M- DUPONT, DAZINCOURT, MONTVAL
MON TV al, entrant.
Madame , faites-moi donner, je vous prie...
(Apercevant Dazincourt.) Eh! c’est vous, mon cher!
DAZINCOURT, l'interrompant.
Eh ! c’est M. le marquis de Montval ! parbleu ! mon cher Marquis , je suis votre serviteur, (a part.) Il vient me tirer d'embarras ! (Haut.) Madame Dupont, tout ce que vous avez de plus beau et de meilleur pour le Marquis...
M" # DUPONT
Monsieur, comptez... (a part.) Un Marquis, de ses amis !
MONTVAL
Comment... vous voulez!..
dazincourt.
M. le Marquis ne pouvait pas mieux s'adresser... Madame Dupont, les plus grands soins, les plus grands égards !
montval.
Je voudrais savoir...
r * PREMIER DÉBUT
DAU NCOt BT.
Que Ton s'occupe de mile de son diner... je vous préviens, M" e Dupont, que M. le Marquis est connaisseur.
M"* DUPONT
Si, Monsieur...
La chambre rose... allez donc , M* € Dupont , allez donc !
Monsieur, certainement... je ne sais plus où j'ensuis... dans l'instant , vous allez... (A part.)
1) connaît des marquis !.. c'est un bonune très comme il faut! (Haut.) J'y \ais, M. le Marquis, j’y cours... (Elle sort.)
SCI- NE V.
DAZ1NCOURT, MONTVAL.
montval.
Kb quoi ! mon cher Albouis ?..
DAZiNCOuirr.
Chut! je m'appelle ici, Dazincourt... c'est un nom de guerre.
montval.
Vous ! le secrétaire intime du maréchal de Richelieu; vous, son élève en diplomatie !..
Je mets à profit ses leçons... je joue la comédie.
montval.
Effectivement , tout ceci m'a l'air d'une intrigue...
Fort sérieuse, du reste; car il y va de mon aveuir.
MONTVAL
Comment, une passion?..
Oh! mais une passion véritable, impérieuse, irrésistible !
MONTVAL
Vous m'effrayez ! et quel en est l'objet?
DAZINCOl'RT.
Le théâtre.
MONTVAL
Quelle folie! et c'est pour cela que vous quittez un protecteur tel que le maréchal de Richelieu? des espérances?..
Oui , des espérances ; mais , rien de plus !
écoutez- moi, mon cher Marquis... iilsd'un brave négociant de Marseille, plus chargé de famille que de fortune , le maréchal de Richelieu m'avait pris avec lui pour me former aux affaires et me procurer , disait-il , un poste honorable ! voilà trois ans que je l'attends! et le vieux courtisan, suivant sa maxime ; « Ne refuser jamais , toujours promettre » ne m’a encore rien donné, que ses mémoires à rédiger... travail qu’il a fort exactement payé... en complimcns.
montval.
11 se pourrait!., mais, il fallait parler.
Parler argent !.. j'ignore cette langue... cependant , je me trouvais lancé dans un monde brillant ; je dus m'y montrer digne de mon pa- «
■ trou... si je ne parlais de rien au Maréchal, j'avais de fréquens entretiens avec les usuriers... je vis bientôt s’accumuler le papier timbré , s’amonceler les frais... j'entendais déjà crier les guichets du Kort-l’Évéqiie où un certain M. Renard désirait vivement me loger ; lorsqu'un soir... j’avais joué , sur noire théâtre de société de lu rue Popincotut , avec les comtes de Sabran , de Gouflicr, de Loménic, lu jeune marquise de Folleville et sa sœur, j'avais obtenu un succès d'enthousiasme... pardon de n'étre pas modeste; c’est pour prouver que je ne suis pas fou... enfin, j’avais été porté aux nues, dans Crispin, des Folies amoureuses et dans V Anglais à Bordeaux ; lorsque mon valet vient m'arracher aux félicitations , pour m’avertir que le lendemain , le maudit Renard doit mettre à exécution une sentence par corps!., échauffé par mon triomphe, désolé par mon malheur... du mélange de ces deux sentimens, naît tout-à-coup une résolution bizarre, mais salutaire... c'est de tirer parti des dis|>ositions que l'on vient d’applaudir et de me créer mie existence indépendante en me faisant comédien.