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RELATION DE PÉNICAUT. 527
M. de Saint-Denis arriva dans cette année à la Mobile avec le señor don Juan de Vilesca, l'oncle de sa femme, et trois autres Espagnols. Il avoit esté près de trois ans à faire son voyage du Mexique, dont il fit le récit à M. de Lamothe, ainsi qu'il suit".
D'après ce qu'il rapportoit, il avoit esté conduit par un officier et vingt-c ratre cavaliers espagnols, depuis 11 ville de Caoüil jusqu'à deux cent cinquante lieues de là, à Mexico, capitale du Mexique, où il avoit parlé au Vice-Roy, à qui il avoit montré son passeport. Il dit ensuite que le Vice-Roy, qui estoit le duc de Linarès, après avoir regardé ce passeport, luy avoit respondu qu'il avoit fait un mauvais voyage, et, sans vouloir l'entendre davantage, l’avoit fait mettre en prison. M. de Saint-Denis, fort estonné d’un tel procédé, n’avoit pas esté peu embarrassé ; il estoit resté dans cette prison plus de trois mois. Heureusement pour luy, quelques François qui estoient au Mexique au service des Espagnols et qui connoissoient bien M. d'Iberville, dont M. de Saint-Denis estoit l’oncle, du costé de sa femme, avoient parlé en sa faveur au Vice-Roy, qui, l'ayant fait venir une seconde fois, voulut l’engager à servir le Roy d'Espagne en luy offrant une compagnie de cavalerie. Mais M. de Saint-Denis, sans estre touché de cette demande, luy avoit répliqué qu'il avoit fait serment de fidélité au Roy de France et qu'il ne quitteroit son service qu'avec la vie.
L'on avoit desjà rapporté au Vice-Roy que, pendant le temps qu'il avoit demeuré à la rivière du Nord, M. de Saint-Denis
1. Diverses pièces sur les voyages de M. de Saint-Denis se trouveront dans le sixième volume.
2. Marie-l'hérèse, fille de Pollet, sieur de Lacombe Pocatière, capitaine au régiment de Carignan et de dame Marie-Anne Juchereau,
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avoit fait la cour à la fille du capitaine don Pedro de Vilesca. Le Vice-Roy ‘lui dit, pour le déterminer; qu'il estoit plus de Ja moitié naturalisé Espagnol, puisqu'il devoit, à son retours se marier à dona Maria, Ja fille aisnée de don Pedro de Vi- Jesca. « Je ne vous céleray pass Monseigneur, repartit M. de Saint-Denis, que j'aime dona Maria, puis qu'on l'a dit à Votre Excellence, mais je ne Me suis jamais flatté de mériter de l'espouser. ” Le Vice-Roy luy assura qu'il pouvoit comp ter que, S'il acceptoit l'offre qu'il luy faisoit d'une compagnie de cavalerie au service du Roy d'Espagne, don Pedro scroit ravi de luy accorder sa fille en mariage. « C'est dequoy je VOUS donne ma parole, adjousta le duc de Linarës. Je vous donne du reste deux mois pour SONG à ce que Je vous propose; VOUS resterez iCY pendant ce temps-là, libre de vous promener dans Ja ville; vous Y rencontrerez plusieurs officiers françois qui sont au service du Roy d'Espagne; dont ils sont très-contents.» M.de Saint-Denis remercia fort le Vice-Roy de toutes ges bontés, et surtout de la liberté qu'il luy rendoit. Après quoy il trouva en sortant de son appartement ul officier espagnol qui parloit assez mal françois, et luy dit qu'il avoit ordre de le mener loger chez luy et de luy tenir compagnie dans la ville, lorsqu'il voudroit s'y aller promencr. M. de Saint-Denis, qui Sçi voit par expérience que: pour estre bien avec les gens de cette nation, il faut les combler d'honneurs et de déférenec, respondit à cet officier, dans sa langue, qu'illuy seroitfort obligé de sa compagnie ct qu'elle luy feroit beaucoup de plaisir. Il Je conduisit done à sa maison; qui estoit un logis à l'espagnole, c'est-à-dire un chaslet avec des rideaux de toile et des murailles toutes nues, avec des chaises entièrement en bois
pour toute garniture. Là, il luy montra une autre chambre à
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costé de la sienne, qui donnoit sur un jardin; elle estoit un peu plus propre et plus grande; c'estoit là qu’il dit à M. de Saint-Denis qu'il coucheroit. Ils alloient sortir ensemble, lorsqu'entra le cavalcador major du Vice-Roy, qui présenta à M. de Saint-Denis un sac contenant trois cents piastres, que Son Excellence luy envoyoit pour luy servir pendant le temps qu'il resteroit au Mexique. M. de Saint-Denis pria le grand écuyer, en l'accompagnant jusqu'au bas de l'escalier, de marquer au Vice-Roy combien il estoit confus de toutes ses libéralités, après quoy, lorsqu'il fut rentré, il dit à l'officier espagnol, avec lequel il estoit, de le conduire dans un lieu, où l’on pourroit trouver à manger en payant, et où il vouloit avoir l'honneur de luy offrir à disner. L'officier le mena volontiers dans une hostellerie, où venoient généralement la pluspart des officiers tant françois qu'espagnols. Ils y firent assez bonne chère, sans estre rançonnez; c’estoit un prix fait, à une piastre par teste. M. de Saint-Denis continua d'y manger pendant les deux mois qu'il devoit demeurer au Mexique. Il y trouva plusieurs ofliciers françois, au service du Roy d’Espagne, avec lesquels il fit connoissance, ou plustost qui le connoissoient, sans qu’il les connust, parce que la pluspart avoient esté amis de M. d'Iberville. C'estoient eux qui avoient parlé pour luy au Vice-Roy; M. de Saint-Denis leur en exprima sa gratitude.
Il fit parcillement connoissance avec plusieurs Espagnols des plus considérables de la ville, qui taschèrent de l'engager à entrer au service du Roy d'Espagne. Il fut mesme invité plusieurs fois à la table chez le Vice-Roy, qui donnoit magni-
fiquement à manger et tous les jours à disner, surtout aux prin-
cipaux ofliciers. Rien ne luy avoit paru si riche que sa vaisselle V. 34
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d'argent. Ses meubles, ses armoires, ses tables, jusqu'aux chenets de ses chambres, tout cstoit en argent massif, d'une grosseur ct d’une pesanteur extraordinaires, mais grossièrement trvaillez. M. de Saint-Denis eut soin, pendant tout le tems qu'ii fut au Mexique, d'observer ses paroles et de ne rien dire qui luy fust préjudiciable, quoy qu'il fust, tous les jours, en partie de bonne chère avec les ofliciers françois et espagnols, qui faisoient tous les efforts pour l’attirer avec eux. Ils y estoient, sans doute, poussés par le Vice-Roy, mais ils ne réussirent pas. C’est ce qui détermina vraisemblablement le Vice-Roy à luy donner son audience de congé. Un jour qu'il l’avoit invité à disner chez luy, il l'avoit, après le repas, tiré à l'escart dans un grand cabinet magnifique, où il n'estoit pas encore entré. Le Vice-Roy luy dit que, puisqu'il ne pouvoit gagner sur luy de le faire rester au Mexique au service du Roy son maistre, il estoit libre de s’en retourner à la Louisiane, et qu'il partiroit le lendemain avec l'officier chez qui il estoit logé. Il luy fit en mesme temps présent d’une bourse, dans laquelle il y avoit mille piastres, qu'il luy accordoit, luy dit-il en riant, pour faire les frais de sa noce. Il adjousta qu’il espéroit que dona Maria l'engageroit peut-estre mieux que luy à recevoir les offres qu'il luy faisoit. M. de Saint-Denis remercia infiniment ce seigneur de toutes ses libéralités, mais il ne put obtenir de luy la liberté du commerce entre la Louisiane et le Mexique, qui estoit l'objet de son voyage. Il le quitta à la porte de son cabinet, où il rentra après luy avoir souhaité un bon voyage.
Il retourna avec l'oflicier espagnol à leur demeure pour se préparer à partir. Il alla dire adicu, en corséquence, à tous les
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RELATION DE PÉNICAUT,
qu’à plusieurs Espagnols de qualité, quiluy avoient tesmoigné beaucoup d'amitié pendant le séjour. Il soupa encore avec eux ce soir-là, et on se quitta en s’embrassant. Le lendemain matin, il commencçoit à s’habiller, lorsque le grand écuyer du Vice-Roy entra dans sachambre et luy dit que Son Excellence luy envoyoit un cheval de son écurie, dont il luy faisoit présent pour faire son voyage. M. de Saint-Denis le :emercia et luy dit en espagnol qu'il estoit infiniment reconnoissant à Son Excellence de tous les bienfaits dont il l’avoit comblé, qu'il ne manqueroit pas de faire scavoir à Monsieur le Gouverneur de la Louisiane et à tous les François la grandeur de ses libéralités et de sa magnificence. Il descendit ensuite pour reconduire le grand écuyer ct recevoir son cheval qu'un page du Vicc-Roy tenoit par la bride. II fit beaucoup d'exclamations sur la valeur et la beauté de ce présent. Ce qui donna lieu au grand écuyer d’estaler les richesses de son maistre, qu'il éleva au moins au niveau des plus grands rois du monde; il fit le détail du grand nombre de ses domestiques et de ses chevaux, en disant qu'il en avoit plus de deux mille encore plus beaux que celuy dont il venoit de me faire présent, outre une quantité prodigieuse de meubles et de vaisselle d'argent. M. de Saint-Denis n'osoit pas l’interrompre, quoyque son discours eust desjà duré près d’une demi-heure, ct il commençoit à s'en ennuyer, lorsque, pour son bonheur, l'oflicier chez lequel il demeuroit ét qui avoit ordre de le conduire, l'appela par la fencstre, luy disant qu’il falloit aller déjeuner, parce qu'ils partiroient dans une heure. [1 quitta donc ce grand parleur d’escuyer, le remerciant de luy ivoir fait connoistre la puissance du Vice-Roy, qu'il ne manqueroit pas,
l’assura-t-il, de publier, quand il seroit de retour à la Louisiane
auprès de tous les ofliciers françois. Lorsque M. de Saint-Denis cut déjeuné, il partit avec l'otlicier espagnol et dix cavaliers seulement, pour les escorter jusqu'à Caoüil. Ils allèrent à petites journées et furent ainsi près de trois mois pour arriver. Le cheval dontle Vice-Roy avoit fait présent à M. de Saint- Denis estoit un cheval bay, des plus beaux et des meilleurs qu'il eust jamais montés. Quand ils furent arrivés à Caoüil, ils furent voir le gouverneur, qui laissa M. de Saint-Denis libre d'y demeurer huit jours. Son valet de chambre, Jalot, l’attendoit dans cette ville, où il avoit vescu, pendant tout ce tems-là, de son mestier de chirurgien. Il s’y estoit mesme fait une grande réputation parmy les Espagnols, en ayant beaucoup guéri de pl':sieurs maladies, entre autres des fièvres quartes et des dyssenteries, auxquelles ils sont fort sujets. M. de Saint-Denis fut loger avec l’oflicier, qui l’avoit conduit dans la meilleure auberge de la ville, oùils n’auroient pas toutefois fait bonne chère, si Jalot ne leur eust pas luy-mesme accommodé leur manger. Au bout de huit jours, le gouverneur de Caoüil donna à M. de Saint-Denis un oflicier et six cavaliers pour le conduire à la Rivière du Nord. Il luy permit d'acheter pour son valet de chambre un cheval qui ne cousta que dix piastres, quoyqu'il fust très-bon. Enfin, en huit jours, ils arrivèrent au village de la Rivière du Nord. où il fut logé chez le señnor don Pedro de Vilesca. L’oflicier qui l'y avoit amené rendit à celui-ci un paquet de lettres, et s’en retourna au bout de trois jours à Caoüil.
M. de Saint-Denis estoit depuis une semaine environ chez don Pedro, lorsqu'arriva un événement qui avança de beaucoup son mariage.
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RELATION DE PÉNICAUT. 533
de l'Espagne, prirent résolution d'abandonner leurs habitations et de s’en aller chercher à s’establir hors du territoire des Espagnols; ils chargèrent tout ce qu'ils avoient de leurs meilleurs effets ct de leurs grains sur leurs bestiaux et se mirent en marche pour s'en aller du costé des Cadodaquioux, qui sont à près de deux cens lieues de là.
Le señor don Pedro en fut tout aussitost averti, ct il en estoit fort chagrin, estant en partie cause de cette défection, pour avoir donné trop die liberté à ses cavaliers, qui estoient tousjours chez les Sauvages, à les piller et à les chagriner sans qu'ils osassent se défendre. Don Pedro ne sçavoit comment s'y prendre pour arrester ce départ, outre que personne n'osoit aller trouver les Indiens, parce que ces quatre villages réunis formoient plus de mille hommes armez d'arcs et de flesches. M. de Saint-Denis, voyant son embarras, luy offrit, s'il vouloit luy permettre d'y aller seul, de faire en sorte de les faire revenir. Don Pedro, l'embrassant, luy respondit qu'il n'osoit pas l'exposer ainsy, parce que deux nations de ces villages, les plus meschants Sauvages qu'on pust trouver, ne manqueroient pas de le poignarder. Mais M. de Saint-Denis ne s'embarrassa pas de cela. Il monta à cheval suivi de Jalot, son valet de chambre, et alla à eux. Il attacha un mouchoir au bout d'une baguette, qu’il leur montra de loin en signe de paix, et, en les abordant, il leur parla en espagnol qu'ils entendoient bien, leur disant de revenir et qu’on leur accorderoit tout ce qu'ils voudroient, ct il leur promit de la part du capitaine don Pedro qu'on ne les inquiéteroit plus doresnavant; puis il leur remontra que hors des terres d'Espagne ils seroient exposez à estre tous les jours en guerre avec les Assinaïs ou les Cadodaquioux, qui font mourir cruellement tous
ceux qu'ils prennent. Il adjousta que l'on feroit défendre à tous les soldats de mettre jamais le pied dans leur village pour aller les inquiéter sur peine de la vie, et qu'ils n'avoient qu’à le suivre, qu'ils entendroient eux-mesmes faire cette défense tout haut aux soldats. — Les quatre chefs de ces nations luy dirent qu'ils ne demandoient pas mieux que de retourner à leurs villages, si on ne vouloit point les inquiéter. M. de Saint-Denis, après le leur avoir promis une seconde fois, les invita à le suivre pour entendre la défense, qu’on alloit en faire à tous les cavaliers, et aussytost tous ces pauvres Sauvages suivirent M. de Saint-Denis pour venir parler au capitaine don Pedro. Tout le monde du village fut très-estonné d'y voir arriver M. de Saint-Denis à la teste de plus de quatre mille personnes, tant hommes que femmes et enfans sauvages.
M. de Saint-Denis, ayant mis pied à terre, parla un moment à don Pedro, qui fut charmé de l’obligation qu'il luy avoit, parce que le gouverneur de Caoüil, qui n’auroit pas manqué de sçavoir que la désertion de ces Sauvages avoit pour cause la négligence du seigneur don Pedro, en auroit escrit au Vice-Roy, ce qui auroit fait tort à ce capitaine. C’est pourquoy, suivant le conseil de M. de Saint-Denis, il fit assembler tous ses cavaliers et fit publier un ban tout haut en présence des chefs des Sauvages, par lequel il estoit défendu aux cavaliers d'aller doresnava 1t chez les Sauvages les piller ny les chagriner en aucune manière, sous peine de la vie, et ensuite il exhorta ceux-ci à s’en retourner à leurs villages, qu'ils n'ont jamais quittés depuis.
Ce petit service, que M. de Saint-Denis avoit rendu au capitaine don Pedro, avanca fort son mariage avec la señora
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RELATION IE PINICAUT. 535
dofña Maria, sa fille. Il se fit, deux mois après, dans l’église du
village, qui est desservie par sept Pères Cordeliers espagnols.
Quand les articles du mariage furent signés de part et d'autre,
don Pedro alla à Caoüil pour y acheter des habits de nopces. M. de Saint-Denis y envoya avec luy Jalot pour y faire pareillement plusieurs emplettes qu'il rapporta au bout d’un mois, quand il revint avec le señor don Pedro. Six ou huit jours après leur retour, le mariage se fit avec pompe. M. de Saint-Denis avoit donné à chacun des cavaliers espagnols trois piastres, une cocarde d’un ruban jaune pour mettre à leur chapeau. Il fit présent à sa femme d'un assez beau diamant qu'il avoit apporté de France. La noce dura trois iours, pendant lesquels les soldats espagnols firint bombance, et les descharges de leur mousqueterie ne furent pas mesnagées.
M. de Saint-Denis, après son mariage, resta encore huit mois dans la maison de son beau-père, au bout lesquels il partit avec le frère de ce dernier, don Juan de Vilesca, et trois autres Espagnolsde ses parents. Il laissa sa femme enceinte; ce ne fut pas sans verser bien des larmes, mais il luy promit de revenir bientost la prendre pour l'emmener avec luy à la Mobile.
Quand M. de Saint-Denis eut raconté son voyage au gouverneur, M. de Lamothe Cadillac connut bien qu'il n‘y avoit pas lieu d'espérer d'ouvrir le commerce avec les Espagnols. C'est pourquoy il résolut de faire faire un fort dans la Rivière Rouge, chez les Nassitoches, pour empescher les descentes que pourroient faire les Espagnols par cette rivière jusques dans le Mississipy. Il fit, en conséquence, partir vingt-cinq soldats avec un sergent et trois canots de marchandises et
des munitions de guerre et de bouche, chargés d’une lettre pour
M. de Bienville, qui estoit aux Natchez. Par cette lettre il luy marquoit d'envoyer M. de Tissener, ancien officier canadien, qui entendoit très-bien les langues des Sauvages. à la teste de ce détachement, pour aller sur la rivière Rouge faire bastir un fort aux Nassitoches. Dès que M. de Bienville eut reçu cet ordre, il le communiqua à M. de Tissenet, qui partit trois jours après.
M. de Tissenet, à son arrivée, fit des présents aux Sauvages, entre autres des haches et des pioches. Les Nassitoches furent ravis d'avoir un establissement de François dans leur village; ils chantèrent à M. de Tissenet leur calumet de paix qui dura trois jours, et le quatrième ils abattirent quantité d'arbres ,qu'ils apportèrent à la place que M. de Tissenet avoit choisie pour y faire bastir un fort. Il fut fini en très-peu de temps. On y fit ensuite les loger-*ns en dedans pour les ofliciers et les soldats, et un maga: ‘ur y mettre les marchandises et les munitions de guenie et de bouche qu’on avoit apportées. Tous ces ouvrages estant achevez, M. de Tissenct envoya deux soldats aux Yatacez, quarante lieues plus loin, à la droite des Nassitoches, en descendant du costé du nord, pour avertir les chefs qui estoient restez encore à leur village de venir luy parler aux Nassitoches. Les deux soldats revinrent au bout de quinze jours avec deux Sauvages, à qui M. de Tissenet dit qu'il falloit qu'ils vinssent avec le reste de leur village s'establir aux Nassitoches, qu'ils seroient, chez eux, exposez aux courses des Cadodaquioux, qu'on leur accorderoit des fèves pour ensemencer leurs terres, que les Francois payeroient les vivres qu'ils leur apporteroient. Ils ne manquèrent pas de revenir au bout de quinze jours tous ensemble, avec leurs femmes, leurs enfans et leurs bestiaux
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RELATION DE PÉNICAUT, 537
chargez de grains, avec leurs effets. Ils furent se placer dans le village des Nassitoches, à costé d’eux, où ils ont tousjours resté depuis, et avec lesquels ils vivent en bonne union.
Le fort que M. de Lamothe avoit ordonné qu'on bastit aux Nassitoches fut fait bien à propos, car le Vice-Roy du Mexique avoit envoyé ordre au gouverneur de la ville de Caoüil d'envoyer des troupes sur les frontières des François pour s’y avancer le plus qu'ils pourroient. Ils estoient venus jusqu'aux Assynaïis avec soixante hommes de cavalerie et un capitaine : c'est ce que M. de Tissenet sceut de deux des quatre Cordeliers que ce capitaine avoit emmenés avec six cavaliers pour leur dire la messe. Ces Cordeliers, estant descendus aux Nässitoches pour y faire la queste, ne croyoient pas y trouver des François; ils furent pris et conduits à M, de Tissenet, qui cependant le: receut fort bien et leur fit quelques présens, les priant de venir, les dimanches et les festes, pour y dire la messe, leur promettant qu'on leur payeroit leurs peines. Après quoy ils s'en retournèrent aux Assynaïs dire au capitaine des Espagnols que les François avoient un
fort aux Nassitoches, ce qui les empescha de s'avancer davantage du costé de la Louisiane.
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