‹ Première formation d'une chaîne de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le golfe du Mexique (1683-1724) [microforme]Chapitre 242 sur 304 · ABANDON DE L'ISLE DAUPHINE · texte numérisé non relu

ABANDON DE L'ISLE DAUPHINE

(1719) er tous SCS esclaves

Au mois de Février arrivèrent à la rade de l’isle Dauphine trois vaisseaux qui venoient de France, nommés le Comte de Toulouxe, le Maréchal de Villars etle Saint-Louis, com-

| mandez par M. de Sérigny. MM. de Villardeau, Le Gac ct | du Chambeau estoient venus pour directeurs à la place de M. Rogcon, qu'ils relevèrent. Il y avoit aussy M. de Montplaisir, chef d'une compagnie de trente ouvriers du Clérac, pour travailler à une manufacture de tabac, et M. de Catillou?,

gentillomme irlandois, qui avoit emmené sous ses ordres

Une autre relation dit : Larchebault, — 2. Et de Cantillon.

soixante hommes pour travailler à une concession qu'il y venoit establir.

Cette concession fut placée dans la fourche des Ouachitas, sur le bord de la rivière Rouge, à huit lieues, à la droite, en montant dans cette rivière depuis son embouchure, à soixante et quatorze lieues de la Nouvelle-Orléans.

La concession de M. de Bonne, qui estoit venu en qualité de procureur général avec toute sa famille et quinze personnes, fut placée à deux lieues, à la droite, au montant de la rivière d'Orléans.

La concession de MM. Pellerin et Bellecourt, avec quinze personnes et leur famille, fut placée au village des Natchez.

M. de Sérigny avoit emmené plus ces trois vaisseaux beaucoup de soldats, d'ouvriers et deux cent cinquante nègres qui furent employez d'abord à la décharge des vaisseaux et à transporter les munitions et les marchandises dans les magasins de l’isle Dauphine.

Quand M. de Sérigny eut mis pied à terre à l'isle Dauphine, il déclara, quelques jours après, que la guerre estoit ouverte avec l'Espagne. C'est pourquoy iltint conseil avec M. de Bienville et les autres officiers ; là 1l fut conclu qu'on iroit assiéger le fort de Pensacola, qui est le plus proche que les Espagnols ayent du coste de la Mobile. Il y envoya pour ce sujet M. de Bicnville, afin de faire avertir tous les habitans de se tenir prests pour venir à cette expédition : il fit avertir en mesme temps les Sauvages de nos amis les plus proches et leur marqua ur jour préfixe pour se rendre à la Mobile. Quand tous les soldats françois et les Sauvages y furent arrivez, MM. de Bienville et de Chateaugué avec les autres officiers et toutes

ces troupes partirent de la Mobile pour aller par terre assié-

n qu'il y ve-

s Ouachitas, la droite, en

€, à soixante

u en qualité quinze per-

montant de la

, avec quinze es Natchez.

jsseaux beaunte nègres qui vaisseaux et à

lans les maga-

isle Dauphine, estoit ouverte rec M. de Bienon iroit assiéger e les Espagnols - ce sujet M. de ans de se tenir rertir en mesme 1es et leur marile. Quand tous arrivez, MM. de fficiers et toutes

r par terre assié-

RELATION DE PÉNICAUT.

on

ger Pensacola, pendant que M. de Sérigny alloit par mer avec quatre vaisseaux attaquer le fort. Les Espagnols ne firent pas de résistance et se rendirent dès le mesme jour par composition qui fut telle :

Premièrement qu'on leur fourniroit deux vaisseaux pour les conduire à la Havane zvec les vivres nécessaires :

Deuxièraement aï:'ils laisseroient tous leurs armes et munitions tant canons que fusils, poudres, boulets et vivres qui estoient dans le fort.

Ce fort n'ayant presque rien cousté à prendre et les fortifications n'estant presque point oflensées, on y laissa M. de Chateaugué pour gouverneur avec trois cens François et les munitions de guerre et de bouche nécessaires. — On renvoya tous les Sauvages chez eux, et MM. de Sérigny et de Bienville ramenèrent les troupes à la Mobile et à l'isle Dauphine.

Peu de jours après on envoya à la Havane les quatorze cens Espagnols qui devoicnt y estre renvoyez par composition; on les fit partir dansles deux vaisseaux le Comte de Toulouxe etle Maréchal de Villars, mais le gouverneur ayant fait armer dix bélandres et fait soulever les prisonniers, que nous y avions conduits dans nos deux vaisseaux, ils s'en emparèrent ct firent nos gens prisonniers, ct aussitost revinrent mettre le siège devant Pensacola. MM. de Sérigny et de Bienville, qui ne s'estoient point attendus à une pareille trahizon, n'eurent pas assez de tems pour faire assembler les troupes ct les Sauvages qu'ils avoient congédiez, pour pouvoir aller au secours de Pensacola ; d’un autre costé M. de Chateaugué ne s'estoit pas préparé à estre assiégé sitost, Il eut encore le

chagrin de voir que de trois cens hommes qu'il avoit pour

toute garnison, il en déserta quatre-vingt-dix dès le premier

nn

jour qu'il fut assiégé, et que toutes ses exhortations estoient inutiles aux deux cens qui luy restoient, quoyqu'il les encourageast le mieux qu'il pust par ses paroles et son exemple à se bien défendre; ils se défendirent en ef°t si mal, qu'il fut obligé au bout de quatre jours de se renci: prisonnier de gucrre avec Sa gaïnison.

Les Espagnols mirent nos soldats à fond de cale, les mains et les picds liés. Pour MM. de Chateaugué et de Chambeau, ils furent d'abord conduits à la Havane dans une de leurs bé'andres.

Après que les Espagnols eurent repris Pensacola, ils descendirent par le conseil des déserteurs françois du costé de l'isle Dauphine, se flattant d'y entrer et de mettre pied à terre pour la piller, par le moyen de neuf Eéiandres qu'ils montoient st de nos deux vaisseaux qu'ils avoient armez et garnis de heaucoup de troupes. M. de Bienville, ayant prévu cct événement, avoit envoyé ordre à plusieurs nations différentes des environs de la Mobile de descendre à l'isle Dauphine. M. de Sain. Denis y descendit du Biloxi, conduisant avec luy grand nombre de Sauvages es environs où il demeuroit, ce qui fut d’un très-grand secours pour l'isle Dauphine. Il y vint aussy beaucoup de monde des concessions, qui la défendirent aux endroits, où ils furent postez, avec beaucoup de courage, de sorte que les Espagnols furent repoussez de tous les costez de l’isle, à toutes les descentes qu'ils tentèrent de faire pendant douze jours et douze nuits consécutifs.

Une des plus fortes de leurs bélandres, dans laquelle estoient les quatre-vingts déserteurs françois, envoya ses hommes à terre en un endroit qui est au commencement de la baye de la Mobile, appellé Miragouin, où ils sçavoient qu'il y

tions estoient il les encoura- | exemple à se mal, qu'il fut prisonnier de

cale, les mains de Chambeau,

. une de leurs

sacola, ils desis du costé de ttre pied à terre res qu'ils monarmez et garnis yant prévu cet tions diflérentes l'isle Dauphine.

duisant avec luy il demeuroit, ce uphine, Il y vint ui la défendirert oup de courage, de tous Îles cosentèrent de faire ifs.

dans laquelle es-

ois, envoya Ses

imencement de la

sçavoient qu'il y

RELATION DE PÉNICAUT,. 569

avoit des marchandises de plusieurs personnes des concessions. [ls en pillèrent une partie, qu'ils portèrent dans des canots à leur bélandre, mais y estant revenus une seconde fois, ils furent surpris par un party de Sauvages mobiliens, qui en tuérent une trentaine et en prirent dix-sept qu'ils conduisirent à la Mobile, où ils eurent la teste cassée. Au bout de douze jours, les Espagnols n'ayant pu réussir dans l'entreprise de l’isle Dauphine s’en retournèrent à Pensacola.

Dans ce mesme temps, M. de Champmeslin, chef d'escadre, arriva avec cinq bastimens de guerre à la rade de l'isle Dauphine; il fit avertir M. de Sérigny de faire assembler ses troupes pour aller par terre à Pensacola, pendant qu'A iroit avec son escadre dans le port pour attaquer le fort, Dès que M. de Sérigny eut receu cette nouvelle, il en escrivit à M. de Bienville qui estoit à la Mobile. M. de Saint-Denis s'y rendit pareillement avec plusieurs nations de Sauvages qu'il y conduisit, M. de Sérigny, ayant sceu que toutes les troupes y estoient assemblées, partit de l'isle Dauphine pour se rendre à la Mobile et mener toutes ces troupes par terre devant Pensacola.

Quand M. de Champmeslin eut esté averti que M. ac Sérigny avoit investi le fort de Pensacola par terre, il entra le premier dans le port avec son vaisseau nommé l’Hercule, et fut suivi de quatre autres, qui y entrérent sans tirer un seul coup de canon. Il n'y eut que le dernier vaisseau, le AZars, qui fit feu de ses deux bords sur le petit fort, pendant deux heures, ct ie renversa entiérement ; ce petit fort se défendit seul. Le gouverneur espagnol qui y commandoit, voyant que son fort n'estoit plus en estat de défense, au bout de deux heures fit battre la chamade.

M. de Champmeslin avoit fait face au grand fort, qui ne se défendit aucunement et se rendit d’abord sans tirer uni seul coup de canon, de sorte que la reprise de Pensacola ne dura pas plus de trois heures. MM. de Sérigny et de Bienville fi rent entrer les Sauvages dans le grand et le petit fort, qu'ils furent autorisés à piller pour les récompenser de leurs travaux. Les neuf bélandres des Espagnols et nos deux vaisseaux qu'ils avoient pris par trahison et armez furent pris après un petit combat qui dura tout au plus une heure. Il y avoit, tant dans le grand que dans le petit fort de Pensacola, quinze cens Espagnols, que l'on renvoya à la Havane. Après que les Sauvages eurent pilié tout ce qui estoit dans Pensacola, on fit raser les deux forts entièrement.

Pendant ce tems, M. de Saint-Denis fit donner à M. de Champmeslin et aux capitaines et ofliciers de marine le divertissement de la danse des Sauvages, qui luy chantérent un calumet de paix. Ensuite M. de Saint-Denis, de la part de M. de Champmesiin, leur fit une harangue en leur langue, les exhortant d’estre tousjours les amis des François; après ce discours, il leur fit à tous des présens, dont ils furent trèscontens. Peu de jours après la démolition de Pensacola, M. de Champmeslin s'en retourna en France avec son escadre. On mena à l'isle Dauphine les bélandres espagnoles et nos deux vaisseaux. MM. de Bienville et de Saint-Denis congédièrent les Sauvages et conduisirent les troupes francoises à la Mobi'e ec à l’isle Dauphine. Comme Pensacola estoit un poste avancé, on y laissa un sergent avec douze soldats pour donner avis des vaisseaux qui aborderoient de ce

costé-là, Lorsque M. de Champmeslin arriva à l’isle Dauphine

avec son escadre, il estoit venu une flûte nommée la arte,

NE

| fort, qui ne SC s tirer uni seul sacola ne dura de Bienville fi petit fort, qu'ils > de leurs tranos deux vaismez furent pris us une heure. Il etit fort de Pennvoya à la Hatout ce qui estoit itièrement.

- donner à M. de e marine le diver- Juv chantèrent un enis, de la part de ie en leur langue, es François; après Lont ils furent trèsjon de Pensacola, nce avec son ESCindres espagnoles et et de Saint-Denis nt les troupes fran- . Comme Pensacola gent avec douze solaborderoient de ce

riva à l’isle Dauphine

» nommée la Marie,

RELATION DE PÉNICAUT. 5ai

dans laquelle estoit M. Arnoud !, capitaine de cinquante mineurs qu’il avoit amenés avec luy, comme aussi beaucoup de soldats, de munitions et de marchandises.

Le capitaine, qui commandoit dans la Marie, nommé le sieur Japy, avoit donné en arrivant une lettre à M. de Bienville, par laquelle la Compagnie luy mandoit de faire faire plusieurs bateaux plats pour transporter Îes effets de beaucoup de personnes, à qui la Compagnie d'Occident avoit accordé des concessions et qui arriveroient l'année suivante ; ce qui obligea M. de Bienville d'envoyer des ordres, tant aux ouvriers de la Mobile que du Biloxi, de la Nouvelle-Orléans ct partout ailleurs, d'en construire au plus tost et de les conduire au Biloxi.

M. de Sérigny partit environ ce temps-là sur les vaisseaux le Comte de Toulouse et le Maréchal de Vritars pour s’en retourner en France,

Un mois après le départ de M. de Sérigny arriva un bastiment nommé les Deux-Frères, qui conduisoit sur son bord grand nombre d'Allemands et d'Allemandes. Il estoit de plus chargé de toutes sortes de marchandises et effets qui leur appartenoient. Ce bastiment fut mouiller à la rade de l'isle aux Vaisseaux ; on débarqua au Nouveau Biloxy leurs effets et marchandise: «to l'on y transporta dans des bateaux plats avec toutes les personnes qui estoient dans le vaisseau,

Sur la fin de cette année plusieurs familles de l'isle Dauphine quittèrent pour aïies s'establir au Nouveau Biloxv. On chargea en mesme temps le Neptune, petit vaisseau, de beaucoup de marchandises et de munitions de guerre et de bouche

1, Renaui

‘ U à Ca ils dd ‘ #4 Oo D am nat ga A * : à

qui estoient dans les magazins de l'isle, et grand nombre de familles qui y demeuroient pour les conduire à la Nouvelle- Orléans.

M. Hubert, commissaire ordonnateur à la Nouvelle- Orléans, avoit acheté des Sauvages, sur la fin de cette année, beaucoup de provisions de bled qu'il avoit fait mettre dans les magazins. Enfin, l'on vuida cette année tous les magazins de l'isle Dauphine que l'on transporta à la Nouvelle-Orléans et au Biloxy, où M. de Bienville et les officiers, avec toutes les troupes qui estoient à l’isle Dauphine, allèrent demeurert. On jaissa seulement dans l'isle un sergent avec douze soldat: etun pilote de costes pour faire aborder les vaisseaux qui viendroient de France à la rade de l'isle aux Vaisseaux situez

vis-à-vis le Nouveau Biloxy.

1. Décembre 1719. — L'on receut aussy la nouvelle que la Compagnie orientale et celle de la Chine avoient esté réunies à celle d'Occident par édit du mois de may 1719. Cette Compagnie, dont un des membres, M. d'Artaguiette, fut chargé

4 ; de la régie de la Louisiane, donna ordre de transférer le monde, qui estoit sur l'isle Dauphine, au Biloxy et de là dans le Mississipy aux endroits où on leur avoit accordé leurs concessions ct de former le comptoir principal au Biloxy. Ce qui estoit tomber dans le mesme inconvénient de lisle Dauphine, où La pluspart des personnes arrivées de France estoient mortes de misère sur la coste, sans pouvoir travailler aux cultures des terres, n'estant que sables arides, Il sembloit dans ce temps-là que la confusion et le bouleversement de toutes choses avoient fait oublier que l'intention de Son Altesse Royale estoit de cultiver les terres dans Île fleuve, seul moyen de réussir à l'établissement de la colonie, (Journal historique concernant l'establissement de La Louisiane, tiré des Mémoires originaux, par le chevalier de Beaurain, géographe ordinaire du Roy.)

Page 1