‹ Première formation d'une chaine de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le Golfe du Mexique (1683-1724) [microforme] (volume 2)Chapitre 238 sur 267 · ORLÉANS · texte numérisé non relu

ORLÉANS

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au Conseil jui estoient

que j’avois re, qui me

fut d'abord accordé; mais après on changea d'avis. M. Le Gac seul s'y opposa, disant que ce vaisseau périroit, sans nulle connoissance de cause. Malgré les représentations que je pus ‘aire, je ne fus jamais écouté. Je m'estois bien informé de la quantité d'eau qu'il y avoit à son entrée, et certainement toutes les flûtes y auroient entré. Si on avoit suivy mon avis, on auroit considérablement épargné à la Compagnie; le monde ne seroit pas péry de misère, et l’on auroit à présent bien du terrain défriché. Ce n'est pas le seul avis que j'avois donné etque j'ay donné du depuis qu'on n’a pas suivi. Il suffisoit que je proposasse quelque chose pour qu'on ne le fit pas. Il semble qu'on vouloit me dégoûter du pays ; mais du depuis que vous m'avez accordé l'entrée dans le Conseil, j'espère que les choses en iront mieux, puisque ma seule ambition et l’objet qui m'a engagé à faire le voyage est de faire quelque chose pour le bien de la Colonie, de l'État, et qu'il me fasse honneur. Je n’ay pas, je vous asseure, Monsieur, d'autre principe, et j'ose me flatter que la pluspart des gens qui ont veu de la manière dont je me suis gouverné depuis que je suis icy me rendront cette justice.

Comme il estoit de la dernière conséquence que l'Aventurier entrât dans le fleuve avec sa charge, je me suis embarqué dedans avec M. de Pauger, pour voir par moy-même les difficultés qu’il y auroit. Je ne doute nullement que, si je n’avois pas pris ce party, il n’eût relâché sans entrer, par la mauvaise intention de ceux qui le conduisoient; et quoyqu'il nous soit arrivé toutes les difficultés et inconvéniens qui n’arriveront jamais à aucun vaisseau, nous sommes cependant arrivés à bon port. Le premier est que le nommé Bérenger étoit chargé de le conduire et de le faire entrer, qui est celuy

qui avoit donné un certificat à M. Le Gac, comme il estoit impossible que le Dromadaire entrât, quand je le demanday pour porter la concession de M. Le Blanc, et qui a dit pendant notre voyage que jamais celuy-cy n'entreroit, et qu'il feroit plustost passer un éléphant dans le trou d’une aiguille ; d'ailleurs très-peureux et ne connoissant pas l'entrée, y ayant longtemps qu'il ne l’avoit veue. Au lieu, en partant de l'Isle aux Vaisseaux, de prendre le large pour gagner l'entrée du fleuve, qui avance beaucoup dans la mer, il a toujours cotoyé les Isles de la Chandeleur et au Breton, qui forment une grande anse; or les vents qu’il faisoit et qui ont toujours duré nous ont empesché de nous élever. S'il avoit pris d’abord le large, comme je dis, dans vingt-quatre heures nous aurions été à l'embouchure, au lieu que nous avons resté un mois ; le même vent auroit esté vent arrière pour entrer. D’ailleurs il nous a toujours dit que l’on ne pouvoit mouiller le long de ces isles, que la tenue n’estoit pas bonne, n’estant que des vases molles. Cependant nous avons essuyé des plus terribles tempêtes, estant mouillés seulement sur un grelin, et avons eu toutes les peines du monde à lever l'ancre, toutes les fois que nous en avions besoin. Ensuite les calmes nous ont pris. Ildisoit aussy que cette côte n'estoit pas du tout poissonneuse, et pendant ce temps-là nous avons pris une quantité prodigieuse de poisson. Je croy qu'il y a plus de mauvaise volonté en luy que d'ignorance, et que ce n’estoit que pour soutenir ce qu'il avoit dit et écrit: car on ne sauroit nier qu'il ait donné ce certificat à M. Le Gac, qui l’emporta avec luy en France pour se disculper, en cas qu’il arrivât malheur au Dromadaire.

Quand nous avons été à l'embouchure, les vents sont venus contraires et le débordement si grand qu’il formoit un

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GOUVERNEMENT DE BILNVILLE. 649

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courant très-violent que nous avons été obligés de touer pendant plus d'une lieue. Ensuite il est venu un vent favorable, qui nous auroit fait passer tous les hauts fonds et la barre, sans une mauvaise manœuvre qu'on fit, qui est de carguer la grande voile, dans le temps que nous estions dans le milieu du chenal, et les autres voiles, n’estant pas suffisantes pour soutenir le courant et le surmonter, jetèrent le vaisseau sur une batture, mais sans aucune incommodité. Je profitai de ce temps-là pour tirer des marchandises du vaisseau, qui étoient au-dessus des viandes (qu'un bateau estoit venu chercher pour un convoi des Illinois), que j'ay mis dans le traversier du capitaine Soleil: sur-le-champ nous nous trouvasmes à flot. Nous nous y serions mis de même fort facilement en portant une ancre de toue et nous halant dessus, si je n’avois pris cette occasion pour ne pas perdre de temps. Quand le vaisseau eut passé la barre et qu’il fut mouillé à quinze brasses d’eau, je me rendis icy en bateau et où j'ay souffert beaucoup des chaleurs et des piqueures des maringouins qui désespèrent, et l’on en est cruellement tourmenté dans cette saison. Pendant que le vaisseau étoit retenu par les vents contraires à deux lieues de l'embouchure du fleuve, je profitay de ce temps-là pour sonder et visiter en canot son entrée, passes et isles qui le bornent. J’ay trouvé beaucoup de changement par des augmentations d'islots, qui se sont formés depuis l’année passée; mais la passe est plus profonde. Ayant bien exactement chenalé ladite passe, j’y ay trouvé le moins quatorze pieds d’eau. Je puis bien croire que le plomb peut avoir entré au pied dans les vases, mais aussy elles sont si molles qu'il n'y a point de vaisseau qui ne passe, quand même la quille toucheroit dessus. Il n’y a point de doute que ceux qui

ne Caleront que treize pieds d'eau n'entrent en tout temps, à moins que le chenal ne se comble par la grande quantité d'arbres qui descendent dans les débordemens, ce qui ne s'étoit pas encore veu: car, quoique cette entrée change presque tous les ans, soit en augmentation d'isles et islots, soiten emportant d’autres, il se forme toujours un chenal, par où les vaisseaux peuvent passer. C'est ce que j'ay remarqué ct fait remarquer depuis que je suis icy. Ce qui fait qu’il y faut absolument un pilote qui examine et visite tous les huit jours Le chenal, et y mette des marques selon le changement qu’il fera. J'ay eu l'honneur de vous mander qu'il y avoit icy un capitaine de brigantin, nommé Kerlasiou; je l’ay proposé au Conseil. Comme son temps estoit fini, il vouloit s’en retourner en France, et MM. de Bienville et Delorme m'avoient mandé qu’on ne pouvoit le retenir. Je luy ay cependant parlé du depuis, et si on luy veut faire une composition honneste, il restera, et je crois que ce sera un grand bien pour la Compagnie, car on ne trouvera jamais un homme plus propre. D'ailleurs le séjour du bas du fleuve n'est pas agréable, et il y a de la peine, surtout l'été et une partie de l'automne, tant des chaleurs que de la quantité des moucherons et des marin-

gouins, qui font souffrir le martyre. Il est vray qu'avec le

temps et quand l'isle de la Balise sera occupée, et qu’on aura coupé les broussailles et joncs, il y en aura moins; mais il faudra du temps avant qu’elle le soit par le peu de monde et les secours que nous avons icy. En attendant que l'on soit en état d'y travailler, on pourroit faire mouiller un brigantin vis-à-vis l'isle de la Balise, et donner à Kerlasiou du monde pour amener une chaloupe pour aller au-devant des vaisseaux qui voudroient entrer. Le brigantin serviroit aussy comme

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de patache, où l’on pourroit mettre des troupes pour empècher que rien ne sorte de la rivière, car il y a des gens icy qui sont bien mal intentionnés et qui ne cherchent qu'à s’évader, comme il est arrivé plusieurs fois au fort Louis du B'loxy, depuis que j'en suis sorty; je ne doute nullement que ces messieurs ne vous en rendent compte. Vous trouverez cijoint la carte de l'embouchure du fleuve, telle qu’elle étoit quand je l’ay visitée, qui estoit depuis le 25 jusqu'au 30 Juin que le vaisseau est entré.

[l y a dans l’isle de la Balise assés de terrain pour y placer les logemens que Son Altesse Royale souhaite, en faisant des ponts pour communiquer à deux autres isles qui la joignent. Je croy même qu'avec le temps, la laisse de la rivière le fera d’elle-même; mais je crains que dans les grands débordemens et avec un vent du sud ou sud-est, qui vient de la mer, elle ne s'inonde, Il n’y aura qu’à élever les logemens, ainsi que les forts et batteries, au-dessus des grandes eaux. Vous trouverés ci-joint, Messieurs, le plan de ces isles avec les logemens que je projette ; quoyque ces ouvrages soient extrêmement pressés, il m'estimpossible d’y pouvoirtravailler à présent. Il faut attendre la fin de l'automne, qui est la saison la plus propre à travailler, et l'hiver; et je crains de trouver dans ce temps-là les mêmes inconvéniens que je trouve à présent pour les bâtimens qu'il y a à faire icy, pour les logemens d’un chacun, les magasins, hôpital, qui est très-nécessaire, ayant beaucoup de malades, la prison, corps de garde, fours, etc. Je n’ay que très peu d'ouvriers, qui ne sont pas logés et qui sont dans la boue ainsi que mes gens; point de bois en provision. Les habitans, avec qui j'ay voulu faire marché, pour nous fournir la grande quantité qu’il nous en faut,

ne sont pas en état à'cause de leur récolte, à quoy ils vont travailler, et ils me demandent tous en payement des vivres françois, et nous n'en avons pas nous-mêmes pour un mois. L'évacuation du Biloxy nous retarde aussy beaucoup; nous n'avons pas suflissmment de magasins pour mettre ce qui

nous vient. Celuy que j’y avois fait faire, qui est embarqué

dans le Dromadaire, est plus que suffisant pour tout; mais on a esté obligé d'envoyer ce vaisseau après un brigantin qu'ont emmené des déserteurs, ce qui nous retarde beaucoup. Une partie des ouvriers a été obligée de rester pour aider à cette évacuation, faute de matelots , ceux que j'ay icy estant presque tous languissans et malades, mais point dangereusement, car l'air est très-bon. Il n’y meurt presque personne; ils ne sont attaqués que du dévoyement, maladie qui règne assez en France dans cette saison. J'attribue cela à l'eau de la rivière et aux fruits, ce qui est cause que je n’ay pu, depuis deux mois que je suis icy, me loger. Les ouvrages que nous avons à faire ne peuvent que languir par le peu de monde que j’ay; et, pour que les habitans nous aydent, il leur faut du vin ou de l’eau-de-vie et de la farine; car on ne sçauroit travailler avec des vivres sauvages par la difficulté qu'il y a de les apprêter, et ils ne soutiennent pas assés. Il est véritablement triste que nous ne soyons pas en état d'en donner pour commencement à travailler sérieusement, à faire quelque chose de bon, car le pays le mérite bien. Cette rivière est une des plus belles que j'ay veues,et le terrain qui la borne, des meilleurs. Quel dommage qu’on ne soit pas venu l’établir plustôt; on cultivera icy tout ce qu’on voudra; les maisons qui s'y forment, depuis huit à neuf mois, sont des plus belles, sans pourtant beaucoup de peine : car on ne iait que couper les

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arbres, brûler les cannes et semer, et tout y est venu à merveille. Il y a du riz pour deux ans, qui est très-bon; on a fait plusieurs épreuves d'indigo, qui est très-beau . .,....

Je vous supplie, Messieurs, d'avoir la bonté de me mettre en état (en nous envoyant quelques ouvriers et des vivres encore pour quelque tems) de faire quelque chose qui seroit utile à la Colonie, à l'État, et qui me fasse honneur; car je sèche de langueur de voir que, depuis que je suis icy, je n’ay pu encore rien faire. Il est aussy de la dernière conséquence de faire un bon fort à la Mobile pour la mettre à couvert des Sauvages, qui sont puissans de ce côté-là. On n'y peut travailler sans y apporter des vivres, et mème la garnison en manque à présent. C'est ce qui est de valeur dans le pays et le meilleur argent : car les meilleurs ouvrages s’en feront à meilleur marché, en payant partie en vivres et partie en argent, cuivre ou marchandises...

En remontant le fleuve, j'ay examiné les endroits les plus propres pour placer la Nouvelle-Orléans. Je n’ay point trouvé de meilleure situation que l'endroit où elle est; outre que le terrain est le plus élevé, elle se trouve à portée d’un bayou, qui est une petite rivière, qui tombe dans le lac de Pontchartrain, par où l’on peut en tout temps avoir communication avec le Nouveau-Biloxy,la Mobile etles autres postes, plus aisément que par le bas du fleuve. Il n'y a que le Détour à l'Anglois, qui est difficile à remonter dans certaines saisons, surtout dans le temps que l'Aventurier est venu, à cause des calmes qui règnent et des grands desbordemens, que je puis

vous dire que jamais vaisseau ne sera plus contrarié qu'a esté celuy-là, tant pour l'entrée du fleuve et à s’y rendre, que pour la remonter. Cependant on a surmonté tout, et il n’a resté

que huit jours à monter du Détour à l'Anglois icy, toujours à la toue. Il est vray que j'envoyay M. de Pailloux avec trente-cinq hommes pour l'ayder.

Par la suite, quand nous aurons fait ce qu’il y aura de plus pressé au bas du fleuve et qu'on sera étably icy, l'on pourroit y faire des magasins pour décharger les vaisseaux qui seroient aussy contrariés.

D'ailleurs, il y faut un poste et de distance en distance, pour faire des signaux, du bas du fleuve à la Nouvelle- Orléans, quand il viendra des vaisseaux et qu'on aura besoin de secours.

Vous m'’avés fait l'honneur de me mander, Messieurs, qu'outre les affaires dont je suis chargé, je vous rendisse aussy compte de celles qui viendroient à ma connoissance touchant le pays qui, sans exagérer, est très-beau et où l'on fera venir, à la réserve du sucre, à cause des gelées qu’il fait l'hiver, tout ce qui vient dans les isles, et bled françois, quand il y aura assés de desfrichemens faits. Les habitans commencent à s’en apercevoir par la bonne récolte qu’ils auront, quoyqu'ils nese soient pas donné grand'peine que pour les défrichemens, et on peut dire que ce pays ne commence à s'établir que de cette année. Tout le monde prend des habitations. Nous travaillons à détruire la traite qui est ce qui a gâté ce pays. La pluspart ne faisoit d’autre métier, et, pour un pot d'eaude-vie qui leur revenoit à 4 livres au Magasin et à présent à 3 livres; ils en avoient aux Natchez 25 livres, et elle s’est vendue jusqu’à 50 livres, aux Illinois 8o livres; ainsy des autres marchandises à proportion, ce qui a jeté beaucoup de billets dans la Colonie, à la charge de la Compagnie. Il me semble qu'elle pourroit retirer une bonne partie des billets

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qui restent, en faisant elle-même ce commerce et mème en donnant les denrées à beaucoup meilleur marché, en envoyant de sa part, dans les endroits éloignés, des vivres et marchandises, d'autant mieux que lesdits traitans, qui sont chargés desdits billets, viennent prendre aux magasins ce qui leur convient et en rapportent beaucoup d'autres, et la Compagnie est toujours chargée et lezée.…

L'INGENIEUR DE PAUGER PREND PART A LA FONDATION DE LA NOUVELLE-ORLÉANS. IL ÉTABLIT LE POSTE DE LA BALISE ET PLACE DES BATTERIES DE CANONS

A L'ENTRÉE DU MISSISSiPI,

Lettre de Pauger aux Commissaires chargés de la r des affaires de la Louisiane.

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À l'isle de la Balise, ce 23 Septembre 1723.

Messieurs,

La lettre obligeante que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 9 Décembre dernier, par la frégate la Galatée, sur la conduite que j’ay tenue depuis mon arrivée à la Louisiane, m'oblige de vous en faire de très-humbles remerciemens et d’avoir celuy de vous assurer que j'aÿy continué à redoubler mon zèle, tant à perfectionner la ville de la Nouvelle-Or-

léans que d’avoir, seul ingénieur, commencé à former l’éta-

blissement de la Balise, ainsi qu'à mettre en seureté toute l'embouchure du fleuve’ par des batteries de canons, placées avantageusement, dont M. de La Tour m'a chargé d'avoir l’honneur de vous rendre compte, estant malade depuis plus de deux mois d'une fièvre qui le rend très-languissant. Il paroist que le chagrin y a beaucoup de part, ce qui me mortifie fort et me fait craindre que cette lettre, n'estant pas appuyée des siennes, comme ma précédente, n’ayt pas le mesme succès auprès de vous.

Depuis le départ du vaisseau le Profond, porteur de ma dernière, l'Aventurier ayant porté vos ordres de transférer le siège principal de la Nouvelle-Orléans, où j'ose me flatter d'avoir donné occasion, je m'embarquay avec M. de La Tour sur ce dernier vaisseau pour aller à cette vile capitale par le fleuve, où j'examinay de nouveau son embouchure et y reconnus, de plus en plus, que l'on pouvoit faire sur l’isle de la Balise un établissement avantageux, ainsi que des batteries ou forts sur celles les plus en dehors de l'entrée, qui y mettroient jusqu’à des vaisseaux de premier rang en seureté de l'ennemy et des coups de vent.

A notre arrivée à la Nouvelle-Orléans, qui fut le 7 Juillet, y ayant trouvé une cinquantaine d'ouvriers à mon pouvoir, et fait connoistre que, si avec trois ou quatre j'avois fait faire un grand magasin et des défrichemens, je devois me flatter qu'avec un nombre plus grand je ferois faire de l'ouvrage; mes espérances n'ont point esté trompées malgré l'ouragan, Dieu ayant conservé la santé auxdits ouvriers et soutenu leur courage jusqu'au 1 Janvier de cette année, que M. de La Tour fit venir M. de Boispinel pour luy donner le détail et la conduite d’autres travaux, et me chargea de commencer ceux de

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l'établissement de l'isle de la Balise, que j'entrepris avec autant de chaleur, courant de costé et d'autre engager les principaux habitans à fournir plus de deux mille pieds de bois de charpente de cypres, presque autant de planches, cinq cents pilots de 20 pieds de long sur 9 ou 10 pouces de grosseur au moins, et d'autres matériaux nécessaires dont l'amas a esté fait en deux mois et demy. Ayant party de la Nouvelle-Orléans, le 25 Mars de cette année, avec le vaisseau le Dromadaire, qui en portoit une partie, ainsi que quatorze pièces de canon, je ne pus me rendre au bas du fleuve qu'en vingt-deux jours, par les diflicultés de prendre en route de ces bois et de les y conduire en cajeu, dans cette saison que les courans sont violents ainsi que les coups de vent. Malgré cela, j'ay presque tout employé les matériaux à moins de trois mois, avec seulement vingt-trois ouvriers, six nègres masles et quelques soldats qui ont travaillé, ayant eu le mème bonheur qu’à la Nouvelle-Orléans, où tout le monde est encore malade de fièvres qui en ont enlevé quantité, et malheureusement M. du Sauvoys, commissaire ; mais le nouveau Conseil m'ayant envoyé ordre de suspendre les travaux et de remonter avec lesdits ouvriers jusqu'à l'arrivée des premiers vaisseaux, les farines et la viande manquant, il a fallu, à mon grand regret, prendre ce party, ces ouvrages s'exécutant vigoureusement et de bon cœur, ce qui porte des coups presque irréparables à ce nouvel établissement. Aussi n'ay-je rien épargné pour engager le Conseil de nous faire redescendre avec les vivres du pays et leur ration complète en eau-de-vie, ce qu’il m'a accordé, et je suis tout arrivant icy avec ces ouvriers, dont quantité ont gagné la maladie, et un nouveau cajeu de matériaux pour

en recontinuer l'établissement de cette isle de la Balise. V. 42

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