‹ Premières conséquences de la Guerre, transformation mentale des peuplesChapitre 30 sur 78 · ÉVOLUTION DU GOUVERNEMENT DE LA FRANCK · texte numérisé non relu

ÉVOLUTION DU GOUVERNEMENT DE LA FRANCK

en France el eu Angleterre, et que l'aéroplane était presque impuissant contre eux dans la nuit, l'erreur lut roconiiuo, mais il était trop tard pour la réparer.

Quoiqu'il en soit il fallut remplacer la plupart de ces chefs de service, dont l'incapacité nous avait coûté si cher, jtar des [larlemenlaires. Assurément, ceux-ci manquaient d'exj)érience, mais, n'ayant pas de doctrines préconçues et désirant bien faire, ils surent s'entourer de personnes susceptibles de les renseitrner.

Le résultat de toutes ces substitutions montra que les hommes vraiment capables d'administrer un service public n'étaient ni des spécialistes, ni des avocats, mais des industriels ayant prouvé leur talent d'organisation par la direction de grandes entreprises. Un directeur d'usine (pielconque, fût-elle une simple lllalure, saura — et rexpérienco de la guerre l'a surabondamment prouvé — créer et organiser une fabrication étrangère à sa spécialité.

Il possède ou elTet de par ses anciennes ft)uclions, les aptitudes nécessaires à l'organisation de services compliqués. Le célèbre Carnegie raconte, dans un de ses livres, qu'il dut la position d'où résulta sa colossale fortune, à une circonstance ayant prouvé ses aptitudes ilirectrices. Mis alors à la tête d'une fabrique de locomotives, bien que ne s'étant jamais occu{ié de mécanique, il y réussit au point de devenir milliardaire.

Toute l'expérience de la guerre a vérifié la proposition énoncée plus haut (jue si les spécialistes sont indispensables pour exécub-r un travail, il ne faut jamais leur confier la diroclion d'un service. Us ont, de par leur s[tt''(Malisatiou même, des vues trop étroileà pour concevoir l'eusemble d'une organisation.

§ 3> — L'effort industriel de la France pendant la guerre

Pour concevoir l'eiïort accompli par notre industrie il faut se rappeler ce qu'elle était aux débuts df la guerre.

Dès les premiers jours de la guerre, la désorganisalion des rares usines que nous possédions fut complète. Privées par la mobilisation de leurs ingénieurs et de leurs ouvriers, plusieurs furent obligées de suspendre leur fabrication. Beaucoup d'entre elles se trouvaient d'ailleurs en territoire envahi. Les établissements militaires eux-mêmes avaient perdu une partie de leur personnel.

Par suite de ces pertes diverses la production de* hauts fourneaux français fut bientôt réduite de 80 ° '<> et nos mines de houille ne produisirent plus que 15 millions de tonnes de combustible au lieu des 60 millions nécessaires.

La valeur de l'effort accompli en moins de deux ans est montrée par le fait que ce furent des usines improvisées qui arrivèrent à fabriquer 70 */« ^^^ obus employés. D'une fabrication de 10.000 par jour, elles finirent par dépasser 200.000.

On s'adressa d'abord aux diverses industries de construction mécanique, mais tout leur manquait : matières premières, personnel et outillage. En considérant les résultats obtenus on peut se demander si les Allemands qui vantent si haut leurs méthodes auraient été capables d'improviser une pareille organisation.

De tels efforts ne seront pas perdus. Envisageant à la suite d'une interpellation l'avenir de la France, un ministre français disait à la tribune :

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Déjà rayonne sur suti front une couronne de prestige et du gloire qui, dans les luttes de la paix, la fera plus ardente au travail, lui ren<ira une main-d'œuvre |)lus eflicaco. N oubliez pas, dans vos statisti(jue.s, celte énori:ic morale d'un peuple, centuplée par la victoire obtenue pour une noble cause. Demandez-vous si nous n'en tirerons pas de larges compensations.

«^ 4. — L'ébauche d un gouvernement international.

Une des plus remarijuables idées du f,'uuverrietiieiil français pendant la guerre et une des plus fertiles en cunséquences lointaines, fut celle conçue par M. Briand, le lendemain même du jour où il devint président du conseil. L'entente des Alliés était alors assez incomplète. On échangeait des notes. Elles provoquaient des objections, dos controverses, qui ralentissaient toutes les opérations. Le premier ministre prit le parti d'aller lui-même à Londres et à Rome, et de réunir à Paris, à époques intermittentes, un conseil de minisires des divers pays auxquels leur situation conférait le pouvoir de solutionner immédiatement les questions d'intérêt commun. Ce résultat, les conférences d'ambassadeurs n'auraient pu l'atteindre et leur totale inutilité était démontrée depuis longtemps. Ainsi fut réglée, par exemple, la question de l'envoi à Saloni(jue de troupes que les Anglais destinaient d'abord à l'Egypte.

Cette collaboration de chefs de gouvernement, réunis pour solutionner, sans recourir à des intermédiaires, les problèmes intéressant leurs pays respectifs, constitue un fait très nouveau. C'est une ébaucdie de gouvernement inlernalional<|ue n'avait |»as encore connu l'histoire et dont l'avenir seul précisera les fonctions.

108 PBEMIÈRES CONSÉQUENCES DE LA GUE'RRE

II ne pouvait, d'ailleurs, naître qu'à la suite du développement de l'interdépendance des peuples.

L'existence seule de cette interdépendance grandissante impliquait l'avènement probable d'une forme nouvelle de gouvernement chargé de régler les intérêts communs. Une des conséquences utiles de la guerre sera d'avoir hâté la création d'un tel gouvernement. Si la paix peut durer en Europe pendant quelque temps, c'est à lui surtout qu'on le devra.

Impossible de comparer cette institution nouvelle à rien de ce qui existait déjà. Aucune analogie avec les États-Unis d'Amérique et moins encore avec le tribunal de La Haye. Les décisions de ce dernier étant dénuées de sanctions — la guerre l'a prouvé — devaient rester sans effet.

, La seule comparaison possible, bien que lointaine encore, serait celle qu'on pourrait établir avec l'ancienne conférence des sucres, dont les délégués possédaient le pouvoir de prendre, à la majorité des voix, des décisions sans appel auxquelles les divers gouvernements contractants devaient se soumettre.

Ce chapitre montre, comme plusieurs autres de cet ouvrage, que la guerre a déraciné bien des conceptions anciennes, fixées par l'habitude, et que l'expérience seule pouvait détruire. Si, par une opération magique, nous réussissions, d'un coup de baguette, à ressusciter nos morts et réparer nos ruines, on serait en droit de dire que la guerre rendit à la France des services que les institutions les plus admirables ne lui auraient pas rendus. Seul, ce terrible conflit pouvait renouveler nos sentiments, nos croyances et nos pensées.

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