Premier volume, /ntroduction, page xxv
CVIII INTRODUCTION
qu'on ne peut pas ne point reconnaître les services de personnages qui ont dû réagir contre des tendances fatales.
Qu'on me permette, à ce propos, dans la crainte, où je suis, de paraître m'attacher à un parti plutôt qu'à la vérité, q''’on me permette, dis-je, de citer un manuscrit inédit, venant confirmer ce qui a été avancé dans ce volume et dans les précédents.
Il me semble, même quand je veux les taire,que je n’ai jamais tiop de preuves; les pages suivantes me paraissent d’ailleurs utiles pour ajouter de nouveaux traits, par la main d’un témoin oculaire, à la connaissance de la vie des Canadiens, au moment où une partie d’entre eux se détachaient des premières habitatichs pour aller au loin en former de nouvelles.
« L'on compte, dit l'auteur du manuscrit que je vais citer, dans toute la colonie du fleuve Saint-Laurent, treize mille personnes, y comprenant les soldats, qui ont été envoyées depuis 1683 jusqu'à présent.
« L’occupation de l'habitant est d’abattre du bois pendant l’hyver, qu'il brûle sur le lieu quand il commence à défricher une terre. Quand son désert est avancé, il le mène pour chauffer et vez dre, s’il est proche de quelque ville. Pendant l'été, il laboure la terre. Il est heureux, quand il en trouve une avantageuse et s'il travaille; sinon il est toujours misérable et pauvre. Le nombre de ces derniers est grand, car, encore bien qu’ils ne payent pas de tailles, néantmoins, toute l'espérance de leur profit n’'estant
que sur le bled qu'ils peuvent amasser, ils ont de la peine à se {
vestir et à fournir aux autres petites nécessités de leur famille, parce qu’ils n'en amassent pas plus ordinairement qu'il ne leur en faut. Leur nourriture est assez simple; ils vivent, pendant l’hyver, de lard, et, pendant l’esté, de lait et de quelques œufs. La chasse est rare. Il n'y a point d'autres fruits que des fraises et framboises à peu près sauvages. Il y auroit des pommiers en assez bon
nombre, si on se donnoit la peine de les élever et de les conserver.
« Les ouvriers, qui ne sont pas débanchés, vivent aisément ct peuvent amasser du bien; les marchands s'enrichissent en peu de temps. Le profit qu'il y a à faire sur les marchandises fait que les communautés rentées en font venir de France et ont cha: cune leur magasin. Les séminaristes et les PP. Jésuites sont le
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INTRODUCTION. CIX
plus heureux et les plus riches. Ils partagent le profit qni se peut
person- faire tant parmy les François que parmy les Sauvages. Les premiers, . outre la pension que le Roy fait au Séminaire, sont encore, pour suis,de à la plupart, chanoines et curés dans les meilleures paroisses du won me pays, desquelles ils ne laissent pas de recevoir un supplément de onfirmer trois cents francs, que la Cour donne : ainsi un prestre qui est [S. ; séminariste, chanoine, curé, reçoit trois revenus tout d’un coup ai jamais | et fait un grand profit pour le Séminaire. d'ailleurs « Les PP. Jésuites, qui abandonnent le soing des paroisses aux n témoin ecclésiastiques, se réservent cel1y des Sauvages, qui leur apporte u moment
un plus grand profit temporel, veu que, en donnant queiques abitatiCS DS denrées à ces barbares, 1ls amassent quantité de castor. Ils font D aisément ce petit trafic, veu qu'ils sont seuls parmy eux, et qu'ils
citer, dans f£ permettent rarement et difficilement que les François les aillent
ersonnes,Y f trouver, à moins qu’ils n'y ayent leur part. L'autorité qu'ils se 683 jusqu D sont donnée dans le pays fait que les puissances, qui sont leurs créatures, et qui partagent avec eux le butin, suivent volontiers
ois pendant leurs volontés. Il n’y a ny officier de guerre et de justice, ny Ve
> à défricher gentilhomme, qui ose raisonner sur ce qu'ils font, s’il ne veut al Fu our chauffer pas perdre son office et se voir réduit à la mendicité, luy et sa fa j£ té, il laboure famille. Aussy est-ce la politique du Canada de les tenir tous 21 de tageuse et S il D misérables, afin de les rendre sujets et soumis. Ils ne sont avancés sa 3 F . Le nombre qu'autant que les PP. Jésuites les avancent, et l'on peut dire | À
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Jeur familk, tqu'il ne leur vent, pendant ques œufs. La fraises et framrs en assez bon e les conserver:
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sans blesser la vérité qu'ils tiennent tout le pays en servitude D ct en esclavage. Une si grande sujétion fait que tout le monde fait paroître à l'extérieur beaucoup de dévotion. Pourvu qu’un \ komme soit de la Congrégation, qui est une confrérie établie chez les PP. Jésuites, il est dans les bonnes grâces et à couvert detoutes misères. Une femme de mesine: si elle veut estre estimée, : L. elle doit estre de la Sainte Famille, qui est une confrérie établie : 14 A bour les femmes et filles dans la paroisse”. Il n’y a personne qui ‘Re e fasse une nécessité d’estre dévot,au moins en apparence. Mais près cela vous jugez quelle peut être la dévotion d'un peuple dont les directeurs spirituels font une profession ouverte d'em- A pire, de politique, d'intrigues, de fourberies, d’équivoques conti- | É er