‹ Première formation d'une chaîne de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le golfe du Mexique (1683-1724) [microforme]Chapitre 248 sur 304 · DANS LES TEMFS LES PLUS DIFFICILES · texte numérisé non relu

DANS LES TEMFS LES PLUS DIFFICILES

Bienville au Conseil de Marine.

Au Fort Louis, 10 May 1717.

Messeigneurs, Jay reçu la lettre que ie Conseil m'a fait l'honneur de m'écrire du 28 Octobre dernier, par laquelle il a la bonté de me

témoigner qu'il #st très satisfait de la conduite que j’ay tenue,

en obligeant, avec trente soldats, la nation Natchez, qui est de mille hommes, de me livrer le chef et les autres complices qui avoient trempé dans l'assassinat de cinq François, — La bonne renommée que je me suis acquise en ce pays, parmy

toutes les nations de ce continent, m'a plus favorisé que les trente soldats que j'avois. — Jay aussi contr

aint cette nation à me faire et construire un fort à qu

atre bastions chez eux et gratuitement, et de rendre aux agca5 de M. Crozat toutes les marchandises qu’ils avoient pillées.

J'ay receu inclus, dans Ja lettre, un ordre du Rry pour Commander dans la colonie en l'absence de M. Lépinay,

gous

4 Ai

verneur. J'en rends mille grâces très humbles au Conseil, et je prends la liberté de l’assurer que cette confiance, qu'il me témoigne pai là avoir en moy, m’engagera, autant que jamais, à continuer le zèle et l'attention que j'ay toujours eus pour le service.

Je supplie très humblemeut le Conseil de trouver bon que j'aye l'honneur de luy représenter mes services passés et ceux que je rends actuellement. [l y a vingt-six ans que j’ay l’honneur d’estre au service du Roy, huit ans dans les gardes de la marine, ayant toujours embarqué pour officier par ordre de la Cour. Je me suis trouvé dans les combats que feu mon frère d'Iberville a rendus par mer et par terre à la coste de la Nouvelle-Angleterre, à Terre-Neuve ct dans le Nord. J’avois l'avantage de commander sa seconde batterie sur la frégate le Pélican, à l’action du Nord, dans l’année 1697, où nous nous battismes contre trois vaisseaux anglois plus forts que nous, €t, après huit heures d’un combat très opiniastre, nous en coulasmes à fond un de cinquante-six pièces de canon, en prismes un de quarante et dematasmes l’autre, qui nous eschappa à la faveur de la nuit. Je fus blessé à ceite occasion dangereusement, dont je suis encore fort incommodé. Comme nous trouvasmes la paix, faite au retour de cette campagne feu M. d'Iberville prit le parti de me faire servir en ce pays Dans la pensée qu’il pourroit obtenir plus facilement mo avancement dans la marine, il me laissa commandant, dès 1 première année qu'il fit la découverte du Mississipy, à laquel j'eus plus de part que luy, suivant sa relation mesme.

Il y a quatre années que j'y sers en qualité de lieutena de Roy, après avoir eu l'honneur d’y commander penda

quatorze ans.

SISSIPL.

>s au Conseil, et afiance, qu'il me à, autant que jaj'ay toujours eus

rouver bon que assés et Ceux y lhon-

“A ices P ans que ja dans les gard r officier par ordre

es de

ymbats que feu mon à la coste de la rd. J'avois

a frégate

terre dans le No

atterie Sur l

5e 10 ù nous année 1097 » où n

plus forts que

t très opinl

anglois | astre, nous

s mes l'autre, qui nou

blessé à cette occ Comme

asion

rt incommode.

ur de cette campagne »

servir en ce Pays:

t mon dès la

faire ir plus facilemen ssa commandant; du MississiPY

t Sa relation mesme.

à jaquelle

de Jieutenant endant

Dans les temps les plus durs, que l’on estoit des quatre années de suite sans nous envoyer aucun secours de France, pendant la guerre avec les Anglois et leurs sauvages alliés de la Caroline, qui ont ‘ait inutilement tous leurs efforts pour chasser les François de ce pays-cy et s’en emparer, j'ay sceu conserver la Colonie avec le peu de troupes que j'avois, que j'ay trouvé les moyens de faire subsister aussy bien que tous les habitans.

M. de Pontchartrain, piqué contre feu M. d'Iberville, je ne sçay par quelle raison, avoit résolu de faire retomber sa colère sur moy, comme si j'eusse pu répondre des sujets de mécontentement que pouvoit luy avoir donnés M. d’Iberville. Dans cette idée, il avoit résolu de ne me point avancer ny aucun de ma famille.

Présentement que le gouvernement a changé et que celuy de la Marine a tombé entre vos mains, j'espère que le Conseil, dans le dessein qu'il a de rendre justice à tout le monde, voudra bien faire attention que je suis bien mal récompensé de mes services.

Je supplie très humblement le Conseil de vouloir m’accorder une croix de Saint-Louis, que je crois avoir bien méritéc. Cela dissuadera tous les habitans et Indiens de ce pays de la pensée qu'ils ont que je ne suis point estimé et que n'ayant pas le crédit de me rendre service, je n’auray pas celuy de leur en rendre dans leur établissement : c’est ce qui

en détournera plusieurs de me suivre. Les Sauvages qui sça-

vent que cette faveur ne s’accorde qu'à des personnes qui ont

esté à la guerre, sont surpris d'en voir à d’autres qu'à moy. | Ils le seront encore davantage, lorsqu'ils verront arriver icy ! décoré M. de Boville, capitaine, qui doit servir sous moy au

Rasage ana drangrumen none.

Mississipi, et les Espagnols, que l’on voit icy fréquemment, ne le seront pas moins.

Je prendray la liberté de représenter au Conseil que je n'ay que 1,200 livres d'appointemens qui me suffisent à peine pour trois mois, estant obligé de faire de nouveaux establissemens tous les ans. Ces voyages coustent considérablement. [Il me faut transporter mes provisions et m'équiper à mes dépens. Je supplie le Conseil de vouloir bien m’accorder 2,400 livres par an pour me dédommager d’une partie des frais que je suis obligé de faire, et une commission de commandant du fleuve Saint-Louis et rivières y affluentes. On me l'avoit accordée en 1714. J'avois l'honneur de recevoir par tous les vaisseaux des instructions du Roy sur les services que j'avois à rendre dans toute l'étendue de ce commandement; les fonds de présens pour les Sauvages étoient partagés, le gouverneur faisoit les présens aux nations des

3 environs de la Mobile, et moy à ceux du fleuve Saint-Louis au nom du gouverneur ; et par ces vaisseaux-cy, je n'ay reçu aucunes instructions du Conseil sur le service que je dois rendre.

Je ne peux mesme savoir encore si l’on m'’envoyera faire l'establissement des Jachous ou celuy des Natchitoches, qui est plus important pour empescher les Espagnols de s’em parer de ce pays-là, comme ils ont dessein de faire.

Je puis cependant assurer le Conseil que je suivray trè ‘3 exactement les ordres qu’il plaira à M. de Lépinay m

donner sur ce sujet. — Je ne sçay s’il jugera à propos de m faire délivrer des présens pour distribuer aux nations d fleuve Saint-Louis. Cela seroit bien nécessaire. Les gouve

‘e fl Li neurs sont ordinairement jaloux.

[SSISSIPE.

icy fréquemment,

au Conseil que je ne suffisent à peine de nouveaux estastent considérableions et m'équiper à Loir bien n° accorder er d’une partie des commission de com res y affluentes. On

oir | honneur de recev

du Roy sur les ser” | | |

l'étendue de ce comes Sauvages étoient ésens aux nations des du fleuve Saint-Louis Lseaux-Cys je n'aÿ reçu le service que je dois

l’on m'envoyer faire des Natchitoches, qui es Espagnols de s'emssein de faire. | seil que je suivray tres à M. de Lépinay me | jugera à propos de me ribuer aux nations du

nécessaire. Les gouver”

GOUVERNEMENT DE BIENVILLE. 595 J'ay remis à M. de Lépinay un mémoire, qu'il m'a demandé pour envoyer au Conseil, sur tous les establissemens qu'il seroit nécessaire de faire en ce pays. — Je prends la liberté de l’assurer que j'ay dit dans ce mémoire très sincèrement, et suivant les connoissances que j’ay acquises depuis près de vingt ans que j'y suis, la manière dont on doit s'y prendre pour l’establir solidement. Il faudroit, à la vérité, faire un fonds considérable pour y parvenir, mais je ne doute point que, par la suite et après quelques années, on en soit amplement dédommagé par le profit et l'utilité, dont ce pays ne manquera pas d’estre à la France avec le temps.

J'adjouteray, au sujet de ce mémoire, que peut-estre le Conseil en recevra d’autres tout différens du mien, qui pourroient le mettre dans l'embarras de choisir sur les mesures que l'on doit prendre pour l'établissement de cette colonie; mais j'ose assurer icy le Conseil que je doute fort que personne puisse mieux le connoistre que moy.

Le Conseil verra sans doute dans toutes les lettres de cette colonie la difficulté qu'a un chacun d’y subsister présentement, dans l'état où il est, par la cherté dont les vivres y sont. — Je le supplie très humblement de vouloir bien y faire un peu d'attention en ma faveur et, pour cela, d'avoir la bonté de m'accorder six tonneaux de port, tous les ans, dans les vaisseaux de Sa Majesté qui viendront icy, pour pouvoir faire venir de France une partie de ce qui me sera nécessaire pour ma subsistance seulement, et me procurer par là le moyen d'y vivre avec quelque décence. — Je prendray à ce sujet de faire remarquer au Conseil que je suis le seul des officiers majors, qui sont icy, auquel la Compagnie de M. Crozat ne fasse aucun avantage. Elle accorde à M. de Lépinay, gou-

verneur, des appointemens , une commission de trois et demy pour cent et dix tonnes de port dans les vaisseaux ; à Ai D M. Hubert, commissaire ordonnateur, la mesme chose, et à :h | M. d'Artus, commissaire commandant, autant à proportion, et à moy rien, seulement un pour cent des marchandises du pays qui sortiront du fleuve Saint-Louis, lequel un pour cent ne me produira pas deux pistoles par an, de la manière dont elle s’y prend pour y faire commerce, et cela, parce que je Le n'ay personne en France qui puisse solliciter pour moy. J'ay l'honneur d'estre, avec un très profond respect, Messeigneurs, be. Votre très humble et très obéissant serviteur, ge 4. BiexviLLE.

Page 1