‹ Première formation d'une chaine de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le Golfe du Mexique (1683-1724) [microforme] (volume 2)Chapitre 154 sur 267 · OBSTACLES MIS A SON PRIVILÈGE · texte numérisé non relu

OBSTACLES MIS A SON PRIVILÈGE

Mémoire du sieur Juchereau pour M": la comtesse de Saint- Pierre au sujet de l’establissement du commerce des cuirs dans le Mississipi, suivant l'ordre du Roy.

Il s’est trouvé des gens en Canada assez jaloux de ce que m'a accordé Monseigneur de Pontchartrain, à vostre sollicitation, pour insinuer au peuple qu'il falloit s'opposer à l’exécution de l’ordre du Roy, que j’ay obtenu pour establir le commerce des cuirs dans le Mississipi, en sorte qu'on a présenté requeste, afin que mon entreprise fust sursise jusqu'à ce que Monseigneur en eust ordonné, supposant que le commerce des cuirs que je proposois n’estoit qu'un pur prétexte pour faire moy seul la grosse partie des castors et autres pelleteries qui viennent en Canada, si bien que, pour jouir de la grâce que Monseigneur de Pontchartrain m'a faite, j'ay esté obligé de donner par escrit :

Premièrement, que je promettois, soubs telle peine qu’on voudroit m'imposer, de ne jamais traiter de castor, en quelque endroit que ce soit, ny mesmes aucune autre sorte de pelleterie, jusques à ce que je fusse rendu dans les lieux désignés par mon ordre.

En second lieu, il a fallu signer, comme je consentois qu'on

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ce que Ilicita- 'EXÉCUe comésenté ce que merce e pour eteries

grâce obligé

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envoyast avec moy des inspecteurs, qui pussent rendre compte de ma conduite.

Ces deux premiers articles ne m'ont pas fait de peine, car j'ay tousjours bien cru qu'ils estoient conformes aux intentions de Monseigneur ; mais, outre cela, on m'a obligé de me désister de la permission, qui m'estoit accordée, d'envoyer les trois premières années de mon establissement trois canots chacune desdites années à Montréal, conformément à l'ordre du Roy.

Il faut, s’il vous plaist, demander à Monseigneur de Pontchartrain que je jouisse du privilége de ces trois canots, parce que, si malheureusement le vaisseau, dans lequel on chargera mes effets en France, se perdoit en venant à Mississipi, je n'aurois aucune ressource jusqu'à ce qu’il y ait des magasins establis dans cette nouvelle colonie, si on ne me permet pas d'aller et venir en Canada avec ces trois canots.

D'ailleurs, si mon entreprise réussit, comme j'ay lieu de le croire, je seray dans l'obligation d’y mener ma famille, ce que je ne pourray faire, si on ne me fait pas jouir du privilège de cestrois canots, car il est très seur que, sans cela, le Gouverneur ne me permettra peut-cstre jamais de sortir d’icy, si j'y reviens. Il est absurde de croire que je veuille me servir de ces trois canots pour apporter des pelleteries en Canada, puisqu'il m'est beaucoup plus facile de les envoyer par Les vaisseaux du Mississipi, dont j'auray aussy, avec plus de facilité, les choses qui me seront nécessaires, quand je les y trouveray, car pour venir en Canada il faudroit au moins faire six cents lieues de plus, qu’en allant où viennent les vaisseaux du Mississipi.

Il faut encore demander à Monseigneur de Pontchartrain

qu'en considération de la dépense que je fais, qui se monte à

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plus de quarante mille livres, il me fasse la grâce de m’accorder quatre milliers de poudre fine, par an, en la payant au prix que les traitans la donnent au Roy; mais il faut qu'il ait la bonté d'ordonner que cette poudre soit chargée dans les vaisseaux du Roy pour m'estre vendue à Mississipi, où je la payeray sur le pied que je marque cy-dessus.

Il faut presser pour me faire avoir un des emplois, desquels j'ay l'honneur de vous parler dans ma lettre.

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