L'OUISCONSIN ET AUX SIOUX POUR EMPÈCHER TOUTE CONCURRENCE
Lettre des directeurs de la Compagnie du Canada.
Québec, 10 novembre 1701.
Le sieur de La Chesnaye, député l'an dernier en France par la Compagnie de la colonie en ce pays, luy a rapporté, à son retour, les bontés que Vostre Grandeur a pour elle et le bonheur qu'elle a d’estre honorée de sa protection. Comme nous composons la direction qui est chargée de la régie de ses affaires, nous prenons la liberté de vous en marquer nos très humbles actions de gräces et de vous supplier très humblement de luy accorder la continuation de cette puissante protection, sans laquelle nous déclarons qu'elle ne pourra pas avoir le succès que nous nous sommes proposé.
Quand tout ce pays, Monseigneur, s’est veu dans la nécessité de se charger de la sous-ferme des droits de Sa Majesté, ce n'a esté qu’afin de rassembler dans une seule main tous les castors, sans quoy celle connoissoit que ce commerce deviendroit un des plus mauvais qui se puisse faire.
Nous reconnoissons, Monseigneur, que ç’a esté dans le
mesme dessein que Vostre Grandeur a eu la bonté d'accorder
à cette Compagnie le poste du Détroit, ct celuy du fort Fron-
tenac, mais nous supplions très humblement Vostre Grandeur
de nous permettre de luy représenter que, si les charges en
sont trop fortes, comme clles nous le paroissent, la Com-
pagnie ne pourra qu'avec beaucouv de peine les acquitter.
Ce que l’on a voulu faire entendre à Vostre Grandeur des
avantages du poste du Détroit nous a fait appréhender qu'elle
ne croye que nous travaillions à luy cacher la vérité; mais,
si elle a la bonté de considérer que les particuliers, qui dési-
reroient ce poste, ne sont poussés que du dessein d'y faire
traiter et chez les nations voisines le plus de castor qu'il leur
seroit possible dans l'assurance d'obliger ensuite la Compa-
gnie de le prendre et de leur en donner des lettres de change
sur la France, nous espérons qu'elle sera persuadée de la
vérité de ce que nous avons l’honneur de luy escrire, puis-
que, pour le bien de nostre compagnie, nous sommes obligés
de retrancher de cette traite du castor ou de la diminuer le plus qu’il nous sera possible, en mesnagcant pourtant l'amitié des Sauvages.
Ainsv, si les profits, qu'on peut espérer de ce poste, se renferment à la seule traite des mesmes pelleteries, ils ne peuvent pas estre considérables, puisque ces sortes de bestes se destruisent facilement et ne se repeuplent pas sy aisément que le castor, outre que le prix en change tous les ans en France et devient quelquefois très peu considérable.
Vostre Grandeur verra, par les estats qui luy scrontenvoyés, que la despense, faite par M. l'Intendant pour l'establissement de ce poste, se monte à 80,000 livres argent de France, que la Compagnie a esté obligée de promettre de payer l’an-
née prochaine. Elle s'engage encore de payer annuellement.
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sur les ordres de M. le Gouverneur général, visés de M. l’Intendant, la somme de six mille livres ordonnées par Sa Majesté, pour le soulagement des pauvres familles de ce pays. Il y a, outre cela, la nourriture de deux ofliciers qui ont avec eux leurs enfants et domestiques, pour lesquels on désire encore des gratifications, sans y comprendre 28,000 livres, à quoy montera le transport des vivres, rafraischissemens et hardes pour la garnison, au delà des quinze livres par quintal que M. l'Intendant a promis de donner.
Nous vous supplions très humblement de considérer, Monseigneur, que l'obligation qui nous est imposée de faire le transport des vivres, des rafraischissemens, des hardes et des munitions de guerre pour la garnison, est d'une despense excessive à nostre Compagnie, puisqu'il luy faut quarante canots pour cela seulement, et que, comme le nombre des soldats de cette garnison n'est pas limité, et qu'il dépendra de MM. les Gouverneurs généraux d'y en mettre tel nombre qu'il leur plaira, il arriveroit que, dans certaines années, la Compagnie n’auroit pas assez de monde pour porter ce qui seroit nécessaire à cette garnison, ce qui la ruineroit, elle et son commerce.
Si Vostre Grandeur avoit la bonté de régler que la Compagnie donnast quelque modique somme pour toutes ces charges, cela éviteroit bien des diflicultés et cousteroit très peu au Roy, parce que si on relève tous les ans cette garnison, les soldats, qui iront prendre la place des autres, pourroient porter, en y allant, tous leurs besoins, et ainsy successivement.
Nous sommes encore obligés de vous représenter, Monscigneur, que nous ne croyons pas praticäble la pensée, qu’a
M. le Gouverneur général, que les commis et ouvriers que V. 12
nous aurons dans ce poste et dans celuy du fort Frontenac pour nostre commerce soient tenus de faire et traisner le bois nécessaire à ces garnisons pendant l'hiver, puisqu'il ne leur seroit pas possible de le faire, et que nous ne trouverions pas un seul homme qui voulust entrer à nostre service pour ces lieux-là à cette condition; mais ils pourront tous en amasser chacun pour soy, comme il se pratique ordinairement.
Et comme il nous a paru, Monseigneur, que, quoyque Vostre Grandeur ait eu la bonté de nous accorder pour nostre Compagnie le privilège du commerce exclusif aux postes du Détroit et du fort Frontenac, on pourroit prétendre que ce privilège seroit seulement pour le contour desdits forts, nous vous supplions tres humblement que nous puissions faire, pour le bien de nostre commerce, tout ce qui sera jugé convenable aux environs desdits forts; autrement ce privilège de traite seroit absolument imaginaire, et il deviendroit inutile.
Nostre Direction ayant esté informée, dans le mois de Juillet dernier, que les Coureurs de bois désobéissans et mesme les Sauvages, attirés les uns par le libertinage et les autres par la nouveauté, avoient entrepris d'ouvrir un commerce chez les Anglois de la Caroline et au bas du Mississipi, pour y porter toutes leurs pelleteries, nous députasmes MM. d'Auteuil et
Péré à Montréal, près M. le Gouverneur général et M. l'Intendant, pour leur représenter les intérests de la Compagnie, et leur proposer les remèdes que nous jugions les plus convenables.
Ces remèdes sont, Monseigneur, d’establir quelques postes sur les passages, comme aux Miamis, à la rivière Ouabache, dans le lieu où elle se descharge dans le Mississipi; ce qui
serviroit de borne entre cette colonie et celle qu'on establit
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au Mississipi, parce que c’est par là qu’on va à la Caroline, er que les Anglois peuvent venir réciproquement sur nos terres. J1 faudroit, outre cela, un poste à Ouisconsing et un autre aux Sioux, le commerce de ces nations ayant tousjours esté fait par le Canada, afin que ces Sauvages, trouvant dans ces licux-là leurs besoins et des François qu’ils aiment, ils abandonnent la pensée d'aller chercher les estrangers.
Ces postes serviroient encore à empescher que le sieur Lesueur ne continue de traiter du castor chez les Sioux, ainsi que les autres auxquels il est défendu. Nous avons, sur cela, présenté des mémoires à M. le Gouverneur général et à l'Intendant, sur lesquels nous espérons qu’ils diront à Vostre Grandeur le bien qu'il en reviendroit à la Compagnie de la Colonie, surquoy nous attendons l'explication de vos volontés.
Comme le fort du Détroit pourroit servir d'entrepost pour tous les effets, aussy les François, qui seroient dans les postes des Miamis et des autres nations nos alliées, pourroient inspirer aux Sauvages csloignés,qui ne viennent pas à Montréal, d'aller porter leurs pelleteries aud. lieu du Détroit; ce qu'ils feroient d'autant plus volontiers que le voyage est aussy facile et plus court qu’à la Caroline et au bas du Mississipi, tellement que, par ce moyen, on rassembleroit tout le commerce les pelleteries qui appartient à ce pays ; ce qui ne se fera pas, s | n'y a pas des François bien intentionnés avec eux, qui les puissent engager à faire ce voyage.
La veuc que nous avons, Monseigneur, n'est pas de muitiplier le castor ; car il n'y en a que trop et nous sommes surchargés, non seulement par la quantité, mais encore plus par
les mauvaises qualités ; c’est plustost afin que les commis dela
Compagnie, qui serviroient dans tous ces postes, peussent in- lic spirer aux Sauvages l'espèce de pelleterie qui seroit la meilleure en et de quelle manière il faudroit la préparer ; et comme il est Pr indifférent aux Sauvages de quelle pelleterie ils se servent, É pourveu qu’ils ayent leurs nécessités, on interromproit, pour avé quelque temps, cette grande quantité de castors qui est à à c charge. On en aboniroit les qualités et faciliteroit le moyen con de débiter l’amas, qu’il y a présentement en France et dans que nos magasins CN Ce pays. flexi ne estoi( IX frère . lières, LES HABITANTS DE MONTREAL .
moise SE RÉCRIENT CONTRE L'ÉTABLISSEMENT DU DÉTROIT. reques JALOUSIE DE LEBER. arriva devoit | nouvel Extrait d'un mémoire sur le Canada adressé au comte ou de Pontchartrain par le Roy de la Potherte. De Ch portas Je touche icy une corde bien délicate, mais un homme qui Lamot a été controleur en Canada, ne doit point garder de mesure donc e avec qui que ce soit, puis qu'il doit estre entièrement attaché ia mo à son ministre. Callièr On disoit à Québec, l’année passée, que quoyque vous eus- là lui hazard
siés donné des ordres à M. De Lamothe, pour faire l’establis- L sement du Détroit vous en aviés cependant laissé le résultat à È MM. de Callières et de Champigny, selon l'occurrence des 4 affaires de ce pays. L'on tient, Monseigneur, que M. de Cal-
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lières fit naistre à M. De Lamothe des difficultés pour cette entreprise, afin qu’il lui demandast M. de Fonty. Mais le plus probable est que M. De Lamothe le prévint sur cet article.
Tous les apprests du voyage se firent à Montréal. Vous en avés vu les estats de despense, sans d’autres qui ont esté faits à ce sujet que j'ay signé et que l’on n'a pas voulu vous faire connoistre, de peur que la despense ne parust trop grande, ce que je n'ay sçu qu’à la suite du temps, après plusieurs reflexions.
Il y eut à Montréal du trouble parmi les marchands, qui estoient au désespoir de cet establissement. Mantet, oflicier, frère de Courtemanche, capitaine des gardes de M. De Callières, M. Le Ber, le plus riche négociant du pays, et la demoiselle Paquot crièrent contre ce départ. — On fit des requestes. C’estoit à qui leur donneroit le contour. L’Atalante arriva dans ce tems à Québec, qui donna avis que le Neptune devoit arriver dans peu. Comme l’on n’avoit reçu aucune nouvelle particulière par ce premier vaisseau touchant le résultat de la nouvelle ferme du castor, MM. De Callières et De Champigny, appréhendèrent que ce dernier vaisseau n’apportast quelques lettres de vostre part. Ils firent partir M. De Lamothe en diligence. — Toutes ces personnes qui avoient donc eu à cœur ce départ, voulurent le faire surseoir, — En un mot, quand il fallut présenter cette belle requeste à M. De Callières qui avoit donné la permission à quiconque voudroit la lui donner, chacun saigna du nez. — Je ne sçay par quel hazard, il m'en est tombé une copie. — Mais la voicy :
À Monseigneur le Gouverneur Général.
Supplient humblement les intéressés dans les fermes royales de la Nouvelle France, soubsignés, après votre permission verbale, Monseigneur, lesquels vous remontrent que Messieurs les anciens intéressés dans les mesmes fermes, voyant les surcharges de castors qui provenoient de ce pays, desquels ils ne pouvoient avoir le débit, auroient représenté à Sa Majesté qu’ils se sentoient obligés d'abandonner le parti, s’il ne luy plaisoit empescher les grands et fréquens équipemens, qui se faisoient pour le commerce des castors chez les nations csloignées par le nombre de François qui obtenoient des permissions pour cet effet. À quoy Sa Majesté auroit eu esgard, ayant pourveu par un édit, qui faisoit inhibition et deffense à feu Monseigneur de Frontenac de délivrer plus de vingt-cinq congés au pays, ordonnant que les dits congés seroient visés de Monseigneur l’Intendant, et enregistrés sur les registres du controlleur, qui seroit estably par la Compagnie, afin que la Cour custadvis du nombre d'hommes et de la quantité de mar. chandises qui seroient transportés pour les pays esloignés — lequel édit n'ayant esté exécuté, les dits sieurs intéressés auroient de nouveau présenté leurs plaintes à la Cour, ce qui auroit fait supprimer les congés par un autre édit de l’année 161,7, avec deffense à mon dit Seigneur de Frontenac, d'en accorder aucun, sous prétexte qui se pust présenter, en conséquence duquel arrest nos dits seigneurs de Frontenac, gouverneur,et Champigny,intendant, estant informés des desseins de l’Anglois et de l'Iroquois, qui se vouloient unir aux nations
alliées à la Colonie, pour ravir le commerce par une paix que
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ces derniers recherchoient avec tant d’affect ion, auroient représenté en Cour qu'il estoit de la dernière importance d'establir et entretenir des garnisons françoises, à Michilimakinak, à la rivière Saint-Joseph et Catarakouy, afin d’arrester et anéantir les propositions, qui se pourroient faire entre nos alliés et les ennemis au préjudice de la Colonie, ce qui vuroit esté octroyé de Sa Majesté, avec deffense néantmoins aux commandans des dits Postes de commercer directement ny indirectement sous les peines d’estre dégradés, et aux soldats, de la galère, avec exclusion aux habitans du trafic dans la profondeur des terres. Ce qui fait voir que Sa Majesté n'a voulu ny entendu que le commerce des castors fust fait dans les pays esloignés, prévoyant que la trop grande quantité de castors ne pourroit avoir son débit et qu'il seroit à un si bas prix que les dits sieurs intéressés ne pourroient subvenir au party et payer ce qu'ils l’auroient achepté, ne prétendant pour donner le cours au commerce du castor en France, qu’exclure entièrement les magasins qui se pourroient establir dans les pays Outaouas. Les quels dits sieurs intéressés, avec toute leur précaution, se seroient trouvés surchargés et sentis obligés de demander à la Cour que le castor fust mis à un plus bas prix ce qui auroit entierement osté la subsistance au Canada, qui, pour se maintenir, a esté contraint d'accepter le parti sur les conventions du traité qui a esté signé des supplians. — Et, comme le sieur De Lamothe Cadillac, sur les nécessités supposées sauf respect, Monseigneur, a exposé en Cour que l’establissement du Détroit fairoit la barritre pour éteindre entièrement le reste de vengeance que pourroient se proposer les Iroquois et nos alliés, qui ne peuvent de si tost perdre le souvenir de
leurs morts, que cet establissenient empescheroît les pour-
parlers de l'Anglois avec nos dits alliés, le dit sieur De Lamothe n'ayant eu autre dessein que d’y faire un commerce notable au préjudice de la Compagnie et de toute la Colonie, les suppliants, prévoyant qu'ils ne peuvent se maintenir dans le parti qu'ils ont embrassé sur l'assurance de la Cour, que tout ce qui se fairoit dans le pays, seroit réuni et demeurcroit en propre à la Compagnie et à la Colonie, à la quelle Sa Majesté a accordé le commerce pendant le temps qu’elle règneroit et ce à quoy aucun édit n'a dérogé du depuis. — C'est ce qui a obligé les suppliants d’avoir recours à vostre justice, sur la quelle ils s’'appuyent puisque vous avez esté choisi de Sa Majesté pour rendre justice dans ce pays et protéger ses sujets qui seront contraints de se démettre du parti et de retirer leurs seings ct leurs mises, s’il n'y est par vous pourveu.
Ce considéré, Monseigneur, sur les humbles remontrances que vous font les dits intéressés, qui se reposent entièrement sur votre protection, il vous plaise pour le soutien de leurs intérests, que vous avez toujours pris à cœur, surseoir les dits équipemens du sieur de Lamothe, attendu qu'ils sont contraires aux édits de Sa Majesté, puisqu'il va pour commercer, et à la bonne foy des suppliants, qui ont engagé tout leur bien dans le parti pour le maintien du Canada, jusques à ce qu'il vous ayt plu Monseigneur, représenter à la Cour le tort que l’establissement du Détroit fait à tout le pays, après qu'il vous aura plu ordonner une assemblée générale pour entendre les remontrances d’un chacun.
La requeste demeura au croc. La demoiselle Paquot fournit de sa part pour 10,000 francs de marchandises. — Le sieur Leber ne souflla plus — on ne sait d'où vient — mais celuy qui profita le plus fut un marchand qui vendit, lui seul, pour
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Je n'oserois pas tout à fait vous dire mon sentiment sur ce
que l'on pense de cet establissement. — Il faudroit que vous me donnassiez un ordre positif pour vous dire ce qui en cst, afin que vous ne fussiez pas fasché contre moi. Je sçay que tout le monde crie contre M. de Lamothe, quoique vous ayés depuis accordé la traite de ce fort à la nouvelle Compagnie.
Il est bien doux à tous les sauvages de Missilimakinak, du Lac Supérieur, des lacs Huron et Islinois d'y aller commercer doresnavant, car ils espargnent des 3 à 400 lieues qu'ils seroient obligés de faire pour descendre à Montréal , au lieu qu'ils n'en fairont que 100. Ils y porteront à profusion la pelleterie. Il y a peu de Sauvages qui ne doivent aux marchands francois qui sont obligés de leur faire des avances, et il n'y a pas de ces débiteurs, qui n’aillent au Détroit pour éviter de les venir payer.
Quand tous les Sauvages viennent en traite à Montréal, il y à plus de quatre cents familles des pays qui en profitent. La foire se tient le long des palissades, bordées des cabanes des Sauvages, et de l'autre costé sont quantité de petits marchands qui n’attendent que ce moment favorable pour estaler leurs marchandises. Il n'y a point de marchands dans la ville, qui n'ayent pour lors des interprètes, dont les uns ont le quart, la moitié des profits ou une bonne somme pour leurs peines,
car ces marchands auroient pour 100,000 escus de marchan-
dises, qu'ils ne pourroient vendre une livre de tabac sans le secours de leurs interprètes. — C'est dans ce temps que tous ces gens là comptent profiter de quelques douceurs pour faire subsister leurs familles le reste de l’année.
M. de Callières manda, l’année passée, à Teganissorens, le grand chef des Iroquois, qu’il avoit quelque chose à luy communiquer. Îl luy parla du projet qu'il avoit eu de faire un cstablissement au Détroit pour l'avantage de la nation, qui, au milieu de la chasse, trouveroit un asyle à y commercer. Ce chef, qui est plus ami des Anglois, dissimula ce qu'il en pensoit, mais il ne fut pas plus tost hors de Montréal, qu'il dit «ue sa nation avoit empesché les Anglois de s'y establir.
M. Dulhut, capitaine en Canada, commandoit pendant les dernières guerres un fort au bout de ce Détroit, vers le lac Huron. Il tenoit en brideles Anglois, qui auroient voulu commercer avec les Outaouas.
Le castor va devenir fort rare. Nos alliés ont dit, l’année passée, dans les Conseils généraux tenus à Montréal, qu'ils avoient mangé la terre, voulant dire qu’il y avoit présentement très peu de castors. [ls demandèrent s'ils pourroient dans la suite traiter des chats sauvages et des loups. — On leur dit qu’ils pourroient s'attacher doresnavant à la mesme pelleterie. — C’est ce commerce qui roule beaucoup plus avec les petits marchands, qui ne le sont que pendant latraite. Les Sauvages, qui auront peu de castors, en fairont le plus qu'ils pourront
et aimeront mieux le porter au Détroit.
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