‹ Premier péché [microforme]Chapitre 10 sur 10 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

CREMAZIE puis JEANNE

(Crémazie ne l'a pas aperçue, et dit encore une foi) Seul !

(Jeanne s'élance et se penche vers lui)

Mon pauvre ami !

L'Adieu du Poète Caemazte

Enfin vous voilà, Jeanne, le temps me semblait si long. ..que j'en pleurais !

JzaANN& (consolante)

Pourquoi vous désoler ainsi? Votre attente n'est jamais vaine. Si vous saviez quels prodiges j'ai faits pour arriver plus vite...je vous sentais triste...

CREMAZIE ( l'interrompant)

Et malade, Jeanne, si malade ! Je crois bien n'avoir plus que peu d'heures à vivre. Cependant depuis que vous êtes auprès de noi, je meurs moins vite. (IL étend les mains vers les fleurs). Ces fleurs, Jeanne, que de souvenirs ‘élles évoquent, vous le rappelez-vous ? Oh! dites, d'abord voulez-vous que nous relisions notre page de vie ?

Ueanne s’est agenouillée près dn fauteuil, elle jsppale sur le bras du meuble

et regarde le

Oui, car n'est-ce pas revivre toutes nos joies que de les repas-

ses ainsi ?

CReMAzIE J'ai si peu de bons souvenirs, je veux les effeuiller sur ma tembe : ce seront les seules plantes qui y fleuriront, grâce à l’aumône de vos larmes. Et même après ma mort, vous me donnerez des fleurs !

Jeanne Ne parlez pas de ces choses, ;2 vous en prie ! CREMAZIE

Un jour, votre sensibilité exquise rayonna jusqu’à ma chambre vide et triste. Une moisson de roses tomba sur moi, comme une bénédiction.

Jeanne

Elles étaient si peu fraiches, ces roses. Elles se fanaient même, et je les aurais voulues dans toute leur beauté, mais la petite fleuriste...

L'Adieu du Foète CakMAzIE

La petite f :riste est un grand cœur ! Je les trouvai magnifiques, ces r' ; j'aimais leur attitude penchée : elles semblaient lasses de : re, et pourtant donnaient encore de la joie, même dans leur mort. Je songeais à la jolie fée qui les avait réunies par une délicatesse touchante, voulant égayer ma solitude, et si j'ai versé des larmes heureuses, Jeanne, les corolles de vos roses en sont restées longtemps pleurantes...

Jeanne (timide)

Je vous voyais passer devant ma fenêtre ; tout de suite votre air triste m'avait attirée ; puis je vous attendais ; tous les matins, vous veniez, et je me sentais une tristesse invincible de vous voir ainsi, toujours seul. Chaque jour, vous vous courbiez davantage, comme si le fardeau de vos ennuis se faisait de plus en plus lourd, Je songeais : “ Quel est donc son chagrin ? Personne ne le connaît, on le coudoie sans le saluer, il est seul toujours ! Pourtant ne sent-il pas ma pensée, cherchant à deviner le secret d'une vie

qui m'est devenue chère ? Oui, sans doute, il la sent, et voilà Pourquoi, chaque matin, il passe ici, pour chercher le regard qui le

salue au passage.

CReMAzIE

Regard discret, qui me révéla tout de suite votre adorable benté. Il disait, au mendiant de tendresse qui s'arrêtait près de votre porte, que vous aviez une aumône toute prête. Moi qui pleurais ma patrie, je tendis l'escarcelle...vous y avez vidé les trésors de votre cœur de femme. Je bénis l’indisposnion qui me valut votre chère presence ; ce jour-là, Jeanne, je ne saurais jamais dire l'allégresse qui me chanta dans l'âme !

Jeanne Je vous savais malade, Vous voir devint un désir irrésistible...et puis, je voulais vous entendre dire votre plainte, car vous aviez trop de tristesse, j'en revendiquais ma part, CREMAzIE (se recueillant) Un matin, vous êtes venue, et comme je fus heureux de causer

avec vous ! Vos grands yeux sympathiques dégageaient de ‘a lumière ; ma solitude en resta éblouie C'était le premier rayon qui

452 L'Adieu du Poète

me venait sur la terre d'exil, et cette 1 âme, réchauffa mon existence fai

voulons, c'est sa

nous son nom à l'oiseau qui

nos harmonies ? Nous nous

porte qu'il soit rossignol, fau-

Vette ou pinson Pourquoi, alors demander son nom à la femme qui

nous sourit ? Un sourire, c'est une caresse de fleur heureuse,

une éclosion du cœur, un éblouissement d'âme ! Dans un

sourire, la femme ne met-elle pas tout ce qu'il y a de délicat, de subtil dans sa n st l'essence de

grâce infinie,

un nom, quand on vous donne une vie, un soleil ? donc ! J'avais votre soutire : il se baigna de pleurs ; mais vous me l'avez &ardé pendant Que je vous racontais l'histoire du Pauvre exilé... Jeanne, souriezmoi encore |...

Jeanne (souriante)

Vous rappelez-vous ma surprise en apprenant qu'il y avait un Peys inconnu où vivaient des frères ? Cette ignorance ne vous blessa pas, car je ne suis qu'une humble fille, et vous l'aviez rencontrée déjà dans les hautes sphères sociales de la France. Aves quelle douceur vous m'instruisiez ! “ N'avez-vous jamais entendu parler d'un pays par delà l'Atlantique, me disiez-vous, d’un pays immense, colonisé par vos pères ? Ne Connaissez-vous pas le nom de Champlain qui fonda mon vieux Québec ? “ Ah ! Québec, comme vous l’aimez ; avec quelle émotion vous me parliez de votre Cap et des horizons uniques que l'œil embrasse de ces hauteurs splendides ! Vous me parliez de vos héros et, fièrement, vous ajoutiez : Là-bas, on les Prononce à genoux, ces noms que vous ignorez ici : ce sont les saints de ma patrie : Puis tristement : “ Vous ne les CCnnaissez pas, de même que vous ignorez que le meilleur de vous r'est plus en France, mais que la vieille monarchie a donné le plus pur d'elle-même à des rives sauvages...

CREMAzrE

Avec quelle patience, vous m'écoutiez.

L'Adieu du Poète Juanne J'aimais à entendre ces accents si nouveaux |

CRkMazix (attendri)

Jeanne Votre mère ! Parlez-moi d'elle. v CREMAzIE (la voix pleine de larmes)

femme qui est la seule à sourire

de ma librairie ;

étudier et écrire ;

sions nos essais littéraiie

(1 s'abime dans ses sœuvenirs,

Juanwe (suppliante)

Parlez-moi, je vous prie !

CRtMazie (très triste) Je n'ai pas aimé, et Pourtant...

Jeanne Pourtant ?

CReMAzrE

Pourtant, j'avais des trésors dans l'âme ; trésors inexplorés dont je n'ai senti la lourde richesse que depuis l'exil. Et vous avez voulu en prendre une part, Jeanne : Ma mère, vous et ma patrie !

454 L'Adieu du Poète

Ma patrie, je l'aime tant ! Si et grande, ma patrie ! Si vous donne, parfois, l'illusi tcutes nos villes, dans nos montagnes, et Jeanne, si vous

Jeanne

Mais, je le connais :

“Il est sous le soleil, un sol unique au monde, Où le ciel a versé se dons les plus brillante, Où, répandant ses biens, la nature féconde

A ses vastes forêts mêle ses lacs géants,

Sur ses bords enchantés, notre mère, la France, A laissé de sa gloire un immortel sillon :

Précipitant ses flots vers l'Océan immense,

Le noble Saint-Laurent redit encore son nom.

Heureux qui le connaît, plus heureux qui l’habite, il Pour chercher d’autres cieux, uve, où le bonheur l'invite, urir où dorment ses aïeux Fe

CREMAzIE (surpris)

Vous avez appris ces vers, Jeanne. Oh ! combien votre âme a de délicatesse !

Jeanne (enthousiaste)

Je les trouvai si beaux, deur du pays qui les inspi

chères ? Respectons le silence de son sacrifice, et rendons hom: à sa générosité. Son cœur et sa droiture n'ont pas péché ; l'âme du poète surnage au-dessus du bourbier des inconséquences humai-

L'Adieu du Poète 155

nes, et moi, Française, esclave passionnée de l'honneur, je dis que le peuple Canadien n'oubliera jamais le Drapeau de Carillon, ni Octave Crémazie !

CREMAzIE (étonné)

Le Drapeau de Carillon ! Vous connaissez aussi ?

JEANNE (fièrement)

Si je le connais, ce vieux troupier qui disait :

“ Cet étendard qu'aux grands jours des batailles, Noble Montcalm, tu pla: dans ma main,

Cet étendard, qu'aux por: : de Versailles, Naguère, hélas ! je déployais en vain !

Je le remets aux champs où de ta gloire

Vivra toujours l’immortel souvenir ;

Et dans ma tombe, emportant ta mémoire,

Pour mon drapeau je viens ici mourir. ”

CREMAZIE (très ému)

Je viens ici mourir.

Jeanne

gnerai si bien, et il me sera si doux de vous voir revivre par mes soins ! Ne parlez pas de mourir, nous Passerons de belles heures à causer du Canada, et je vous dirai des vers de Crémazie, J'en connais un grand nombre. Moi aussi, je puis dire aux marins de la Capricieuse :

“ Voyez sur les remparts cette forme indécise, Agitée et tremblante au souffle de la brise : C'est le vieux Canadien à son poste rendu !

Le canon de la France a réveillé cette ombre ï Qui vient, sortant soudain de sa demeure sombre, H Saluer le drapeau si longtemps attendu. ”

CREMaAzIE (à voix Presque basse)

Et connaissant son histoire, vous aimez encore Octave Crémazie ?

L'Adiew du Poète

Jeanne

CReMAzIE Et ce que j'aime en vous Jeanne, ce n'est pas la femme, c'est l'ange et c'est la France !

Jeanne Je rends à votre patrie le culte que vous avez voué à la mienne. :

CREMAzIE Merci, Jeanne ; vous êtes bonne. Dan:

passée ; votre sourire a rêvé i mortes... J'ai cru à une résu + Mais la mort vient, et d'

douleur me remonte à l'âme, tez avec moi...

Jeanne

N'écoutez pas, mais parlez-moi..….

CREMazt (très agité, se penche vers la fenêtre)

Ecoutez bien, ce sont les accents de mon fleuve, lorsqu'il a de ces colères qui font peur aux rives ; il se jette en furieux sur les granits affolés, les mord dans une rage folle, et son étreinte se fait terrible...

JEANNE (le ramène doucement à son fauteuil)

Regardez-moi plutôt !

CREMAzIE (toujours délirant)

Le voyez-vous redevenir berceur et doux ; sa vague a des alanguissements et des coquetteries ; la plage en est émue, les

L'Adieu du Poète 157

rochers palpitent, les plantes se plongent plus avant dans ses eaux de tendresses nouvelles. ..Le voyez-

JEANNE (flattant sa rêverie)

CREMAzIE (poursuivant)

Jeanne Oui, je les entends.

CREMAzIE (exalte)

Mais c'est moi ::u'ils appellent, moi, ‘ paria, moi !

Loin de son lieu natal, l'insensé qui s’exile Traine son existence à lui-même inutile,

Son cœur est sans amour, sa vie est sans plaisir, Jamais pour consoler sa morne rêverie,

Il n’a devant les yeux le ciel de la patrie,

Et le sol sous ses pas n’a pas de souvenirs.

Non, je me trompe, car ils m'auront oublié, Qui, dans vingt ans, se souviendra d'Octave Crémazie ?

(Jeanne fait un pos Dent de surprise. Crémasie se lève, comme pris de .it À se. tem ésespoir. à Lane ns fre agite eng n2e des marques

Qu'ai-je dit, malheureux ? Je viens d’anéantir ma dernière joie ! Tout s’en va avant moi | Jeanne, vous aussi partirez, maintenant que vous savez mon nom. Je voulais tant vous cacher ce secret que mon cœur malade a trahi !

Il se laisse tomber sur un fauteuil et sanglote. Jeanne s'agenouille, se che vers lui, prend les mains qu'il rude sur son visage) LS

Jeanne

Partir, dites-vous, partir ? Mais vous n’en croyez rien ; partir quand je puis vous crier mon admiration sans craindre de trahir

ns | La mn

158 L'Adieu du Poète

CREMazIe (faiblement)

Restez, Jeanne, restez. Le malheur est venu à moi, pour me Procurer cette infinie douceur de connaître l'âme féminine : 1 vôtre, chère petite, bien faite Pour consoler mon agori= Car je sens que je m'en vais... Hélas ! Je dormirai donc sur la terre étrangère, moi qui aurais tant voulu reposer là-bas, dans un coin isolé, mais

Pourquoi pleurer ainsi ? Cette France que vous avez chantée, cette France que, là-bas, vous avez fait aimer à des milliers de frères, cette France qui est devenue votre seconde patrie, croyez- Vous que sa terre sera lourde à votre tombe ? Laissez-nous un peu de vous : si *: France garde votre corps, le Canada ne saurait être jaloux, car il aura toujor:rs votre âme !

CREMAzIE Vous avez raison Jeanne, le sol français me se: - léger, et je rmirai bien doucement à côté des aïeux, Mais croyez-vous que l'on gardera mon âme là-bas ?

JEANNE (fièrement)

Vous ne serez pas oublié, et parce que vous avez chanté les fleurs de lys et les trois couleurs, on immortalisera votre mémoire !

CREMAZIE

11 me semble entendre la voix de mes sœurs de là-bas dans vos accents fiers. Merci, Jeanne !

JEANNE (offrayée de l'altération de sa voix)

Reposez-vous, mon ami ; fermez les yeux 3 toutes ces pensées vous briseut !

L'Adieu du Poète CrEMAzIE (tendrement)

Non, laissez-moi parler encore, mais de vous, de vous seule. Laissez-moi vous demander pardon de cette plainte d'isolement. Isolé! Le suis-je, puisque je vous ai ?...et dans la mort, j'emporterai la douceur de votre sympathie,

JEanne (pleure convulsivement)

Vous ne mourrez pas, non, vous ne mourrez pas |

CREMAzIE

Ne pleurez pas, mignonne, Je suis si content de m'en aller ; voyez-vous |! L'existence ne me donnera plus rien, et vous qui pleurerez demain ma mort, regretteriez bientôt ma vie,

Jeanne

Ne dites pas cela, je vous en conjure !

CREMAzZIE

Le bonheur n'était pas pour le pauvre poète. Et même, dernière ironie, je vous ai connue alors que mon âge m'interdisait d'aimer vos vingt ans.

Ueanue pleure plus fort)

Ne pleure pas, ma petite, tu garderas toujours la douceur du seuvenir ; tu as fait du bien à un malade, tu as sauvé de la solitude la mort du poète. Jeanne, tu seras bénie et aimée, comme j'aurais su te chérir, si je n'avais été un vieillard,

(Sa voix meurt dans un sanglot)

JEANNE Vivez ! Vivez pour moi !

CREMAzIE (touché) Pauvre petite, votre sensibilité vous entraîne et je vous re-

mercie de cette aumône toute pure de votre âme. Je sens que je m'en vais. (sa voix faiblit). A ma dernière heure, j'ai soif d’un

460 L'Adiew du Poète

beiser qui me dira l'amour de ma trie...un baiser de

Mptre âme, la tombe taira leur secret ? Penchez Vitre front jusqu'à ma bouche. … Donnez-moi la joi: implorée, et 1} qu'un mourant à bien le droit de r d fl ‘Jeanne penche son front) E |

Merci, ma Jeanne, pour ce bienfait de votre tendresse. I] me | semble, que dans l'au-delà, ;j {

là, je vous retrouverai, Les anges d'ici ( s, ressemblent à ceux de là-haut.

(a voix faiblit)

Jeanne (effrayée) Regardez-moi ! Parlez-moi !,

CReMazIe

Je vous vois à peine, mais je vous sens là, tout près de moi : et puis, j'entends la chanson de l'océan. … Entendez-vous

, je la : Crémazie ! (11 se lève comme pour courir, et gesticule fortement) Voilà ! Je suis à toi, patrie ! Prends-moi

Jeanne (On frappe, Jeanne va À la porte, et revient avec une lettre)

Une lettre, une lettre Pour vous ! Elle porte les timbres canadiens.

CreMAzIE

+Oh ! donnez vite ! ( prend la lettre, 'ouvri:

ne hâte fébrile, mais ses mains tremblent. I] la tend à Jeanne). Lisez Pour moi, je vous en prie,

Jeanne (lisant)

Mon cher fils.

CREMAZIE

C'est de ma mère !

ee co 0

L'Adien du Poète Jane

“Ta dernière 1 lade, loin de nous, Octave, et comme

et cette pensée me écrire longuement, de tout ce qui t'in-

Je suis vieille et malade, les épreuves m'ont brisée et je crains toujours, lorsque je t'écris, que ce ne soit mon dernier adieu.

Je te prends dans mes bras, et comme si je devais Mourir je te dcnne, dans un baiser, ma bénédiction. Octave ta mère te bénit st t'aime, ”

CREMAZIE (la voix tremblante d'émotion)

Ma mère, la bénédiction de ma mère ! Merci, mon Dieu,

merci. Jeanne mettez cette lettre sur mon cœur, Elle recevra mon dernier battement.

JEANNE (De plus en plus eftrayée) Voulez-vous voir le médecin: et le prêtre ?

CREMAzIE (D'une voix à peine perceptible) Jeanne, le médecin n'a plus rien à quittait lorsque vous êtes sclations. Je Pars conten:

&nation m'est dou, ritable vie !

toute mon âme !...

pérance de mon ag

JEaNNe (anxieuse) Vous souffrez ?

L'Adieu du Poète

| Casmazre

Beaucoup, mais qu'importe !

Jeanne

Voulez-vous regagner votre lit, où vous vous reposerez mieux ?

CReMAzIE

Non, ma Jeanne, je ne le verrais pas, lui ! (indiquant l’océan)

u messager qui redira là-bas mon dernier cri d'amour... (Silence, Jeanne est à genoux et regarde le mourant. Celui-ci s’affaiblit de plus en plus). Je me meurs... Jeanne !... votre main et lui... (divaguant) lui, il m'entend. . .il vient me chercher. (S'exaltant). Ma patrie ! Tu me veux ! Me voilà ! Me voilà! (Dans un grand cri) Me voilà! (Il s'est à demi soulevé et retombe mort, Jeanne donne les signes du plus profond désespoir et avec un accent de grande douleur :)

eo =

Em

Jeanne

Mort, Crémazie est mort !.. mort !.…

Re ane eur Direct mungietséperdament. res

Canadiens-français, votre poète est mort ! Son dernier souffle a été une dernière pensée pour le Canada. La France vous le garde. (D'un accent plus profond). Mais, souvenez-vous ! ! !

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