Voici les termes de cette dédicace
Monsieur,
Vous avés toujours eu tant de bonté pour moy que je ne puis me dispenser de vous présenter ce premier ouvrage de ma Relation, comme une marque publique de ma très-humble reconnoissance. À qui d’ailleurs, Monsieur, devois-je plus naturellement l’adresser qu'à vous qui avés une connoissance parfaite de la Louisiane, où vous avés commandé plusieurs années, et qui estiés à la teste des partis de guerre, que vous conduisiés contre les Sauvages qui avoient osé déclarer la guerre aux François, soit ceux qui sont sur les frontières de la Caroline, soit ceux des bords du Mississipi, que vous avés remonté plusieurs fois. Toutes les troupes qui y sont présentement et tous les habitans des environs de la Mobile, qui ont eu l’honneur de vous y voir et de vous y obéir, Monsieur, regrettent encore cet heureux temps, vù votre bonté naturelle se familiarisoit jusqu’à les interroger avec douceur et leur demander s’ils étoient contens de demeurer dans ce pays. Ils furent sensiblement touchés du malheur qu’ils eurent de vous perdre, lorsque la Cour, ayant besoin de vous, vous écrivit de revenir en France, afin de vous donner des emplois plus dignes de votre capacité et deus à votre mérite. Aussy n’étiés-vous pas né, Monsieur, avec tant de politesse, pour rester parmi les Sauvages. Je m’estime donc heurcux, dans le malheur qui m’a obligé de venir en France, puisque j'ay l'honneur de vous assurer, avec un très-profond respect, que je suis,
Monsieur, Vostre très-humble, très-obéissant et très-obligé serviteur.
PÉNICAUT,
le païs, par M. d’Iberville et M. le comte de Surgère, en 1699, continué jusqu’en 1721, où il est fait mention des guerres des François contre les Sauvages, et des Sauvages entre eux; du commerce des François avec les Sauvages, du cours et de l’étenduc du Mississipi, des rivières qui tombent dans ce fleuve, des mines, de la religion et des mœurs des Sauvages, de leurs vivres, de leur chasse, de leurs nopces, de leurs festes, de leurs obsèques;
« Des concessions qu'y possèdent à présent les François, avec l'histoire galante d'un capitaine françois et de la fille d’un capitaine de cavalerie espagnole du Mexique. »
J'ai connu trois copies de ce manuscrit : une, à la Bibliothèque nationale, portait autrefois le n° 653 du Supplément français, et elle est maintenant le n° 14,613 du Fonds français. La bibliothèque de Rouen possède le second exemplaire, et j'ai vu le troisième dans les mains de M. Thomas Balch, de Philadelphie, qui en a fait présent, avec sa courtoisie ordinaire, à M. Francis Parkman, de Boston.
Un avertissement au lecteur’ précède ce document, dont le texte est divisé en vingt-trois chapitres. On en a conservé les sommaires.
1. AVERTISSEMENT AU LECTEUR. — Cette relation que je donne au public, je l'ay écrite, chaque année, pendant le temps que je demeurois à la Louisiane en qualité de charpentier pour la construction des vaisseaux du Roy. Comme dans ces pays éloignés les ouvriers sont exposez à servir à toute main pour la défense de la patrie, joint à ce que mon métier m'obligeoit de me trouver avec les détachemens qui alloient soit en parti de guerre, soit pour les découvertes, à cause que j'y estois nécessaire pour le radoubement des chaloupes ct canots qui conduisoient les troupes, outre que ma jeunesse et mon tempérament bouillant me faisoient trouver du plaisir à estre de tous ces détachemens qui se faisoient contre les Sauvages, j’ay eu par ce moyen la faculté de remarquer tout ce que j'ay décrit dans cette relation.
Le commencement de ce livre n'aura pas, l'attrait ny le plaisir que donnent les romans, qui commencent ordinairement par ce qu’il y a de plus touchant et de plus élevé, mais qui, ne continuant pas de mesme, finissent presque toujours par faire languir et ennuyer le lecteur. Aussi. je ne donne pas au public cet ouvrage comme une fable inventée, mais comme une relation sincère et véritable d'événemens dont j’ay esté témoin oculaire pendant vingt-deux années que j'ay demeuré à la Louisiane; et pour marque de la certitude de tout ce que j'ay inséré, c’est que je rapporte les faits année par année.
Grand nombre de personnes qui m'ont connu dans la Louisiane, dont les noms et les actions sont exposez dans cette relation, tous gens de distinction et de qualité qui sont à présent à Paris, m'ont sollicité plusieurs fois de leur en donner la lecture, ce que je ne leur ay cependant pas accordé, mon dessein estant de la mettre au net ct de la produire au public auparavant,
Le commencement de ce livre ne sera donc pas ce qui fera plus de plaisir au lecteur, parce que naturellement, quand on arrive dans un pays éloigné où l'on est obligé de faire des découvertes pour en connoistre le terrain, l'on ne peut rapporter que les distances d’un lieu à l'autre, avec les événemens et les remarques qui
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