‹ Première formation d'une chaîne de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le golfe du Mexique (1683-1724) [microforme]Chapitre 237 sur 304 · ANTE · texte numérisé non relu

ANTE

le Bienville revint

nt à la Nouvelle-

RELATION DE PÉNICAUT, 551

Orléans, M. Pailloux, afin d'y faire continuer les travaux. Il résolut avec M. de l’'Espinay, d'un commun accord, de faire sonder les passages de l'entrée du Mississipy, pour tascher d'y faire entrer le Neptune, tout chargé de munitions ct des marchandises qu'il avoit apportées de France, avec les troupes qui estoient dessus. On sonda les trois bras de l'embouchure de cefleuve, et le plus estroit, qui est à la uroite de son embouchure, fut trouvé le plus profond, ayant treize pieds d'eau, ce gui estoit plus que suflisant pour y passer ce ratsseau, qui remonta jusques à la Nouvelle-Orléans, où il arrira à bon port. Il y est entré depuis de beaucoup plus forts bastimens qui abordent à raze terre la Nouvelle-Orléans.

M. le commissaire Hubert alla aussy, dans le mesme tems, à la Nouvelle-Orléans par le lac de Pontchartrain, dans dequel tombe une petite rivière, qu'on a nommée depuis cc tems la Rivière d'Orléans, On la remonte depuis le lac jusques à cette place, à trois quarts de lieue près.

Quelques jours après que M. Hubert v fut arrivé, il choisit un endroit à deux portées de fusil de l'enceinte de la Nouvelle-Orléans, du costé de la petite rivière du mesme nom, où il fit bastir une très belle maison. Il vint aussy plusieurs familles, qui demeuroient à l'isle Dauphine, s'establir à la Nouvelle-Orléans. MM. de l'Espinay et de Bienville y envoyèrent beaucoup de soldats et d'ouvriers pour y avancer les travaux; ils envoyèrent ordre à M. Pailloux d'y faire faire deux corps de cazernes, assez grands pour pouvoir loger chacun mil hommes de troupes, parce qu'il en devoit arriver, cette année, beaucoup de France, outre quantité de familles pour des concessions aux environs, comme cela

cut lieu en effet.

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Au commencement de Mars, arrivèrent à la rade de l'isle Dauphine deux vaisseaux, l’un nommé la Duchesse de Noailles, commandé par M. de La Salle, et l’autre, une flûte nommée la Marie, commandée par le capitaine Japy. Il y avoit au moins dans ces deux vaisseaux cinq cens personnes pour rester dans le pais, tant officiers que soldats et autres personnes, qui estoient venues pour obtenir des concessions, qui furent establies de cette année.

La première concession fut celle de M. Päris Duvernay, dirigée par M. Dubuisson, qui avoit amené avec luy monsieur son frère et ses deux sœurs, avec vingt-cinq personnes ct quantité d’eflets ; elle fut placée à vingt-huit lieues au-dessus de la Nouvelle-Orléans, sur le bord du Mississipy, à la gauche en montant, dans le vieux village des Bayagoulas. Outre la culture des terres, ils y establirent une manufacture de vers à soye; c'est pourquoy ils y firent planter quantité de jeunes plants de meuriers.

Celle de M. de Mœuve, dirigée par M.de Laire et ses deux neveux, avec deux autres personnes, nommées MM. de Chastan et de la Roue, qui avoient quatre-vingts hommes, tant ouvriers que domestiques. Elle fut placée à onze lieues par delà la Nouvelle-Orléans, à la gauche du Mississipy, en montant, dans l’ancien village des Tinssas.

Celle de MM. Brossart, marchands de Lyon, qui y vinrent eux-mesmes ; ils n’avoient que dix personnes avec eux. Elle fut establie au village des Nassitoches, soixante-six lieues plus haut que la Nouvelle-Orléans, en montant à la gauche, jusqu’à l'embouchure de la rivière Rouge, dans laquelle il faut entrer et remonter encore soixante-dix lieues pour arriver aux Nassitoches.

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Celle de M. de La Harpe, Malouin, qui vint luy -mesme avec vingt-cinq personnes. Elle fut placée à deux cent trentesix licues par delà la Nouvelle-Orléans, à la gauche du Mississipy, dans le village des Cadodaquioux, cent licues par delà les Nassitoches. Il y est monté malgré tous les mauvais chemins et les difficultés incroyables qu'il a rencontrées dans la rivière Rouge.

Celle de M. de La Houssaye, gentilhomme de la Picardie, avec quinze personnes, du nombre desquelles estoient MM. Tisserand, les deux frères, qui estoient associez avec M. de La Houssaye. Elle est establie nroche le village des Natchez, sur le bord de leur petite rivière, quatre-vingt-huit lieues au-dessus de la Nouvelle-Orléans, du mesme costé. Elle appartient aujourd'huy au sieur Pénicaut, autheur de cette relation, qui l'a achetée d'eux.

Celle de M. de Chantoux (?},, qui y vint avec huit personnes, est establie à un quart de lieuc de la Nouvelle-Orléans, du mesme costé, à la droite du Mississipy en montant.

Celle de MM. Le Page et Legros, associez ensemble, qui y vinrent avec six personnes, près la Nouvelle-Orléans, à costé de celle de M. de Chantoux (?).

M. de Boisbriand, qui estoit arrivé dans le vaisseau nommé la Duchesse de Noailles, avoit rendu en desbarquant à l’isle Dauphine un paquet de lettres à M. de Bienville de la part de Sa Majesté, qui luy donnoit la charge de commandant général de la Louisiane. Il y avoit aussy une autre lettre qui ordonnoit M. Pailloux pour major général des troupes, et M. Diron, frère de M. d'Artaguiette, capitaine d'une compagnie aux Illinois. M. de Boisbriand, avant de

partir de France, avoit esté fait chevalier de Saint-Louis ct

gouverneur des Illinois. C'est pourquoy il partit quelques jours après pour monter aux Illinois avec dix canots ; il emmena avec luy cent soldats et plusieurs officiers, entre lesquels estoient MM. Diron, ses deux frères : l'un capitaine, comme je l'ay desjà dit, et l’autre lieutenant, avec M. Bauchard, aussy lieutenant.

M. de Bienville monta avec eux jusqu'aux Natchez pour y prendre la place de M. Blondel, qui eut ordre d’aller aux Nassitoches, dans la rivière Rouge, relever M. de Tissenct, pour venir joindre M. de Boisbriand aux Natchez, afin de remonter tous ensemble aux Illinois.

M. de la Loire, qui estoit aux Natchez, y alla pareillement avec eux pour estre directeur du bureau et des magazins de la Compagnie.

Dans ce mesme temps, M. de Bienville envoya M. de La Boulaye, lieutenant, avec trente hommes et beaucoup de munitions et de marchandises pour aller establir un fort proche le village des Yasoux. Quand celui-ci y fut arrivé, il choisit une place des plus élevées qu’il pust trouver sur Île bord de leur rivière, quatre lieues en dedans depuis son embouchure à la droite, à deux portées de fusil de leur village, où il fit bastir son fort.

Quelques jours après que M. de Boisbriand fut monté aux Illinois, les deux vaisseaux la Duchesse de Noaïlles et la Marie s'en retournèrent en France, où ls conduisirent M. de l'Espinay et M. d'Artus. Après leur départ, M. de Bienville envoya M. de Lotbinitre avec quarante hommes et les provisions nécessaires aux Nassitoches, dans la rivière Rouge, pour y commander avec M. Blondel.

Peu de temps après, M. de Bienville receut une lettre de

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RELATION DE PÉNICAUT.

M. Dubuisson, qui commandoit, on le sait, la concession de M. Pâris, establie dan: le vieux village des Bayagoulas, sur le bord du Mississipy. Par cette lettre, il luy marquoit qu'il n'estoit point en seureté dans sa concession, tant que Îes François sceroient en guerre contre la nation des Sauvages, nommée les Chétimachas, qui estoient tous les jours en party aux environs de sa concession. Pour peu que ses gens s’en esloignassent, ils estoient exposez tous les jours à estre pris ou tuez, comme cela estoit déjà arrivé à deux des sergents; ils estoient obligez d'’estre nuit et jour, les armes à la main, ce qui les empéchoit de pouvoir travailler à leur concession. Sur cet avis, M. de Bienville m'envoya seul chez les Chétimachas pour parler à leur chef et l'engager à faire la paix avec les François. Quoique cette commission me parust fort périlleuse, je ne laissay pas de l'entreprendre, parce que je parlois assez bien leur langue et que je connoissois quelques-uns de ces Sauvages. Je conceus le dessein, non pas d'aller droit au village des Chétimachas, mais de monter au village des Oumas, où j'espérois de rencontrer quelques Sauvages des Chétimachas, qui viennent assez souvent, parce que ce sont leurs plus proches voisins. JE ne fus point trompé dans mon attente; j’en trouvay trois, à qui je parlay. Je leur dis que j'avois ordre de \!. de Bienville d'aller trouver leur chef pour leur faire faire la paix avec les François. Ces trois Sauvages furent fort resjouis d'apprendre ces nouvelles, parce que, tant qu'ils ont cu la guerre avec nous, ils ont eu pour ennemis les Sauvages, amis des François, qui estoient tous les jours en party contre eux par ordre de M. de Bienville et qui leur ont tué beau-

coup de monde. C’est pourquoy ces trois Sauvages n'hési-

tèrent pas à me suivre, quand je leur dis de venir avec moy jusqu'à la concession de M. Päris, qui n’estoit qu'à sept lieues de là. — Quand nous y fusmes arrivez, M. Dubuisson leur donna quelques petits présens pour porter à leurs chefs, avec des vivres pour leur voyage. Je les invitay à revenir dans dix jours au plus tard, en leur donnant dix morceaux de bois, qui sont des marques avec lesquelles les Sauvages comptent par nuits, de mesme que nous comptons par jours. Ils ne manquèrent pas de revenir au bout de dix jours, mais ils restèrent sur le bord de leur rivière, qui est à cinq lieues de la concession de M. Päris. Il n’y eut que les trois Sauvages que j'avois envoyés, qui vinrent à la concession m'avertir que le Grand Chef avec sa femme et quarante Chétimachas m'attendoient à cet endroit pour me parler. J'hésitay un peu à y aller seul. C’estoit courir des risques. Cependant je pris ma résolution, ne voyant personne qui voulust m'y accompagner. Je partis avec les trois Sauvages. D'abord que je fus arrivé au bord de la rivière et qu'ils m'aperceurent, ils firent un cri espouvantable. Je crus alors estre trahi et que c'estoit le dernier jour de ma vie, mais ce cry si estrange n’estoit qu'un cry de joye, car le Grand Chef me receut parfaitement bien et me dit que cela luy feroit grand plaisir à luy et à toute sa nation de faire la paix avec les François. Je luy dis qu'il falloit pour cela qu'ils vinssent à la Nouvelle- Orléans pour y chanter leur calumet de paix à M. de Bienville, nostre commandant. Ils me dirent qu'ils me suivroient partout où je voudrois les mener. Je les conduisis d’abord à la concession de M. Pàris, où M. Dubuisson leur donna des vivres, et, après qu'ils y eurent passé la nuit, nous partismes le lendemain dès la pointe du jour pour descendre à

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la Nouvelle-Orléans, où ils restèrent huit jours, parce qu'il fallut attendre la response de M. de Bienville, qui manda à M. de Pailloux de leur faire chanter leur calumet de paix et de la conclure aux conditions suivantes :

Premièrement, qu’on ne leur rendroit pas les esclaves qu’on avoit faits sur eux pendant la guerre et qu'ils rendroient tous les François qu'ils pouvoient avoir pris ou qui seroient dans leurs villages.

Secondement, qu'ils quitteroient l'habitation où ils estoient dans ieur rivière, pour venir s’establir sur le bord du fleuve de Mississipy, dans un endroit qu'on leur marqua, une lieue au-dessous de la concession de M. Paris, conditions qu'ils acceptèrent tous et qu'ils ont tenues fidelement dans la suite, puisque quinze jours après ils descendirent avec leurs familles et leurs bestiaux chargez de leurs effets pour s’y venir establir. Avant de les renvoyer, M. de Pailloux leur fit les présens que M. de Bienville avoit marqué qu'on leur fist, dont ils furent très contens.

Cette paix, que l'on fit avec les Chétimachas et qui les avoit obligés à venir s'establir sur le bord du Mississipy, fut la cause de plusieurs changemens d'habitations d’autres nations Sauvages, qui vinrent s’establir sur le bord du Mississipy. Les premiers furent les Chaouachas, qui estoient de vingt lieues esloignez du bord du fleuve, et qui vinrent s’establir trois lieues au-dessous de la Nouvelle-Orléans, à la droite en montant, sur le bord du Mississipy. Les Ouachas pareillement, qui estoient esloignez de vingt-cinq lieues du fleuve, vinrent s'establir onze lieues au-dessus de la Nouvelle-

Orléans, à la gauche en montant, trois quarts de lieue au-

dessus de la concession de M. de Mœuve.

Les Colapissas, qui demeuroient au bord du lac de Pontchartrain, vinrent faire aussv leur establissement sur le bord du Mississipy, treize lieues au-dessus de la Nouvelle-Orléans, à la droite. Toutes ces nations sont fort laborieuses ct sont d'un très-grand secours pour les vivres qu'ils fournissent aux François, tant pour les troupes que pour les personnes des concessions.

Sur la fin de cette année, M. de Saint-Denis, avec Jalot, son valet de chambre, arriva à l'isle Dauphine, où ilembrassa M. de Bienville, à qui il ne dit pas grand’chose de son voyage, parce que M. de Saint-Denis estoit fort réservé dans ce temslà pour M. de Bicnville, depuis une pique qu'ils avoient eue ensemble. C'est ce qui l'obligea à taire les circonstances que Jalot, son valet de chambre, m'a rapportées et dont j'ay commencé à parler dans l’année 1716. En voicy la suite.

Quand M. de Saint-Denis fut arrivé au village de la Rivière du Nord, dans la maison de don Pedro de Vilesca, son beaupère, et que dona Maria, surprise par luy dans le jardin, fut revenue de son évanouissement, après avoir reconnu son mary, ils entrèrent dans la maison de don Pedro, qu'elle alla avertir avec don Juan, son oncle, de l’arrivée de M. de Suint-

Denis. Ils vinrent aussytost le trouver dans le petit salon du jardin où dona Maria avoit laissé son mary, et, après qu’ils se furent longtemps embrassez, ils montèrent ensemble à la chambre de dona Maria, qui estoit au-dessus de ce salon. L'on y apporta à souper à M. de Saint-Denis, qui mangea fort peu, puis, après bien des complimens de part et d’autre, ils le laissèrent reposer, voyant bien qu'il en avoit besoin et qu'il estoit très-fatigué. Le lendemain il resta fort tard au lit, c'est pourquoy don Pedro et don Juan n’allèrent à la chambre

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