‹ Première formation d'une chaîne de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le golfe du Mexique (1683-1724) [microforme]Chapitre 159 sur 304 · AUX OUTAOUAS DU DÉTROIT · texte numérisé non relu

AUX OUTAOUAS DU DÉTROIT

Conseil des Hurons.

14 Mai 1705.

Nous venons vous prier de nous dire si vous sçavez qu'il descende quelque canot de Montréal.

M. de Lamothe. — Les Outaouas et quelques Iroquois du Sault m'ont averti qu'ils y devoient aller bientost; ils ne m'ont point dit le jour qu'ils doivent partir.

Les Hurons. — Nous venons vous dire que nous ne quittwrons point nostre village,et que nous n'irons poiné aux Anglois 2.

1, Ce qui est conforme au règlement fait par M, de Callières du 25 Octobre 1702

nt les missionnaires se raoquent, 1. C,

?, « Is commencent de faire connoistre ails ont dans l'ame.» (Z. (.)

M. de Lamothe. — Je n'ay point eu cette pensée de vous; je sçais que les Hurons ont de l'esprit, et qu’ils ne commenceront pas de mauvaises affaires.

Les Hurons. — Lorsque Michipichy, nostre chef, sera de retour de Missilimakinak, il pourra se faire qu'un canot ou deux iront à Montréal pour porter à Onontio la nouvelle de ce qu'il aura fait.

Koussikouet, chef des Outaouas. — Je parle icy publiquement, mon père; on continue de me dire tous les jours que Je suis mort, si je reste au Détroit, et on m'asseure que vous nous haïssez, et que vous n'aimez pas que nous soyons auprès de vous. Je suis bien aise que tout le monde m'entende, parce qu'il y en a ici qui me tiennent ce langage, et qu'il vient souvent des gens de Missilimakinak, qui nous asseurent que

cela est vray. Il n'y a pas encore deux ans que M. de Callières nous a dit qu’il unissoit la terre, qu'on n'entendroit plus parler de guerre. Nous luy avons obéi; le voilà pourtant aujourd’hui le casse-teste à la main contre les Anglois; cela est surprenant qu'en si peu de temps la terre commence de se gaster de nouveau.

Pour moy, je ne cache rien, je vous dis en public tout ce qui se passe en particulier. Voilà comment il faut faire, ct non pas garder le secret dans les affaires importantes. -— Voilà un collier que Kilingoué à apporté. C'est le Gouverneur des Anglois qui nous l'a envoyé pour nous prier de l'aller voir. Mais nous voulons sçavoir, avant toutes choses, si vous le trouverez bon, parce qu'en ce cas-là nous irons, sinon, nous demeurerons icy. Ce sont les [roquois qui ont donné ce collier à Kilingoué, de la part du Gouver-

neur des Anglois. C’est le présent que vous font vos

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morts, les Kiskakouns, Outaouas-Sinagos et Gens du Sable.

Réponse de M.de Lamothe du même jour aux Outaouas. — Je n'ay point encore trouvé le secret d’enchaisner les langues. D'où me viendroit cette haine pour vous autres Outaouas ? Est-ce pour avoir esté les premiers, qui avez obéi à Onontio, et pour estre venus vous mettre auprès de moy? Peut-on haïr ceux qui obéissent? Je vous répète encore ce que je vous ay dit tant de fois : Quiconque frappera les nations qui sont au Détroit, me frappera; si vous estes morts, je suis mort. Je vous tiens tous appuyés sur mes mamelles; je vous renferme dans mon sein pour mourir avec vous. La guerre que nous avons avec les Anglois n’obscurcit point le soleil et ne renverse point la terre à votre esgard. Regardeznous faire en fumant paisiblement.

J'approuve votre conduite, Koussikouet, de ne me rien cacher. D'où vient donc que le Gouverneur des Anglois veut vous voir aujourd’hui? Est-ce pour vous inviter à faire ce que les Iroquois luy ont refusé? Puisque vous me demandez permission pour y aller, ou non, sçachant que vous allez descendre à Montréal, demandez-la au Gouverneur, et faites ce qu'il vous dira. Prenez garde de ne rien faire qui soit contre sa volonté. Prenez patience. Si cette guerre dure, les Anglois mangeront (c’est-à-dire prendront ou 4<'#u‘ront) bientost nos villages, où bien nous mangerons les leurs; iaais il semble que les Iroquois n'ont pas l'esprit bien fait, puisqu'ils vous donnent des colliers de la part du Gouverneur anglois.

Koussikouet. — Ce ne sont pas les Iroquois, c'en est un qui a esté employé par les Anglois, ci qui a fait ce qu’on luy a dit.

M. de Lamothe. — Qui est-il, cet Froquois ?

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