LA VEILLEE AU VILLAGE
Un bon feu flambe dans la cheminée et répand une douce chaleur dans la chambre bien close. Les sièges sont rangés en cercle autour du foyer. A la lumière de la lampe on voit briller Farmoîre toute reluisante de propreté.
Au dehors la neige tombe à gros flocons et recouvre la plaine. Le vent souffle avec violence et s'engoufîre dans la cheminée en sifflant. Mauvaise soirée pour le voyageur qui va par ce froid sur la route. Il a peine a reconnaître son chemin dans l'obscurité à travers les tourbillons de neige.
On attend les voisins et les amis pour la veillée. C'est surtout pendant les longues soirées de Décembre qu'on aime à se réunir. Aujourd'hui c'est samedi et l'on ne va pas aux champs demain. On pourra donc veiller un peu plus tard.
On frappe à la porte. Ouvrez, c'est le voisin Mathieu avec son fils aîné, sa femme et sa fille. Le riche fermier secoue son large manteau tout blanc de neige, souhaite le bonsoir à ses hôtes et vient se réchaufîer au feu qui pétille. C'est un bien bon homme que le voisin Mathieu et on le reçoit toujours avec plaisir. Personne n'est plus obligeant que lui. Il ne refuse jamais de rendre service aux malheureux. Il a plus d'une
fois payé le boulanger et le propriétaire de pauvres gens. Aussi tout le monde l'aime et le respecte.
Sa femme est aussi généreuse que lui. • Ce qu'elle a dans sa basse-cour et dans son verger est pour ses voisines.
La porte s'ouvre de nouveau et une bouffée d'air glacial pénètre dans la chambre. Voici M. Denis l'instituteur. On se lève, on l'entoure, car on est toujours bien aise de causer avec Mr. Denis qui lit beaucoup et sort peu. M. Denis emploie son temps et son intelligence à instruire les enfants du pays.
La société est bientôt au complet. Les hommes parlent de la récolte ou des nouvelles de la ville et les femmes, enfilant et tricotant, causent de leur ménage et de leurs enfants.
A neuf heures on se lève, les femmes s'enveloppent dans leurs capes et les hommes dans leurs manteaux. On se serre la main sur le seuil en se disant au revoir, et l'on se sépare contents de la bonne soirée qu'on a passée.