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pelle en ce pays dr iatanier, qui est un arbre particulier du
pays. Une remarque que j'ay faite sur les Sauvages, c’est que
quelque abondance qu'ils ayent de vivres, ils n'en font ja-
mais d’excès, car ils n'en prennent qu’autant qu'ils en ont
besoin; mais fort malproprement, ne mangeant la plus part
qu'avec les doïgts, quoyqu'ils ayent des cuillères, qui sont
de cornc de bœuf. Leur viande est ordinairement fumée
ou autrement boucanée, comme ils disent en ce pays-là. Ils
ont cependant une espèce de gril, sur quoy ils la mettent,
mais peu de feu dessous, ne la faisant presçue que sécher,
| la fumée y contribuant autant que la chaleur du feu. Le
chef ordonne à ses Sauvages de faire des danses le soir.
Cette danse a lieu au son de leur petit tambour et de leur
chichicois; elle se fait en rond, au nombre de vingt ou
trente, sans qu'ils se tiennent. Le rnaistre à danser est à leur
teste. Sur un coup de sifflet, ils rompent leur cercle et se
meslent entre eux, tousjours en observant la cadence. Puis,
sur un second ccup de sifflet, ils se remettent à leur rang en
rond avec une justesse estonnante. Ils ont encore d'autres danses, dont je parleray dans la suite plus amplement.
Nous couchasmes chés le grand chef sur des lits de cannes,
qui sont plates et bandées, comme des lits de sangles, entrela-
cées les unes dans les autres et couvertes de peaux de bœufs.
Le lendemain matin, nous allasmes nous promener dans leur campagne, où ils sèment leur bled. Les femmes y estoient avec leurs hommes à travailler. Les Sauvages ont des bastons plats et crochus, qui leur servent à piocher la terre, car ils ne sçavent ce que c’est que de labourer, comme on fait en France. [ls grattent le sol avec ces bastons crochus et en déracinent les cannes et les mauvaises herbes qu'ils laissent sur la terre
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nt sur la terre
RELATION DE PÉNICAUT. 391
au soleil pendant quinze jours ou un mois. Ensuite ils y mettent le feu, et quand elles sont réduites en cendres, ilsont un baston, gros comme le bras, pointu par un des bouts, avec lequel ils font un trou dans la terre, de trois pieds en trois pieds ; ils mettent dans chaque trou sept ou huit grains de bled et le recouvrent de terre, c'est ainsy qu'iis sènent leurs bleds et leurs fesves. Quand le bled a un pied de haut, ils ont grand soin, comme en France, d'esviter les mauvaises herbes, qui viennent dedans, ce qu'ils réitèrent deux ou trois fois l’année. Ils se servent encore aujourd’huy de leurs pioches de bois, quoy que nous leur en ayons donné de fer, parce qu'ils les trouvent plus iégères.
Nous restasmes quelques jours à ce village, et ensuite nous retournasmes à nostre fort.
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