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cette vue, l'Ordonnateur se portera sur cette isle, et s'il y trouve un emplacement commode, il fera au plustost ses dispositions pour y bastir ledit hospital.
Il est nécessaire que ce bastiment soit accompagné d'une basse-cour et d'un jardin potager assez grand pour fournir aux malades toutes sortes de rafraîchissemens.
La Compagnie n'accepte point l'Isle aux Chevreuils pour cet establissement, s’il s'y trouve des obstacles à surmonter. Elle laisse au contraire le choix du lieu à la prudence de l'Ordonnateur, et il rejettera l’idée que la Compagnie luy en donne, s'il trouve un endroit qui convienne mieux.
L'Ordonnateur se portera au Biloxy, qu'il doit considérer comme le premier comptoir de la Compagnie et le centre de ses affaires. Il y fera son séjour ordinaire, hors des temps que sa présence sera nécessaire ailleurs. Il aura soin de faire fortifier ce poste, suivant les intentions de la Compagnie, et d'y establir des magasins commodes et spacieux; il doit en cela travailler en grand et solidement, en considération de ce que ce poste deviendra de jour en jour plus important.
L'intention de la Compagnie est de faire construire un petit fort au Biloxy, mais, comme il pourroit alors n’embrasser pas assez la défense de la coste, on pourra establir, aux endroits convenables, des batteries à fleur d’eau de manière qu'elles soient soutenues du canon du fort, ou autrement si on le juge à propos.
Après avoir parlé des establissemens de la terre du costé de la mer, rien ne mérite une si grande attention dela part de l'Ordonnateur que de former une marine dans tous les postes considérables. L’abandon qu'on a fait à la Colonie des bateaux que la Compagnie y a envoyés ou fait construire, la dis-
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sipation des agrès, et l’inexécution de tousles ordres donnés à cet égard, ont retardé jusques à présent les opérations les plus utiles de la Compagnie.
Il est d'une nécessité indispensable de relever cet objet négligé, sans lequel on ne sçauroit donner du mouvement dans l'intérieur de la Coloni:.
L'Ordonnateur donnera donc ses premiers soins à faire construire le plus grand nombre de bateaux qu'il lui sera possible, Il establira au Biloxi ou à l'Isle aux Vaisseaux un gardemagasin des agrès, apparaux et ustensiles de toute sa marine. Il aura un maistre d'équipage pour veiller à la conservation des bateaux, et celuy-cy rendra compte au garde-magasin des consommations en nature en faisant un inventaire des agrès, apparaux et ustensiles, qu'il fera remettre sur chaque traversier, barque, chaloupe ou pirogue, dont le maistre ou patron demeurera chargé pour en rendre compte audit maistre d’équipage.
Il ne pourra sortir aucuns bateaux sans l’ordre du maistre d'équipage, et pour empescher qu'il ne s’en perde, il sera estably une garde au port où ils seront amarrés.
Tous les matelots seront sous ses ordres, et s’il a besoin d'un ayde, il luy sera donné.
Les colons, qu'il faudra transporter dans l'intérieur de la Colonie, monteront, avec les bateaux du Biloxy, jusques au haut du lac Maurepas et à l'embouchure du ruisseau de Manchac qui se jette dans le Mississipy. Il faudra que l'Ordonnateur fasse un établissement à cette entrée du ruisseau, du costé qu'il jugera le plus convenable. Il devra y avoir un nombre suflisant de bateaux légers pour reprendre les colons qui seront #"rivés de la mer et leur faire remonter le fleuve jusques
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aux lieux de leur destination. — Ce poste aura besoin, comme au Biloxy, d'un garde-magasin des agrès, des bateaux et d'un maistre d'équipage, pour avoir l'œil sur ces bâtimens ct commander aux matelots, — Il y faudra establir une bassecour et un jardin potager, pour se procurer des rafraîchissemens.
Il sera nécessaire de suivre le ruisseau de Manchac jusques au Mississipy, afin de le nettoyer et rendre son cours plus libre, y ayant quelques arbres que les inondations ont traversés d'un bord à l’autre.
Depuis Ie ruisseau de Manchac jusques aux Illinois, l'Ordonnateur aura attention de remettre aux soins du commis des principaux postes, establis le long du fleuve, un petit assortiment d’agrès et ustensiles, afin que les bateaux qui monteront et descendront puissent trouver partout des secours en cas de besoin. Il fera avertir par des piétons de la quantité de colons qui devront monter, pour qu'on leur prépare les vivres.
La Compagnie a fait passer à la Colonie une quantité très considérable de ciouds pour construction, des cordages neufs, des cordages vieux, des toiles à voile et tout ce qui est à l’usage des bateaux ; ce sera un des premiers soins de l'Ordonnateur de s’en faire rendre compte et d'en demander davantage, s'il luy en faut encore. Il fera des états des quantités qui luy seront nécessaires, afin de correspondre avec ordre.
Îl en usera de mesme pour toutes sortes de marchandises et enverra des états particuliers de ce qui sera nécessaire pour chaque poste, afin que la Compagnie en puisse faire faire des ballots particuliers et les faire marquer, de manière que l'on
puisse connoistre, à leur arrivée, leur destination et les y faire
passer debout. L'on observera de dresser une lettre de voiture ou connoissement de tout cequi sera envoyé dans chaque poste, et d’obliger les maistres de barques, qui seront chargés du transport, d’en rapporter un receu.
La marine étant établye sur ces dispositions, le transport des colons se fera avec diligence, et la colonie prendra bientost une forme nouvelle. Les bateaux de Manchac ne devront jamais descendre à la mer, ce qui les garantira des vers, et ceux du Biloxy ne remonteront point au-dessus de Manchac. Le transport des colons fera toujours trouver à Manchac des bateaux du Biloxy pour charger les marchandises qui descendront du fleuve.
Comme ce n’est que par le bon ordre que l'on peut porter les grands établissemens à leur perfection, l'Ordonnateur doit commencer par l’établir dans la Direction. Il n'y a actuellement dans la colonie que le sieur Le Gac pour Directeur général, auquel on impute encore bien des défauts. La Compagnie y a fait passer depuis peu le sieur Delorme en la mesme qualité, et elle se propose d'y envoyer bientost le sieur Ginoux, qui est attendu d'Espagne.
L’Ordonnateur se servira de ces trois sujets, s’il les trouve capables ; il en fera résider un à l’Isle aux Vaisseaux et destinera les autres, soit auprès de luy ou dans les lieux où il les croira le plus nécessaires.
Il établira au Biloxy un garde-magasin des vivres, un autre pour lesmarchandisestant d'entrée que desortie, et untroisième pour la garde des agrès, apparaux, ustensiles de bateaux, bois de construction et autres, en observant de charger ce dernier de la garde des pelleteries, attendu que les mites ne se communiqueront point aux effets dont il sera chargé. Ces trois
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garde-magasins auront chacun un commis sous eux, et tel nombre de gens de peine qu’il sera nécessaire pour la distribution, entrée ct sortie des différens effets, de manière qu'ils n'ayent, pour ainsi dire, que des ordres à donner, afin qu'ils s'occupent à tenir leurs écritures en règle.
Il suffira de deux garde-magasins au poste qui sera étably sur Manchac : l’un aura soin des vivres ct marchandises de toute sorte, l’autre sera chargé de tout ce qui regardera la marine et les marchandises de retour.
Quant aux autres établissemens sur le Mississipy, il suffira d’un commis pour ces différens employs, d'autant qu'il n'yaura pas beaucoup de mouvemens pour les affaires de marine; mais il faut établir un teneur de livres au Biloxy, avec les commis nécessaires sous luy pour qu’il puisse tenir le compte général de la colonie, en passant en écritures tout ce qui y entrera et en sortira, comme aussi ce qui y sera consommé.
La Nouvelle-Orléans où Manchac devant servir de dépôt général pour l’intérieur de la Colonie, il y sera aussy estably un teneur de livres et un commis principal qui doit estre très intelligent.
Dans chaque poste où la Compagnie aura des employez, il doit y estre étably un jardin et une basse-cour, mesime un hôpital, si la garnison est nombreuse.
L'ordonnateur se fera donner, à son arrivée, un estat de tous les employez et de tout ce qu'ils reçoivent de la Compagnie. [l examinera ensuite s'ils remplissent bien levrs fonctions, afin de leur en donner d’autres s'ils n°en sont pas capables, et les
placer dans les lieux où ils seront le plus utiles.
I sera aussy dressé un estat de tous les ouvriers de la Co:
lonie, entretenus par la Compagnie, et de ceux qu'il jugera à propos de prendre encore à son service, sur lequel estat l’on doit marquer les lieux où ils travaillent, et ce qu'ils reçoivent de la Compagnie; cet estat le mettra en situation de connoistre si les ouvriers sont employés utilement en se faisant rendre compte de leur travail, et d'en envoyer dans les lieux où il verra que l'on en aura besoin. Il aura soin d'adresser des copies de ces estats à la Compagnie.
Uncdes plus grandes attentions de l’Ordonnateur doitestre d’avancer l'établissement projeté sur la rivière des Alibamons. Il est d’une conséquence infinie de se couvrir au pilustost de ce costé-là et d’y bastir un bon fort.
Il est aussy nécessaire de se poster sur la rivière d’Ouabache, où les Anglois semblent vouloir s'approcher. La Compagnie mande au commandant de la Colonie d’y placer un corps de troupes pour occuper le premier tout ce terrain ct empescher queles Anglois n’y pénètrent; l'Ordonnateur y establira une tannerie pour l'apprest des peaux que l’on y traitera, ce qui empeschera que les mites ne les gastent, ce qu’on n'a pu empescher jusqu'à présent, malgré les précautions que l’on y a prises.
Comme la correspondance dans l'intérieur de la Colonie est tous les ans interrompue par les inondations du Mississipy qui le rendent innavigable, il conviendroit de se faire une route par terre depuis le Biloxy jusques aux Illinois. L'Ordonnateur y donnera ses soins. Il faut faire en sorte qu'il parte au moins tous les mois un homme des Illinois pour le Biloxy et du Biloxy pour les Illinois, afin que l'Ordonnateur soit toujours informé des progrès de l’établissement de ce premier poste, que la Cemoagnie regarde comme le plus impor-
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tant de la Colonie par rapport aux retours qu'il procurera, ct soit en situation de donner ses ordres sur ce qu'il conviendra faire ou d'envoyer les secours qui luy seront demandés,
L'Ordonnateur s'entendra sur l'exécution de cet article avec le commandant de la Colonie. Ils feront en sorte d’establir de bons ordres dans les postes, où passeront ces coureurs ou messagers, pour que les lettres, qu'ils y laisseront, soient envoyces par des exprès dans les autres postes; qui seront à portée d'eux.
L'unedes principales attentions de l'Ordonnateur est de faire travailler à la culture des terres pour rendre la subsistance aisée, parce que c’est le seul moyen de faire Laisser de prix la main-d'œuvre et d'avancer les nouveaux establissemens,
I doit, à cet ellet, ne point souflrir de fainéans dans la Colonie et les obliger à se porter au travail, en ne leur fournissant rien pour vivre; mais, pour leur donner de l'émulation ct les encourager à bien faire, il fera avancer à ceux qui auront bonne volonté les choses nécessaires pour commencer leurs establissemens et observera de préférer dans la distribution des nègres les habitans qui seront le plus attachez au travail,
I fera donner des congez aux soldats qui voudront se faire habitans et leur fera faire des avances en nègres et en eflets, dont ils feront le remboursement en denrées de leur erû dans des termes raisonnables.
Le riz vient en abondance tout le long du Mississipy, et dans la plupart des autres lieux de la Colonie on commence à en recueillir ; il ne reste plus qu’à suivre de prés les habitans
pour procurer cette denrée en abondance,
Le tabac devant faire une des principales parties du come V. 10
merce de la colonie, il convient de laisser aux nouveaux colons qui voudront s'attacher à cette culture la liberté de choisir le terrain qui y sera le plus propre.
La Compagnie a fixé en dernier lieu le prix du tabac de la première qualité à 25 livres, celuy de la seconde à 20 livres, et celuy de la traisième à 15 livres.
Jusques à présent le commerce des pelleteries a esté trèsonéreux à la Compagnie, parce que la plus grande partie de ce qui en a esté envoyé en France s'est trouvée gastée des mites. — Cependant on ne peut cesser d’en recevoir des Sauvages sans rompre avec eux, estant leur seul commerce; ainsy il faut continuer cette traite et faire en sorte de ne la faire que dans l'hiver et de profiter de cette saison pour envoyer les peaux en France, ce qui est le meilleur moyen d'en conserver.
L'on pourra tirer une grande quantité de peaux de bœuf de Ouabache, lorsque nostre establissement y sera fait, mais il
sera à propos de les tanner pour les conserver, et, à cet eflet, d'y construire des moulins à tan. — Il y a des tanneurs à la
Colonie, dans les concessions et dans le nombre des trentesix mois ! que l’on y a fait passer. Comme ils doivent estre peu utiles dans tous les autres endroits, il faut les envoyer dans celuy-là.
Il se trouve dans la Colonie de bons bois de construction et de très-beaux masts. — La Compagnie a ordonné par toutes ses lettres que l’on en fist des retours, mais elle n’a pu reussir jusques à présent à faire exécuter cet ordre. — On luy a toujours donné de mauvaises excuses et les directeurs auroient voulu faire entendre qu’il ne s'y trouve point de
r, Engagés.