‹ Première mission des jésuites au Canada [microforme]Chapitre 2 sur 46 · ER NUE · texte numérisé non relu

ER NUE

Mais voici déjà minuit sonné, et à la première lueur du jour, nous mettons à la voile. Je vous donnerai seulement un précis des événements.

Quand les marchands hérétiques nous virent à Dieppe , au jour fixé pour le départ , le 27 octobre de l’année dernière, 1610 (nous étions en effet convenus qu'on partirait de Dieppe), ils imaginèrent un moyen qu'ils crurent favorable pour nous nuire. Deux d’entre eux avaient fait un contrat avec M. de Potrincourt pour charger et équiper son navire,

charité de nos Pères qui, en se montrant aux portugais, pouvaient amener la saisie du navire et faire condamner les anglais, comme pirates, au dernier supplice. Avant d'entrer dans le port, ils avaient exigé de leurs prisonniers la promesse de ne pas les dénoncer et de se tenir cachés durant tout leur séjour aux Açores. Pendant la visite du vaisseau faite par les portugais, les Pères restèrent à fond de cale, où ils échappèrent à tous les regards. Cette générosité et cette fidélité à garder la parole donnée surprirent tellement les anglais, qu'ils changèrent immédiatement de procédés envers leurs captifs et les emmenèrent directement en Angleterre, où ils firent publiquement leur éloge.

L'ambassadeur de France, à la nouvelle de leur arrivée, se hâta de les réclamer et les fit reconduire honorablement dans leur patrie, au mois de mai 1614.

Ce premier voyage de nos missionnaires, si stérile en apparence, eut cependant d’heureux résultats. Outre l'expérience acquise et dont on profita, le zèle des catholiques français, ranimé par les paroles des Pères, créa de nouvelles ressources, et dès que la colonie française fut délivrée des anglais, les Jésuites reprirent la route du Canada, où ils fondèrent enfin une des plus belles missions de la Compagnie.

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