LA PROVIDENCE A L'HOMME
De sa prison profonde La mer vomit son onde, Et des bords qu'elle inonde Recule en mugissant?
Ce soleil éclatant, ombre de ma lumière. Sait-il où le conduit le signe de ma main? S'est-il tracé lui-même un glorieux chemin?
Au bout de sa carrière.
Quand j'éteins sa lumière,
Promet-il à la terre
Le soleil de demain?
Cependant tout subsiste et marche en assurance. Ma voix chaque matin réveille l'univers; J'apelle le soleil du fond de ses déserts:
Franchissant la distance,
H monte en ma présence,
Me répond, et s'élance
Sur le trône des airs!
Et toi, dont mon souffle est la vie.
Toi, sur qui mes yeux sont ouverts, Peux-tu craindre que je t'oublie, Homme, roi de cet univers?
Crois-tu que ma vertu sommeille?
Non, mon regard immense veille Sur tous les mondes à la fois!
La mer qui fuit à ma parole.
Ou la poussière qui s'envole, Suivent et comprennent mes lois.
Marche au flambeau de l'espérance Jusque dans l'ombre du trépas, Assuré que ma providence Ne tend point de piège à tes pas!
Chaque aurore la justifie, L'univers entier s'y confie, Et l'homme seul en a douté!
Mais ma vengeance paternelle Confondra ce doute infidèle Dans l'abîme de ma bonté.
Cette méditation ne vaut pas la précédente. Voici pourquoi: la première est d'inspiration, celle-ci est de réflexion. Le repentir a-t-il jamais l'énergie de la passion?
Ma mère, à qui je montrai ce volume avant de le livrer à l'impression, me reprocha pieusement et tendrement ce cri de désespoir. C'était, disait-elle, une offense à Dieu, un blasphème contre la volonté d'en haut, toujours juste, toujours sage, toujours aimante, jusque dans ses sévérités. Je ne pouvais, disait-elle, imprimer de pareils vers qu'en les réfutant moi-même par une plus haute proclamation à l'éternelle sagesse et à l'éternelle bonté. J'écrivis, pour lui obéir et pour lui complaire, la méditation intitulée la Providence à Vhomme.