‹ Première formation d'une chaine de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le Golfe du Mexique (1683-1724) [microforme] (volume 2)Chapitre 196 sur 267 · DE LA NOUVELLE-ORLÉANS · texte numérisé non relu

DE LA NOUVELLE-ORLÉANS

Au commencement de l’année, le 9 Mars, arrivèrent de France à la rade de l'isle Dauphine trois vaisseaux, sçavoir : le Dudlow, commandé par M. de Gosseville 1; le Paon, par M. Dussaut, et la frégate la Parx, par M. Japy. Ils amenoient M. de l'Espinaÿ pour commandant en chef de la Louisiane, à la place de M. de Lamothe de Cadillac, et M. Hubert pour commissaire ordonnateur, qui venoit relever M. Duclos. Il y avoit aussy M. Artus pour capitaine, et beaucoup d’autres officiers et grand nombre de soldats, avec quantité de munitions de guerre et de bouche ct de toute sorte

1, Je vois dans un autre manuscrit Godeville, capitaine de brûlot, Dussaut- Santille, lieutenant de vaisseau, et Chapy.

de marchandises que l'on fit débarquer et placer dans les magazins de la Mobile et de l'isle Dauphine.

M. de Bienville, ayant sceu par un canot qui s’étoit arresté aux Natchez, en montant aux Illinois, que M. de l'Espinay estoit arrivé à la Mobile pour commandant général à la place de M. de Lamothe de Cadillac, y descendit peu de tems après pour aller le saluer. Lorsqu'il y arriva, M. de l'Espinay luy donna la croix de chevalier de Saint-Louis, que Sa Majesté luy envoyoit en reconnoissance de ses bons services. Il avoit laissé en partant des Natchez M. Paillou: pour commandant du fort de Rosalie pendant son absence, et M. de Villers pour lieutenant, avec soixante hommes.

M. de l’Espinay envoya, quelques jours après, M. de Gosseville, capitaine du vaisseau nommé le Dudlow, qui n’avoit pas esté deschargé de ses marchandises, pour tascher de les commercer à la Vera-Crux. M. de Gosseville n’alla pas aborder droit à la Vera-Crux, mais à une petite ville appelée Villa-Rica. Lorsqu'il y fut, il envoya secrétement deux de nos soldats, qui parloient la langue espagnole, avec un tarif des marchandises contenues dans le vaisseau. Ces deux soldats, s’estant adressez à trois marchands espagnols, revinrent la nuit avec eux; ils entrèrent dans la chaloupe qui estoit à bord, avec laquelie ils allèrent au vaisseau, où ils virent les marchandises qui y estoient. Quand ils furent convenus du prix avec M. de Gosseville, ils firent porter les marchandises à terre après les avoir payées comptant. M. de Gosseville, fort satisfait de ce succès, s’en revint ensuite à l’isle Dauphine; il partit huit jours après pour retourner en France avec les deux autres vaisseaux. MM. de Lamothe et Duclos

s'en furent avec luy en France.

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RELATION DE PÉNICAUT. 547

Peu de jours après, M. de l'Espinay fit faire un fort à l'isle Dauphine ct des casernes pour les soldats. Ce fort estoit situé à demi-portée de fusil du bord de la mer pour la garde des magazins et pour empescher les descentes de ce costé-là.

Pendant qu'on estoit occupé à la construction de ce fort, il aborda à l’isle Dauphine un vaisseau anglois pour y faire de l’eau et du bois. On se servit de cette occasion pour leur rendre les Anglois et Angloises, qui estoient à la Mobile depuis deux ans et demi, que M. de Bienville les avoit rachetés des Sauvages Alibamons et Canapouces !, lorsqu'ils revinrent de la Caroline où ils avoient fait une irruption. On remit au capitaine tous les Anglois et Angloises qui voulurent bien s'en retourner chez eux.

Pendant ce temps-là, arrivèrent à l’isle Dauphine les Sauvages, amis des François, les plus proches de la Mobile, qui avoient sceu que M. de l'Espinay estoit arrivé pour gouverneur et général de la Louisiane à la place de M. de Lamothe le Cadillac, retourné en France. Les chefs de plus de vingtquatre nations vinrent chanter leur calumet de paix à M. de l’'Espinay. Ces Sauvages sont nommés : les Chactas, les Taouachas, les Apalaches, les Tinssas, les Mobiliens, les Tomés, les gens des Fourches, les Capinans, les Colapissas, les Bayogoulas, les Oumas, les Tonicas, les Chaouachas, les Natchez, les Chicachas, les Nassitoches, les Yataces, les Alibamons, les Canapouces et autres.

Ces calumets durèrent plus de deux mois, parce qu’ils ne purent s’y trouver tous à la fois, estant trop éloignez les uns des autres. Ils furent tous bien receus de M. de l'Espinay, qui les renvoya chez eux avec des présens.

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