UN PRÉJUDICE CONSIDÉRABLE
Copie de la requeste présentée à Monsieur le Gouverneur général de Canada et à Monsieur l'Intendant par Messieurs les directeurs de la Compaguie des castors contre l'entreprise du sieur Juchereau pour le commerce des cuirs dans le Mississipr.
A Monsieur le Gouverneur général et à Monseigneur l'Intendant.
Remontrent très humblement les Directeurs Généraux de la Compagnie de la colonie du Canada, soussignés, qu'ils ont eu avis que M. de Juchereau, lieutenant général de Montréal, a obtenu du Roy permission d'aller faire un establissement vers le fleuve de Mississipi, et d'y envoyer vingt-quatre hommes dans huit canots ou les mener avec luy pour establir des tanneries, et qu'il pourra faire venir tous les ans trois canots à Montréal pour luy porter les choses dont il aura besoin. Sur quoy lesdits Directeurs vous supplient très humblement de remarquer que le sieur Le Sueur obtint permission d'aller dans ces mesmes lieux pour la descouverte des mines qui y peuvent estre. — Il luy fut deffendu comme audit sieur Juchereau de faire le commerce
name
des castors, lequel commerce il a cependant fait depuis plus de trois ans, qu’il a obtenu ladite permission, sans avoir encore rien avancé pour l'exploitation desdites mines, s’estant attaché uniquement au commerce des pelleteries, qu'il a mesme envoyées à Montréal à ses correspondans. Mais si ledit Le Sucur a causé un très grand préjudice par ce commerce, ledit sieur Juchereau en causeroit un bien plus considérable, puisque, partant de Montréal avec huit canots, il feroit la plus forte partie de la traite avec les Sauvages par l'achat de leurs meilleures pelleteries, qu’ils renvoyeroient ensuite à Montréal, s’il luy estoit permis, comme il luy est permis, d'y envoyer trois canots tous les ans. Et si ces sortes de permissions avoient lieu, il s'ensuyvroit que ceux qui les auroient obtenues feroient tout le commerce. Le sieur de La Forest en donne une preuve évidente; il ne doit traiter qu'aux Hlinois. Cependant il a actuellement une maison à Missilimakinak, où il trafique ouvertement avec les Sauvages du lieu et des environs, et, soubs prétexte d’aller ou d'envoyer aux Hinois, il reçoit à Missilimakinak les marchandises qui y sont portées, passant des marchés par-devant notaire avec ceux qui en sont chargés, puis fait des conventions particulières avec eux pour les traiter en secret chez tous les Sauvages indifféremment. — Ainsi toutes ces permissions ruineroient entièrement le commerce du pays, et mettroient la Compagnie de la Colonie hors d'état de soustenir la dépense qu’il convient de faire pour l'entretien du poste du Détroit, et de payer la somme de six mille livres que Sa Majesté ordonne estre donnée aux pauvres familles de ce pays. Si ledit sieur de Juchereau dit qu’il ne fera aucun commerce du castor, il n'est pas croyable qu'il puisse tenir cette promesse, puisqu'il
is plus oir en s'estant qu'il a Mais si ce com- 1s consits, il feages par oyeroient il luy est ces SOTtes ux qui les ieur de La iter qu'aux Missilimages du lieu nvoyer aux squiy sont e avec ceux particulières Sauvages inruineroient at la Compadépense qu'il étroit, et de jesté ordonne Si ledit sieur , du castor, il
esse, puisqu il
L'OUABACHE. 365 est trop difficile de passer au travers des nations qui les ont, sans en achepter, les donnant à aussi bon marché qu'ils les donnent.
D'ailleurs il est impossible de le sçavoir, par la difficulté qu’on y auroit d'entretenir des personnes dans un pays si esloigné de celuy-cy, qui cousteroient trop cher, quand elles pourroient y estre mesme en seureté de la vie. — Si ledit sieur de Juchereau n’avoit en vue que d’establir des tanneries à Mississipy, il pourroit passer, comme fit Le Sueur, dans des navires qui y vont en droiture et qui luy auroient porté et porteroient plus facilement et à meilleur marché les hommes et les choses dont il auroit besoin, et il ne feroit pas une dépense de plus du triple, s'il n’avoit en veue de bénéficier de la traite, pouvant ensuite envoyer son castor où il voudra.
Ce sont ces considérations, Nos Seigneurs, et plusieurs autres qui obligent lesdits Directeurs, pour s'acquitter de leur devoir envers la Compagnie générale de ce pays, qui se repose sur leurs soins pour ce qui regarde le bien de leurs aflaires, qui seroient entièrement ruinées par ces sortes de permissions, de vous supplier de surseoir le départ dudit sieur de Juchereau et desdits vingt-quatre hommes, jusqu'à ce que nous ayons de nouveaux ordres de la Cour. — Après que vous aurez la bonté d'informer Monseigneur le comte de Pontchartrain des raisons cy-dessus et de celles que vous connoissez d'ailleurs parfaitement, et vous ferez justice.
Signé à la minute : CHARTIER DE LOTBINIÈRE,
François Hazuür, Go8iN, MacarrT et PEYRE.
à JUCHEREAU SE DÉFEND CONTRE LES ACCUSATIONS PORTÉES CONTRE LUI.