CE
“A qui, me conferais-je ?—Je ne veux demander à personne, “la sympathie, dont je suis indigne, Combien durement, j'ai expié “ma lâcheté. Oh ! la vie terrible que je mène, avec ses luttes in- “ cessantes, ses remords affreux ; aucune douceur ne me vient, celle “à qui j'ai brutalement sacrifié une blanche victime ne m'aime pas. “ne m'a jamais aimé. Et pourtant, je subis encore la fascination
Premier Péché 97 “de ses yeux sombres, même aux heures où m'apparait nettement “son effroyable égoïsme, J'eus un sourire, dans ma vie, celui de la ne Qui arriva, sur la terre, avec le regard de l'autre ; il y “avait un reproche dans les grands yeux tristes de ma douce chérie, je sui nant, avec ma terrije ne demande rien. . .J'expie ! !
La page se finit avec des larmes...
Une vieille dame visitait l'Asile de Beauport. Affectueusement douce, elle montrait de l'intéré: à toutes les Pauvres folles qui, heureuses de causer, et mises en confiance par l'air si bon de la gracieuse femme, lui confiaient la préoccupation de 1
“ta, et snn regard interrogea la petite sœur grise :
—C'est une intéressante malade, si douce et si jolie. .Elle ne se plaint jamais, La Pauvre a souffert. . d'amour, finit, bien bas, la naïve sainte, comme si c'était un peu mal de prono:
—Mlle Valérie Z,
La vieille dame s'empara des mains de —Voulez-vous me la laisser voir ?
Hésitante, la pieuse sœur ne savait trop que faire.
—Elle est si heureuse quand elle joue et chante ainsi, que j'ai remords de troubler sa joie.
j Î —Je vous en prie ! | À son piano Valérie se tenait, A la vue de l'étrançère elle tressai fière et élégante dans sa robe antiqu:
remaines, Joyeuse, elle salua Mme X.
—Vous êtes 1a tante de Pierre, vous revoir, Dites-Jui qu’il vienne.
jours ses morceaux favoris, afin de les rendre, Pour lui, avec plus de perfection. Dites-lui aussi que le petit salon est toujours le même... Je n'ai plus de roses, qu'il en cueille 1à où il sait, pour me les apporter. Nous en mettrons Partout, partout ! Cela embaumera ! Et nous serons heureux | Joyeuse, elle parlait, agitant ses mains diaphanes, le teint animé par l'évocation des jours d'antan, La vieille tante pleurait,
sa compagne.
avec son sourire triste d'antan.
lit, puis s'approcha à la hâte, le, semblable à celle des vestales
Madame, je suis contente de Je l'attends. Je joue tous les
navrée devant cette jeunesse radieuse à jamais morte, et qui dans sa mort pardonnuit au meurtrier, et Payait son crime par l'amour.
Les yeux de la sensible religieuse s'ombraient de tristesse. La pauvre folle cherchait dans son coffret ; elle en sortit une miniature, —la sienne,—fraiche comme une rose naissante, Avec une gaieté enfantine, elle disait maintenant :
—Vous donnerez mon portrait à Pierre, il me trouvera jolie, et pour qu’il reconnaisse mon écriture, je vais mettre mon nom tout an bas.
Quand elle eut écrit elle porta la photographie à ses lèvres :
—Ne lui dites pas cela ! menaça-t-elle avec uu geste mutin.
S'en allant, elles entendirent le piano qui chantait, mais cette fcis-là des notes joyeuses.
La pauvre espérait, elle avait oublié l'heure d'agonie ; le voile en se baissant sur la vie de la petite, avait dérobé aussi l'heure terrible. Sa folie était une attente, et non une sensation d’irréparable.
Ce matin la petite folle n’a pu se lever, sa jolie tête s’alanguit sur l’oreiller et ses yeux ont des lueurs plus douces ; il flotte us sourire vague sur sa bouche pâlie. Soudain, voilà qu'il tombe des roses sur elle ; bientôt, la frêle créature en est couverte, et sa petite figure s’illumine d’une vision toujours rêvée. Elle en ramène toute une moisson à ses lèvres, et la baise avec ferveur.
—Les roses de Pierre ! entendit la religieuse qui en jetait, en ictait encore.
Oui, les roses que Pierre avait cueillies lui-même, au buisson d'autrefois...
Madame X, avait tenu sa promesse,
Maintenant Valérie, la folle blonde, murmure :
—Il va venir!11
Toute son âme vibre dans ces mots. Elle les répète encore, plus bas, tout bas, très bas...
Pierre |...
La petite amourcase dort parmi les roses, qui s’attristent de cette grâce morte, pendant qu’elle sourit toujours,
La martyre a soldé la dette expiatoire, Du ciel, elle jettera le calme et l'oubli dans l’âme de celui qu'elle n’a pas su hair.
Valérie, la jolie folle n’a jamais connu que les roses et l'amour,
Ce qui se kit entre les lignes
“ Cousin!
; Nous marions Louise, et tout bou ous danserons le soir. Tu sais que : tout le vill sera bien ê
gé la liste d’invitations !
les votes du village, et ça augmente C'est adorable, la politique, cousin, 4 is” êle, et de façon si drôle ! Songe que ir, et je révais d'un tulle azuré pour ce bal de noces tu m'aurais trouvée délicieuse là-dedans. . . ma
cher des Principes politiques. .
blanche, avec des boucles
laidit, Et, tout bas, à ton toute campagnarde que je suis, ri ; ipi l'être moins jolie...Je le dis à confesse, cela énorme, mais c'est drôle,
ï scandalisé, et il me dit d'un
vanité est un vilain défaut, ” et je recommence toutes les fois... i Dieu m'a donné sont beaux—une reux est retroussé.
Passable, c'est Pour m de n’en être Pas contente, fâchée..
N'empêche, Cousin, que le rouge me défigure. . -et que Ça. c’est bien triste !
C'est Louise qui sera jolie ! Tu sais qu’elle est ravissante, et si bonne ; on croyait à cause de Sa sagesse à une vocation religieuse, voilà la défunte nonne qui épouse...
Au fait, tu ne le connais Pas, ton futur cousin. Il est grand, mince, très mince, avec une barbe noire et des yeux noirs, l'air très bon, et &rave, comme trois notaires à la fois. Louise l'adore, tout simplement : Quand il parle, elle le regarde comme je regarde, moi, la statue de mon bon ange, —et mon beau-frère, Je docteur Jean, ne
400 Premier Péché ressemble pas à mon bon ange. Puis elle dit toujours comme lui. Cette chère n'aura plus besoin de Penser, ce qui ne m'irait pas à moi, car c’est amusant de penser, et encore Plus d'exprimer une opinion, et encore, encore, encôre plus de contredire celle des autres... J'adore contredire !.. .Le docteur n'aime pas qu’on discute ses idées, et il a dit à papa : “ Cette petite Yvonne a une façon de se prononcer |” Je le crois bien que j'ai une façon de me prononcer, et dis, cousin, tu l'aimes, ma façon ?
Quel dommage que tu sois si vieux, cousin, je t'aurais bien aimé ; tu es mon idéal ! Tu as l'esprit que j'aime, la bonté que j'aime, et tu ne me tiendrais pas en laisse, comme ton caniche ? Tu m'écouterais, quand j'aurais recueilli un lot d'impressions, et que je tr défilerais cela. ,
Louise aime mieux le genre de son docteur ; au fait, il en faut pour tous les goûts,
Moi, mon goût, ce serait toi, si tu n'avais Pas 40 ans! Et si ta ne les avais pas, tes 40 ans, je ne pourrais pas te lancer ainsi une déclaration brülante !
Parlons de notre bal 5 Louise, usant de son privilège de mariée, y sera tout en blanc ; maman arbore une robe rouge—et ça lui va mal, à maman aussi, mais c'est cette popularité, qu’il ne faut pas négliger —Entre nous, qu'est-ce que ça peut bien faire aux électeurs de Papa, nos questions de toilette ? M'est avis que Maman ne s'y entend guère, en politique...
Le souper sera pantagruélique—tous les Sargantuas de la paroisse vont s'en donner à bouche-joie, en dépit de leur titre de
ensemble, tu te rafraichiras du bonheur de Louise et de Jean, tu finiras les discours de Papa, tu feras de beaux sourires aux influences que maman saura bien te désigner. . .et Puis tu feras danser ta cousine Yvonne, qui ne sera pas en bleu, mais qui te gardera son plus beau sourire.
C'est égal, cousin, je t'aurais bien aimé. Et dis donc, pourquoi ne t'es-tu pas marié ?—On dit qu'il y a nombre de femmes qui te trouvaient charmant let tu as passé. Ce n'est pas bien gentil pour nous, ça, et si tu voulais être bien fin, tu me ferais un brin de confidence, Je deviens sérieuse pour t'écouter. . et le jour de la noce, je te promets d'être encore plus aimable... Mais, dis. moi, pourquoi fais-{4 un vieux garçon ?
Je tends le front pour un baiser à la petite cousine YVONNE. ”
s odorantes, La i C'était une floraison € pauvre aspirait avec
d= jeunesse éclose dans ces lignes, et que 1 délices,
—Pourquoi ?
i demander Pourquoi it-ce sa faute à lui si,
tombe lui léguait ? Fr maman,
€ son enfant, mais, elle seule !
Les autres oubliaient, étaient heureux,
et lui vivait seul maintenant, désorienté ; ayant donné toute sa jo:
ie aux autres, il n’en Et ceux-là pour les-
ceux-là pensaient rarement à lui.
ménage ne balançait pas,
banquier ; tendu qu’on le taxait d'égoisme pa:
it avec la rancœur de ses rêves mutiiste ! Lui qui avait sacrifié tout : sa jeunesse, ses rêves, son foyer ? Lui, qui avait laissé, sans une révoite, s'approcher le spectre de la vieillesse, ne voulant pas se soustraire à des obligations sacrées ?... Alors que, comme tout autre, il avait le cœur plein
u rayonnement des Yeux bruns, de la mélancolie des Yeux bleus, du chatoiement des chevelures
-..il s'était interdit Egoiste ! !
Allons donc, ne s'était-i] Pas sauvé de la blonde enfant qui, un soir, lui souriait ? Et Pourtant, en combien d’adorations muettes il s'était absorbé devant la chère image, encadrée au meilleur de son à îl illusions, roses tendres que le souffle du réel n'avait jamais ternies.
Et ce soir-là, € et jolie. et
Il aurait été si heureux !
Capitonné de tendresse,
Un foyer bien chaud, un nid tout une femme gracieuse et bonne, des enfants
roses...la joie enfin, au lieu de la tristesse qui planait, lugubre, dans cette solitude,
Egoiste !
Ainsi, il avait renoncé au bonheur pour adoucir le sort des 4 siens, et cn le taxait d’égoisme parce qu'il vivait seul, et que peut- H être bien inconsciemment, il avait pris certaines façons un peu étranges : se mettre à son aise, fumer sa pipe au fumoir quand on Caquetait au salon ; ne pas débiter de fadaises &alantes, et ne pas se | donner de tintouin Pour la première insignifiante.
4 A le voir filer son petit bonhomme de chemin, on l'appela :
Egoiste ! !
C'était trop bête, à Ja fin, et ce soir, en relisant le chiffon frais et rose de la cousinette, il eut comme une évocation de printemps.
Ce serait bien gentil !
Mais riant amèrement : “ Non, je suis trop vieux...ne me le dit-elle pas ?” Son Cœur est pourtant resté jeune : c'est qu'il n’a pas vécu, mais ses tempes grisonnent ; demain elles seront blanches ; à le physique a marché tout seul, et'si vite !
Il faudrait unir sa jeunesse de cœur à une femme vieille et désillusionnée. . Un mariage de raison, voilà tout ce qui lui reste, quand il a des trésors à l'âme. Allons donc, mieux vaut les laisser enfouis à jamais : au moins, il veut leur épargner la profanation !
Epouser une enfant. il le pourrait, s'il n'était un être raisonnable, croyant un crime d’enchaïner une jeunesse à sa vie déjà
: vieille, Egoïste, il doit le rester !
| Et silencieusement, sans révolte, il se résignc.
Mais à cette fête-là, il ne veut pas aller ; c’est trop à ja fin, et vraiment il ne peut voir le bonheur de Louise. .et le sourire mutin de la jolie Yvonne.
Lui dira-t-il, à cette enfant. toute sa tristesse de vie manquée ?
\ quoi bon ? n'est-ce pas fini tcit cela ? Puisqu'il est incompris toujours, qu'importe, une fois de plus ?
&.| Allons, à ton rôle d’égoïste, grand cœur ! Mets un masque im- | passible, affermis ta main et écris :
“Cousine Yvonne, vous êtes bien gentille de m'inviter ainsi, | mais que voulez-vous que fasse dans une noce un vieux barbon de mon espèce ? Laissez-moi dans mon antre, mais faites-y luire de temps à autre l'éclat de votre pur sourire. Je vous remercie, et je | scuhaite tous les bonheurs à Louise et à Jean—et aussi à vous !
Vous voulez une confidence ? Pour vous moquer de moi, peut-être, joli lutin. ..mais allons-y quand même : vos beaux yeux sont si gentiment ailleurs.
4; Rs APE ER prenne
il retient sur ses lèvres le gentil billet ; ssement, il le jette au ‘loin, avec ‘épaules. Æ
Allons donc, répète-t-il, impatient.
Puis, gravement. il rallume la pipe qui s'était éteinte pendant cette jeune rêverie, et bientôt, il se perd dans le floconneux d’un nuage de fumée.
Il rêve là sans être surpris !
Yvonne se doutera-t-elle un jour comment certaines âmes sont condamnées à l'isolement, et ce qu'il y a parfois de dévouements sublimes dans la vie d’un vieux garçon ?
as
Seule «oie
| À cAlbert Lozeau. À | 7 ans!
Il y aura bientôt sept ans que la féroce l’a étendu sur ce petit
lit étroit, d'où il n’a bougé. C'est là qu’il a passé de l'adolescence à In jeunesse,
crut que la mort venait, A il souriait même, à la grande déliyreuse qui se ft désirer...mais ne | | vint pas.
Et, triste, il resta là, immobile toujours, la avsirant de tout ce qui restait de vie en lui...Rien ne vint ; devant cette grande impcssibilité de vivre ainsi, il eut une révolte. révolte qui ne dura pas.
Comment remplir cette existence privée de toute joie ? Comment passer les heures où les autres seraient joyeux, chanteraient, prendraient à la vie tous ses bonheurs ? Son œil gris scrutait des | horizons jusque-là inconnus, une immense lassitude montait en
b lui.…..et une plainte douce protestait. Pour lui, c'était une berceuse, que l'illusion de la mort. +. Parfois il lui arrivait de baisser les pau-
Pières, afin de ne plus voir que dans l'au del? Et que de beautés il entrevoyait alors...
que toutes ces perspectives enchantées se préciseraient ; il ne savait encore comment, mais il
avait un sourire en les espérant.
Un jour, près du petit lit, un ami causait ; sortant un bou- | quin de sa poche, il se met à lire. C'étaient des vers des grands maîtres. Le jeune malade écoute d'abord froidement. Mais soudain, à d'immortels accents, un frisson grave le secoue, et peu à peu, l'émotion le gagne fibre par fibre, le grand souffle court en ses veines avec une impétuosité délicieuse et brisante, Des pleurs mon- | tent de tout son être électrisé, et sur la face pâle du poète naissant, ce baptême du génie met l'immortel rayonnement de la trans-
figuration !
Voilà que Ja vie le reprend par la plus exquise et la plus pure de ses jouissances. II sent en lui une surabondance d'idées, de sen-
timents, de mots. 1] veut les dire, dans un besoin lui, et il éprouve une joie naïve à moduler ses Bientô: :a voix monte, elle prend des velles ; elle atteint tour à tour les nm
Caressantes,—i] les imagine, et dans ses
tion, son amour, son attente. Et voilà qu'un jour, en pensant à la rose qui retient le Papillon joli, il soupire à la belle, aimée de son âme seule : F
à, vous, ma douce a; ie, idi, faites do:
« Alors que j'irai seul amoite ne tn ee sw votre Cœur soit rose et le mien papillon | »-
qui ne marche Pas, il parcourt les mondes ; lui l'amour, il en sait toutes les joies douces. © Ont tes miracles !
Sur l'oreiller, la tête d'artiste du jeune poète se dégage toujours souriante, avec, dans les Prunelles, le rayon attendri de quelque beau rêve,
Songe-t-il parfois à là vraie vie ? croit.
ou s'il sait les siennes les plus délicieuses ? révolte, j
Dernières Fleurs cA la petite Yvette.
Pauvre petite | Elle était tombée dans le nid bien Chaud, un jour gris de novembre, alors que les arbres ävaient le frisson de leur dénuement
; la nature avait ses affres dernières, ces convulsions froides qui la couchent dans un tombeau, pendant que sur elle, avec une caresse, tombe mollement du ciel, ic linceul glacé. Cela tombe en *urbillons blancs ; ouate fine, gaze précieuse, perles mates. ..les Yeux en sont tout éblouis, le Cœur en est tout glacé,
Elle avait choisi ce mois-là Pour venir du ciel dans un flocon de neige, petite âme blanche qui voulait prêter à la vie un de ses sourires, et qui garda toujours la mélancolie de l'exil dans la pureté de son grand œil,
Une toute jeune maman avait tendu les bras. Dans une puissante caresse, elle garda sur son cœur la petite créature d'amour venue en novembre, alors qu'il faisait froid au dehors, et qu’u coin du feu il était si doux de chanter les jolies berceuses avec, dans les bras, un nouvel ange,
Ces mères ! Elles aiment de toute leur âme, il semble que tout est pris de leur amour ; arrive un nouvel enfant, surgit une nouvelle tent esse ! Le cœur s’élargit, quand c'est la mère qui veut un mirace ! Et ce miracle-là, elle le répète à chaque renouvellement de la mousseline du petit berceau.
Les draperies blanches étaient tendues, et du flot de dentelles sCurit bientôt la petite arrivante.. .Ce furent alors des extases sans fin. Maman regardait cette jolie chose, avec la surprise émue qu'a l'enfant devant une superbe poupée ; elle se penchait sur le petit être ; et c'était des caresses t des mots doux empruntés à un
vocabulaire secret—te-mes Charmants, dont chaque mère possède le riche trésor, et qui leur Monteut aux lèvres, tout naturellement, <cmme le parfum monte des roses ; romance délicieuse dont chaque note est un baiser, chaque mot, un aveu !
Aveux qui se traduisent à toute heure par le plus adorable déet elle bénit 4 chaîne qui la
me le plus au monde. Tout se concentre là, pour elle, et chaque enfant est à Ja vraie mère tout un monde |
Les aimer tant ; leur donner la vie d'al souffrir de leurs douleurs, pleurer de leurs : 1rmes, s'égayer de leurs sourires, dire leurs Premiers mots ; rêver leurs futures illusions, vivre pour eux, avec ux et avant eux toute leur ,:e,. 2
La jolie rose d'amour s'étiole : il lui faut un air plus doux ; elle se courbe, se courbe encore Pour chercher le petit coin où il fait bon dormir toujours ; ses blancs pétales s'effeuillent lentement : un souffle plus âpre emporte le dernier... Tout est fini, les anges, comme les fleurs, ne restent pas sur la terre |
Elle est partie, la mignonne de novembre, venue dans le mois du deuil, elle s'en est retournée au temps d:s lilas ; la nature se fit jolie à son dernier regard, et elle €mporta au paradis la senteur des
Premières floraisons.
Elle dort, ses grands yeux clos ; ses longs cils Caressent la blancheur mate des joues, ses petites joues Pâlies, maient, hier encore, du feu des baisers.
une grâce naïve, et les fleurs s'emmél nichent dans la mousseline de la robe, se
bord.—sa vie easuite—
encore...
Elle dort !...et l’on songe à tant d'espérances flétries.…. Cette petite est morte sans exhaler une aspiration, sans exprimer un désir; elle ne vivait que par le rayonnement de ses yeux et le charme de son sourire ; ses lèvres ne savaient pas parler. ..et elle est morte sans avoir rien dit.
À la lueur tremblante de la veilleuse, la figurine gracieuse était idéalement jolie ; on y avait sculpté l'expression heureuse que l'on retrouve dans les images exquises des maîtres, et Celui qui
l'avait fixée sur le fin visage de la petite morte est un grand Artiste !
Elle dort, et si heureuse de dormir ! “ Ne faite. afin de ne pas l'éveiller, ” et doucement, infinies, mettez sur son front la dernière caresse humaine, Si une larme tombe avec le baiser, 6 mère, elle se cristallisera en un pur diamant. A quoi bon étreindre ce petit Corps inerte ? On ne doit
S pas de bruit, avec des précautions
DEL ee teur nasngeneee
om re
Pas troubler la joie des anges. Vite, blanc, couvrez-e de roses, et rendez
Couchez-le bien dans le satin -le au ciel !
me disait un
jour une chère amie avec ppelant des san
glots, on ne sait pas quelle
Vies Hanquees
50 ans, C'est son anniversaire, et perdu dans la solitude de
OR appartement, le vieux Sarçon attend. . .1] lui semble qu'une joie, une au moins, lui est due le jour de sa fête. . et il espère.
La chambre est remplie d'ombre, et dans l'opaque d'un nuage
Qui s'obscurcit sans cesse i il rêve d'un bonheur inattendu. ..1]
fume avec rage, les flocons grisâtres, retrouver quel-
einte. Et il rêve que tantôt, dans un
le tendres regards autrefois admirés,—
50 ans ! Seul ! Pourquoi ? Oui, pourquoi ? 11 avait édifié, autrefois, de chers Plans que la brise emporta dans une rage automnale ; et sur les décombres de son bonheur, il était resté sclitaire, respirant }’ tant des ruines...C'est encore quelque chose ait dans ses cendres, pour lui crier : te souviens-tu ?
Se souvenir ? Mais il ne faisait que cela. Est-ce que le pré-
vait combler le vide immense de son
demander au passé un Peu de joie, tant
trésors. ..pour toute la vie...La vie? 1] l'avait
souhaitée si belle, si rayonnante, un seul regard, +t vo:!à que la nuit s'était faite : il était seul ! seul à jamais !
Il écou il lui
flammes expil'odeur du tabac
ble à cette pensée qu’il
catégorie de parias. Puisqu’il est seul, une
<t sans honte, dans sa retraite noire, le mal.
finie tristesse, S'il n'était pas un homme, il
oi ne pleurerait-il Pas ? La vie ne vaut-elle
i donne ? et lorsque, dans un acte de folie, on
a confié à l’abime son plus cher trésor, ne Peut-on, penché sur le
io
bord du précipice, lui demander de rendre ce bien ?
On, réclame en vain : rien ne remonte à la surface de Je fesse qui garde tout dans son silence amer.
50 ans ! Cela bruit dans ses oreilles avec la fatale lenteur d'un Balancier, et son cœur en marque l'horrible (ic-tue. 50 ! Une, deux, trois, et cela va toujours, pendant que des contractions impuissantes marquent, ainsi que le pendule, une espérance déçue, 50 ans.
Il songe à son dernier rêve : une gracieuse enfant dont le regard avait des rayons enchanteurs, et le sourire une grâce pure, Tout était fin dans cette jeunesse radieuse, J1 alla à elle, en revin:, y
Voyez-vous le coupable évoquer, ce soir, son frais rêve printnier ? Laissez, ne troublez pas l'explosion d'une âme fatiguée.
50 ans ! Mais c'est terrible ça, et il croit à eine à cette vieillesse, lui qui a dans le cœur toute une vie manquée. I! espère encore : quoi? Le sait-if ? Non ; mais il s'accroche à ce dervier espoir avec la désespérance du misérable que le flot submerge, et qui entrevoit une épave. Sauvé ! Est-ce que l'on peut être sauvé ? Est-ce qu'il est trop tard ? ?
Trop tard ?
Il songe à reprendre le rêve d'antan, à le reprendre dans toute sa fraicheur, et le voilà qui pense aux yeux bleus qui lui âvaient mis de l'azur dans l'âme ? Non, ces yeux-là ont trop vieilli, et peutêtre les larmes ont-elles emporté tou:e leur À
Les larmes, c'est pour lui qu'elles sont tombées... Mais s'en souvient-il, repris Par une vision heureuse, où rien de ce qui n'est Pas lui ne compte ? La femme s'oubliera jusqu'à l'héroisme : telle l'enfant du passé qui, à cette heure où il subit son agonie d'âme, Prie pour son bonheur, tandis que lui, l'ingrat, voile sa Pure image, Pour placer dans le cadre ancien une vision neuve, entrevue fraiche et rieuse dans la grâce de ses vingt ans... Toutes les âspirations Pessées lui remontent au cœur, et ce flot tumultueux, qui l'oppresse, le rend fou de bonheur, ‘Il est jeune encore, il sera aimé... Eh | non, il n'est Pas trop tard...
50 ans !..,
Il est là, jui, à rêver encore à son foyer vide. Sa pensée le peuple de chères évocations : une voix de femme Y fait entendre son harmouie, ct le Sazouillis de tout petits oiseaux chante aussi,
le secoue. ..La chambre est sombre et glaciale, la pipe est bien éteinte, la fumée, évanouie, et dans la plus nue tristesse, le vieux Barçon est seul, anéanti, sur les décombres d'une vie qu'il n'a Pas su vivre.
Laissons-le regretter.
Vieux Sarçons, oubliés dans le silence de vos retraites à jamais closes, pourquoi avoir fait tamiser à votre fenêtre les rayons printaniers ? Vous avez refusé leur éclat tiédissant, et j'ombre s'est faite Icurde—une ombre où vous vous agiterez un jour dans l'espoir insensé d'étreindre un rêv détruit jadis. A l'âge où l'on ne vit plus que du passé, n'est-ce Pas qu'elle est terne, la fatale heure vécue le soir près du foyer, où le grillon chanta ? Un jour, vous l'avez chassé, —i] n'est Pas revenu, vous ne l'avez plus rappelé—et aujourd'hui vous donnez des soupirs à son absence,
Pourquoi avoir refusé de la vie, ce qu'elle vous offrait :-dis ? et que vous chercherez follement ?. + Allez, pauvres hommes, vous êtes bien libres de dédaigner la faiblesse, mais le sourire qui donne ln joie vous manquera éternellement, La femme. «Pourquoi n'avoir Pas compris plus tôt que Dieu l'a mise ici-bas, pour incarner la joie ?...Si elle coûte souvent des larmes terribles, —d'elle seule vient la consolation. Dans vos solitudes, les yeux clos, vous croyez entendre le frou-frou de sa robe : c'est comme une mélodie dont se réchauffe Je cœur ulasé, Ce petit bruissement-!à remplit vos rêves, et vous êtes heureux de n'être pius seuls. Seuls toujours, êtes-vous nés Pour vivre dans un désert ? Est-ce que tous les trésors d'amour que Vous avez au cœur y resteront à jamais enfouis ? Ne sentez-vous pas un désir de Pprodigalité, et combien il vous serait bon d'ouvrir l'inexploré. . .à la tendresse vraie ?..,
Vous, qui avez fui le bonheur, sa vision vous Poursuivra toujours de son éternel reproche, ce sera la funeste hantise de vos soirées désertes, de vos nuits sans sommeil. Nous, qui ne savons pas toujours vous donner la joienous vous refusons le droit d’être heureux sans nous ! C'est la vengeance de vos ironies, de vos dédains, de vos délaissements, de vos craintes.
reçu de vous Ja tendresse et le dévouement que vous avez placés quelque part, ne Pouvant tout garder | Vous voyant seuls, on vous laisse seuls, ayant Pour excuse de cet abandon le choix fait jadis— votre égoïsme est Puni par d’autres égoïismes : tout est manqué
ner toute la vie Ja désillusion d’une existence incomplète, . car si vous pleurez par la femme, vous ne souriez vraiment que par le
Pauvres surannées qui passent sous vos fenêtres, trottinantes, comme dans leur jeunesse, ne Pensez-vous pas parfois combien les délaissées ont souffert de vos abandons ? Vous riez de leur malheur subi, vous qui avez voulu le vôtre ;—ne riez pas, car il est encore de la fraicheur dans ces vieilles âmes : ün rayon blanc de naïve candeur, qui laisse sa clarté douce dans les vieux cœurs ! où restera
= Voilh conne on pleure un jour de fête quand la clochette ne chante pas, dans la solitude.
as
Fleurs Fuascales
une robe trop grande. Sa pauvre tête, jolie peut-être, perdait toute sa grâce sous l'inélégance d’un lourd Chapeau, et ses pieds donnaient, à chaque pas, un bruit sourd : Jes Pauvrets étaient perdus dans les immenses bottines.
Elle était vêtue, elle n’était pas habillée, On lui avait jeté sur 1: dos une défroque ; elle la portait, résignée, pendant que son regard, celui de la femme qui admire toujours Je joli, se posait sur trois adorables jeunes filles. La grâce avait pétri ces délicieuses créatures, Ja vie n'avait pour elles que sourires ; parées de fleurs elles s'en allaient, la veille d'un Pâques, heureuses d'être jeunes et belles,
Soudain, du groupe des trois grâces tombent des fleurs... trois roses, que Par une mystérieuse devination, les jolies mondaines laissèrent peut-être glisser de leurs bouquets. . Si les fleurs, dont l'intuition serait alors merveilleuse, ne s’échappèrent, elles-
Elles tombèrent sur l’asphalte qui les recueillit Sans froisser la grâce rose, comme si lui-même, le rude, s'adcucissait à leur
Elles tombèrent.….
La pauvrette s'arrêta, l’immense chapeau tourna de droite à gauche, et de toutes petites mains, qui disaient un âge jeune, se penchèrent dans une hâte fébrile,
Les fines Cascadait dans l'espace, la grande rue brillante avait des sourires Pour cette ravissante jeunesse, Les bourgeons montraient leurs têtes Mignonnes, avides de recueillir de toute cette vie, la vie.
Un long regard suivit les gracieuses jeunes filles ; la Pauvrette Murmura un merci, et avec amour et joie, l’'aumône parfumée se Pressa contre le petit cœur palpitant,
Puis dans une de ces ruelles désertes et mal éclairées où l'on marche à tâtons, sûr de se frapper à quelque angle raboteux, la malheureuse enfila sa disgracieuse Personne, Une porte sombre s'ouvrit tout au fond d'une cour, et dans un escalier étroit +: noir elle monta, monta encore. Ces logis-là ne sont jamais hauts ; On semble craindre de les rapprocher du ciel, I faisait humide 1àdedans, de cette humidité qui donne un Premier frisson par l'odeur de moisi qui s'échappe du bois, des murs, de la Pierre, de tout enfin : les êtres mêmes s’en imprègnent à Ja longue...
Près d'un Poêle rouillé, une vieille est endormie, le feu s'est éteint en même temps que la prière, et Je chapelet s'est immobilisé dans les vieilles mains. Une lampe éclaire mal tout cela,—tout cela ?—si peu de chose—une table, trois chaises, de sales paniers dans un coin, et puis quelques vieilleries disséminées, qui ont peutêtre un usage, mais contribuent encore à rendre plus triste l'aspect de cette cuisine,
Elle meurt, mais de quoi meurt-elle ? Elle agonise d’un mal terrible, et si, sur le petit cœur, vous posez la main, avec le navrant sourire des douces malades, elle vous Priera :
N'y touchez Pas, il est brisé |
Elle n'avait Pas raison, sans doute, cette fille de prolétaires, de se sentir à l’âme de ces délicatesses ; son cœur devait avoir la trempe solide des fers forgés ; enfant de rudes, il ne lui était pas permis de rêver ainsi... Elle avait songé d’un immense amour, elle Y avait cru, tout lui souriait, et comme si les pauvres avaient droit aux chagrins d'amour, elle agonisait là d’un lâche abandon. Elle s’en allait, idéalisée Par sa douleur ; on la regardait mourir, ne com-
Une seule avait saisi Je sens douloureux de l'énigme mortelle : la petite ramasseuse de roses. Sur la Couverture grisâtre qui enveloppe l'agonisante, elle dépose sa moisson parfumée.
Dans les yeux brülés de fièvre, passe la lueur du grand incendie, flamme heureuse qui s'active dans la sup, me flambée...
—Lui ? fit-elle, dans un cri.
Lentement, la sr incline la tête.
—Lui ! ! répèt. à Mourante, avec une expression d'extase.... lui!!! Et Pour la Pâques !
Puis elle aspire des fleurs l'aveu d'amour si longuement désiré.
La douce menteuse la regarde avec” tendresse. Que de mensonges elle a ainsi faits, que de messages brodés, de douceurs apportées—comme venant de lui—grâce aux quelques sous recueillis par elle—le soir. Mais elle revenait les mains vides, avec des larmes plein le cœur, lorsque le Printemps Jui avait jeté ces roses,
Elle regarde s'endormir la petite amoureuse que la mort viendra prendre tantôt, et qui, le matin même, a consommé dans l'union divine l'humain sacrifice,
La dernière joie lui est venue sur la terre. , -petite illusionnée
qui mourra en croyant aux amours terrestres, grâce à Ja généreuse créature dont les pieux mensonges bercent son agonie.
jeunesse et sa Pureté la blanche toute penchée, pendant que le Le visage a de la finesse et de la
de vie au delà de la mort. = Les glas chantent l'allelui.. pour le dernier adieu de la petite, Morte d'amour en respirant les fleurs Pascales...
Demain
Demain—et dans dans une rêverie émue. Ce n” cet avenir qui s'ouvrira demain, elle regarde en arrière, irrésistible besoin qui, dans un seul
Pour la charmer, une page de Vacances...
cadre d'argent ; sa mère l'avait s:
CCmmunion, Avec quelle Vierge si belle. + Elle heure, elle à une larme
Près d'un petit tant à l'ouvrir, l'âtre, dont les genouille,
ous vaudra encre u ratatinées, ne don dée di es ont reçu +. Sous les doigts de la
8 émeraudes de Ja souvenir en flottera récis, mais gardant et chères encore.
aux autres, ; avec des lenteurs Sanctuaire, se saturant
leur retraite, Des paq .. Un était lié d'
s enveloppantes e ien ! Fini—+t t myosotis,—que sais-je ?
La firme vive et si jolie
la jolie fiancée sourit fièrement.
prême où sa main
Sœur Louise
“ J'ai revu sœur Louise, souriant toujours. ..mais d’un sourire suprême |—Dans la petite chapelle, on l'avait couchée entre quatre planches brutes ; nous avons chanté autour de sa tombe, tout en
En lisant ces lignes, je redevins toute petite, sœur Louise,
avançant sa petite bouche da de tous les enfants ; Saresses qui font s'épanou somme, sous la rosée du ciel, les fleurs.
—Les religieuses n'embrassent Pas, répondit sœur Louise, en
enlaçant de nouveau l'enfant, comme Pour lui demander pardon de ce bonheur refusé,
ir les pauvrets
—Pourquoi que les religieuses n'embrassent jamais ? l'enfant, désolée d'apprendre que personne maintenant plus, n serait ses petites joues.
e bai-
—C'est la règle —dit sœur Louise, en tendant Sa croix aux lèvres de la fillette,
Celle-ci se penche sur le signe sacré, et dans sa petite irtelligence naît la première idée du sacrifice... La règle l—que de fois, maintenant, ce mot résonnera à ses oreilles.
La mignonne se révolte contre cette règle qui la prive de tendresse,
Premier Péché 419 oui, mais sa maman l'embrassait si douces plus elle ne goütera de ces caresses, Et
Et la religieuse affolée trouve des
la chérie ;
mots nouveaux pour apaiser ; toutes les femmes sont mère
s, et sœur Louise sent battre Elle berce cette enfant que le rmure, en sourdine, des berceu-
près du sien, et lui sourit yeux dans les Yeux, pour tenter d'ôter des lèvres le pli d'amertume qui s'est creusé déjà.
Soudain la porte s'ouvre, une ombre s'encaure et murmure d’une voix dure :
“Sœur Louise, ne Sâtez pas cette petite. C' verons, et ne nous Préparez pas des embarras, ”
Puis, brusquement, Ja vieille religieuse disparait, pendant que sœur Louise, inclinée grand'peine la larme qui tremblote au bord de ses cils.
‘est nous qui l'élè-
prême révélation : elle a l'intuition des douleurs à venir ; elle ne pleure plus, mais sauvage, les
se, elle dit froidement :
Le soir, dans son lit blanc, la fillette se pleure doucement ; une petite douleur, toute consolation lui est refusée,
On se penche sur elle,
sent malheureuse, et tranquille, celle qui sent que
sans doute pour surveiller son sommeil :
c'est la figure angélique de sœur Louise qui se contracte à la vue de ce chagrin d'enfant, Elle se penche encore plus près, plus près, e* doucement pose les lèvres sur celles de la mignonne affigée. Et sur la petite joue une &outte de rosée tombe et sci
Pour se confondre ensuite dans le ruisselet qui La petite a bu la larme de sœur Louise, dans ses veines un calme consolateur.,
Vers le Passe
Dans un ensoleillement merveilleux, la jolie petite place (1) riait, égayée Par hon beau midi, C'était dimanche, et les fidèles sortaient de la grande église ; les femmes dans leurs toilettes, humbles, mais fraiches, avec, dans les yeux, heures mystiques, allaient les unes rire, pour causer de tant de petites choses, buaient des poignées de main, s’apostrophaient avec des mots icyeux entrecoupés de bons rires Contents, puis on les voyait courir vers la voiture, Caresser la bonne bête, la détacher ; enfin ils appelaient les femmes qui riaient là-bas ; ils plaçaient les enfants silyen avait six, sept, Plus, mais jamais moins de quatre. Une à une, les voitures s'en allaient, les exclamations se croisaient, les derniers Lonjours se faisaient avec des invitations, Il n'y avait plus personne et je regardais encore, charmée par ce tableau où la couleur locale m'était apparue délicieusement neuve.
J'allais, un peu au hasard, inconnue dans ce uescendais pour la Première fois, attirée là pa: regarder les lieux où un être cher avait grandi
C'est vers la partie la pli meur que je me dirigeai ; le Séminaire là-haut planait, et je Sravis son cap, (‘est que j'étais venue voir " lemander à ses vieilles pierres un peu des premières pensées, des chères illusions, des rêves ébauchés par un être aimé entre tous ; j'étais venue voir les lieux où mon père avait vécu son enfance et son ac -'escence, C'était un pèlerinage que je faisais là, à pas lents, prise Par une émotion douce, demandant aux sentiers, aux murailles, aux arbres, aux fleurs, un peu de lui : car n'avait-il pas laissé de son âme, à toutes ces choses chères, après avoir reçu d'elles les impressions premières !
Je sentais que 1à il avait été heureux, Plus tard, dans cette nature enchanteresse, n'avait-il pas puisé cet amour du beau, du grand, de l'idéal, dont le vif désir se lisait, combien ardent toujours, dans l'œil bleu du vieil homme ? J'avais lu cela, et combien je comprenais l'influence qu'exerce sur toute la vie le charme d’une nature aussi complètement séduisante, Et de
village où je r un subit besoin de
il avait ri, chanté, joué ;
(G) Sainte-Anne de 1a Pocatière,
enlacement vert, Je
sont là, nous nous y plaçons, et inconsciemment,
dans l'harmonie souriante de ce beau jour, nous murmurons : Belle Madone, un Peu de bonheur, s'il vous plait !
Mendiants de joie, nous tendons luisse tomber l'obole miraculeuse, Et semblent murmurer Ja même prière, d'être heureux. Intérieurement, je Sanctuaire de la joie, car toutes dans le nid isolé où sourit cette id
Plus loin, c’
de pâles fleurettes, S une irradiation splendide, la
plus doux que la aveu d'amour. .
celles de joie perdue,
et tout bas,
Que veux-tu
ois, fermant ses yeux, il la trans-
l'amour et de tendresse, où long-
t qu’elle retrouve ainsi tout ce ments dans ce coin perdu,
Rêver ainsi, vivre d'illusions, se laisser bercer par la chanson ancienne, la pensant nouvelle, croire au bonheur une minute, une , voir encore dans le loinrayons qui meurent dans un long et douloureux
Idéaliste, me disais-je, pauvre idéaliste, montée là-bas, et si vite revenue ! Qu'importe, si pendant ces instants j'ai vécu des ivresses si idéales et si pures qu’il m'en reste dans l'âme des rayons d'or !
Puis, n'avais-je pas senti, dans mes cheveux, un murmure caressant : Es-tu contente, ma petite ? Merci, père, d'avoir été le &énie des bois, alors que ta fille cherchait ton souvenir là-bas ; elle t'a bien Compris, puisque tu lui as jeté de ta main chère ses meilleures joies...
Er nan tenir ne 4h. 69 8 nn
Feuilles d '6rable et PBruyere Àose
Bretagne souriait à leurs premiers épanchements. Heureux du scleil qui rayonnait, faisant monter plus ardente la joie à leurs âmes, enivrés des efluves de leurs forêts, Srisés par la chanson de là grande mer bleue Qui battait les petits djords. ils écoutaient les voix qui criaient en eux des harmonies si Puissantes, que les échos s'en taisaient,
Ils s'aimaient ; et de se l'être tant dit ils restaient muets, de crainte de troubler, par une explosion maladroite, la douceur des Phrases souventes fois modulées. Les Yeux redisaient le Poème exquis en y mettant toute la grâce Poétique de ces âmes-sœurs, Ils
Tous les soirs, enlacés, vers la grève ils s'en allaient, heureux de se sentir battre le cœur du cher amour ; heureux à vouloir se
rochers ; heureux à trouver jolies les petites bêtes hideuses qui rampaient des déchirures humides, Heureux enfin à trouver beau le laid ! ;' Y avait là un granit immense où Ja mer avait sculpté un nid d'amoureux. Jean conduisait Marie dans l'anfractuosité où
mieux ; allons vers le pays nouveau dont tu parles Souvent. Nous Y souffrirons, dis-tu, mais notre amour en sera Srandi ; allons ]àbas jeter quelque chose de nous ; allons mettre dans ce Pays loin-
‘ain du sang breton, de l'âme bretonne | Allons, te dis-je, ces forêts Ale POuS tendent les bras, le vent doit y soufler due ant Allons nous y aimer, Jean, et y élever nos ble !
Il la pressait sur s0n Cœur, caressait de ses lèvres les cheveux
la beauté charmeuse de l'exquise enfant, il songea à ce que serait leur vie, L'emmener là-bas, l'exposer au froid, à la faim, aux coups de feu des Indiens. . la Perdre peut-être ! Il eut un grand frisson Ici, la vie était dure i À tout moment, un naufrage pouvait l'engloutit, mais elle vivrait, la Chère, et si elle mourait da sa douleur il ne la verrait pas souffrir,
—Non, je ne Puis t'emmener là-bas, mignonne, les sauvages te feraient peur,
—Ils nous aimeront, les sauvages, Jean, et s'ils veulent me faire mal, tu les tucras.
Dans les üras de son mari, la naïve Bretonne ignorait la crainte.
De leurs yeux avides, ils scrutaient le lointain, si loin ! si loin !
Îls étaient débarqués Par une froide journée où le vent d'autcmne souflait rageusement. La petite Bretonne n'avait pas per. de ces immensités où vivaient des êtres jaunes ; elle trouvait tout joli, tout radieux, s’emplissant l’âme de la fraicheur immense qui parfumait le désert Canadien. 11 lui semblait que c'était la mer de làbas qui frappait encore les rochers d'Amérique.
Où se trouvait Jean était son bonheur, et le marin d'hier, devenu colon, avait toujours à ses côtés cette tendresse chaude stimulant ses énergies, secondant tous ses efforts. Québec ne les retint pas longtemps ; ils en admirèrent les falaises gigantesques, les horizons incomparables, mais ils rêvaient d’un coin unique, où la mer leur verserait ses ondes, à eux seuls, et marchant au sein de l'im- Mense contrée, ils atteignirent le nid créé dans leur rêve,
C'était un éblouissement : une immense forêt, dont les grands atbres à feuilles demi-mortes s'enveloppaient d'une suprême beauté de teintes or-pâle, incarnat-vif, rouge-éteint, Cette splendeur ray- Onnait sous les caresses ardentes du soleil qui s'endormait dans l'embrassement des flots.
Et ils écoutèrent le vent du soir jeter ses notes amoureuses aux feuilles attendries, pendant que le fleuve, sur la grève charmeuse, se roulait, enveloppant les rochers d’une mélodie berçante,
—Restons ici !
Et sous la petite tente dressée hâtivement, ils dormirent sans crainte, ces enfants de Bretagne venus au Canada, pour lui donner
tü
dont le sang bout dans nos veines, merci de ce que vous Y avez mis de noble fierté !
à la première hevre, la petite Bre- ; tonne s’enfonça sous Jes feuilles rose ct or des grands arbres 3 elle } ment dans le blond de sa chevelure, | en cercla le nacré de son cou, et en entoura la blancheur de son j bras. Ainsi Pparée, elle sourit à Jean, et radieuse, se penchant vers 1 lui, semblable à la fée des bois, elle lui mit au front la caresse { 1aatinale,
j| —Que tu es jolie, bruyère rose de Bretagne, ainsi parée de la 1! feuille d'érable canadienne ! Et ensemble, ils posèrent les lèvres { j sur D qui devait, d'enthousiasme, faire battre le Cœur cana-
j dien
Un peu plus tard, dans les mêmes décors, Marie, la gentille Bretonne, Presse sur son cœur le cher petit
être né tantôt, Jean pleure de bonheur, en regardant ses deux {! amMOurs ainsi réunis.
f Il faut un berceau pour le chéri, | Jean entasse les feuilles d'érable, et s r l'enfant repose avec, pour dentelles, petit être, chantonne la mère, souris espérances dans ton berceau vert !
j Tous les petits Brecons rêvèrent ainsi, la feuille d'érable sourit | ; ë
ras, ils étaient
ur ce verdoyant fouillis, l'emblème d’une race. Dors,
Les sauvages ignorèrent leur retraite, Jean et Marie n'y pen- Saient pas. Toujours s'aimant, ils s’asseyaient le soir au bord des flots, plus ravis encore de cette musique que de celle entendue 1àbas. dans les galets bretons. Les érables Chantonnaient leur patrio-
tique refrain et les petits Bretons, poussés sur les feuilles du pays, chantaient avant tous les poètes :
O Canada, mon Pays, mes amours !
cA la France
Cœurs français, soyez bénis d’avoir vers ges la pure semence de votre dévouement, de nous avez jeté de votre poussière glorieuse, votre âme, vous nous avez créés du meilleur de Vous-mêmes, vous nous avez aimés. Et è i
hommage vers vous,
É sur nos rives sauvavotre héroïsme, Vous
SR oh Prod ra
bruissement des feuilles d'érable, avez glisse les icrc.s de votre idéal !
Elles causent, vos exquises confidentes, elles nous révèlent les inartyres sublimes, les héroïques renoncements, les espoirs immen-
ts indicibles de Vous tous, pères et mères, qui avez donné goutte à goutte, le plus noble des Sangs, pour faire une race nouvelle dont la France serait fière.
Es-tu contente de nous, France, ou regrettes-tu les flots rouges versés dans les veines Canadiennes ? N’es-ty pas heureuse de te sentir deux cœurs ? Comprends-tu ce qui vit ici d'amour, ou dédai- &nerais-tu le meilleur de toi, ce que tu as donné avec ta générosité grandiose, sans te demander si le bien ainsi jeté porterait ses fruits ?
France, regarde-nous ! Contemple le drapeau que tu as choisi, il ondule ses plis bleu, blanc, rouge, parmi les feuilles fleurissent notre étendard Par toute notre terre. lacer dans une fière étreinte ai
s d'espérer !
avec une gratitude fière, Nous te à toi qui nous as donné assez de sang pour en faire une vraie race !
Et dans le berceau des feuilles d'é
comme les petits exilés d'antan
ppartient au Cana salut à la France !
Simples vies
Le poêle ronfle gaiement, comme s'il voulait remplir de son unique joie le petit appartement silencieux, où rien ne chante plus... une de ces chambres où l’on rentre le soir, pour se réfugier quelque part ; un de ces coins qui ne prend rien de nous, où les portraits chéris se regardent d’un air étonné et paraissent se dire : Comment se fait-il que nous soyons ici ?
Les meubles semblent des inconnus réunis depuis la veille ; les gravures dans leur cadre ont l'aspect dépaysé ; la pendule a le tic-tac fatigué des heures d’ennui.. -seul, le poêle a sa voix joyeuse, et dans cette tristesse, il donne l'impression de ces idiots qui rient près d’un lit funèbre, ne comprenant rien au lugubre des circonstances.
Dans l’enfoncement d’un fauteuil, une mince créature s'ensevelit, perdue elle aussi, comme tout ce qui l'entoure, dans ce milieu disparate, parce qu’une note heureuse n’y fait pas vibrer l'harmonie. Or sent que cette femme vit à peine, tant il y a de lassitude pénible dons sa pose : c'est le sommeil des désenchantements qu'elle veut dormir, un sommeil où il n’y a plus de rêves, et où les illusions ne peuvent se rajeunir, tant elles ont gardé le deuil des réelles joies mortes.
Ne plus espérer ! Comprend-on ce que c'est quand on est jeune, et quand on a l'amour? Vieille : l’était-elle, cette femme?... À peine un cheveu gris par-ci par-là, dans les tresses brunes ; le visage avait de la fraicheur, et le sourire gardait ce quelque chose d'enfantin restant au pli des lèvres de ceux qui passent dans la vie, à la façon des êtres aériens ; ils volent vers un but lumineux, et la fange n’altère pas l’immaculé de leur nature.
Déjà le repos ne dure plus. Ses mains se sont jointes en une contraction douloureuse, mais le regard a bientôt le calme sublime des dévouements ignorés.
Elle est debout, maintenant, gracieuse encore dans sa taille menue, ayant gardé de sa jeunesse enfuie, tout le charme, comme ces fleurs rares des lointaines contrées qui, roses le matin, deviennent blanches le soir sans laisser de leur grâce. . - Seulement, on sent que les fleurs ont vieilli et peut-être souffert, pour avoir perdu en un jcur leur carnation chaude.
+ ce soir, son ë Ourit Encore, tant la vision
aimé encore, mais que la délicate créature je veut pas trop regarder. Une sensation de renouveau la Pénètre ;...
dre ?.. Un éclair inquie: da
fait plus attiédi, plus Pénét:.:
attendri, elle pose ses lèvres s : seulement ce Soir-là,
; un dernier soupir, bord, puis Ja plume res le meilleur de sa igue à tous ceux qui
Court. Le jour, elle donne au tendresse, — maîtresse d'é souffrent le secours réclamé, deur la plus exquise, leurs, elle Va calmer celles qui
attire SOn regard. C'est comme une explosion Trop à la fin, gémit-elle, est-ce que je ne Pourrai jamais &uérir ?.. .Ces quelques lignes ravi. vent toutes les amertumes anciennes, ca,
r c'est quelque chose de son
430. Premier Péché âme qu'il avait mis là Pour elle, ne se doutant guère avec l’égoisme inconscient de l'homme, qu'une vie en serait à jamais meurtrie. La voilà qui pleure encore, après longtemps, qui pleure comme autrefois, au soir des adieux, alors qu’elle crut que sa vie s’en allait avec lui...Elle avait crié, mais après un dernier sourire—car par un miracle d'amour et de générosité, elle l'écoutait narrer ses projets, lorsque follement heureux, il disait son amour pour l'autre, content de cette attention de l’amie fidèle, croyant lui donner un peu de son bonheur en le lui disant,
Pauvre fou, va ! Elle lui pardonna tout, jusqu'à cette explosion joyeuse qui l'avait anéantie, Mon Dieu, comme les femmes savent mierx aimer, quand elles aiment !
Elle le laissa partir, et ne mourut pas complètement, mais la source des illusions fut tarie. et au cœur de la pauvre, il ne remonta plus de ces espoirs qui font la vraie vie. Si elle avait pu le haïr en le mérrisant, en le sentant petit, mesquin, vulgaire... Mais il planait bien haut, et ne pouvant le mépriser, elle ne cessa pas de l'aimer, comme aiment les martyres. Rien ne voila le souvenir. Sa droiture d'âme lui interdisait de détester un homme, parce qu'il n'avait pu l'aimer, Ce sont de ces fautes qu'il faut généreusement pardonner.
—Pourquoi ces lignes ? Non, elle ne doit plus les relire, et dans le feu sombre, les caractères se rougissent ; un nom, celui qu'il lu! donnait, flamboie lumineux, comme si toute la flamme se réfugiait en lui—puis tout devient gris. Ce fut ainsi sa vie. . .une heure d'infini bonheur. . .puis le vide !
Maintenant la vieille fille a tout consumé, et ne pense plus qu’au présent ; son sourire a recouvré sa sérénité exquise ; elle à donné de son cœur aux cœurs souffrants, elle pense aux pauvres, à la saison mauvaise, aux petits grelottants, et la voilà qui entasse de chauds vêtements, de bonnes couvertures, de soyeux tricots tous préparés durant les longues veillées, et pour mettre de la joie dans les intérieurs sombres.
Chères vieilles filles au calme sourire, au regard pénétrant, au charme vieillot qui allez dans la vie, donnant à tous ce que vous auriez prodigué d'amour à l’époux, aux enfants, pourquoi ne vous comprend-on pas mieux ? Vous êtes la joie des désespérés, le soutien de tous et surtout le bon ange des berceaux. Que de jolis êtres chétifs recueillis par vous, alors que l'oisillon était seul au nid. Que de tendresses vous donnez, et qu'il y a de résignation ad mirable dans votre abnégation.
On prend tout de vous, on vous prive de toute joie, comme si la joie devait vous rester inconnue. On accepte tous vos sacrifices,
Fremisr Péché 131
et si parfois votre détruits, on vous tant on le fait blessant :
Chères jcüneuses d'amour dont la vie es un carême de tendresse, on vous laisse dans votre coin : les réunions ne sont pas pour vous, les gâteries ne sont pas pour VOus..,On vous demande tout.
Ur. Court repos, Oui, vous êtes des Saintes ignorées, qui mettez Je rayonnement de vos âmes candides aux foyers où place, semble-t-il, jusqu’au jour où, vous j la maison en Parait toute vide. Tout est bien Manque dans vos simples vies, douces femmes...
Chères vieilles filles, je vous aime de toute la tendresse que l'on oublie de vous donner.
Derniere Berceuse
Une coquetteris avait, sans doute, créé ce nid bizarre, duveté comme celui des petites mères fauvettes, et le joli velours vert qui l'embellissait était de tendre mousse.
Le gros rocher qui servait d’écrin à cette émeraude jolie regardait l'immense fleuve, de son tranquille sourire. 11 ne lui enviait rien, tout orgueilleux de Porter en son cœur une charmeuse que le monstre humide ne toucherait jamais, et les jours où, dans des efforts désespérés, le superbe amant enlaçait le granit de sa puis. sante étreinte, voulant approcher sa bouche froide de la perle fine dont la beauté l'affolait, le granit, lui, riait.. .car il savait bien qu'il était le plus fort, et que jamais l'autre ne donnerait le baiser pour lequel depuis des siècles il entreprenait chaque jour sa lutte herculéenne. Et le vieux rocher portait mille déchirures à son flanc, mais restait vainqueur, Sa douce idole souriait 1à-haut dans toute sa grâce pure,
Une blancheur très douce se détachait sur le fond vert du ccin merveilleux. On distinguait à peine une tête blonde, une de ces pauvres petites têtes qui veulent s'appuyer quelque part, dans une constate lassitude, pendant que les yeux se ferment pour revoir la vision cherchée par de pauvres âmes avides de soleil, de fraicheur, d'idéal ; ct rien ne venant à elles, sur la terre, elles s'en vont au paradis des rêves, dans une extase où les douceurs mystiques les pénètrent de leurs enveloppants effluves.
Vous auriez dit une fillette, à la voir là, perdue dans le ver: dure du nid, tant elle était petite dans sa mousseline blanche ; et si le nœud ble: qui se nichait près du cou mignon donnait un peu de ton à la blancheur mate du teint, on voyait le sang courir faiblement à travers la transparence de sa peau trop fine.
C'était si gracieux, si calme, si reposant, cette fleur blanche jetée sur ce feuillage, qu'il en venait à l’âme une évocation de madone dans sa châsse précieuse, et l'on était tenté de se mettre à genoux, non pour prier, mais pour sentir descendre sur soi quelques rayons de cet idéal si chaste. Le fleuve avait des accents berceurs dont la mélodie montait caressante, puis devenait attendrie,
Presque plaintive, pour sot.virer tantôt, plus fort, dans des modulations brisées semblables aux reproches tristes de celui que l'on repousse
Sur le sable fin, on retrouve encore l'empreinte des fins souliers et des élégantes bottines ; parfois les traces se précipitent, se croisent, se confondent. On a ri là, tantôt, au sortir du bain, réunis Par un besoin de parler des plaisirs du moment, de demain, de potiner un peu, de toucher à tout, de ce coup d’aile de la Conversation que possèdent supérieurement les mondains égares sur les plages à la mode, Et c'est amusant tout plein, quoiqu'on en médise, de parler, au grand trot des esprits, de tant de petites choses.
Celle-là qui est seule maintenant dans son coin désert, est arrivée après les autres ; elle n’est pas venue Pour voir les toilettes brillantes, pour surveiller les ébats du bain, pour s'amuser des ondit ; non, elle venait chercher un peu de joie, et lorsque ses yeux s'ouvriront, nous Y verrons peut-être l'éclat du bonheur vécu, au meilleur de l'âme.
L'appelait-elle celui qui s'avançait, allant au hasard en quête d'une émotion neuve, lui qui en avait tant ressenti de vieilles ? Il s'arrêtait parfois Pour regarder au loin et près de lui : tout était si beau ! I] sentait fiotter quelque chose de tendre, d'imprévu, de délicieux, dans cette pâle journée qui s'en allait mourante, et dans
d'immenses yeux bruns pleins de vraie vie se lisait une attente fiévreuse.
Qu'attendait-il ?
Il n'aurait su dire, mais il sentait quelques miettes de bonheur égarées pour lui sous les derniers embrasements du soleil, tout rouge, et il s’en allait, cherchant, pris d'une impatience de trouver ces petites parts heureuses. . .et ainsi il arriva jusqu’au rocher où il demeura appuyé, pensif, Presque triste, de ne les avoir point encore reçues...
Puis il voulut monter là-haut, où l’on était si bien, et lentement, posant avec précaution Ja pointe de sa bottine sur la roche
Mmourantes ; ce n'était pas une n'était pas un ange ; c'était nfant, le Corps, d’une fenime,
134 Premier Héché
Il ne joignit pas les mains, parce qu'il n'aurait su les réunir, iccapable de bouger, pris complètement par cette vision jolie qui, dans l'or pâli du jour mourant, dormait, Le jeune homme resta là, de l'adoration plein l'âme et si heureux qu'il oubliait, dans cette minute douce, toutes les autres joies qui l'avaient remué de leur bonheur troublant. Et celui-là qui l'envahissait follement lui était inconnu. Quelle que soit la somme de joies amassées dans une vie, il reste toujours de nouvel'es douceurs à déposer dans le trésor, sans fin, du cœur de l'homme. Et son cœur se gonflait d’une allégresse intense, il sentait qu'il lui fallait pleurer, car certaines douceurs ne se vivent bien que dans les larmes, et celles-ci, ainsi versées, s2 cristallisent dans l’âme.
Elle ne dormait pas, elle reposait, bercée par l'harmonie exquise de ce soir naissant. Soudain, il lui sembla que quelque chose de très tendre tombait sur elle ; c'était mieux que tous ses rêves irprécis, et la pauvrette ne voulait pas ouvrir les yeux, tremblant que devant elle rien ne parût.
Mais un regard plus appelant attira le sien, et tout se fit si beau dans son ame qu’elle crut au paradis !
Ils ne se dirent rien, mais lorsque languissante elle descendit sur les pierres, la main du jeune homme soutint la sienne, tandis qu’il aurait tant voulu la prendre dans ses bras, pour sauver aux tout petits pieds peut-être des meurtrissures. Elle s'en allait, et lui, sans réfléchir davantage, désireux de garder un souvenir réel d2 cette heure idéale, posa ses lèvres sur la main diaphane..,
La pauvre petite s'en allait chancelant d'émotion, croyant emporter un cœur alors qu'elle laissait le sien. Pourquoi faut-il des cœurs trop vieux, dans de jeunes êtres, alors que tant de cœurs neufs les appellent ?
Sur la plage, elle revint tous les jours, à toutes les heures. cherchant les grands yeux qui lui avaient pris dans la caresse d’un regard tout ce qu'elle aurait d'amour à donner ici-bas. Chargé de C2: trésor, allait-il ne plus venir ? C'était impossible, il arriverait et elle se prit à l’attendre pendant qu'il oubliait, repris par des impressions plus vives, plus tourmentées que celles que lui avait données la petite poitrinaire qui s’en irait aux dernières feuilles.
L'été passerait si vite !..
Pauvre petite !
Un souvenir le ramena enfin. Il arpentait la plage. causant avec un vieux médecin, quand, soudain, une pctite robe blanche flotta, et il revit les grands yeux pleins de flamme. Son compagnon, empressé, saluait.. Emile vit le plus joli des sourires errant sur les lèvres de la jeune fille. et ce sourire qui se donnait à un autre, il le savait tout à lui. A côté de la blanche enfant, une vieille dame en
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noir, marchait ; elle aussi regarda le jeune homme, et cela lui fit mal au cœur, tant était suprlisnte l: prière de ces tristes yeux-là. Le docteu- disait :
—“ C'est une petite qui dans trois mois, ne vivra plus. Délicieuse créature qui s'en ira vite, née d'un père poitrinaire. Et PCurtant, il y a tant de vie dans ce petit cœur assoiffé d'amour. Oh ! ces maladies qui sont mises dans les berceaux, et qui refusent aux êtres ayant droit à l'existence la joie de vivre. J'en ai le cœur malade de toutes ces morts-là, moi qui les compte tous les jours... Et je tremble de voir partir ce petit être que j'aime à cause de sa faiblesse injuste, Savez-vous, ajouta-t-il confidentiellement, le secret désir de cette petite âme ?...Celui des faibles comme des forts : elle veut aimer ! Qui donc lui donnera cet amour doux, discret, dont elle a soif ? Qui lui tendra 12 coupe pleine du liquide charmeur où elle pourra tremper les lèvres, ses pauvres petites lèvres altérées ?
Oh ! dans cette coupe-là un peu d'eau seulement, dans laquelle on laissera glisser quelques gouttes de parfum. Elle n'a jamais gcûté et comme le petit être qui s'enivre d’une odeur, elle se grisera de cet illusoire nectar. Elle ne sait pas, elle, pauvre petite, et elle scuffre, Qui donc lui donnera l'illusion de l'amour ? C’est tout ce av'il faut à sa délicatesse, mais cela même ne se donne pas à une mourante ; ce tout petit peu, aumône du cœur, aiderait la mendiante d'amour à s'en aller heureuse.…
Le vieux docteur n'essuya: pas les larmes qui se perdaient dans sa moustache grise.
Les deux hommes marchèrent, sans se plus rien dire. Ils s'en allaient, et Emile serrait la main du vieil ami.
—Celui-là que vous voulez, docteur, ce sera moi !
Le jeune homme en s'engageant ainsi, songeait bien à la vision du gros rocher, à la caresse des yeux qui l'avaient tantôt reconnu. mais plus encore, à la vicille dame en noir, qui l'avait regardé avec une si éloquente supplication.
Amour maternel, tes miracles ne se comptent plus ; tu appelles tous les dévouements, toutes les tendresses, tous les sacrifices.
Oh ! ces yeux priants de mère !
Tout l'été, le jeune homme joua l'amour sans jamais se laisser prendre à ce brûlant manège. Mais avec quel art, il rendit son rôle! L'acteur le plus habile n'aurait pas fait mieux, car Emile mettait toute la pitié affectueuse de son être aux pieds de cette petite mourante qui, cn jue jour, laissait un peu de sa vie Mais
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avec quelle joie elle s'en allait, bercée par la musique de cette voix chaude et charmeuse qui lui modulait de si jolies choses ! Le regard d'Emile était un soleil, elle oubliait la vie, et ne s'apercevait pas qu'elle mourait..,
O douce charité !
Tous les jours, le jeune homme éalisait la joie cherchée la veille, de lui procurer une douceur nouvelle ; il lui apportait les plus belles fleurs ; parfois il allait cueillir, lui-même, les roses aux buissons d'alentour ; il les jetait ensuite sur ses genoux, piquait les plus belles dans ses cheveux blonds, prenant plaisir à la rer ‘“e plus iclie, pour goûter de la joie au regard content qui se réfléchissait dans la petite glace tendue ; éloquent merci !
Elle aimait les vers, il lui en dédiait de bien jolis, qui rosaient d'émotion sa fine figure ; elle était heureuse de l'entendre chanter, € il lui disait des romances qui berçaient son ivresse. Il passait de longues heures près de ce fauteuil, devir art les moindres désirs de l'enfant, tout fier du sourire qu'elle li ‘onnait à chaque Plaisir nouveau...
Puis la mère, oh ! la mère, comme elle comprenait bien la délicatesse infinie du grand cœur qui se dévouait, renonçant aux plaisirs anciens, aux bals, aux cartes, aux soupers, à tout, pour charmer d'illusions l’agonie de la petite souffrante !
Elle s'endormit un soir dans un grand fauteuil, après avoir embrassé des fleurs, vibré à des accents poétiques, et écouté de la chère musique. Dans toutes ces harmonies, son âme se dégagea et elle monta, monta au Ciel, pendant que la petite tête blonde se penchait complètement, les lèvres se posant, dans un mouvement habituel, sur la petite croix sf souvent baisée.
Ce qu'il doit être beau le ciel pour ces âmes qui ne prennent,
dens la vie, que l'illusion des joies du paradis...
A un ami de France
Vous qui me racontiez un jour cette douce idylle, je vous dédie ces lignes où ma plume a pris à votre cœur pour les écrire ici—oh ! trop peu—de la suave douceur que vous avez mise dans la berceuse chantée à la petite morte d'antan.
Cette berceuse, elle la finit là-bas. dans cette invocation tendre qui met dans les âmes toute une moisson heureuse F
‘* Notre-Dame d'amour, priez pour nous !
Fantaisie sur le Theme “ Poinerie’’
Qu'il était bea l'orgueilleux chêne che toilette enrichie feuilles artistement forêts. Des sapins des pommiers où f fleurettes qui, é la branche souriante,
fruit éclatant et mignon, qu'on nomme :
Pemmette d'amour, On y voyait aussi les cerisiers, les senelliers, les Pruniers, et enfin, tout au bas d'une pente bien rude, un poirier, oh ! un poirier canadien, avec un fruit tout petit, mais si délicieux, -—le fruit des oiseaux !
Une robe blanche s'agitait, passant comme une ombre ailée à travers le fouillis verdoyant ; elle arrivait souvent, parée de mar- Suerites, s'asseyait dans l'herbe fraiche,
cavalièremet se petits souliers
de subtil qui se dégage d
l'eau, l'enfant écoutait 1
le gazouillis charmeur, On apercevait la
glace humide, tissée de toutes ces
feuilles menue: une coquetterie prévode toute tache,
omme l'amour, chantonnantes $ comme des sanglots, étouffées me des luttes : et les arbres, étueux du grand maître !
xions les plus captivantes, la ppel, et de ses bras mignons et la plus touffue, engloutissant
dans l’enchevêtrement épais sa minuscule personne, La chevelure brune s'accrochait aux aspérités du tronc rugueux pendant que du sommet de l'arbre tombaient, comme en une pluie de caresses, des épinglettes, des festons, des feuillettes, des atomes verts et bruns qui diapraient le front, les joues, les cheveux, le cou, A chaque cleurement de ces petites choses venues du ciel, l'enfant souriait cemme à un baiser de la nature ; tous deux s’aimaient, s'étant compris à la première entrevue. La révélation de leurs âmes avait été complète ; le frisson du vent, l'épanouissement de la feuille, le rayornement du fruit, la fillette aimait tout ; tout cela avait son langage, et ce langage clle le savait par cœur, ayant étudié dans ce livre immense ouvert devant elle : la nature.
Elle souriait au premier bourgeon, elle pleurait à la dernière feuille, et boudait tout l'hiver cette neige bien belle, pourtant, mais qui lui ravissait de plus grandes beautés. Aussi au printemps, lorsque son bois s'enguirlandait, elle révait d'avance à la saison des chants, en guettant dans l'espace le premier voltigement de la troupe aimée. =
Les petites hirondelles bien jolies, les merles railleurs, les rossignols artistes, les serins ramageurs, elle les connaissait tous, mais son favori, c'était la fauvette. Elle aimait par-dessus tout le roucoulis gracieux de cet oisillon, elle adaptait des poëmes aux vocali. ser fines et tendres, elle sentait que la fauvette chantait pour Ii souffler mille choses, pour rendre son sourire plus caressant et mettre une ombre d'ivresse douce dans la clarté de son regard.
Jolie fauvette avait niché son nid dans l'angle le plus coquet du beau poirier ; un jour que l'enfant s'arrétait là pour mieux entendre les joyeux petits cris d'oiseaux, elle vit un mignon bec s'avancer et becqueter les fruits rouges ; lentement, et avec des ruses prudentes, elle se haussa jusqu'au nid. Maman fauvette y donnait à diner, une dinette de baisers, car les becs se touchaient—baisers de vie. La mère fauvette était ravissante, et sa petite famille la regardait avec amour. Oh ! le bon petit diner! La petite en rêvait sa part...
Soudain. les yeux bleus de l'enfant rencontrèrent ceux de la fauvette, et magnétisme de sympathie, l'oiseau sourit—je crois ?— Les oiseaux ont leur façon de sourire !
Depuis, la fillette revint chaque jour : craignant pour l'estomac des fauvettons la fatigue du régime poirier, elle secouait dans le nid de bien bonnes choses, Les petiots repus chantaient à leur bienfaitrice des refrains berceurs, ils gazouillaient dans ses cheveux, fleuretaient avec ses lèvres et s'endormaient dans les broderies blanches ds sa robe.
Parfois leur chant était triste, coupé de gémissements timides ; alors elle cherchait le secret de leur mélancolie, et ne trouvait rien, Seulement, ce jour-là, elle les aimait davantage et mettait dans leur plumage fauve de plus longues caresses.
Ils s'aimèrent ainsi toute une saison,
Un matin, l'automne venait, la brise se faisait plus froide, et In petite, en se rendant au nid, avait envie de pleurer, —pressentiment de la tristesse qui l'attendait en bas, au poirier. Elle marchait sur des feuilles tombées durant la nuit, et ces piétinées semblaient lui murmurer une douleur, . Tout en haut le nid était vide, €: souillé de sang, et de petites plumes ; elle eut un sourd sanglot et s'aflaissa au pied de l'arbre.
Mes oiseaux ! mes oiseaux, murmurait-elle en se roulant sur un lit de feuilles mortes. Soudain. entre les doigts mouillés de larmes, une tête sanglante se posa, eflleurant la joue toute tiède : C'était maman Fauvette !
Elle était agonissante, la chère, toute meurtrie de la lutte mortelle.
—Où sont les petits ? questionna l'enfant, qui, elle aus:i, avait ses droits sur la chère famille.
—Morts, répondit la fauvette, morts, on me les a tués ! —Tués, reprit l'enfant, et pourquoi ? Ils étaient si jolis, et leur chant si doux...
—Ah ! c'est que tu ne sais pas, toi, petite, qu'il y a des êtres méchants, mais tu l'apprendras plus tard. Il y a des êtres à qui 12 sourire déplait, et qui ne peuvent souffrir la joie—il y a des oiseaux traîtres, comme il y a des hommes fourbes. Jadis, au Canada, nos mères grands le racontent, les oiseaux vivaient bien heureux, tous s'aimaient et se protégeaient ; c'était l’âge d'or. Mais voilà qu'un homme qui devait être l'ennemi de la gent ailée fit venir de bien loin toute une troupe de barbares. et la lança contre nous. Cela s'appelait des moineaux : le nom est doux, mais l'oiseau est cruel et méchant. Depuis cette heure uéfaste, il y a guerre chez nous, et si les nids ne sont pas barricadés, le vilain y pénètre, prend tout et tue. Il ne m'a même pas laissé les cadavres de mes petits... N'est-ce pas horrible cela ? fit la Pauvrette, dont la voix se faisait plus saccadée, plus mourante...Le moineau est un diplomate, sa rcbuste constitution lui permet d'affronter vos neiges, alors que nous, oiselets tout frèles, émigrons vers des cieux plus chauds : pendant notre absence, M. le Moineau et Madame la Moinelle font des complots conire nos frêles nids : notre grâce et nos chants excitent leur jalousie. Pour mieux ressembler 4: loyal Baptiste, le moineau s’est embougriné d’étoffe du pays ; c'est encore une ruse, et preuve qu'il n'aime pas “ Baptiste,” c'est qu'il s'acharne à sa
moisson, comme il s'acharne à nous. C'est un traître, petite, c'est l’Iroquois des nations oiseaux, c'est lai qui m'a tué mes petits, c'est lui qui m'a tuée... Venge-moi |...
Puis la pauvrette ferma ses petits yeux, l'enfant li fit une tembe de ses deux mains, et pleura, pleura longtemps sur la fauvette tuée par le moineau,
Ce fut son premier chagrin. Un oiseau lui révéla la méchanceté que son âme jeune ne soupçonnait même pas...
cA Gaston
Vous qui aimez les moineaux, Gaston, (1) c'est que vous n'avez pas assisté à l’agonie d’une fauvette, c'est que vous ignorez la perversité du moineau, c'est que vous ne saviez pas qu'il avait coûté les premiers pleurs d’une enfant, c'est que vous n'avez pas vécu vos premières émotions avec le vent, les feuilles et les oiseaux.
Je vous dédie l'histoire d’une fauvette amie, dont le trépas fut mon premier deuil : et si une petite larme tombe encore ici, sur la tembe de Maman Fauvette, il faut comprendre cet attendrissement donné à toute une page de ma vie libre.
Gaston, n'aimez plus les moineaux, je vous prie, ils sont méchants ! Aidez-moi plutôt à venger le jolie fauvette qui me modula les premières harmonies, et pour le meurtre de mes fauvettcns, je demande qu'on scalpe de leur étofe grise, tous les odieux moineaux. On ne permet pas à de vulgaires étrangers de porter la livrée canadienne,
Je hais les moineaux, tueurs de fauvettes. Gaston, je vous passe ma haine !
(1) M. Gaston de Montigny qui avait signé de son Prénom, un spirituel articleintitulé “ Moinerie,”
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&rin So Bragh
cAnx miens.
Le piano chantait mélancoliquement dans le silence d’une nuit d'été, il laissait échapper les mélodies dont se berce l'âme, et soudain sa voix se fit plus attristée, plus tendre, plus touchante ; elle prit de ces accents de désespérance, qui brisent le cœur, comme les senglots d'un enfant qui ne peut exhaler dans un pleur toute son amertume, et qui frémit sa douleur, ne pouvant la crier,
J'écoutais..….
Chaque note m'allait à l’âme y éveillant une sensation nouvelle ; quelque chose de moi s'élançait, comme dans ces besoins de revoir...de se pénétrer. ..d’aimer.. .et j'écoutais toujours, pendant que tout mon être vibrait d’une inexprimée tendresse. Et la dernière note expirante. ..on me dit : Come back to Erin !
De ce soir, je compris que j'étais Irlandaise, de ce soir, je me mis à aimer avec passion, cette terre verte, qui se révéla à moi, dans une romance où chaque nnte pleurait..….oh ! quelles larmes |— il en passait des frissons tristes—et doux encore, tant cette terre de poésie, où sourit l’éternelle espérance, exhale de suave tristesse.
Du vert ! encore du vert, toujours du vert !
Ironie.….
Comment ce symbole d'espoir germe-t-il partout sur cette terre où ne vit que le désespoir ? Comment, sous tant de sang versé, le trèfle irlandais n’a-t-il pas perdu sa teinte splendide, pour prendre celle pourpre—mais la fragile plante demeure ainsi, sans doute, pour mieux dire à ses fils : Espoir !
Le cri se répète de toutes les côtes de la Verte Erin, il monte de chaque brin d'herbe, il vient de chaque écho.
Et l'âme de tout un peuple 2 passé dans les yeux des femmes de là-bas : ces yeux-là, beaux entre tous, ces yeux-là eux aussi sont verts |!
Voilà pourquoi l'espérance ne mourra jamais au cœur irlandais, puisqu'il la retrouve sans cesse, dans ce qu’il aime, Puis ce peuple de vaincus reste grand dans la défaite, et réclame toujours : il a des fils, il a des filles ; et la délicieuse figure de Maud Gonne, cette fière patriote, passe dans mon regard attendri, Une revue offrait, un jour, son portrait, je découpai la page, et depuis la pho-
tographie de cette belle héroïne a reçu le culte voué aux images de nos saintes favorites. Car la patrie n'est-elle pas toute une religion, et Maud Gonne, une sainte patriote, elle qui se donne toute au peuple malheureux, elle qui lui sacrifie sa beauté, sa jeunesse, sa furtune, son repos, ses rêves, peut-être. ..car être jeune, belle, intelligente, riche, Irlandaise, sentir dans sa poitrine le cœur de Maud Gonne...et ne pas rêver. ?
La personnalité de la patriote irlandaise se dégage lumineuse, idéale et fière, et l’on sent tout ce qu'a de juste la cause défendue par une telle femme, héroïne que j'admire pour son dévouement et son courage, et que j'aime, parce qu'elle sait aimer.
Chaque année, avec une piété touchante, et un enthousiasme sacré, au 17 mars, le drapeau vert, portant la lyre qui a chanté tant de tristesses, se déploie sous tous les climats où vivent des enfants d'Irlande. Car la pauvre patrie a donné de ses fils à tous les mondes, ne pouvant les garder sous sonieiel ; mais ces fils-là n'oublient pas, et la St-Patrice a toujours et partout son tribut, Cette fête réunit, sous son étendard, tous les Irlandais, c’est celle d’un saint, et protestants comme catholiques la chantent, car cette fêtelà, c'est la patrie !
Et même en ce jour, dans la joie manque la gaieté ; le chant irlandais est une tristesse ; et leurs airs sont une plainte aux accents tout à la fois, doux et vibrants On les écoute et il semble entendre une mélopée lointaine, qui le soir, s'élève des eaux, et qu'au rivage nous recueillons—désespérance confiée à l'infini, et qui tombe € .s nos âmes.
Et vous revoyez dans ce rêve musical, une verte forêt, où couronnée de trefle, la fille de l'Irlande tient sa harpe, pendant qu'à ses pieds sanglote la patrie, humiliée, vaincue, mais fière toujours ! L'Erin est toute une poésie, poésie où chaque vers est un pleur, pcésie touchante qui est écrite sur des pages vertes, ave la pluie du martyre ; poésie que j'aime, et dont je baise chaque strophe, parce que là, peut-être, est tombée une goutte du sang que j'ai au cœur.
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Pièce en I cActe.
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L'eAdieu du Poètes
Pièce en I Acte
} La scène se passe au Havre, où Crémazie s'est réfugié depuis | trois ans, cachant sa personnalité, sous le nom de Jules Fontaine. ‘4 Le théâtre représente une chambre d’hôtel : fauteuil de malade pla- j €v auprès d'une table chargée de livres et de papiers. Deux ou trois autres meubles modestes. 4 |