‹ Première formation d'une chaine de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le Golfe du Mexique (1683-1724) [microforme] (volume 2)Chapitre 171 sur 267 · Voir le quatrième volume, page · texte numérisé non relu

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quioux où ils pourroient trouver les Espagnols; mais que ces Sauvages leur firent response qu’ils ne demeuroient plus dans leur village, et que depuis plus de deux ans qu’ils en estoient sortis, il n’y en estoit retourné aucun; ce qui avoit obligé MM. de Saint-Denis et de Bienville de s’en revenir à leur fort.

Les trois personnes à qui M. Lesueuravoitlaissé ordre, estant aux Illinois, de conduire un canot, chargé de munitions de guerre, à M. d'Éraque au fort L'Huillier, arrivèrent au fort de MM. de Saint-Denis. Ces hommes surprirent fort M. Le Sueur, quand ils luy apprirent que, le canot qu’ils montoient ayant crevé, ils l’avoient perdu avec toutes les munitions visà-vis la mine à Nicolas Perrot.

MM. de Saint-Denis et de Bienville ordonnèrent aussitost qu'on en chargeast un d’autres munitions et de vivres, commandant de faire toute la diligence possible pour arriver en peu de temps au fort L’Huillier. Pour nous, après avoir deschargé nostre chaloupe et nos canots des pelleteries que nous avions trafiquées avec les Sioux, nous descendismes avec M. Le Sueur dans une chaloupe, en peu de jours, au fort du Biloxy, où nous trouvasmes M. d’Iberville arrivé, qui estoit encore occupé à faire descharger les vaisseaux.

Au bout de huit jours que nous fusmes reposés, M. d’Iberville ayant fait charger deux chaloupes de vivres et pris trente hommes avec luy et un pilote, nous allasmes sonder l'isle Massacre, sur le rapport que M. de Sauvole luy avoit fait

qu’on y trouveroit un bon mouillage pour les vaisseaux ; ce qui fut trouvé véritable à l'est de l’isle Massacre, où il y a devant une petite isle, qui forme un croissant en manière de port, où l'on pourroit mettre trente vaisseaux à l'abry. Pour

entrer dedans, l'on joint, en passant, le terrain tout vase de l’isle Massacre. Son passage pour y entrer et tous les environs d'alentour furent trouvés bons. Nous allasmes ensuite de l’isle Massacre à une baye large de cinq lieues, qui n’est esloignée de l’isle Massacre que de deux lieues. Nous entrasmes dans cette baye et nous fusmes jusqu’à une rivière, qui est à neuf lieues dans le fond de la baye, où elletombe. Nous la montasmes pendant une lieue, où nous trouvasmes une rivière qui tombe dedans à la gauche, et une lieue plus loin encore une autre qui y tombe aussy. La première rivière qu'on rencontre se nomme la Rivière Saint-Martin, et la deuxième la Rivière à Boutin. Douze lieues plus haut, nous trouvasmes une habitation de Sauvages, qu’on nomme les Mobiliens. Ils ne furent pas estonnez de nous voir, parce qu’ils sçavoient desjà l’establissement de nostre fort au Biloxi. Ils voulurent se préparer à chanter le calumet de paix à M. d'Iberville, mais il leur dit qu’il n’avoit pas le temps présentement de rester. Il leur fit cependant quelques présens et partit le lendemain pour redescendre la rivière de la Mobile. Il emmena avec luy un de leurs chefs pour luy montrer un endroit qui est sur une hauteur, à six lieues à la droite en descendant de leur village. Il luy dit qu’il alloit commander qu’on y bastit un fort et qu’il y feroit venir loger tous les François. Nous redescendismes ensuite la rivière jusqu’à la Baye. En retournant au fort du Biloxi, on rencontre, à deux lieues de la rivière de la Mobile, une rivière nommée la Rivière aux Chiens. Il s’en trouve encore une autre à une lieue plus bas, à la droite, nommée la Rivière aux Chevreuils, et une troisième encore à deux lieues de la Rivière aux Chevreuils, que l’on appelle la Rivière aux Poules. De là nous

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fusmes en droiture à nostre fort, où les maladies commençoient à devenir fréquentes, à cause des chaleurs de l’esté, ce qui obligea M. d’Iberville de donner les ordres pour presser d’aller faire construire le fort de la Mobile; après quoy, il partit pour retourner en France avec M. Le Sueur. On avoit fait mettre dans son vaisseau la terre de la mine de cuivre pour en faire une espreuve en France, mais nous n’en avons pas sceu de nouvelles depuis.

Après le départ de M. d'Iberville, M. de Boisbriand prit soixante hommes avec luy et partit pour aller à la Mobile establir le fort dans l'endroit que M. d’Iberville avoit marqué. Pendant ce temps-là, M. de Sauvole, qui estoit gouverneur du Biloxi et qui y cestoit malade, y mourut.

M. de Bienville, qui estoit à l’establissement du fort du bord du Mississipy avec M. de Saint-Denis, descendit à la mer et vint prendre le gouvernement du fort de Biloxi à la place de M. de Sauvole, et ayant remarqué que le manque d’eau estoit la cause des maladies, il fit faire toutes les diligences possibles pour faire transporter toutes les marchandises et les munitions du fort de Biloxi au fort de la Mobile, où M. de Boisbriand, qui y estoit, avoit déjà mis le fort et les magasins en estat de les contenir toutes en seureté; ensuite M. de Bienville vint à la Mobile, où il fit perfectionner les ouvrages du fort, tant pour le logement des habitans que pour les fortifications. Ce fort avoit soixante toises en quarré; il y avoit aux quatre coins une batterie de six pièces de canon chacune, qui s’avançoit en dehors en demy-cercle, battoit en face et à la droite et à la gauche, dans les courtines; il y avoit quatre faces de bastimens en dedans, esloignées des courtines de quinze pieds sur le derrière. Ces quatre bastimens estoient

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destinez tant pour la chapelle que pour le logement du gouvernement, des officiers, des magazins et des corps de garde, de sorte qu’il y avoit au milieu de ces bastimens une place d'armes de quarante-cinq toises en quarré; les casernes des soldats et des Canadiens estoient basties en dehors le fort, à la gauche, esloignées de cent cinquante pas sur le bord de la rivière de la Mobile. Pendant l’hyver, nous fusmes occupés à perfectionner tous ces bastimens (1702).

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