DE MM. DE LAMOTHE CADILLAC ET TONTY AVEC LES JÉSUITES
MISSILIMAKINAK. ILLINOIS. MIAMIS.
Extrait d'une lettre de Frontenac à M. de Lagny.
octobre 1695.
Le pauvr : M. de Lamothe Cadillac auroit eu besoin de
vous envoyer cette année un journal pour vous instruire de
toutes les persécutions qu'on luy a faites dans le poste où je l’ay mis et où il fait merveilles, s’estant acquis beaucoup Ë de crédit sur l'esprit des Sauvages qui l’ayment et qui le craignent ; mais il n’a pas eu le temps de le copier pour vous le faire tenir. — Je vous envoye une lettre de luy, avec une pour M. de Pontchartrain, et j'ay fait extraire de celles qu'il m'escrit quelques faits qui vous paroistront sans doute inouis.
Il n’y avoit que deux mois que les Pères, qui sont à Missilimakinak, m'en avoient escrit des merveilles et comme d'un homme le plus judicieux, le plus prudent et le plus ennemy du désordre, que j'eusse jamais pu envoyer en ce pays-là. Mais je ne sçay s'ils ont reconnu qu’il avoit trop d'esprit et
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de pénétration et qu'ainsi ils ont jugé qu'il falloit changer de langage et qu'il ne leur estoit pas propre. Enfin on a trouvé moyen par une cabaletoute visible de soulever trois ou quatre officiers, qui estoient dans des postes dépendans du sien et qui luy ont fait des algarades si extraordinaires et si inouïes que j'ay esté obligé de les faire mettre en prison, quand ils ont esté descendus et dont jene les ai fait sortir que depuis quelques jours, parce qu'assurément ils méritoient davantage. — Un certain Père Careilh, Jésuite, qui m’avoit escrit, il y a quelques années, des lettres si insolentes, a joué dans tout cela des rolles estonnans. — J'en escriray un mot au R. P. de La Chaise, afin qu'il y donne ordre. Les supérieurs d'icy promettent assez de le faire, sans que j'en aye veu jusques icy aucun effect. — Cependant, si cela continuoit, il faudroit bien y trouver quelque remède, car il n’y auroit plus moyen que quelque oflicier qu’on enverroit, soit à Missilimakinak, Miamis, Illinois et autres endroits, pust y demeurer par toutes les persécutions qu’on leur fait, sur la gesne qu'on donne à leurs consciences et su; l’absolution qu'on leur refuse, sytost qu’ils ne font pas tout ce qu'on désire. — Ilya mesme sur cela un commerce d'intérest et d'argent qui est honteux à dire. M. de Tonty vous en auroit pu escrire, s’il n’avoit esté obligé pour se délivrer de tous ces tourments de s’en aller aux Assiniboëls, de laisser M. de La Forest en son absence, qui avec toute son adresse et sa douceur aura de la peine à s'en bien tirer.
M. de La Mothe aura besoin, si on l'attaque, que vous l'appuyiez et que vous sousteniez hardiment qu'il fait très bien son devoir, jusques à ce que l’année prochaine il puisse vous envoyer un détail exact de tout ce qui s’est passé. — Je
n'ay pas cru devoir entrer en matière là-dessus avec M. de
Pontchartrain, parce que je ne sçay si on oscra remuer ouvertement cette pierre, mais plutost sous terre, selon toutes les apparences. — Je me suis donc contenté de luy marquer qu'il s’acquitte très bien de son devoir. — Il espère des boñtés extraordinaires que vous luy avez tesmoignées, lorsqu'ilestoit en France, que vous voussouviendrez de l'espérance que vous luy donnastes de luy procurer une lieutenance de vaisseau, quand vous en trouverez l'occasion. Il la mérite assurément, car il a beaucoup d'esprit, de cœur et de talents.
Il ne sera pas malaisé au sieur de La Forest de justifier que les Islinois s'appliquent à d’autres choses qu'à son commerce, s’il continue de faire ce que M. de Tonty y afaict,ets'il envoye une liste aussy ample que celle que ce premier a faicte de toutes les chevelures qu'on a levées sur les Iroquois et que les Pères Missionnaires ont certifiée, comme vous l'avez pu voir.
Je serois plus intéressé que personne qu'il fust sujet à payer les debtes de feu M. de La Salle, parce que j'en suis le premier et le principal créancier.