LES PAYS ÉLOIGNÉS, OU IL A ÉTÉ PENDANT TROIS ANNÉES
MISSILIMAKINAK.
Missilimakinak signifie en nostre langue l’/sle dela Tortue. Il peut se faire qu’on la nomme ainsi, soit parce qu'elle en a la forme, soit pour y en avoir trouvé quelqu’une aux environs. Elle est dans le lac Huron, ayant à peu près deux lieues de tour ; elle est à une lieue et demie de la terre ferme inhabitée; elle n’est fréquentée que dans la saison de la pesche trèsabondante qu’on v fait tout autour.
Vis-à-vis de cette isle il y a une grande anse de sable sur le bord du lac, et c'est dans son milieu qu’est situé le fort des François, où il y a garnison et où le commandant en chef de ce pays fait sa résidence, ayant sous luy divers commandans dans de différens postes ; mais les uns et les autres y sont par le choix du gouverneur général de la Nouvelle- France. Ce poste est appelé le Fort de Buade.
Le couvent des Jésuites !, le village des François, celuy des
1. Ce lieu a tous les avantages qu'on peut souhaiter pour les Sauvages .. d'ailleurs c'est le grand abord de toutes les nations qui vont ou qui viennent du Nord ou du Midy. C'est pour cela que, dès l'année passée, prévoyant bien ce qui
Hurons et Outaouas sont contigus les uns aux autres, et tous ensemble bordent, comblent et achèvent le fond de l’anse.
Il est bon d'observer que dans ce pays-là le nom de ville est inconnu, en sorte que, si l’on vouloit parler de Paris, on le désigneroit par le mot de grand village.
La situation de ce poste est très-avantageuse, parce qu'il est tout proche du lac Huron, par où toutes les nations du Sud sont contraintes de passer, lorsqu'elles descendent à Montréal ou lorsqu'elles en reviennent, aussi bien que les François, qui veulent aller trafiquer dans les pays esloignez. Ny les uns ny les autres ne sçauroient passer sans estre descouverts, parce que l'horizon en est si beau que du fort on peut voir les canots, d'aussi loin que la veüe la plus fine les peut joindre. En un mot on peut dire que cet endroit-là est comme le centre de toute cette autre colonie, d’où l'on est tout porté et quasi à une égale distance, pour les autres postes establis, et parmy toutes les nations qui conversent avec nous.
Je ne sçais pas par quelle raison on a donné le nom de lacs à des abysmes d’eau d’une si grande et si vaste estenduc. Le premier lac est donc appelé le Lac Supérieur,le deuxième, le Lac Huron, le troisième, le Lac Michigan ou Illinois, le quatrième, le Lac Érié, le cinquième, le Zac Ontario. Je crois qu’il est important et mesme nécessaire pour la satisfaction des curieux d'expliquer les raisons qu'on a pu avoir de diviser ce seul lac en cinq parties, je dis seul et un, puisqu'il est incontestable que ce sont les mesmes eaux, qui se communiquent et se joignent les unes aux autres.
est arrivé, nous } avions dressé une chapelle pour y recevoir les passans et cultiver les Hurons, qui s’y sont arrestez. Le Pere Jacques Marquette, qui les a suivis
depuis la Pointe du St Esprit, continue d'avoir soin d'eux, {Relation de la Nouvelle-france en l'année 1672. Mission de St-lgnace à Missilimakinak.)
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[l est néantmoins vrai qu'au village des Saulteurs de Sainte- Marie il y a un rapide, en sorte que, soit en montant, soit en descendant, toute navigation en barques ou navires y est impraticable. [l faut par conséquent y faire un portage, c'està-dire porter les effets par terre au-dessus des rapides. On y peut pourtant passer en canot ou en chaloupe. Voilà la raison principale pour laquelle on a divisé le lac Supérieur, qui a 500 lieues de tour, d'avec le lac Huron qui en a Goo.
Or, celuy-ci n’est point séparé d'avec le lac Michigan, mais on prétend qu'il n'est pas le mesme, à cause d’un détroit, qui a deux lieues de large, et par où les barques ou navires peuvent passer sans danger. Ce détroit passé, ce lac s'élargit tout d'un coup et peut avoir 300 licues de tour.
Le lac Érié est aussi distingué du lac Huron par un détroit, par où les navires peuvent aisément passer. Il a 200 licues de tour.
Ce dernier lac est séparé d'avec le premier, le lac Ontario, qui a aussi 200 lieues de tour, à cause d'une cheute invincible, où rien ne sçauroit passer.
Si bien qu'il n'y a rien de si aisé à concevoir, qu’on peut facilement naviguer autour de 1,800 lieues de pays, dans le milieu des terres et dans l'eau douce, non-seulement en canot, mais mesme en barque et gros navire, à cela près que les vaisseaux qui seroient sur le lac Huron, Michigan, et sur le lac Érié, ne pourroient passer sur le lac Supérieur ny sur le lac Ontario, où il faudroit faire des barques ou navires.
On ne trouve point de fond au large de ces lacs non plus qu'en pleine mer; et proche de la terre, il y a quasi partout 20, 25, 30, 40 ct 50 brasses d'eau. Les courans, surtout vers
Missilimakinak, y sont aussi rapides que lamer mesme. Peut-
estre pourroit-on en attribuer la cause aux vents, qui y sont fréquens. Mais l'expérience fait voir le contraire, car les courans portent tousjours sans exception au vent, en sorte que si, par exemple, il vente nord, le courant porte au nord, et s’il vente sud, le courant porte au sud, et ainsi du reste des vents, et ce qui est encore de plus particulier, c'est que pendant le calme les courans portent du costé qu'il doit venter. Cette observation est infaillible. Je laisse aux philosophes à raisonner sur cette matière, les asseurant que le tesmoignage que je rends est véritable, comme il est vray de dire qu’il est jour en plein midy.
Quant au lac de Michigan, il y a marée, c’est-à-dire flux et reflux, par vingt-quatre heures,tout comme dansles mers du Sud, et les marées haussent ou diminuent, suivant le cours de la lune.
Il y a un petit lac à dix lieues de celuy-cy, dans la profondeur des terres, remarquable par son mouvement perpétuel. Il a environ deux lieues de long, et à chaque bout, il y a divers canaux qui se divisent en diflérens endroits et qu’on prendroit pour des fossez faits par la main des hommes.
Or, il arrive qu’on voit tantost un bout de ce petit lac à sec et tantost un autre, ct les ruisseaux ou fossez, qui sont contigus, sont tantost vuides et tantost comblez jusqu’à déborder par-dessus, en sorte que ses eaux sont en une continuelle agitation, ne faisant que galoper d’un bout à l’autre et, comme on dit communément, jouer aux barres, et on diroit que c'est quelque lutin qui les ballotte de cette manière là.
Puisque j'ay fait voir la situation du fort et du village des
François et de ceux des Sauvages, je vais faire remarquer > o ?
comme ils sont fortifiez et bastis. Leurs forts sont de pieux.
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Ceux du premier rang en dehors sont gros comme la cuisse, et ont environ 30 pieds de hauteur ; le deuxième rang qui est en dedans est à un grand pied du premier, qui est courbé dessus, et c'est pour le soustenir et l’accoster; le troisième rang est à 4 pieds du deuxième, et ce sont des pieux de 3 pieds et demy de diamètre, ayant 15 ou 16 pieds hors de terre. Or, en ce rang-ià, ils ne laissent point de jour entre les pieux ; au contraire, ils les serrent, autant qu'ils le peuvent, faisant des meurtrières de distance en distance. A l'esgard des deux premiers rangs, il y a un jour entre les pieux d'environ 6 pouces, et par ce moyen le premier ctle deuxième rang n'empeschent point que l'ennemy ne soit à descouvert, mais il n'y a ny courtines ny bastions, et ee n'est proprement qu’une simple closture.
Quant à leurs cabanes, elles sont en berceau. Ils piquent en terre des perches grosses comme les jambes, et fort longues, qu'ils joignent les unes aux autres en les faisant plier et obéir par le haut bout, après quoy ils Les lient et serrentavec des escorces de bois blanc, dont ils font le mesme usage que nous faisons de notre fil et de nos cordages. Ils entrelassent ensuite avec des lisses de la grosseur du bras ces grandes perches, qu'ils couvrent d’un bout à l’autre avec des escorces de sapin ou de cèdre, qu’ils attachent aux perches et aux lisses ; ils laissent au faiste un jour d'environ 2 pieds de large, qui suit d’un bout à l’autre. Il est certain que leurs cabanes sont closes ct qu'il n’y pleut point du tout; elles ont ordinairement 100 à 130 pieds de longueur sur 24 de largeur et 20 de hauteur. Il y a un estage aux deux costez, et chaque famille a son petit appartement. Il y a aussi une porte à chaque bout. Leurs rues sont rangées comme nos villages.
Les maisons des François sont de bois, de pièce sur pièce, mais elles sont couvertes avec des escorces de cèdre. Il n'y a que celles des Jésuites qui sont couvertes de planches.
On doit considérer que sous le nom d'Outaouas quatre nations différentes y sont comprises. La première est celle des Kiskakons, c'est-à-dire des Queues coupées, et c'est la plus nombreuse ; la deuxième est la nation du Sable, ainsi appelée parce que leur ancienne demeure estoit dans un pays sablonneux, leur village estant situé sur une anse de sable, mais l'Iroquois a chassé cette nation de ses terres; la troisième c'est le Sinago, et la quatrième est la Nassauakuetoun, c'està-dire Nation de la Fourche, qui prend son étymologie du nom du Chef, ou bien plus vraysemblablement de la rivière dont ils sont originaires, qui fait une espèce de fourche, en se divisant en trois branches. Ces quatre nations sont alliées et bien unies ensemble, vivant en bonne intelligence entre elles et ne parlent aujourd'huy qu’une mesme langue.
La nation Huronne ne fait point corps avec les quatre précédentes. Aussi a-t-elle son village séparé de l’autre par une palissade. Elle parle une langue différente, en sorte qne les uns et les autres ne s'entendent que par les interprètes. C'estoit autrefois la nation la plus puissante, la plus forte ct mesme la plus nombreuse, mais l'Iroquois l'a destruite cet l’a chassée de ses terres, en sorte qu’elle est à présent réduite à un fort petit nombre, et il est bon pour nous qu'elle le soit ainsi, car ce sont des hommes malins, intrigans, malintentionnez et capables de grandes entreprises, mais par bonheur leur épée est trop courte; néantmoins ne pouvant agir
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Pour ce qui est des terres, chaque nation prend son quartier et chaque famille marque son terrain et ses champs; ce sont les femmes qui ont soin de cultiver ct d’ensemencer la la terre, et c'est en vérité un plaisir de les voir, avec un outil en bois dur en forme de gratte par un bout et plat par l’autre, réduire la terre avec une vigueur et une diligence incroyables. Leur récolte consiste en bled d'Inde, pois, fèves, citrouilles et melons d'eau.
La pesche très-abondante et la commodité qu'il y a pour la faire ont donné occasion aux Sauvages de faire un establissement sédentaire en ces licux-là. C'est une manne quotidienne et qui ne manque jamais; il n'y a point de famille qui, dans le cours de l'année, ne fasse une pesche suffisante pour sa subsistance, Au reste, il est impossible que l’on puisse manger de meilleur poisson; aussi est-il baigné et nourry dans l'eau la plus belle et la plus claire, la plus cristalline qu'on puisse jamais voir.
Je crois qu'il seroit inutile d'expliquer la manière de pescher, puisque chaque pays a sa méthode. Mais ce que je crois devoir dire, c'est le plaisir de voir lever en un filet jusqu'à cent poissons blancs. C'est le plus délicat du lac. {ls sont gros comme des aloses en France. On prend aussi quantité de truites qui pèsent jusqu'à 50 livres; c’est asseurément un très bon manger. Enfin l'esturgeon, le brochet, la carpe, le hareng, le poisson doré et cent sortes de poissons différens abondent en cet endroit du lac.
On sera peut-cestre bien aise aussi de connoistre de quoy et de quelle manière les François et les Sauvages se nourrissent.
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Voicy ce qu'on iait.
On scie un gros arbre, et on fait une bille d'environ 3 pieds de long; on la creuse d'environ 2 pieds, à peu près comme un mortier. On fait ensuite avec du bois dur un pilon de 5 pieds de long; on met après cela du bled d'Inde dans cette pile et on l’écrase à force de coups de pilon. Après qu'il est suffisamment pilé, on le vanne, et le son en est séparé, si bien qu'il ne reste que le gru, que l’on sasse pour en oster la farine; cela fait que ce gru demeure tout pur, net et blanc comme du ris. On le met bouillir dans une marmite ou chaudière avec de l'eau, eten mesme temps on fait cuire du poisson blanc dans une autre chaudière, et lorsqu'on voit que le gru est à demy cuit, on oste le poisson et on le délaye avec le bouillon du gru, qui se réduit en eau blanche comme du lait; on le jette ensuite dans la marmite, et avec une mouvette on le remüe, de mesme qu'on fait leris, jusqu'à ce qu'il soit entièrement cuit, et comme la coustume du pays est d’avoir chacun son plat, chacun emplit le sien de cette soupe, que les Sauvages appellent Sagamité, c'est-à-dire diverses choses meslées ensemble pour les manger.
Cette nourriture n’est point friande, mais elle est asseurément très-saine, car elle tient toujours le ventre libre, et elle est très-apéritive, car on urine jusqu'à cinquante fois par jour, et si jamais on ne mangeoit autre chose, on ne seroit jamais altéré, ainsi qu’il est arrivé à plusieurs qui ont passé des mois entiers sans penser à boire. Je puis asseurer que j'ay esté vingt jours sans ressentir la moindre altération, ce qui me donne lieu de croire que ce seroit une bonne nourriture à ceux qui sontattaquez de la gravelle. Le soir on mange du poisson à toutes sauces, frit, rosty, bouilly, boucané, ou
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apporte à Missilimakinak des Illinois ou de Chicagou, et dans le fond je crois que cette sauce est aussi bonne que celle des Chartreux ou des Minimes.
On fait du pain avec de la farine de bled d'Inde, qu'on fait cuire sous la cendre ou dans le sable bruslant. Il est bon, quand on a bon appétit, et il engraisse à merveille.
En tout temps on possède à Missilimakinak une bonne santé ; on peut l’attribuer à la bonté de l'air ou de la nourriture, mais il est encore mieux de l'attribuer à l’une et à l’autre. Une preuve certaine de la bonté de ce climat, c'est d’y voir des vieillards, dont les petits-fils grisonnent, et on diroit que la mort n’a pas la force d’assommer ces spectres, qui ont néantmoins l’ouye bonne, et la veüe aussi, mais leur mémoire fait souvent des incartades, car ils soustiennent quelquefois estre agez de cent cinquante et deux cents ans ; ils disent des cont. et des histoires qu'ils soustiennent estre arrivées de ce temps-là, ce qui n’est point croyable, mais ils ont cet avantage qu'il ne se trouve personne qui puisse les contredire ou les démentir que par induction.
Les castors sont très-rares aux environs de Missilimakinak et les Sauvages de ce poste les vont chasser jusqu'à 200 lieues. Un bon chasseur n’en tue ordinairement, depuis le mois d'Octobre jusqu'au mois de May, que cinquante ou soixante, quelquefois plus, quelquefois moins. Ils changent et troquent leurs peaux de castors avec nos marchandises; c'est ce qu'on appelle traiter, ou faire la traite, Nous leur fournissons de la poudre, des balles, des armes, de l’estoffe, du tabac et de tout ce qui est en usage parmi nous.
Si on pouvoit comprendre quelle fatigue il y a pour trouver du castor, on ne mespriseroit pas tant cette marchandise, car il faut sçavoir que le convoy des François part ordinairement du Mont-Réal au commencement du printemps, ou bien vers le 15 de Septembre, si bien que dans ce payslà les deux saisons sont fascheuses : l’une parce que c'est à la fonte des glaces et des neiges qui rendent l'eau vive et trèsfroide ; ‘autre parce que c'en est le commencement ; or il y a quantité de rapides en chemin. Presque tousjours invincibles à la pesche, les Canadiens, qui sont ordinairement en chemise, nu-picds et nu-jambes, lorsque leurs canots ne peuvent tenir contre la rapidité des eaux, s'y jettent dedans hardiment; à force de bras, s’entr'aydant les uns les autres, ils en viennent à bout, mais non pas sans avoir leurs pieds et leurs jambes souvent escorchés, les roches estant si froides qu’elles se collent fort bien à leur peau et ne s'en détachent point sans enlever la pièce. Si cela n’arrivoit qu’une fois par jour, ce seroit peu de chose, mais ils font, au contraire, ce manège-là dans tout le cours de leur voyage.
Ce n'est pas tout : on trouve en chemin très-fréquemment des chûtes d’eau ou cascades, par où on ne peut monter ny descendre, si bien qu’il faut débarquer au pied des cascades et porter son canot sur les espaules par dedans le bois, et toutes les marchandises ou castors par-dessus les chûtes, et l’on se rembarque; c’est ce que l'on appelle faire un portage. Il y en a qui sont de 200 lieues.
Il faut donc que les Canadiens fassent 300 lieues dans ce mouvement perpétuel et pénible avant d'arriver à Missi- Hmakinak, ce qui fait voir leur force, leur vigueur et leur endurcissement à la fatigue, et il semble incroyable que le
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corps humain puisse résister à u froid si extraordinaire.
Lorsqu'ils sont donc arrivez là, au lieu de songer à se refaire un peu de leurs fatigues, ils se dépeschent au plustost pour prendre leur party ailleurs, et passer outre. Ils se réquipent ordinairement de canots, de vivres; après quoy les uns gagnent le nord du lac Supérieur, et les autres le sud, et s'enfoncent par des rivières dans la profondeur des terres jusqu’à 200 ou 30o lieues ; il y en a qui, suivant le lac Michigan, vont par le sud jusqu'aux nations les plus esloignées. Tous ensemble n'ont en veüe que de faire des peaux de castor.
Lorsque les voyageurs ont débité leurs marchandises, ils s’en reviennent à Missilimakinak et s’y rendent ordinairement au commencement de juillet, où ils se réquipent de nouveau pour descendre en convoy, si le commandant du païs le juge à propos. Il est donc clair et très-intelligible que ceux qui commercent et font trafic des peaux de castor, sont obligez de faire pour le moins 1,000 lieues, avant d’estre de retour à Montréal, mais, outre cela,onne peut concevoir les périls où ils s'exposent en sautant et passant par des bouillons d’eau, des chûtes et des cascades, qui font dresser les cheveux à la teste, lorsqu'on y fait réflexion.
Ce n’est pas tout : il faut risquer d'y perdre la vie par la main des Iroquois, qui dressent des embusches dans les défilez, et si l'on est pris en vie, il faut se résoudre d’estre grillé à petit feu. Il est vray qu’on prend toutes les précautions nécessaires pour éviter ce malheur, et qu'il est rarement arrivé que nos convoys ayent csté battus.