‹ Première formation d'une chaine de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le Golfe du Mexique (1683-1724) [microforme] (volume 2)Chapitre 150 sur 267 · SI · texte numérisé non relu

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L'OUABACHT. 107

faire des establissemens, ny à s'attacher à la culture des terres, puisque la pluspart ont abandonné par libertinage celle qu’ils ont icy. — Ils n’y peuvent donc servir qu’à la destruction de ce pays, en allant dans le bois chercher le castor et les autres pelleteries pour enrichir les commandans des vaisseaux qui vont en ces lieux, auxquels ils les traitent.

Nous n'ignorons pas encore que ces commandans sont d'intelligence avec le sieur Lesueur dans les veues qu’il donne à la Cour d'attirer les Sioux vers le bas de ce fleuve de Mississipi pour les opposer aux Sauvages, que les Anglois ont mis dans leur intérest. Il est aisé de voir que ce ne sont là que des prétextes pour prolonger leur traite, ayant d’ailleurs une entière certitude que ces Sauvages n’y descendront jamais, n'estant nullement propres au canot, ny accoutumez à la navigation.

Nous sommes obligez de vous dire, Monseigneur, que les Sauvages Outaouas nous ont assurez à Montréal, l’été dernier, que ledit Lesueur avoit traité du castor avec les Sioux et qu'il s’estoit fait piller exprès ses marchandises pour estre obligé de prendre leur castor en payement, et, comme il est permis aux coureurs de bois de porter, cette année et la prochaine, leur castor au Mississipi, il se servira d’eux sans doute pour y porter le sien, ce qui empesche de pouvoir connoistre, si le castor vient de sa part ou de la leur.

La permission qu'on vient d'accorder au sieur De Juchereau d'emmener de ce pays au Mississipi vingt-quatre hommes dans huit canots, sous prétexte d'y faire une tannerie, achève de nous ruiner, parce qu'il ne manquera pas d’'enle-

ver,en y allant, tous les castors et les menues pelleteries qu'il

trouvera, et aura ainsy la meilleure partie de la traite des

>ays d'en haut à l'exclusion de la colonie. Car, s’il n’avoit pas ce dessein, quelle apparence y auroit-il de porter des marchandises au Mississipi par le Canada, la dépense en estant exorbitante, le pouvant faire à beaucoup meilleur marché par les vaisseaux, qui vont de France en droiture en ce pays-là? Il

n'est pas non plus vraysemblable que ledit sieur Juchereau

vienne icy chercher des gens propres pour y aller establir une

tannerie, puisque ceux qui en ont en ce ays sont obligez de faire venir des ouvriers de France pour y travailler. — I} est donc constant qu'ils n’ont tous ensemble d’autres veues que la traite du castor et des autres pelleteries, qui seules font présentement subsister le Canada. — Cependant nous suivrons les ordres que vous avez donnés au sieur Juchereau, et le sieur Chevalier de Callières luy permettra de partir quand il le demandera.

Ce désordre est venu à un tel point que la plus grande partie des canoteurs, qui conduisent les Missionnaires dans les postes esloignez, ne reviennent plus, quand ils y sont une fois, et malgré toutes les précautions que le sieur de Callières a pu prendre. Il est encore party depuis un mois de la Colonie quatre canots, de trois hommes chacun, pour se débander dans la profondeur des bois, et nous ne doutons point que la bonne réception, que les Sauvages leur feront, parce qu'ils n’ont presque pour toutes marchandises à leur traiter que de l’eau-devie, et celle qu'on leur fera aussy au Mississipi, où ils porteront leurs pelleteries, n'engage encore beaucoup de tibertins, qui sont icy, à faire la mesme chose.

On a supprimé les congés, dans la crainte qu'on a eue qu'il ne se traitast trop de castor dans les bois. — Cependant ce

pays a le déplaisir de voir qu'il y a plus de commerçans

pu

nie ans ne eS= dete-

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un

dans les pays esloignez que jamais, sans qu'il luy en revienne aucun profit, toute la traite n’estant que pour Lesueur, les coureurs de bois, et pour les sieurs de La Forest et de Tonty qu'on dit qui ne se contentent pas seulement de la faire aux Illinois, mais encore dans tous les endroits de ces contrées.

Nous avons appris que quelques-uns de ces bandits ont esté chez les Anglois de la Caroline pour lier commerce avec eux, où ils ont esté très bien receus.

Le seul remède que nous voyions pour empescher ces désordres est de limiter cette colonie à la rivière Ouabache, qui est la terre où chassent les Miamis nos alliés, afin d'y pouvoir faire quelques postes, si Sa Majesté l’a pour agréable, pour empescher qu'on n’aille par ce chemin aux Anglois, et, au lieu de recevoir nos coureurs de bois au Mississipi, il faudroit obliger les commandans de ce lieu à nous les renvoyer, avec promesse qu’on leur pardonneroit, ou du moins, nous permettre de faire des postes dans toutes les rivières, en remontant le Mississipi depuis Ouabache, qui se jette de ce pays-cy dans ce fleuve, pour conserver au Canada son commerce de pelleteries, en empeschant, suivant les défenses de Sa Majesté, que ces coureurs de bois ne l’enlèvent, surtout celuy des Sioux, avec qui cette colonie commerce depuis Jongtemps.

Ces postes fixes satisferoient beaucoup nos Sauvages alliés, ayant demandé instamment au sieur chevalier de Callières, lorsqu'ils estoient à Montréal pour la paix, qu'on leur donnast des François aveceux. — Le bon ordre qu'ils y mettroient tiendroit entièrement ces Sauvages soumis et empescheroit leurs ivrogneries et le libertinage des François avec eux, — ce qui

donneroit aussi moyen aux missionnaires de faire les fonc-

tions de leur ministère avec plus de succès et tireroit la

colonie du péril où elle est.

Nous ferons de nostre mieux pour diminuer, autant qu'il sera possible, les présens qu'on sera obligé de faire aux Sauvages, mais on ne peut pas se dispenser, dans la conjoncture présente, de leur en faire de considérables, comme nous avons eu l'honneur de vous le faire connoistre cy devant. Les Sauvages ne font point de présens, après qu’on leur en a fait. — D'ailleurs, quand on leur donne quelque chose, c'est ordinairement quand ils sont prests à partir et qu'ils ont fait leur traite, ne leur restant plus rien de leurs pelleteries. Le sieur Chevalier de Callières a défendu aux officiers qui commandent au fort Frontenac et au Détroit d’en recevoir aucun.

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