‹ Première formation d'une chaîne de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le golfe du Mexique (1683-1724) [microforme]Chapitre 112 sur 304 · ENT · texte numérisé non relu

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mande, je leur dis qu’ils pouvoient faire seulement celle d'empescher les officiers de commercer dans ces postes sous les peines portées par les ordres du Roy, sans songer à la réunion de tous ces lieux, pour en avoir seuls le commerce.

C’est ce qui fut mis dans un des articles du règlement qu'ils ont fait, dont ils doivent demander la confirmation à la cour.

Cependant, au lieu d'en demeurer là, j'ay esté averty, un jour avant le départ des vaisseaux, que dans les instructions données aux députés qui passent en France, il leur est très expressément recommandé de solliciter fortement les mesmes choses que je leur avois fait rayer à cause des conséquences fascheuses au reste de la colonie, ne croyant point que cette compagnie doive avoir tout le commerce du pays, à l'exclusion de tous les autres habitans qui n’y sont point entrés, croyant qu'il faut de l'argent, au lieu qu'il ne s’agit que de donner des signatures pour toute monnoyce.

Je n’ay pas trouvé non plus qu'il fust à propos qu'elle demandast le commerce du Détroit, parce que je le regarde comme vostre ouvrage et que je suis bien aise avant toutes choses de sçavoir quelles sont vos intentions touchant cette entreprise.

Je ne sçaurois me dispenser de vous faire connoistre que, si cette compagnie obtenoit la réunion de tous les postes à son seul commerce, la Colonie ne pourroit plus augmenter, parce que les pauvres gens, aussy bien que la noblesse, qui ont bien de la peine à subsister, se trouvant exclus de ce commerce, seront contraints de tout abandonner.

Il n'est pas moins important d'observer que, si, dans les six mois expirés, on n’est point reçu à s'intéresser dans la Coimpagnie, il ne viendra après ce terme personne de France pour

s’y establir, puisqu'ils ne scroient que des esclaves, des travaux desquels elle auroit tout le profit.

Ses veues ont été aussy de chasser par exclusion tous les marchands forains, qui sont icy d’un très grand secours par le bon marché, qu'ils font de leurs marchandises tant en gros qu'en détail, et comme elle n’est composée quasi que des mar chands de ce pays, ils seroient si bien d'intelligence, dans les suites, qu'ils vendroient leurs marchandises au prix qu'il leur plairoit d'y mettre, et, après s’estre enrichis, ils passeroient en France, comme il se pratique tous les ans; c’est ce qui fait que la Colonie est tousjours pauvre.

Je ne sçay quel a été le dessein de M. lIntendant d’appuyer la demande que cette compagnie veut vous faire de la réunion du commerce de tous ces postes, ny celuy qu’il a eu de vous en cescrire, sans m'en parler que hier au soir après mes paquets cachetés, estant persuadé que j’aurois pu le faire convenir du contraire, s’il s’estoit conformé à ce que vous nous avez prescrit, Monseigneur, de vous informer en commun de toutes les choses, qui concernent le bien du service du Roy et l’intérest de la colonie.

Je suis avec un très profond respect, Monseigneur, | Vostre très humble, très obéissant et très obligé serviteur,

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