que nous allons examiner expérimentalement.

Nous aurons donc à remonter aux principes de cette théorie , avoir si cet axiôme célèbre : uhi stimulus ibi fluxus^ est fondé où non ; nous verrons si, eomme le voulait Broussais, il est des agents qui, à raison de leur mode d’action sur les tissus vivants , méritent la qualification si les capillaires sont doués,

ainsi qu’il le voulait encore d’une propriété toute spéciale, désignée sous le nom ^ irritabilité \ si enfin, les agents susdits, mis en contact avec les vaisseaux capillaires, modifient cette même propriété, la font sortir de ses limites normales, s’élèvent enfin à un degré qui mériterait le irritation.

C’est une' importante étude , en pathogénie , que celle que nous entreprenons ici : de même, en effet que, pour le physiologiste , tout se résume, pour ainsi dire, dans le système capillaire, puisque là s’opèrent et les sécrétions diverses et tout ce qui a trait à la nutrition, de même pour le pathologiste, là est le point de départ de presque toutes les maladies; c’est là que tout d’abord elles viennent, pour ainsi dire, éclore ; donc, tant que nous ne saurons ce qui se passe dans les réseaux capillaires, nous ne connaîtrons rien en pathogénie ; nos descriptions ne porteront que sur des faits accomplis, et nos médications resteront essentiellement empiriques.

Telles sont les raisons qui nous ont porté à entreprendre cette nouvelle série d’expériences. Pour étendre celles-ci autant que possible, nous ne nous sommes pas borné aux animaux à sang froid , car chez ceux-ci , les hyperhémies n’offrent [pas tous les caractères qu’on observe dans les animaux à sang chaud; la suppuration, on le sait, ne peut avoir lieu que dans les hautes classes de l’animalité.

Aussi nous avons répété la plupart de ces expériences sur les mésentères de jeunes souris blanches et de chats nouveaux-nés.

Ceci une fois dit, nous allons indiquer dans quel ordre nous avons distribué nos matières.

Cette note sera divisée en autant de sections qu’il y a d’agents capables, au dire des auteurs, de provoquer nécessairement et de la manière la plus formelle les phénomènes de l’irritation, ou un surcroît d’action organique dans les tissus.

• Nous aurons ainsi à mentionner, les accidents dynamiques qui pourront se manifester dans le système capillaire, quand il

aura été mis en eontact avec les agents dits irritants; en même temps nous décrirons les accidents plastiques ou les changements matériels que pourra présenter ce même système ; et comme conclusion nous chercherons chaque fois à nous rendre compte^ à donner la raison de tous les phénomènes et de tous les états observés. C’est ainsi que nous pourrons parvenir à constater expérimentalement s’il y a ou non des corps irritants^ s’il y a ou non de Virritahüité dans le système capillaire^ et si par suiU de leurs rapports il s’établit de V irritation.

Dans le but de produire les accidents de l’irritation, nous avons dû, pour agir localement, aussi bien dans les animaux à sang froid que dans ceux à sang chaud, recourir aux agents les plus énergiques, mais variés autant que possible; on sait que des agents ordinairement employés, les uns, au dire des auteurs, détermineraient l’irritation par des lésions mécaniques, les autres agiraient physiquement ou chimiquement d’abord, d’autres enfin s’adresseraient directement à Firrilabilité ; il fallait expérimenter les uns et les autres ; nous avons commencé par les agents dits vulnérants, afin d’avoir des lésions traumatiques et d’en apprécier les effets sur le système capillaire ; puis, et dans l’ordre que nous indiquerons plus tard, nous avons expérimenté avec les autres agents.

Mais pour bien comprendre la série des faits dynamiques, ou plutôt l’enchaînement des phénomènes que nous allons avoir à exposer, il est bon d’en donner immédiatement \ énumération ; les détails, les explications viendront après. En procédant ainsi nous donnerons une idée d’ensemble, un aperçu général de tout ce qui se fait dans un tissu hyperhémié.

Nous dirons donc que dans tous les cas d’hyperhémie locale portée à ses dernières limites, [hyperhémie provoquée par les agents prétendus irritants, qn peut successivement observer dans les courants capillaires ;

1® Une accélération momentanée et accidentelle dans le cours du sang, accélération qui n^est pas constante ;

2® Un ralentissement plus ou moins prononcé ;

3° Des propulsions rémittentes ou saccadées continues;

4® Des propulsions intermittentes ou saccadées avec interruption ;

5® Des oscillations dont l’amplitude est variable;

6® Des mouvements de va et vicnt\

T Des mouvements de va et vient avec prédominance de la propulsion directe sur la propulsion rétrograde;

8° Des mouvements de va et vient avec équilibre des propulsions directes et rétrogrades ;

9*" Des oscillations ultimes ;

10° Des arrêts ou stagnations complètes.

Reprenons maintenant Fhistoire de ces phénomènes^ et disons comment et à Taide de quels agents nous les avons vus se manifester dans le système capillaire. « ^ â

Il nous tardait surtout d’expérimenter à l’aided’un agent capable, au dire des auteurs, de provoquer immédiatement une fluxion dans ce système, un agent faisant office de la fameuse épine àQ Van Helmont, c’est à dire à l’aide d’instruments pi^ quants. Nous devions le faire avec d’autant plus d’empresseipent que les résultats donnés par les auteurs constituent en quelque sorte la clef de toute une doctrine, celle de l’irritation; c’était ce que Broussais lui-méme avait parfaitement senti, lorsque faisant répéter devant lui ces ^expériences par Sarlandière, il a voulu en user comme de Tiin de ses plus forts arguments pour étayer sa doctrine; et cependant, disons-le d’avance, c’étaient des expériences sans valeur^ puisqu’elles avaient été mal instituées et mal interprétées.

cc Pierre-Antoine Fabre, dit Broussais, donna un appui bien » précieux à la théorie de \irritation\ il démontra mieux que » personne \irritahilité[à}x système capillaire, indépendamment » de l’innervation cérébrale; il observa sur les grenouilles que » le sang affecte toutes sortes de directions, c’est à dire qu’il » suit souvent une marche rétrograde dans les petites artères et » directe dans les veines. »

« Le docteur Sarlandière, poursuit Broussais, a répété cette » expérience devant nous, en plaçant le mésentère d’une gre- » nouille sous le foyer du microscope, et nous avons constaté » que les molécules des fluides circulants se précipitaient de » toutes parts en convergeant, même à travers les veines, vers le » point que l’on avait irrité, en y implantant une épingle, et s’y y> accumulaient jusqu’à former une! congestion. Ce fait, dit en » terminant Broussais, devient décisif pour la théorie de plusieurs » maladies irritatives. » (Op. cit. I. 30.)

Ces assertions sont positives de la part de Broussais et paraissent concluantes , mais en y regardant de plus près, mais em les con-

trôlant par des expériences semblables^ on voit qu’il y a du vrai et du faux et que le tout est mal interprété : le vrai^ c'est ce que Broussais dit avoir constaté, savoir : une précipitation des globules vers le point lésé; le faux, c’est que le résultat serait tout simplement une congestion; le mal interprété, c’est que tout cela serait dù à un point d’irritation.

On ne saurait trop le répéter, pour bien interpréter les faits d’expérimentation, il faut y procéder avec un esprit dégagé de toute prévention ; or, Broussais, imbu de sa doctrine, ne devait y chercher que la confirmation de sa théorie ; j’en trouve la preuve dans le récit même de l’expérience qui avait été faite devant lui.

Vers quel point, en effets se faisait la précipitation des globules ? vers le point, dit Broussais, que l’on avait irrité en y implantant une épingle ; mais ceci n’est plus qu’une assertion; c’est là ce qui avait besoin de preuves, et avant tout d’explication ; car, qu’est-ce enfin qu'/mïer une partie?

Il y aurait maintenant beaucoup à dire sur le procédé d’expérimentation; on verra tout à l’heure qu’on ne peut véritablement arriver qu’à des observations très imparfaites, très confuses, en se servant ainsi d’une épingle et en l’implantant dans des parties vivantes.

Ces expériences, du reste, avaient aussi été faites par l’auteur du traité de l’inflammation, par Thomson, non pas précisément pour prouver la réalité de la théorie de l’irritation, mais pour démontrer une prétendue contraction des vaisseaux capillaires.

J’essayai, dit Thomson (Tr. de VInfl, 57), dHrriterl^^ petites artères avec la pointe d'une aiguille. Remarquons, avant d’aller plus loin, que Thomson lui-même n’a pu se dégager de ses idées préconçues; avant de savoir ce qui va résulter de ses expériences, il a une intention positive, c’est àÜrriter des artères. Mais reprenons. Dans trois occasions , ajoute Thomson, je réussis à provoquer une contraction complète, en irritant pendant quelque temps, mais légèrement, les petites artères avec la pointe de l’aiguille. {Op. cit,y p. 57.)

Tout à l’heure je montrerai que Thomson s’en est laissé imposer par une illusion ; qu’il ne peut y avoir contraction de la part des artérioles, j’entends contraction active, vitale. Toutefois Thomson ne parle pas d’une précipitation des courants capillaires, qui iraient en convergeant vers un point ; il dit que la circulation générale de la membrane semblait toujours augmentée

par cette irritation, d’une manière plus ou moins permanente. {Loco cit.)

M. Gendrin, dans le récit de ses expériences, en est encore aux hypothèses deBichat. Pour lui, les capillaires, qui ne'charrieraient que des fluides blancs, vont se laisser traverser par des fluides rouges :

<c Lorsqu’on irrite légèrement, dit-il, avec une aiguille le mésentère d’une grenouille, les capillaires, qui ne recevaient pas les parties rouges du sang, les admettent promptement, et les molécules colorées les traversent {Hist, anat. des infl. 11.475). :»

Il serait inutile d’insister, pour démontrer que M. Gendrin n’a pas vu ce dont il parle; on en aura la preuve dans l’exposé de nos expériences.

Pour nous résumer sur l’esprit qui a guidé les auteurs dans ces recherches expérimentales, nous dirons que tous, à l’exception de M. Magendie cité dans ma dissertation, précisément à ce sujet; tous, dis-je, étaient pénétrés d’une idée, c’est que en implantant dans des tissus vivants des épingles, des aiguilles, des épines enfin, ils allaient nécessairement produire) dans ces mêmes tissus une condition morbide qu’ils ne connaissaient pas, mais qu’ils croyaient devoir désigner sous le nom ^irritation ; nous voyons que pour eux les capillaires étaient doués de ce qu’ils nomment irritabilité-^ supposition toute gratuite encore, ou qui, dans tous les cas, aurait eu besoin d’être démontrée ; nous voyons enfin qu’ils ont expliqué les faits bien ou mal observés à l’aide de cette double hypothèse : V irritabilité qui établit une aptitude à l’irritation , et V irritation qui appelle les fluides. Nous attaquerons plus tard cette théorie qui gouverne encore aujourd’hui la plupart des esprits en médecine. Passons actuellement aux expériences que nous avons faites.

Nous devons d’abord déclarer que, quand nous avons commencé ces expériences , nous n’étions sous l’influence d’aucune idée générale ; nous nous proposions d’exercer des lésions variées , des piqûres, des déchirures, des perforations , des dilacérations etc., actions toutes mécaniques, sans nous occuper du reste si , ce faisant, nous allions ou non déterminer de l’irritation, de la fluxion, de la congestion, etc.

Ces expériences ont été répétées un grand nombre de fois, et tout récemment encore, avec l’aide d’un jeune médecin américain, M. Buiz Alpuente, et sur les membranes interdigitales des gre*

nouilles, puis sur le mésentère d’animaux à haute température.

Pour faire ces expériences , nous nous sommes munis d’instruments très acérés, et nous avons usé tantôt d’un grossissement de 100 à 150 diamètres, et tantôt d’un grossissement de 300.

Nous avons toujours eu l’atlenlion de n’exercer une action quelconque qu’après nous être mis en mesure d’apercevoir la pointe de l’instrument dans ie champ visuel du microscope.

Disons encore que les effets que nous allons décrire, nous les avons observés sans différences notables , aussi bien sur les animaux à haute température, que sur les animaux à sang froid ; seulement chez ceux-ci, nous pouvions prolonger aussi longtemps que nous le voulions nos expériences, les laisser et les reprendre à volonté, tandis que chez les animaux à sang chaud, nous devions nous hâter de mettre à profit tous les instants, la mort survenant toujours assez rapidement après l’ouverture de l’abdomen.

Avant de faire des piqûres proprement dites, avant de perforer les membranes, nous avons cherché à exercer une action modérée avec la pointe deFinstrumentsur les réseaux vasculaires, et à plusieurs reprises sur différents endroits ; tout aussitôt l’animal paraissait vivement et douloureusement impressionné j il se remuait brusquement, et souvent alors il y avait arrêt subit, mais de très courte durée, dans le mouvement circulatoire, puis accélération générale dans le cours du sang ; mais il faut s’expliquer sur cette accélération qui, au dire des auteurs, traduirait une fluxion, une irritation.

Cette accélération n’était pas limitée dans telle partie plutôt que dans telle autre, et la direction des courants restait la même, ceci est très important à noter.

Dans ces conditions, en effet, ce ne pouvait être d’une part un point d’irritation, puisque l’accélération était générale; d’autre part, ce ne pouvait être un mouvement fluxionnaire, comme l’entendait Broussais , puisque le mouvement du sang, sauf la différence de vitesse , se faisait comme dans l’état naturel.

Dans cet état de choses, j’ai dû naturellement me demander si cette accélération ne pourrait pas tout aussi bien être excitée, les mêmes lésions étant faites sur d’autres parties.

Ceci était important à connaître, afin de savoir la part que pouvait prendre l’innervation cérébrale dans la production de ce phénomène ; d’autant plus que Broussais niait absolument cette participation.

Dans toutes mes expériences sur les grenouilles, je plaçais les animaux dans une petit sac de toile, un membre seulement était maintenu au dehors, et la patte se trouvait étendue sur un porte objet disposé en forme d'auge.

Pour atteindre le but que je viens d’indiquer, outre le membre placé ainsi en observation, j’en ai fait sortir un autre par un trou fait au petit sac, et c’est sur celui-ci, laissé complètement libre, que j'ai exercé des lésions à plusieurs reprises. Ce que j’avais prévu est arrivé chaque fois, c’est à dire une accélération notable, et qui se manifestait tout aussitôt dans la partie mise en obser«« vation. Jamais cette accélération n’a manqué. Il y a plus, pour mettre cette accélération hors de doute, voici ce que nous avons fait :

La circulation capillaire à l’état normal paraît se faire avec une grande rapidité, et comme il pourrait arriver qu'en certains cas, une accélération noïivelle fût contestable, j’ai commencé, dans plusieurs de mes expériences, par amener un ralentissement très prononcé, ralentissement que je laissais parfois arriver jusqu’au mouvement de va et vient, et alors alternativement, je piquais la membrane mise en observation , et le membre laissé libre ; or dans un cas comme dans l'autre, le moument reprenait une nouvelle intensité, il y avait accélération.

Ces données seront précieuses, lorsque nous en viendrons à l’interprétation des faits; notons pour le moment ces deux résultats constants :

1"* Que l’accélération dans les courants capillaires,.par suite de lésions traumatiques, n’est pas un accident local, ei qu’elle a lieu même quand la lésion est exercée sur une autre partie du corps ;

Que celle accélération , quand on n’a ouvert aucun vaisseau capillaire, a toujours lieu dans le dans la direc-

tion naturelle du cours du sang, jamais dans un sens rétrograde.

Ajoutons enfin que, par le fait de cette accélération, les petites artérioles paraissent moins colorées et comme rétrécies , circonstance qui en avait imposé à Thomson, au point de lui faire croire à une contraction de la part de ces mêmes capillaires.

On va voir maintenant, par tout ce qui va suivre, combien il était important pour nous de procéder avec un soin minutieux, d’avoir des instruments délicats, et d’user d’un grossissement assez fort.

J’ai dit, en paiTant/de l’expérience de Broussais, et qui con-

siste tout simplement à implanter une épingle dans une membrane observée au microscope, j’ai dit qu’on ne peut discerner ce qui résulte d’une semblable lésion; il y a là des effets qui se compliquent les uns les autres , tandis qu’avec les précautions indiquées plus haut , on peut se rendre compte de chacun de ces effets.

La première fois que j’ai fait cette expérience, j’ai été assez heureux pour faire tomber la perforation précisément sur un capillaire artériel, qui se continuait directement avec un capillaire veineux, et qui traversait en plein le champ visuel du microscope; comme pour faire cette perforation, j’avais été obligé de déprimer un peu la surface de la membrane, et de l’éloigner ainsi de la distance focale, je ne savais d’abord, ou plutôt je ne pouvais distinguer où était la pointe de l’instrument ; ajoutons que ranimai, par suite de la douleur, s’agitait vivement ; mais bientôt les conditions premières s’étant rétablies , je pus voir , de la manière la plus distincte, une accélération notable et directe dans la partie artérielle du capillaire, et en même temps un mouvement rétrograde dans la partie veineuse du même capillaire. Les globules se précipitaient ainsi vers l’ouverture que j’avais pratiquée, et sortaient en tourbillonnant comme une sorte de fusée. C’était en petit ce qu’on observe quand après avoir ouvert une grosse veine du pied, ou vient dé plonger le membre dans un bain;

Mais il arrive souvent aussi qu’aucun capillaire n’est intéressé, n’est ouvert; alors, sauf l’accélération générale dont j’ai parlé tout à l’heure, accélération qui se fait dans le sens normal , on n’observe rien autre chose.

Dans la dernière expérience de ce genre que j’ai faite avec M. Alpuente, nous avons pu nous faire une idée très exacte de ces résultats. Avec une aiguille très déliée, très acérée, j’avais pratiqué trois trous sur la membrane , à très peu de distance les uns des autres, puisque nous pouvions les voir à la fois tous les trois dans le champ du microscope sans déranger le porte-objet.

Dans l’une de ces perforations, l’aiguille avait ouvert un courant capillaire; dans les deux autres, sa pointe était tombée dans des îles de substance animale, ou, si l’on veut, dans des espaces inter-capillaires ; il en résultait que des bords de la première perforation, il s’échappait, en petites fusées, des globules apportés par les courants voisins, tandis que les autres perforations restaient béantes sans fournir, sans laisser échapper un

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seul globule. Il y a plus, c’est que au pourtour de celle-ci, la circulation capillaire n’était guère plus rapide qu’ailleiirs, et elle se faisait dans une direction naturelle.

Je disais tout à l’heure que les détails de ces expériences feraient voir combien il importe d’y procéder avec des instruments délicats, et surtout de chercher à bien voir tout ce qu’on produit.

En efFet, avec une épingle grossièrement implantée dans une membrane, on aurait déchiré à la fois plusieurs capillaires, on aurait amené un écoulement de sang plus ou moins considérable, une dilacération des tissus au pourtour, puis un arrêt de circulation, et on aurait appelé tout cela un point d’irritation.

En procédant comme nous l’avons fait , il nous semble qu’on est en droit de noter comme bien positifs les faits qui suivent :

V Une perforation faite à Taide d’instruments bien déliés peut intéresser des courants capillaires, et d’autres fois tomber dans des lies de substance animale, dans des espaces intercapillaires.

2^* Quand les perforations ont lieu dans des espaces intercapillaires, il en résulte d’abord une grande agitation de la part de l’animal ; parfois même un arrêt subit et instantané de la circulation capillaire, puis une accélération générale, accélération qu’on peut identiquement reproduire en piquant toute autre partie du corps de l’animal.

3® Dans tous les cas de perforations, de lésions tombant ainsi dans des îles de substance animale, jamais on n’observe d’accélération qui irait en convergeant vers le lieu perforé, et jamais d’écoulement de sang.

4” Quand les perforations intéressent des capillaires, si ces courants sont tels qu’ils ne laissent passer qu’un seul globule de front, ils s’échappent en fusées , en tourbillons, mais sans accélération convergente bien distincte , que si le capillaire perforé peut livrer passage à plusieurs globules de front, ceux-ci s’échappent avec rapidité, et souvent on peut voir de la manière la plus positive les globules accourir de tous les côtés , et même dans un sens rétrograde vers l’ouverture artificielle.

Les explications , dans lesquelles nous venons d’entrer, s’appliquent de tout point aux lésions plus étendues faites toujours à Taide d’instruments vulnérants. Nous avons pratiqué des dilacérations, des coupures plus ou moins considérables. Dans toutes ces lésions;, comme on le pense bien, de nombreux capil-

laires sont intéressés. Il y a toujours écoulement de sang plus ou moins abondant ; dès-lors, et par les raisons exposées plus haut, on observe une précipitation des globules vers la solution de continuité; mais ensuite, etpar Feffet ducoagulum sanguin qui ne tarde pas à se former, les- ouvertures, d’abord béantes, finissent par s’oblitérer, et par amener une suspension, un arrêt dans la circulation capillaire au pourtour du point lésé, arrêt qui se trouve précédé de tous les phénomènes indiqués par nous au commencement de cette note.

Ainsi, à mesure que le coagulum se forme, il y a un ralentissement de plus en plus prononcé, puis propulsions rémittentes, saccadées, puis oscillations dont l’amplitude est variable, et mouvement de va et vient dans ces mêmes capillaires ; il en résulte que ceux-ci ne tardent pas à se congestionner, et à produire une tuméfaction plus ou moins étendue.

' Est-ce à ces oscillations, à cette rémittence des propulsions qu’il faut attribuer les douleurs pulsatives si souvent accusées par les malades? c’est ce que nous n’examinerons pas ici.

Quoiqu’il en soit, telle est la série des phénomènes qu’on observe dans les cas de lésions traumatiques; jusqu’ici, comme on le

voit, rien qui ressemble à ce qu’on appelle tout s’ex-

plique par les lois naturelles, sans avoir recours à l’hypothèse de Virritabilüé des capillaires.

Une ouverture est faite à un ou à des milliers de capillaires, les globulesse précipitent vers les blessures, parce que la pression y est nioindreque partout ailleurs; puis à mesure que les ouvertures s’oblitèrent, le ralentissement succède à la précipitation , puis la résistance devenant plus forte dans le point lésé, et faisant équilibre à la force impulsive du cœur, il y a oscillations, mouvements de va et vient, et enfin arrêt complet avec engorgement, tuméfaction des parties.

Mais en voici assez sur les agents vulnérants ; il convient maintenant d’examiner les effets d’autres agents regardés encore par les auteurs comme des irritants.

Après avoir expérimeftté à l’aide des agents vulnéranls, agents qui, au dire des auteurs, auraient dû formellement provoquer louslesphénomènesde l’irritation, nous avons dù nous reporter sur des agents d’une autre nature , mais signalés encore comme devant reproduire et de la manière la plus énergique les mêmes effets.

Assurément nous avions à choisir , car , d’après les partisans de la doctrine dite physiologique , la nature nous offrirait partout des agents ayant cette propriété.

A titre d’irritants, n^ont-ils pas signalé tous les corps connus, depuis les poisons les plus délétères, depuis les médicaments les plus actifs, jusqu’aux aliments dont on use chaque jour, jusqu’à la lumière, la chaleur, l’eau, l’air, l’électricité, etc ? « Les causes » qui font naître le plussouvenl l’irritation, dit M. Roche,

5) de Pathol, tom. 1. p. 37.) sont l’air, l’eau , la lumière, les aliy) ments et ce ne sont pas les seules. »

Il n’y a pas jusqu’aux virus et aux miasmes qu’on n’ait fait rentrer dans cette catégorie.

Toutefois et pour obtenir des effets bien marqués , c’est dans la classe des poisons que nous avons dù de préférence choisir nos agents, et plus spécialement dans la classe désignée par les toxicologues précisément sous la qualification d’irritants.

Nous avons successivement employé V acide sulfurique et V ammoniaque à différents degrés de concentration ; nous avons voulu en même temps expérimenter avec l’a/ooo/, le sel commun y et Veau bouillante y puis et surtout avec V huile essentielle de moutarde y à raison du fréquent usage qu’on fait, en médecine, de la farine de moutarde, des sinapismes, toujours qualifiés d’irritants par excellence ; nous avons enfin fait quelques essais

avec la cantharidine, à raison aussi du fréquent usage des vésicatoires en thérapeutique.

C’est muni de ces différents agents que nous nous sommes mis à expérimenter en commençant toujours par les animaux à sang froid, lesgrenouilles et les salamandres, et répétant les mêmes faits sur les animaux à haute température, les jeunes souris et les chats nouveau-nés.

A régard des acides et des alcalis , leur action chimique sur les tissus n’a été niée par personne , mais quelques uns ont admis que tantôt V irritation serait le résultat de cette action chimique, que tantôt il n’y aurait qu’une simple stimulation en vertu de laquelle se développei^aient encore les phénomènes de l’irritation.

Cette manière de voir compte encore aujourd’hui de nombreux adhérents : ainsi , le professeur Muller lui-même n’hésite pas à affirmer qu’une même substance peut, quand elle est étendue, agir comme stimulait et déterminer une congestion ; tandis que lorsqu’elle est concentrée, elle ne produit qu’une action chimique et fait resserrer les parties sur elles-mêmes. (In Burdach. VII , 25.)

Ceci est une erreur, les phénomènes de la congestion annoncent eux mêmes une modification chimique 5 c’est une première manifestation de l’action chimique, comme la désorganisation en est le dernier terme.

Cependant, nous aussi, nous nous étions d’abord demandé si , à l’aide de tous nos agents , nous aurions ou non une action chimique quelconque sur les tissus vivants ; tout en restant dans l’impossibilité logique de concevoir une modification quelconque de la substance animale, abstraction faite de toute modification chimique ou physique, une action qui, d’un stimulant, s’adressait directement à ce qu’on nomme les forces vitales.

Toutefois ce n’était ni pour les acides , ni pour les alcalis, ni pour les sels par nous employés, que nous pouvions mettre cela en question , mais bien pour l’huile essentielle de moutarde et pour la cantharidine que nous regardions comme une huile essentielle concrète.

En effet, pour ce qui est de l’huile essentielle de moutarde, on objecte, comme preuve d’une action simplement vitale , qu’elle n’exerce aucune espèce de modification sur les tissus morts; mais, suivant nous, cette objection a peu de valeur ; car , comme l’a fort bien dit M. Liébig , les différences fondamentales dans les

propriétés des corps organiques^ ne dépendent pas, comme en chimie minérale , de la diversité des éléments constituants^ mais bien des proportions pondérables dans lesquels ceux-ci sont combinés, ou, à égalité de composition, de la manière dont ils se ivoxnent groupés, [Chim, org, introduct.w,)

Or, qui ne sent qu’après la mort, après la cessation, de tout mouvement organique , de toute circulation et l’extinction de toute chaleur, les éléments constituants ne se trouvent plus groupés de la même manière, et que tel agent qui aurait pu causer une action sur le mode de groupement établi pendant la vie, n’en provoque aucune dès que ce mode de groupement a changé.

Aussi ne nous sommes-nous pas tenu pour convaincu , quand, ayant expérimenté préalablement avec l’huile essentielle de moutarde , nous n’avons pu constater aucun effet sur les tissus morts.

Ces expériences ont été faites par nous dans le trimestre de l’automne dernier , alors que nous étions chargé par la Faculté d’un service de clinique médicale à l’Hôtel-Dieu , celui de M. le professeur Rostan ; nous en avons profité pour faire quelques expériences sur le sang; ajoutons que nous avons trouvé dans ce service, comme pharmacien, un jeune chimiste plein de zèle pour la science, M. Girauld , qui a bien voulu nous aider dans nos recherches.

Nous avons voulu d’abord essayer si nous pourrions obtenir quelque effet sur l’albumine, sur la fibrine et sur une membrane excessivement ténue mais privée de vie.

Nous avons délayé de l’albumine dans l’eau , puis sur une gouttelette de ce liquide nous avons déposé une gouttelette d’huile essentielle de moutarde ; les effets observés au microscope ont été nuis ou très équivoques , tout au plus après l’évaporation de l’huile restait-il une sorte d’empreinte sur la tache albumineuse, empreinte qui pouvait tenir à un simple retrait du liquide. Sur la fibrine absence complète d’effets, ainsi que sur la membrane celluleuse diaphane; mais je l’ai déjà dit, ces éléments organiques ne se trouvaient plus ici dans les mêmes conditions que pendant la vie : ainsi la fibrine était coagulée, l’albiimine n’était plus dans les proportions voulues, eu égard à l’eau; aussi pour nous rapprocher le plus possible des conditions normales, nous avons commencé une série d’expériences sur le sang.

Nous avons d’abord expérimenté comparativement avec du sang mélangé de quelques gouttes d’huile essentielle de moutarde et avec du sang sans mélange aucun.

M. Girauid recevait le sang, lancé de la veine, dans deux tubes d’égale dimension ; dans l’un il ajoutait quelques gouttes d’huile essentielle, puis et en même temps il secouait les deux tubes ; quatre minutes après, il y avait, pour le sang pur, coagulation avec sérum distinct au pourtour du caillot; pour le sang mélangé il n’y avait ni coagulum, ni sérum distinct, mais un état de demi-difduence, avec coloration toute spéciale, c’est à dire d’un rouge marron plus ou moins prononcé.

Mais ce qui nous a surtout frappé, à l’examen microscopique , c’est que chaque fois, les quelques gouttes d^’huile essentielle avaient complètement dissous les globules sanguins. Il ne restait plus qu’un liquide qui se desséchait avec de larges cassures, sous forme d’une couche homogène, couleur acajou. Ces effets nous ont paru avoir quelque analogie avec ceux produits par les alcalis.

Conduit par cette idée, nous avons dès lors expérimenté comparativement avec l’ammoniaque. Six gouttes d’ammoniaque concentré ont été mélangées avec du sang, au sortir de la veine, et six gouttes d’huile essentielle également mélangées avec du sang dans un autre tube.

A l’examen, le sang mélangé d’ammoniaque a présenté une coloration plus foncée, un état de demi-diffluence, avec sérum fortement coloré en rouge et visqueux. Celui mélangé d’huile essentielle a présenté une coloration rouge marron, deux couches aussi quant à la densité, mais pas de coagülum distinct, pas de traces de globules. Il est bon de remarquer que cette dissolution des globules, lorsqu’on veut la produire instantanément , au microscope, ne se fait pas en toute proportion . Ainsi lorsqu’on couvre tinègouttelette de sang d’huile essenlleîléde moutarde; à mesui c que celle-ci s’évapore on voit les globules sanguins reparaître dans leur état d’inlégrité, mais si oti répète plusieurs fois l’opération on finit par les dissoudre entièrement.

Ainsi voilà une substance qu’on croyait absolumetif incapable de produire des effets sur les éléments organiques, qui ne paraît en effet modifier en aucune manière les tissus privés de vie et qui commence à manifester une actiotl chimique dès qu’on se rapproche des conditions propres aux tissus vivants, et unedctîon.

on vient de le voir, qui se rapproche de celle des alcalis.

Je suis convaincu qu’il en serait de même, si on répétait ces essais, à l’égard de beaucoup d’autres substances qu’on regarde aussi comme incapables de produire la moindre modification chimique sur la substance animale.

Mais maintenant que nous avons dit à l’aide de quels agents nous avons expérimenté, nous allons passer aux résultats par nous obtenus et en même temps nous verrons quels sont ceux que d’autres expérimentateurs ont signalés de leur côté.

Une gouttelette d’ammoniaque affaibli est déposée, au plein champ visuel du microscope, sur l’espace interdigital d’une grenouille et vers le bord libre : agitation de grande ac-

tivité dans les courants capillaires ; seconde application ; nouveaux mouvements de la part de l’animal, moins activité dans les courants circulatoires.

Une gouttelette d’ammoniaque concentrée est déposée sur un espace interdigital, puis sur une portion du mésentère; aussitôt ralentissement et suspension presque complète dans le lacis capillaire : un capillaire artériel traversait le champ du micror scope et se bifurquait à une extrémité ; la circulation y persiste, mais à un faible degré : résultats analogues sur le mésentère des animaux à sang chaud.

Ainsi, tantôt nous provoquions une accélération notable dans les courants capillaires, et tantôt nous déterminions un ralentissement et même un arrêt presque subit des mouvements circulatoires.

Mais l’accélération n’était encore rien moins que constante ; elle était souvent produite par le sel commun , et il suffisait que tel agent employé par nous, l’ammoniaque par exemple, ou un acide, fût plus concentré pour amener des résultats contraires : c’est que dans le premier cas, tout en produisant une vive douleur, la substance employée n’allait pas jusqu’à désorganiser immédiatement la partie ; elle altérait seulement le mode suivant lequel étaient groupés les éléments organiques.

Devions-nous cependant regarder l’accélération comme un fait local , comme excitée par la stimulation exercée sur le lieu luimême ? Pour résoudre cette question , nous avons opéré comme avec nos instruments vulnérants : ainsi tout en maintenant une portion de membrane en' observation , soit un espace interdigital, soit une portion de mésentère d’un animal à sang froid d’a-

bord, puis d’un animal à sang chaud , nous avons déposé , ou de l’ammoniaque, ou de l’huile essentielle de moutarde, ou de l’eau bouillante sur une autre partie du corps, et de manière à produire Peffet de petits sinapismes, et tout aussitôt nous avons constaté une accélération notable dans les courants capillaires en observation; accélération due évidemment à un surcroît d'action de la part du centre circulatoire; plus les agents appliqués sur une partie distante avaient d’énergie, plus nous étions sùr d’amener cette accélération, tantôt à l’instant même, tantôt après quelques mouvements, quelques bonds de l’animal|; je dis après , car le premier effet pouvait être alors un arrêt brusque et instantané de toute circulation.

Ainsi, je le répète , d’après nos expériences, l’accélération peut avoir lieu dans les courants capillaires, quand on se sert d’agents qui, par leur action coagulante ou dissolvante ; ne désorganisent pas immédiatement et les petits courants et les îles de substance animale.

D’après ce que nous venons de dire sur les causes de cette accélération , on doit sentir qu’en aucun cas, on ne peut la donner comme un des caractères de l’irritation, encore moins comme constituant un stade de l’inflammation ; c’est cependant ce qui avait été fait par un grand nombre d’auteurs, et en particulier par Guillaume Emmert et par Thomson.

Suivant Emmert , le symptôme caractéristique, essentiel du premier stade de l’inflammation, c’est une accélération dans les capillaires de la partie affectée. i^Primi stadii symptoma essentiale est acceleratio motus sanguinis in vasis capillaribus^ quare stadium accelerationis motus sanguinis seuincipientis inflammationis jure appellamus.^^ ( Nonnulla de inflamm,, Berolini. pag. 16.)

Emmert aurait dû cependant suspecter la valeur de ce caractère , d’abord parce qu’il peut manquer, et ensuite à raison de sa courte durée; lui-même en effet l’a estimée de quelques secondes à cinq ou dix minutes au plus : quodper nonnullas séeundas usque ad quinque et decem minutas, (Loco cit.) Or, comment partager le cours des inflammations en deux stades , dont le premier pourrait n’avoir que quelques secondes de durée ? dont le premier, de l’aveu encore du même auteur, pourrait complètement manquer ? imo omnino deficere potesty ita ut stadium secundum incipiat, (Loco cit.)

Suivant Thomson {Trait, méd, chir, de Vinflam, p. 59), H peut y avoir au début des inflammations , augmentation de vitesse et tantôt diminution. Dans neuf expériences dont il a rapporté les phénomènes , Fapplication du sel fut suivie d’une augmentation de vitesse dans la circulation des capillaires : <c Les globules , dit-il , devinrent moins distincts qu’avant l’application; la rapidité du mouvement les rendait beaucoup moins faciles à apercevoir que dans les capillaires non enflammés.

Mais Thomson a été trop loin dans ses conclusions, quand il a dit (Op. cit., p. 61) que l’accroissement de vitesse peut persister dans les capillaires, depuis le commencement de l’inflammation jusqu’à la fin : c’est là une grave erreur et qui a trompé beaucoup de chirurgiens; quand il y a accélération il n’y a pas même encore inflammation! Mais chez Thomson c’est une théorie préconçue; il voulait donner cette augmentation de vitesse comme le caractère spécial des inflammations qu’il appelle actives.

Suivant Frédéric Koch {De observ, nonnullis microscopicis sanguinis cursum et in flammaiioneTrispe et antibus, Berolini 1835), il y aurait accélération dans le cours du sang sous l’influence de quelques agents; comme Thomson, il cite le sel commun : Cursus globulorum magno opéré acceleratur, (Op. cit. p. 5.)

L’opinion de Koch était d’abord qu’il y aurait toujours accélération, mais comme Meckel avait dit que parfois il y a ralentissement, Koch a fait de nouvelles recherches et il a constaté un ralentissement ^vïïmWï \ Repentè motus valde retardatus, (Loco cit. p. 14.)

Il en est de même de Wilson, de Boraston, Hastings, OEsterreicher, Wedemeyer et Baumgaertner. {In G, Emmert, 12.)

Examinons maintenant ce qui a trait au ralentissement. Dans toutes nos expériences, un ralentissement plus ou moins prononcé a constamment eu lieu j soit que nous l’ayons observé après une accélération manifeste, soit que nous l’ayons trouvé tout d’abord ; il a encore eu lieu , soit que nous ayons eu recours à l’ammoniaque , ou au sel commun, au laudanum , à une solution de nitrate d"argent, ou que nous ayons pratiqué des lésions traumatiques; il a eu lieu enfin aussi bien chez les animaux à sang chaud, que chez les animaux à basse température. C’est donc un caractère qui appartient réellement aux congestions et

aux inflammatioric;, du moins à leur début; aussi voyons-nous que les auteurs sont à peu près unanimes sur ce point.

Haller signale le ralentissement comme le premier des phénomènes de perturbation. «11 me reste à parler^ » dit-il , « des dérangements qui arrivent dans le mouvement du sang : le retardement est ordinairement le premier de. tous ces dérangements {Mouv. du sang , chap. ni, p. 69).»

Thomson le signale avant tout dans les expériences faites avec Fammoniaque, le rattachant, il est vrai, à ce qu’il appelle la contraction de ces vaisseaux capillaires. « Le premier et le plus remarquable de ces effets,» dit-il [îoco oit,, 56), « est une diminution de vitesse de la circulation capillaire. »

Hastings, Wedemeyer , OEsterreicher , cités par Burdach, ont également observé le ralentissement.

Ceci est donc un fait bien établi. Passons aux propulsions RÉMITTENTES, ou CONTINUES SACCADÉES.

Nous pratiquons, à Laide d’une aiguille très acérée, une toute petite piqûre sur le mésentère d’une très jeune souris; aussitôt extravasation de globules, mais bientôt ralentissement de la circulation au pourtour , puis mouvements saccadés dans les principaux capillaires; les petites colonnes de globules avancent encore sans interruption, mais la propulsion ne se fait plus que par secousses.

Nous répétons la même expérience sur l’espace interdigital d’une grenouille ; cet espace est transpercé , il y a bientôt suspension du mouvement circulatoire autour de la petite plaie ; mais, dans un capillaire artériel voisin, après un ralentissement uniforme, il s’établit des propulsions rémittentes , au nombre de 17 par quart de minute.

Autre expérience : une goutte d’ammoniaque est déposée sur le mésentère d’une grenouille; un capillaire artériel traversait presque entièrement le champ du microscope ; la circulation y est bientôt ralentie, puis elle y devient rémittente , saccadée ; il y a 16 propulsions par quart de minute.

Nous n’insisterons pas sur ces expériences , nous les avons répétées un grand nombre de fois; ce sont de celles qui ne manquent presque jamais, et cela sous l’influence de tous les agents dits irritants. Aussi allons -nous encore voir ce phénomène positivement indiqué par les auteurs.

Leuwenhoqck ne l’avait peut-être qu’entrevu , car Haller se

home à dire que cet observateur avait seulement vu quelque chose de semblable {Eæper, et Contemp-)*

Mais Haller, après avoir parlé de ce qu’il appelle le retardement, ajoute que « la vitesse est troublée, quand elle se ralentit en général, et que tout h coup un nouvel effort du cœur lui redonne une force qui se reperd le moment suivant {loco ci7459). Donc Haller avait judicieusement interprété les faits , bien que M. Poiseuille bii ait assez lestement dénié ce mérite, disant que ce grand physiologiste s*est occupé de cette circulation languissante y mais sans qu'il Vaii interprétée {Du Mouv, du sang, p. 41) ! Haller indique ici à la fois et le phénomène et ses conditions organiques.

Singulier effet d’une idée dominante, Thomson est tellement préoccupé de ses prétendus mouvements de contraction des vaisseaux capillaires, qu’il, n’est pas frappé des phénomènes d’ailleurs si remarquables des propulsions rémittentes ! Il ne voit en effet que des résultats opposés, les uns produits par l’ammo- ‘ niaque, les autres par le sel commun; dans un cas, rétrécissement et suspension ; dans l’autre, accélération et dilatation.

Mais R och et les deux Emmert n’ont pas omis de mentionner ce phénomène ; le premier a été plus loin, il a constaté que les pulsations capillaires sont isochrones aux battements du cœur, et ijue quand leur rhythme venait à changer, c’est que celui du cœur avait changé.

Doellinger a décrit minutieusement la propulsion saccadée du sang dans les capillaires, mais en l’accommodant à sa théorie ; Kaltenbrunner aussi reconnait ces mouvements dans le cours des inflammations, mais, suivant lui, ils ne dépendraient nullement de l’action du cœur. ( Op. cil., 48)

Il est rare que les propulsions rémittentes ou saccadées continues ne soient pas bientôt suivies de propulsions évidemment INTERMITTENTES OU saccadécs interrompues ; voici comment les choses se passent :

Le cours du sang se faisait d’abord uniformément dans les capillaires, sans qu’on pût y remarquer des temps d’accélération ou de retard ; puis et sous l’influence des agents indiqués plus haut, on observe des mouvements d’impulsion correspondant aux mouvements du cœur, c’est à dire de véritables pulsations, sans que les globules cessent d’avancer dans les canaux ; il y a simplement une rémittence plus ou moins prononcée ; mais bientôt on

remarque qu’après chaque mouvement d’impulsion, le sang tend à s’arrêter ; qu’il se fait ainsi un temps de repos, que chaque impulsion enfin est séparée par un moment de stagnation.

Vous pouvez suivre alors parfaitement la marche d’une colonne de globules, vous pouvez dans chaque capillaire un peu volumineux, voir ainsi, à chaque systole ventriculaire, le sang avancer de quelques centièmes de millimètres, puis s’arrêter, pour avancer de nouveau et s’arrêter encore.

Quand la progression , de rémittente devient intermittente, c’est à peine s’il y a un moment de repos, mais ce repos tend à se prolonger et comme bientôt la résistance augmente, les petites colonnes de sang commencent à éprouver des oscillations.

Ces Oscillations ont été observées par Haller, et comme ce grand physiologiste cherche toujours à rattacher les effets aux causes, il fait remarquer qu’elles sont presque constamment l’effet du ralentissement du mouvement artériel ; pour peu que ces oscillations se prononcent elles deviennent ce que nous avons nommé des mouvements de va et vient.

Avant que la. suspension de tout mouvement ait lieu dans une portion [du système capillaire , et pourvu que les agents employés n’aient pas cautérisé, désorganisé entièrement la substance animale, on observe constamment ce phénomène. Nous l’avons provoqué par une solution concentrée de sel commun, par l’ammoniaque, par l’alcool, l’huile essentielle de moutarde, le laudanum, et par des lésions traumatiques ; nous l’avons aussi observé, et ceci doit être signalé, par le fait seul de l’affaiblissement général des animaux, et toujours nous avons compté ces mouvements de va et vient.

Une grenouille est préparée, nous opérons par l’ammoniaque, il y a suspension dans les courants réticulés; mais dans les capillaires du premier ordre, la circulation n’est plus marquée que par des mouvements de va et vient au nombre de 16 par quart de minute.

Nous préparons une autre grenouille et nous agissons encore par l’ammoniaque ; après une première application: mouvements brusques de la part de l’animal , moins d’activité dans les courants circulatoires, i>uis mouvements de va et vient; seconde application : activité plus grande dans le mouvement de va et vient; troisième application : l’animal ne fait plus de mouvements , on n’observe plus que de faibles saccades au nombre de 52 par minute.

Mêmes expériences, mêmes résultats dans le mésentère des anir maux à sang chaud.

Mais je l’ai indiqué dans l’énumération première de ces phénomènes , le mouvement de va et vient offre plusieurs particularités très importantes à noter pour son interprétation.

Que si les conditions normaîesjiennent à cesser d’une manière progressive; la projection du sang qui se faisait par saccades, tend à revenir, et d'une manière progressive aussi, uniformément continue, soit que le cœur ait repris plus d’énergie, soit que les conditions de résistance locale aient cessé , dès lors les pulsations se limitent de nouveau dans le système artériel proprement dit, et la progression est redevenue uniforme dans tous les tubes capillaires.

Mais si au contraire la faiblesse du cœur augmente ou bien si les conditions de résistance locale tendent définitivement à l’emporter sur la force d’impulsion du cœur, voici ce qui arrive ;

Les saccades, comme nous l'avons dit, n’empêchaient pas d’abord que la progression du sang ne fût continue, seulement cette progression se faisait alternativement avec rapidité etralen-tissement ; nous avons dit encore qu’après un temps plus ou moins long , ce n’était plus de la rémittence, mais bien de l’intermittence qu'on observait dans le mouvement saccadé; toutefois ce que l’impulsion avait fait gagner aux petites colonnes sanguines, celles-ci, pendant le repos, le conservaient : si, par exemple, les globules, parl^ffet d’une saccade, s’étaient avancés dans les tubes capillaires, de 8 ou 10/100 de millimètre, il y avait simplement arrêt, temps de repos, puis une nouvelle impulsion faisait de nouveau gagner, en quelque sorte, du terrain aux colonnes de globules. Mais bientôt, pendant le temps de repos, qui répond à la diastole venticulaire , il se fait un mouvement de recul, c’est le va et vient qui , lui aussi, va nous offrir deux degrés bien distincts.

Ou bien en effet la force d’impulsion directe conserve assez d’énergie pour lutter contre les causes de résistance locale, ou bien elle est complètement paralysée par ces mêmes causes ; dans le premier cas, il y a encore progression générale, et malgré les mouvemenis de recul, le sang continue d’avancer dans le système capillaire; ce que la force impulsive du cœur fait gagner aux petites colonnes de globules, celles-ci ne le perdent pas entièrement pendant la diastole ; si , par exemple , elles avancent de

10/100 de millimètre en projection directe, elles peuvent n’en perdre que 5 pendant le mouvement rétrograde, c’est ce que j’appelle le premier degré.

Dans le second , les forces se font équilibre : si les colonnes de globules avancent, p^r exemple, de 5/1 00 de millimètre, elles rétrogradent d’autant pendant la diastole ; cet état dure plus ou moins longtemps et alors ont lieu les oscillations que nous avons appelées ultimes.

Quelle que soit l’amplitude de ces oscillations , si la résistance augmente, elle devient de plus en petite , et en même temps les intervalles de repos deviennent de plus en plus grands, jusqu’au moment où il y a suspension , arrêt de tout mouvement dans le système capillaire.

Cette suspension n’a pas lieu en même temps dans toutes les parties d’une même région ; on peut même, dans beaucoup de cas, observer! à la fois tous les phénomènes que nous venons de décrire : ici il y a arrêt complet, à côté, au pourtour, il y a oscilla lions, mouvement de va et vient, avec équilibre, plus loin pfégression saccadée et plus loin encore progression continue.

Le plus souvent la suspension de tout mouvement a lieu d’abord dans les petits courants; déjà tout y est immobile, tandis que dans les capillaires dendritiques, le mouvement de va et vient est encore en pleine activité; mais bientôt ce mouvement lui-niême cesse de proche en proche, en commençant par les plus petités ramifications ; les oscillations semblent ainsi reculer des ramuscules aux rameaux, puis aux branches, puis aux troncs ; enfin rien déplus fréquent que de voir au milieu de l’immobilité, de l’engorgement général des résèaux capillaires, un seul et unique tronc dans lequel persiste encore le mouvement de va et vient.

L’exposition que nous avons faite de tous les phénomènes propres à l’hyperhémie capillaire pourra, nous le pensons du moins, en donner une idée assez exacte; on en trouve les éléments dans les auteurs, et il suffira d’observer les faits pour acquérir la conviction que nous Içs avons fidèlement retracés : la plupart étaient méconnus dans leurs rapports, et il était besoin d’un lien systématique pour les coordonner les uns aux autres.

Appuyé que nous sommes maintenant sur nos propres observations, et en partie sur le témoignage des auteurs, nous croyons pouvoir poser en loi que quand une congestion a lieu dans le système capillaire, ou même quand une inflammation tend à s’établir graduellement, mais complètement dans une partie quelconque, les choses se passent de la manière suivante :

Il y a d’abord, non pas toujours, mais quelquefois, mais accidentellement et en vertu de conditions indiquées déjà par nous, il y a, disons-nous, une accélération notable dans les courants capillaires, puis, et dans tous les cas, on voit ces mêmes courants éprouver un retard, un ralentissement qui devient de plus en plus manifeste]; puis on observe, dans le mouvement circulatoire, une rémittence plus ou moins marquée, au lieu d’une projection uniforme et continue.

Il y a des propulsions saccadées, mais pas encore d’arrêt ; les colonnes sanguines avancent toujours sans interruption aucune; ensuite on remarque une véritable intermittence : c’est à dire qu’après chaque propulsion il y a un temps de repos, d’arrêt ; ce

n’est pas tout encore, J||ntôt on peut voir qu’après chaque propulsion, il se manif^^î^n mouvement de recul, qui alterne avec le mouvement de progression : c’est ce que nous avons désigné sous le nom de mouvement de va et vient. Et alors ont lieu les oscillations ultimes. Peu à peu, comme je l’ai dit, l’amplitude de ces oscillations diminue, tandis que les temps de repos qui les séparent vont en augmentant ; de sorte que les oscillations finissent par devenir imperceptibles et cessent totalement; il y a donc, pour dernier terme, suspension complète, cessation absolue de tout mouvement dans cette partie du système capillaire.

C’est à ce point que se prononce fortement l’état de congestion sanguine^ état dont les auteurs ont si souvent parlé, mais qui n’a jamais été bien décrit, et encore moins bien expliqué.

Tant que l’accélération a lieu dans les courants capillaires, il ne peut y avoir de congestion, cela est bien positif; il y a plus, et cette circonstance, comme je l’ai fait remarquer, en avait imposé à Thomson, les courants paraissent moins colorés et moins amples*

La congestion ne commence donc à se manifester qu’à partir du moment où l’obstacle à la circulation faisant équilibre à la force impulsive du cœur, les globules, poussés d’un côté et retenus de l’autre, finissent par encombrer les vaisseaux capillaires.

Pour donner une idée exacte de cet encombrement, nous devons rappeler, d’une part, quel est le diamètre des courants capillaires, et, d’autre part, quelle est la condition des colonnes sanguines dans ces mêmes canaux.

Le diamètre, avons- nous dit ailleurs, ne peut être donné qu’approximativement ; il varie, pour les deux ordres de capillaires, dans les limites de 1/200 de millimètre à 2 et 3/100 de millimètre. Telles sont les dimensions appréciables, et nous les maintenons pour exactes, bien qu’elles nous aient été contestées avec légèreté et inconvenance ; toutefois, et pour corroborer nos observations , nous allons prouver ici , par quelques citations,^ qu’elles sont en rapport avec les mesures données par les meilleurs physiologistes de l’Allemagne .

Ainsi, au rapport du professeur Muller (m Burdach, t. Vlly p. 9), le diamètre des capillaires varie depuis un millième jusqu’à un quatre millième, et même jusqu’à un cinq millième de poucej c’est à dire (car pour me conformer aux nouvelles mesures^ j’ai

converti lès fractions de pouce en fra|c|^s de millimètre), c’est à dire depuis vingt-sept millièmes IR^pllIimètre jusqu^à sept millièmes, et même jusqu’à cinq millièmes et demi de millimètre.

Les capillaires les plus déliés ont été vus dans le cerveau, où, d’après les mesures prises par Weber, leur diamètre est d’un cinq mille centième =0,00019 de pouce, c’est à dire de 53 dix millièmes de millimètre.

Suivant les mesures encore du professeur Muller, leur diamètre est de 0,00037 à 0,00058 de pouce, c’est à dire de dix à seize millièmes de millimètre, dans les reins ; toujours, d’après les mesures de Muller, ils seraient de 0,00037 à 0,00047 de pouce, c’est à dire de dix à treize millièmes de millimètre, dans l’iris ; et enfin ils seraient de 0,00035 de pouce, c’est à dire de quatorze millièmes et demi de millimètre dans les procès ciliaires.

Weber a trouvé leur diamètre de 0,00033 à 0,00050 de pouce, c’est à dire de neuf à quatorze millièmes de millimètre, dans la membrane muqueuse du gros intestin ; mesure tout à fait conforme à celle que j’ai récemment constatée moi-méme chez un sujet mort d’entérite chronique dans le service què M. Rostan m’avait confié à l’Hôtel-Dieu.

Disons enfin , pour terminer , que Weber a trouvé le diamètre des capillaires de 0,00025 à 0,00050 de pouce, c’est à dire, de sept à quatorze millièmes de millimètre, dans une portion de peau enflammée.

Voici pour le diamètre des capillaires ÿ or, tant qu’il y a accélération dans la marche du sang, ce diamètre reste invariable, complètement immobile ; rappelons-nous que dans les petits courants les globules passent un à un, sans laisser d’espace bien distinct entre leur périphérie et les limites appréciables des gouttières ; tandis que dans ceux qui laissent passer plusieurs globules de front, il y a un espace libre, ou du moins rempli seulement de sérosité entre les colonnes de globules et les parois des capillaires (Vo^. nos dessins). Ceci est important à noter pour bien comprendre comment se fait la congestion. A mesure, en eflî^et, que le ralentissement se prononce, voici comment les choses se passent : dans les petits courants, les globules, d’abord espacés par du sérum, se rapprochent les uns des autres; ils se tassent, pour ainsi dire, ils s’empilent, et avec d’autant plus de facilité qu’ils sont aplatis, elliptiques ou lenticulaires. On pourra s’en faire une idée en consultant nos dessins.

[/ Malgré des observations attentives et répétées, je n’ai jamais yii, même dans l’état de congestion le plus prononcé, que les petits courants se laissassent pénétrer par plusieurs globules de front. Hastings et Wedeméyer ont signalé l’ampliation générale des capillaires dans les cas de congestion et d’inflammation, mais ils ne sont pas entrés dans des détails suffisants pour qu’on puisse leur attribuer une opinion contraire. Quant à tout ce qu’on a dit sur de petits capillaires à fluides blahcs qui se laisseraient âlors pénétrer de fluides rouges, ce sont là des idées qui n’ont aucune espèce de fondement.

Tout ce qu’on peut voir dans les plus petits capillaires, je le répète, c’est que les globules s’y pressent, s’y entassent, s’y empilent, mais toujours les uns après les autres. Dans les principaux capillaires artériels, à mesure que l’encombrement se prononce, tout espace entre les colonnes de globules et les parois des capillaires disparaît; les globules se tassent inégalement, indifféremment ; ils touchent immédiatement les parois, bien plus, ils les pressent latéralement, ils les distendent, les éloignent de l’axe, les amplifient, les déforment et semblent même parfois les bosseler; ils peuvent ainsi doubler et tripler leur diamètre.

Que devient le sérum qui se trouvait interposé entré les globules dans les petits courants, et qui, dans les principaux capillaires, séparait les colonnes de globules des parois de ces mêmes tubes ? Il est probable que ce sérum, pressé de toutes parts, transsude à travers la substance animale, et que c’est ainsi qu’il infiltre les tissus dans les cas de congestion et d’inflammation.

Rien de plus facile, du reste, à constater que cette congestion progressive ; tant qu’il se manifeste des mouvements , et quelque ralentie que soit la marche des globules, il reste encore du sérum entre eux et les parois : c’est ce qu’on remarque, même quand il n’y a plus que des mouvements de va et vient. Mais comme on peut suivre les progrès de la stagnation des globules, on voit que leurs colonnes, arrêtées par l’obstacle que viennent de créer les prétendus irritants, se condensent et s’épaississent graduellement, on voit qu’elles finissent par emplir toute la capacité des tubes, qu’elles finissent même par les agrandir.

Dans un seul capillaire, on peut souvent observer ces dispositions; du côté du cœur, la colonne paraît encore distante des parois, tandis que du côté des petits réseaux, cette colonne s’est

élargie et encombre déjà tout le diamètre du vaisseau : c’est ce que nous avons cherché à reproduire dans nos dessins.

Ainsi ^ pas d’augmentation de diamètre , pas d’encombrement, de congestion enfin, tant que les courants sont libres, surtout tant qu’il y a précipitation ; ce qui est tout à fait contraire à l’axiôme de l’école : übi stimulus ibi ftuxus. Car, en témoignage de ce fluxuSy on invoquait surtout la tuméfaction des parties; or, dans ces cas, je l’ai démontré, il y a dans les réseaux capillaires, non pas précipitation, fluxuSy mais arrêt, stagnation plus ou moins complète.

Toutefois, dans la portion enflammée, il y a bien autre chose encore qu’une simple stagnation : les îles de substance animale, naturellement limitées par les courants réticulés, tendent à se confondre avec ceux-ci par le fait d'un ramollissement, et ce ramollissement est ici le critérium du travail phlegmasique.

C’est ce que Muller a très bien vu, quand il a dit {in Burdach, t. VII, p. 26) qu’à la suite d’une stagnation complète dans les rameaux capillaires, il s’opère bientôt une véritable désorganisation, attendu, ajoute-t-il, que la condition de laquelle dépend l’organisation d’une partie, c’est à dire la répartition de la substance organique en petits courants et en îles de substance solide, est détruite.

Si la partie est parenchymateuse, a dit encore Muller , les choses peuvent en demeurer à l’abolition de toute distinction entre les petits courants et les îles de substance organique, c’est alors l’étal auquel on donne le nom ài induration.

Ces explications du professeur Muller sont, suivant nous, de la plus haute portée ; en poursuivant des recherches dans ce sens, on parviendrait bien certainement à se rendre un compte beaucoup plus satisfaisant qu’on ne l’a fait jusqu’à ce jour des changements matériels qui ont lieu dans les parties enflammées et indurées.

Mais voyons maintenant comment dans les cas de stagnation et d’arrêt, c’est à dire dans les cas de congestion et d’inflammation, va s’opérer ce genre de terminaison que Ton désigne sous le nom de résolution,

La durée respective des phénomènes qui ont amené la congestion des capillaires est très variable; l’effet des agents employés peut être si énergique que la stagnation a lieu presque

immédiatement; de sorte que les autres phénomènes n’ont pas eu le temps de se manifester.

Dans tous les autres cas, ces phénomènes constituent une courte période, qui ne peut exister qu’au début des hyperhémies; car, pendant toute la durée de celles-ci, ce qu’il y a de stable, de permanent, c’est la suspension^ l’arrêt des courants capillaires. Mais est-ce à dire que ces phénomènes doivent tous se suivre inévitablement ? Non, assurément ; tel est l’ordre dans lequel ils se succèdent quand l’hyperhémie doit atteindre son summum ; mais si les causes, d’ailleurs peu actives, cessent d’agir, voici ce qui peut arriver :

Après une simple accélération, les courants reviennent à l’état normal; de même pour un simple ralentissement.

L’hyperhémie peut encore ne pas aller au delà des propulsions rémittentes ou saccadées; on observe alors de nouveau le ralentissement, puis l’état normal.

Que si l’hyperhémie va jusqu’aux propulsions intermittentes , la cause cessant d’agir, il peut y avoir retour aux propulsions saccadées continues , auxquelles succédera le simple ralentissement, puis l’état normal.

Rien de plus fréquent que de voir des mouvements de va et vient faire place à de simples propulsions intermittentes, puis à des propulsions saccadées, i puis au ralentissement, puis à l’état normal.

Enfin, et c’est ici le cas des congestions proprement dites et des inflammations , quand il y a suspension complète de tout mouvement dans le réseau capillaire ; voici comment s’opère le

retour à l’état normal.

Après un temps extrêmement variable, qui peut aller de quelques minutes à quelques jours, et même beaucoup plus, au milieu des réseaux jusque là complètement immobiles, quelques légers mouvements commencent à se manifester ; mais quel est ce mouvement? Est-il régulier, rapide, uniforme? Se montre-t-il dans un ou dans plusieurs capillaires ? Voici ce qu’on observe : dans les premiers moments, et cela devait être, on ne peut constater que de faibles oscillations, puis des mouvements de va et vient qui vont se prononcer de plus en plus ; mais comment s’opèrent alors ces mouvements de va et vient ? Nous répondront , et ceci est bien remarquable, suivant un mode diamétralement

opposé à celui que nous avons décrit , quand ils devaient se terminer par un arrêt, par une suspension complète.

Nous avons dit que l’amplitude de ces oscillations devenait de plus en ^\uspetitey et que les temps de repos, les intervalles, devenaient de plus en plus grands.

Quand la résolution se fait dans un tissu engorgé, c’est tout le contraire : l’amplitude des oscillations, d’abprd à peine perceptible, devient de plus en grande , et les temps de repos, les

intervalles, de plus en plus petits , puis les intervalles n’existent plus du tout.

Alors on observe de nouveau des propulsions sans mouvement de recul, puis des propulsions simplement rémittentes , c’est à dire un véritable pouls dans le système capillaire, puis enfin un mouvement continu, et qui paraît d’autant plus précipité, que tout à Theiire il y avait stagnation, immobilité complète dans les mêmes parties.

C’est ainsi que la résolution finit par s’opérer dans les tissus congestionnés et enflammés, soit que cette résolution se fasse spontanément, comme dans tous les cas par nous observés, soit qu’elle ait lieu par l’effet des moyens thérapeutiques employés.

C’est un genre de terminaison dont nous avons pü nous rendre compte, dont nous avons pu exposer méthodiquement les phénomènes; quant à l’induration, nous n’avons pu en dire qu’un mot : il resterait à parler de la suppuration et de la gan-grène ; mais les expériences nous manquent sous ce rapport, et d’ailleurs ce serait nous écarter du but auquel nous voulons arriver, savoir : d’examiner les fondements de la dernière théorie générale adoptée en médecine, de la théorie de l’irritation.

Cet examen définitif sera l’objet d’une dernière note.

En d’autres temps et à plusieurs reprises^ on s’est demandé quel est le degré de certitude de la médecine : tel n’est pas le problème que nous nous sommes proposé de résoudre ; nous devons nous occuper uniquement de rechercher si la dernière théorie générale adoptée en médecine est vraie ou fausse ^ ou si enfin elle offre un degré de certitude quelconque.

Remarquez que le problème pris dans sa plus grande exten^ sion était mal posé et conséquemment à peu près insoluble ; demander en effet quel est, dans l’état actuel des connaissances, le degré de certitude de la médecine, sans définir préalablement la nature du degré de certitude demandé, ou plutôt la nature de l’ordre des vérités médicales à faire connaître, c’est rendre impossible toute réponse rigoureuse.

Dans toute espèce de science, il y a nécessairement des vérités de deux ordres ; il y a des vérités empiriques et des vérités théoriques ; les premières, simples fruits de l’expérience, ne consistent qu’en des faits particuliers, isolés, incontestables néanmoins, bien que ne s’expliquant pas les uns par les autres; les secondes, ayant aussi pour source première l’expérience, mais déduites du rapprochement des faits et formulées en lois générales.

Donc, en demandant quel était le degré de certitude de la médecine, il aurait fallu distinguer; dire si par là on entendait parler de la certitude des faits empiriques ou de la certitude des théories générales ou partielles; alors, sans doule , on aurait trouvé une réponse , une solution au problème demandé.

Mais d’abord, on n’aurait peut-être pas osé poser ainsi la question. On a été si longtemps et tant de fois abusé en médecine

par de vaines théories et par de faux systèmes qu’on n’a plus voulu avoir foi qu’en des faits particuliers.

Il faut le dire , cependant , cette réaction a peut-être été poussée trop loin , puisqu’on avait fini par jeter la plus grande défaveur sur toute recherche purement théorique, à ce point que le litre d’homme à systèmes , de théoricien , était devenu en médecine un titre de réprobation : grand triomphe assurément pour les esprits médiocres, pour les cerveaux étroits! Car dès lors tout le mérite devait rester à ceux qui consentent à passer leur vie dans la recherche, dans l’enregistrement des faits à jamais isolés.

Rendons justice aux uns et aux autres ; d’abord à ces hommes laborieux et sagaces qui recueillent avec conscience et avec discernement tous les faits qui doivent servir à l’avancement de la science ; mais aussi rendons justice aux esprits vastes et élevés qui, comme Broussais, cherchent de temps à autre à systématiser les faits recueillis, à les réduire en théories, afin d’élever enfin l’édifice des sciences médicales.

^ Ces deux ordres de savants se sont toujours rencontrés en médecine, bien qu’en proportion et en valeur fort inégales, aux différentes époques de la science ; resterait à faire la part de chacun d’eux.

Ceci nous ramène à la question que nous avons d’abord posée , et nous prouve qu’elle devait nécessairement être scindée; d’abord il est évident qu’en distinguant ainsi, dans ce problème du degré de certitude de la médecine , ce qui a trait aux faits particuliers et ce qui a trait aux théorie^ ; il n’y a plus à se demander si , en médecine , nous avons , par devers nous , des faits particuliers; ils abondent : il n’y a pas non plus à se demander si ces faits sont vrais, car ils ont été recueillis par des hommes probes et éclairés; ainsi cette première moitié de la question est résolue , et si le problème de Cabanis n’avait compris que ce^ faits, il n’y aurait plus à y revenir ; la médecine aurait un degré de certitude égal à.celui des autres sciences.

Il y a plus, ces faits, quoique particuliers et inexpliqués, ont été, pour la plupart, classés, réunis, groupés, en raison de quelques analogies ; donc nous avons en médecine , non seulement des descriptions, comme base de l’enseignement , mais encore des classifications, des coordinations, comme méthode de ce même enseignement.

Reste maintenant l’autre moitié du problème, que Cabanis n’a pas cherché à résoudre , savoir quel est le degré de certitude des théories médicales, et c’est ici que vont s’appliquer nos recherches.

Disons d’abord que pour juger la valeur des théories médicales, il y aurait encore à distinguer celles qu’on a données comme partielles , et celles qu’on a eu la prétention de donner comme générales ; nous n’avons pas pour le moment à nous occuper des premières; il en est que nous tenons pour très avancées ; celles, par exemple, qui rendent compte de la production de certaines paralysies, de plusieurs hydropisies ; de même, pour quelques d’évolution organique, de coïncidence pathologique , etc. : nous ne voulons parler ici que des théories générales , mais nous n’irons pas examiner successivement quel a été le degré de certitude de chaque théorie générale proposée en médecine, ce serait presque toujours faire l’histoire des erreurs médicales; nous tenons pour avéré que si chacune de ces théories n’a régné qu’un moment en médecine, si bientôt chacune d’elles a cessé de dominer pour faire place à une autre qui à son tour devait bientôt disparaître, c’est que toutes ces théories étaient fausses en principes et fausses dans leurs applications.

C’est donc uniquement de la théorie générale la plus récente que nous allons avoir à nous occuper, de cette théorie qui s’élail élevée sur les débris de toutes les autres, de cette théorie qui gouverne encore aujourd’hui, et à leur insu, beaucoup d’hommes distingués, de la théorie entin désignée sous le nom de doctrine de V irritation.

Assurément, et depuis fort longtemps, on avait senti l’insuffisance de cette doctrine; mais pour conslater rigoureusement quel était son degré de certitude, si même elle avait un degré de certitude quelconque, il fallait remonter à ses principes, il fallait les vérifier, les contrôler par des expériences positives ; il fallait examiner sur quelles bases cette doctrine avait été édifiée , et en déterminer ainsi la solidité, la valeur, toujours à l’aide d’expériences, de faits bien observés; c’est là le but que nous nous sommes proposé , on jugera si nous avons réussi.

Personne n’ignore que Broussais, donnant à sa doctrine la qualification physiologique , avait eu en vue d’indiquer que ses principes avaient été rattachés à ceux qu’on professait de son temps en physiologie, c’est à dire aux principes de Fécole de Bi-

chat ; c’est, du reste, ce que Broussais a toujours déclaré, et dans ses ouvrages et dans son enseignement.

Donc il est nécessaire de remonter un moment à cette source, et d’examiner quels étaient les principes de Bichat; nous les suivrons ensuite dans l’école de Broussais.

11 est un chapitre de l’anatomie générale qui résume à lui seul toute la doctrine de Virritation ; c’est celui qui a pour titre : Conséquences des 'principes précédents relativement à Vinflammation (Syst. capill.). Quels sont les principes dont parle Bichat? Il est nécessaire de les rappeler, pour connaître la valeur des conséquences qu’il en a déduites : on les trouve dans le chapitre où Bichat prétend expliquer comment^ malgré la communication du système capillaire^ le sang et les fluides différents de lui restent isolés, (Loco cit.) Or, ces principes (nous pouvons le dire maintenant, appuyés que nous sommes sur toutes nos expériences) sont complètement erronés ; on va en juger.

Premier principe : le système capillaire ^ dit Bichat , est composé de deux ordres de vaisseaux communiquant partout entre eux y les uns destinés au sang y les autres aux fluides blancs. Ce principe est faux de tous points ; ces deux ordres de capillaires ne communiquent pas ainsi entre eux. Nous avons vu que tous les capillaires contiennent du sang, que tousse laissent pénétrer par ce fluide, avec cette] seule différence qu’en raison de leur diamètre les uns laissent passer plusieurs globules de front, tandis que les autres ne livrent passage qu’à un seul globule à la fois.

Deuxième principe : Si les fluides blancs ne pénètrent pas dans les capillaires destinés au sang , et si te sang ne sort pas par les exhalants et les sécréteurs y quoique ces conduits s* anastomosent directement dans le système capillaire y cela dépend uniquement du rapport qui existe entre la sensibilité organique de chaque partie du système capillaire et le fluide qu^ elles contiennent. Proposition fausse encore et doublement erronée, c’est à dire anatomiquement et physiologiquement : anatomiquement, puisqu’il n’y a pas dans le système capillaire des tubes exhalants et excréteurs s’anastomosant avec les tubes sanguins; physiologiquement, parce que le prétendu rapport de sensibilité entre ces tubes imaginaires et les fluides est une pure supposition.

Troisième principe : Les fluides blancs sont pour les tubes

à fluides rouges des irritants ; aussi font-ils resserrer ces 'parties à leur approche ; et réciproquement pour les tuhes à fluides blancs le sang est un hétérogène ^ un irritant, (Loco cit.) Supposition fausse encore, et réciproquement fausse ; les fluides rouges n’ont pas à se tromper de route, car il n’y a pas d’autres routes ouvertes devant eux : d’où il suit que ce prétendu resserrement est un fait que nul n’a jamais vu et que nul ne pourra jamais voir; d’où il suit encore que le quatrième principe tombe de lui-^même , puisqu’il est ainsi conçu ;

Quatrième PRINCIPE : Le mode de sensibilité est singulier rement sujet à varier; telle partie du système capillaire qui rejetait le sang V admet dès que sa sensibilité est exaltée. Telles sont cependant les propositions que Bicbat appelle des principes, et dont il tire les conséquences suivantes :

Première conséquence : Une partie est-elle irritée d'une manière quelconque y sa sensibilité s' altère ^ elle augmente. Deuxième conséquence : Étranger jusque là au sang, le système capillaire se met en rapport avec lui, il l'appelle pour ainsi dire.

Troisième conséquence : Le sang y afflue et y reste accumulé, jusqu'à ce que la sensibilité organique soit ramenée à son type normal.

Nous n’avons pas besoin de démontrer combien ces conséquences sont fausses, puisqu’elles sont déduites de principes inadmissibles , ou plutôt de faits que Bichat avait tout simplement imaginés.

Voyons actuellement comment cette doctrine de l’irritation a été reprise par Brousss^s, et quelles transformations elle | a éprouvées dans son écolÿ. iîE^

Dans la dernière édition de son Traité de l'Irritation et de la Foliey Broussais a consacré un chapitre à l’exposition des principes de sa doctrine, de cette doctrine, dit-il, dont l’irritation forme la base. Pour asseoir cette base , Broussais remonte, non plus aux capillaires blancs ou rouges , mais à des phénomènes qu’il partage en deux ordres, les uns primitifs ou ceux des affinités moléculaires, les autres secondaires manifestés par la contractilité; or c’est cette contractilité qui sera le point de départ pour coordonner toute la doctrine de l’irritation; c’est là le dernier mot de ce grand médecin sur sa théorie.

Afin de donner une idée plus nette des idées émises par

Broussais (Op, cit,, pag. 65, 68,'yo, 73 et passim), nous les résumerons sous forme dé propositions.

Toujours solidiste, Broussais pose en fait les trois propositions suivantes :

Première proposition : La matière animale disposée en fibres y se présente sous les trois ; fibrineuse , gé-

latineuse , albumineuse.

Deuxième proposition : Sous ces trois formes la matière animale fixe est contractile. ,

Troisième proposition : La contraction portée au delà de certaines limites constitue Virritation.

Qui ne voit déjà que, anatomiquement et physiologiquement, ces propositions sont tout aussi imaginaires, tout aussi gratuites que celles de Bichat ?

Et d’abord, de même que Bichat n’avait jamais vu dans le système capillaire général des capillaires à fluides blancs, des capillaires exhalants et excréteurs s'anastomosant directement entre eux, de même aussi Broussais n’a jamais vu au sein de la matière animale fixe, des fibres dont les unes seraient exclusivement fibrineuses, les autres albumineuses, et les autres gélatineuses. I

Ce n’est pas tout, de même encore que Bichat n’avait jamais vu ses capillaires à fluides blancs tantôt se resserrer , se crisper devant le sang, et tantôt l’admettre librement, de même aussi Broussais n’a jamais vu ses fibres albumineuses, gélatineuses et fibrineuses , se contracter tantôt dans des limites normales et tantôt dans des limites anormales ; donc, l’irritation de Broussais n'est pas plus révélée par la contraction de ses fibres que celle de Bichat ne l’était par l’afflux de ses capillaires.

En effet, que la matière animale fixe se présente nécessairement et partout sous la forme fibreuse^ et que sa composition soit exclusivement fibrineuse , gélatineuse ou albumineuse, c’est là ce qui est démenti par les faits d’observation directe.

Dans la trame dernière des tissus générateurs, lorsqu’on s’aide du microscope, on finit par ne plus trouver de formes organiques proprement dites, on ne voit dans les espaces inter-capillaires qu’une sorte de mucus, n’offrant plus même les formes élémentaires de l’organisation, savoir : la disposition vésiculeuse; et la chimie organique est là pour prouver, de son côté, que la fibrine.

la gélatine et l’albumine, ne viennent pas se partager ainsi la composition de ces trois ordres de fibres.

Que la matière animale fixe, ainsi disposée en fibres, soit partout contractile, c’est encore là ce que l’observation directe dément de la manière la plus formelle; à l’exception de ce qui se passe dans les fibres musculaires, on ne voit dans aucun tissu les raccourcissements dont parle Broussais ; loin de là, la matière animale reste immobile, quelle que soitla rapidité des courants circulatoires qui sillonnent cette même substance. Ainsi cette prétendue contractilité n’a rien de réel ; il n’y a donc plus à se demander si cette contractilité peut être exagérée de manière à constituer Virritation,

Ainsi, voilà toute la doctrine de l’irritation fondée, d’après les termes mêmes de son auteur, sur trois propositions absolument fausses , savoir : disposition fibreuse de toute matière animale fixe, mouvements de contraction de ces fibres, exagération de ces mouvements, d’où Virritatîon,

IN’est-ce pas chose inconcevable qu’on ait pu faire accepter une théorie fondée tout entière sur trois propositions aussi gratuites; et cela au X1X“® siècle, à une époque où tant de sévérité est exigée dans les recherches scientifiques les plus minimes ?

IN’est-ce pas chose inexplicable pour nous que l’enseignement de cette théorie ait excité alors tant d’enthousiasme dans les esprits, qu’un des disciples les plus distingués de M. Broussais, M. Roche, se soit laissé aller à dire qu’à la voix de son maître, la science jusque là endormie, s’est éveillée et s’est remise en marche? (É/em. de Pathol, 2® éd. préf.p. XL)

Mais c’est qu’aussi, il faut le dire, l’autorité d’un grand nom, d’un beau talent, était encore alors d’une telle valeur en médecine, qu’on était tout disposé à accepter sur la simple parole de celui qui présentait ces garanties, des faits imaginaires donnés comme indubitables.

C’est ainsi que Broussais, après avoir attaqué avec toute la puissance de sa logique, les théories d’un autre âge, après avoir proclamé que la science tout entière était à réédifier, ab imis in-stauranda! avait trouvé les esprits préparés à adopter sa doctrine, bien que fausse en principes et propagée uniquement par voie d’assertions.

Assurément aujourd’hui Broussais ne pourrait plus aussi facilement rallier les convictions. Si de son temps il a pu dire que

toute matière animale fixe est une fibre ou albumineuse ou fibritieuse ou gélatineuse^ aujourd’hui les physiologistes le prendraient au mot, et avant de lui permettre d’aller plus loin ils lui diraient : montrez-nous celte fibre j et les chimistes ajouteraient : prouveznous qu’elle est ou fibrineuse, ou gélatineuse, ou albumineuse.

Que si Broussais reprenait que cette fibre est contractile, qu’elle exécute des mouvements de raccourcissement , aujourd’hui on lui répondrait : montrez-nous qu’elle exécute ces mouvements. Que si, enfin, il ajoutait, comme conclusion, que ces mêmes mouvements peuvent s’exagérer et constituer ainsi Virritation^ on ne lui permettrait de tirer cette conclusion qu’après avoir montré des mouvements exagérés.

Ici se borne tout ce que nous avions à dire sur la doctrine de l’irritation ; c’est conime théorie générale que nous l’avons examinée, comme la dernière qui ait été adoptée en médecine 3 nous avons vu que non seulement elle est insuffisante, mais qu’elle ne parait avoir aucune espèce de réalité.

Depuis Broussais, aucune autre théorie générale n’a été proposée y il en résulte que la plupart des faits en médecine restent à l'état de dissociation, ou que du moins on ne saurait trouver encore que des théories partielles sans rapport les unes avec les autres ; peut-être aurons-nous plus tard à en examiner la valeur; pour le moment, nous n’avons eu qu’un but, celui de prouver d’abord que les faits compris sous le nom d’hyperhémie capillaire ne sauraient être expliqués par la théorie de l’irritation, puis de prouver que cette théorie ne pourrait, à plus forte raison, être acceptée comme théorie générale.

Il y a cependant quelques faits généraux dans les phénomènes de l’hyperhémie capillaire ; nous les avons fait connaître pour la plupart , soit dans notre dissertation , soit et surtout dans ces notes. Avant de clore ce travail , nous allons les rappeler aussi brièvement que possible, tout en les mettant en opposition avec ceux que signalaient autrefois les partisans de la doctrine de l'irritation.

Nous formulerons d’abord ce qui est relatif aux causes, puis ce qui a trait diVL^ phénomènes.

Dans la doctrine de l’irritation, tous les agents capables d’impressionner l’économie vivante, d’exercer une modification quelconque, sont réputés des irritants; il n’y a d’autre distinction à établir que les différences du plus au moins.

^ D’après les faits bien observés, nous disons qu’il faut distin guer et qu’on peut établir les classes suivantes :

Première classe ; Corps susceptibles d’exercer sur les tissus vivants une action simplement mécanique, soit en divisant, en perforant, en déchirant ou en meurtrissant ces mêmes tissus , et capables conséquemment d’altérer à différents degrés la structure de la substance animale ; structure qui consiste essentiel-^ lement en une répartition toute spéciale des liquides et des solides; les premiers distribués en courants capillaires, les seconds en îles de matière fixe limitées par ces mêmes courants.

Deuxième classe : Corps susceptibfes d’entrer en combinaison, soit avec les liquides, soit avec les solides (Liébîg , introductïon CLXXVi) , ou susceptibles de changer le mode de groupement des éléments organiques ( Loco cit., ix. ). Dans cette classe rentrent la plupart des poisons dits irritants.

Troisième classe : Corps susceptibles d'exercer une action sur l’économie vivante , à raison des principes vénéneux qu’ils contiennent ( Loco cit,, clxxvi). Dans cette classe rentrent les poisons proprements dits.

Quatrième classe : Corps ayant pour origine certaines décompositions particulières. Suivant Liébig, pour se faire une idée nette de leur mode d’action, il serait nécessaire de se rappeler les phénomènes de fermentation, de putréfaction et d’érémacausie {Loco cit,, clxxxil).

Dans cette classe rentrent les virus et les miasmes. Ceci avait déjà été dit , mais comme simple comparaison ; Liébig a donné à cette idée un haut degré de vraisemblance.

On voit combien cette manière de considérer les faits diffère de cette assertion générale et absolue des partisans de l’irritation, que tous les agents, sans exception aucune , doivent être regardés comme des irritants.

Examinons maintenant de quelle manière doivent être consi- * dérés les effets immédiatement,produits dans la trame des tissus vivants.

Il y a d’abord un fait général très important à signaler, c'est " que tous les prétendus irritants, c’est à dire ceux compris dans notre première et dans notre seconde classe, agissent en créant des obstacles matériels à la circulation capillaire. Nous allons dire comment ceci doit s’effectuer ; mais remarquons, avant d’aller plus loin, combien ce principe est en opposition avec

celui que voudraient faire prévaloir les partisans de la doctrine de Pirritation. Ceux-ci ne voient partout qu'un stimulus qui appelle le sang dans les réseaux capillaires ; nous, nous voyons des agents qui produisent, dans ces mêmes réseaux, soit mécaniquement, soit physiquement, soit chimiquement, des empêchements matériels à la libre circulation capillaire.

Pour les agents traumatiques, nous avons vu que ceci ne saurait faire l’objet d’aucun doute.

Quant aux autres agents, nous les avons vus aussi modifier les tissus vivants, mais ils les modifiaient chimiquement. Nous avons eu pour indices, des effets qui variaient depuis ceux qui dénoncent un simple changement dans le mode suivant lequel étaient groupés les éléments organiques, jusqu’à ceux qui indiquent une complète désorganisation.

Posons ici quelques principes : ’

L’indice le plus fréquent d’une altération dans le mode de groupement des éléments organiques, nous l’avons constaté, est une augmentation ou une diminution dans la consistance, dans la densité des liquides ou des solides de l’économie. C’est le mode d’action qu’on peut le plus souvent observer de la part des agents qu’on avait si improprement nommés agents irritants.

Donc ces corps pourraient, à bon droit, être distingués en coagulants et en dissolvants.

Maintenant, comment les uns et les autres agissent-ils sur les parties vivantes? comment peuvent-ils créer des obstacles à la circulation capillaire? comment peuvent-ils, eafin, amener la série des phénomènes compris si improprement sous le nom d’irrîtalion ?

Pour ceux qui savent en quoi consiste essentiellement la structure de toute substance animale, le problème ne sera pas difficile à résoudre.

Nous venons de dire que, dans toute substance animale vivante, il y a une répartition telle des liquides en mouvements et des solides fixes, que ceux-ci, les solides, forment des espaces, des îles limitées, circonscrites par les courants sanguins devenus capillaires ; or, tout ce qui tend à altérer cette juste répartition créée par cela même des obstacles à la marche , au mouvement des courants capillaires.

En effet, que le corps mis en contact avec la substance organique exerce une action coagulante sur les liquides en circu-

lation, ceux-ci éprouveront dans leur marche un ralentissement notable , ou même un arrêt complet ; on verra les particules sanguines devenir stagnantes dans leurs gouttières, ou éprouver des mouvements saccadés, des mouvements de va et vient, etc., suivant le degré d’énergie du corps mis en contact.

Que si, au contraire, l’agent employé est de nature à exercer une action dissolvante, il agira sur la substance animale fixe, il altérera d’une manière plus ou moins profonde cette structure, cette répartition, d’où dépend l’existence même des tissus organiques 5 il détruira les petites gouttières, à travers lesquelles filtrent, pour ainsi dire, les globules sanguins, et par cela même il créera des obstacles à la circulation capillaire. Dès lors on observera de nouveau la série des phénomènes propres à l’hyperhémie, savoir: des ralentissements d’abord, puis des mouvements saccadés, des mouvements de va et vient, puis des arrêts, et conséquemment une congestion à ter go, une vive rougeur, une tuméfaction plus ou moins considérable.

Nous n’irons pas plus loin dans cette explication : nous devons nous borner à la simple exposition des faits donnés par l’obr servation directe; assurément ils ne sont pas de nature à nous permettre de substituer une théorie générale à l’ancienne théorie générale de l’irritation, mais ils nous paraissent propres à mettre les observateurs sur la voie d’une découverte importante , bien que plus restreinte , nous voulons parler*de la théorie partielle des inflammations.

Nous devons le dire, en terminant la série de ces notes , c’est vers la recherche des théories partielles que doivent tendre désormais les efforts des vrais amis de la science ; qu’ils ne craignent pas de s’entendre jeter le reproche de n’être que des théoriciens! Leurs travaux seront couronnés de succès durables quand ils auront su, à l’aide de groupes judicieusement rapprochés et comparés , trouver des liens systématiques et établir ainsi des théories partielles, en attendant le jour où quelque * homme de génie viendra réunir ces théories éparses, et, suivant l’expression de Bacon , édifier une tour, du haut de laquelle on pourra désormais dominer toute la science.

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