MIEUX QUE ÇA
L'empereur Joseph II. n'aimait ni la représentation ni l'appareil, témoin le fait qui va être raconté : Un jour, que, revêtu d'une simple redingote boutonnée il était allé, dans une calèche a deux places qu'il conduisait lui-même, faire une promenade matinale aux environs de Vienne, il fut surpris par la pluie, au moment où il reprenait le chemin de la ville. Il en était encore assez éloigné, lorsqu'un piéton, qui regagnait aussi la capitale, fait signe au conducteur d'arrêter, ce que Joseph II fait aussitôt. Monsieur, lui dit le militaire (car c'était un sergent,) y aurait-il de l'indiscrétion à vous demander une place à côté de vous? Cela ne vous gênerait pas beaucoup, puisque vous êtes seul dans votre catèche, et ménagerait mon uniforme que je mets aujourd'hui pour la première fois. Ménageons
votre uniforme, mon brave, lui dit Joseph, et mettez-vous là. D'où venez-vous? — Ah ! dit le sergent, je viens de chez un garde-chasse, de mes amis, où j'ai fait un fier déjeuner. Qu'avez-vous donc mangé de si bon ? — Devinez ? — Que sais-je, une soupe à la bière? — Ah bien oui, une soupe, mieux queçà.
— Une langue de veau? -— Mieux que ça, vous dit-on. — Oh! ma foi je ne puis plus deviner, dit Joseph. — Un faisan mon digne homme, un faisan tiré sur les plaisirs de Sa Majesté, dit le camarade, en lui frappant sur la cuisse. — -Tiré sur les plaisirs de Sa Majesté, il n'eu devait être que meilleur? — Je vous eu réponds.
Comme on approchait de la ville et que la pluie tombait toujours^ Joseph demanda à son compagnon dans quel quartier il logeait et où il voulait qu'on le descendît. — Monsieur, c'est trop de bonté, je craindrais d'abuser de votre complaisance. — Non, non, dit Joseph, votre rue? — Le sergent indiquant sa demeure, demanda à connaître celui dont il recevait tant d'honnêtetés. — A votre tour, dit Joseph, devinez. — Monsieur est militaire, dans doute? — Comme dit Monsieur. — Lieutenant?
— Ah bieu oui, lieutenant, mieux que ça. — Capitaine? — Mieux que ça. — Colonel, peut être? — Mieux que ça, vous dit-on. — Comment diable, dit l'autre, en se recognant aussitôt dans la calèche, seriez-vous feldmaréchal ? — Mieux que ça. — Ah ! mon Dieu, c'est l'empereur ! — Lui-même, dit Joseph se déboutonnant pour montrer ses décorations. Il n'y avait pas moyen de tomber à genoux dans la voiture ; l'invalide se confond en excuses et supplie l'empereur d'arrêter pour qu'il puisse descendre. Non pas, dit l'empereur, après avoir mangé mon faisan, vous seriez trop heureux de vous débarrasser de moi aussi promptenent, ne me quittez qu'a votre porte, et il l'y descendit.
Exercice 43.
1. Où était allé un jour l'empereur Joseph II? — 2. Etaitil à pied? — 3. Dans quelle espèce de voiture était-il allé faire une promenade matinale? — 4. Quand fut-il surpris par la
pluie? — 5. Était-il près de la ville quand il fut surpris par la pluie? — 6. Qui est-ce qui fit signe à Joseph II. d'arrêter? — 7. Le piéton qui accosta l'empereur était-il militaire? — 8. Etait-ce un militaire qui accosta l'empereur? — 9. Quel était son grade? — 10. Que dit le sergent à Joseph? — 11. Que demanda Joseph au sergent? — 12. Que lui répondit le sergent? 13. Quelle question l'empereur fit-il au militaire? — • 14. Que répondit celui-ci? — 15. L'empereur devina-t-il tout de suite? 16. Le sergent avait-il mangé de la choucroute? — 17. Aimezvous la soupe à la bière? — 18. En avez- vous quelquefois mangé? — 19. Que demanda Joseph à son compagnon comme on approchait de la ville? — 20. Le sergent indiqua-t-il sa demeure à Joseph II? — 21. Reconnaissait-il l'empereur?
1. Il n'aimait pas la représentation ni l'appareil. — 2. II était revêtu d'une redingote boutonnée. — 3. Oui, il conduisait lui-même. — 4. Par la pluie. — 5. Non, il eu était encore assez éloigné. — 6. Un piéton qui regagnait la capitale. — 7. Oui, l'uniforme du sergent était neuf. — 8. Il venait de chez un garde-chasse. — 9. Non, il n'avait pas mangé de langue de veau. — 10. Il avait mangé un faisan. — 11. Oui, il avait trouvé le faisan très-bon. — 12. Il lui demanda dans quel quartier il logeait et où il voulait qu'on le descendît. — 13. Il craignait d'abuser de la complaisance de son compagnon. — 14. Il se déboutonna. — 15. Non, il n'y avait pas moyen. — 16. Il se confondit en excuses. — 17. Pour qu'il pût descendre. — 18. Il le descendit à sa porte.