‹ Première formation d'une chaîne de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le golfe du Mexique (1683-1724) [microforme]Chapitre 59 sur 304 · LE CANADA EN RELATION AVEC LES ILLINOIS · texte numérisé non relu

LE CANADA EN RELATION AVEC LES ILLINOIS

Lettre du marquis de Denonville à Greyselon Dulhut.

Villemarie, 6 juin 1686.

Monsieur,

Quoyque je vous aye mandé cette automne de venir me trouver pour conférer avec nous de bien des choses qui ne se peuvent escrire, — le R. P. Enjalran estant venu icy et s'en devant retourner à Michilimakinac, aussitost que la restitution des prisonniers aura esté faite, — vostre présence est beaucoup plus nécessaire aux Outaouas. C'est pourquoy je vous mande par celle cy de ne plus descendre, mais de vous joindre à M. de La Durantaye, qui doitestre à Michilimakinac pour exécuter les ordres que je luy envoyce pour la seureté de nos alliez et amis.

Vous verrez par les lettres que j'escris à M. de La Durantaye que mon intention est que vous occupiez un posle au destrotit du lac Erié avec cinquante hommes, que vous choisissiez un poste en lieu avantageux pour nous asseurer ce passage, y couvrir nos Sauvages qui vont à la chasse et leur servir d’asyle contre les entreprises de leurs ennemis et des

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nostres. Vous ne ferez ny ne direz rien aux Iroquois, à moins qu'ils n'entreprennent quelque chose contre vous et contre nos alliez. Vous verrezencore par la lettre que j’escris à M. de La Durantaye que mon intention est que vous alliez à ce poste le plustost que vous pourrez avec une vingtaine d'hommes seulement, que vous establirez sous le commandement de tel vostre lieutenant, que vous choisirez pour estre le plus propre pour le commandement et qui vous conviendra le plus.

Après avoir donné tous les ordres que vous aurez jugé nécessaires pour la seureté de ce poste et avoir bien recommandé à vostre lieutenant de se tenir sur ses gardes et recommandé l'obéissance aux autres, vous vous rendrez à Michilimakinac pour y attendre le R. P. Enjalran, et apprendre ce que je luy auray communiqué de ce que je souhaite de vous. Ensuite,vous vous en retournerez avec trente autres hommes, que vous recevrez de M. de La Durantaye pour les mener aus dit poste. — Vous prendrez soin à ce que chacun se munisse de vivres nécessaires pour sa subsistance audit poste, où je ne doute pas qu'il ne se puisse faire quelque traite de pelleteries. Ainsi vos gens ne feront pas mal d’y porter quelque peu de marchandises.

Jene sçaurois assez vous recommander d’entretenir avec M. de La Durantaye une bonne intelligence, sans quoy tous nos desseins deviendront à rien, et cependant le service du Roy et le public en souffriroient beaucoup.

Le poste où je vous envoye est d'autant plus de conséquence que je compte qu'il nous mettra en relation avec les Illinois, auxquels vous ferez sçavoir les choses dont le

R. P. vous informera. Comptez que rien ne sçauroit estre de

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si important que de vous apoliquer à bien exécuter tout ce que je vous mande et ce que je vous feray sçavoir par le R. P., à son retour de Michilimakinac.

Je vous envoye les commissions nécessaires pour le commandement de ce poste et pour vostre lieutenant.

Je ne vous dis rien de vos intérests, mais vous devez compter que je feray avec plaisir tout ce qu'il faudra pour vos avantages, aprés cecy cependant.

Je vous répéteray encore une fois que vous ne sçauriez avoir trop d'application pour réussir en tout ce que je souhaiterois de vous pour les intérests du service du Roy. — Si vos affaires pouvoient permettre que monsieur vostre frère fust auprès de vous au printemps prochain, j'en serois très aise : car, comme c'est un garcon entendu et qui vous scroit d'un grand secours, il pourroit aussi nous estre d’une grarde utilité.

Je vous prie de ne rien dire de nos desseins que vous pouvez entrevoir, mais d'éluder tout cela.

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