‹ Premières méditations poétiquesChapitre 60 sur 109 · LA PROVIDENCE A L'HOMME · texte numérisé non relu

LA PROVIDENCE A L'HOMME

De sa prison profonde La mer vomit son onde, Et des bords qu'elle inonde Recule en mugissant?

Ce soleil éclatant, ombre de ma lumière. Sait-il où le conduit le signe de ma main? S'est-il tracé lui-même un glorieux chemin?

Au bout de sa carrière.

Quand j'éteins sa lumière,

Promet-il à la terre

Le soleil de demain?

Cependant tout subsiste et marche en assurance. Ma voix chaque matin réveille l'univers; J'apelle le soleil du fond de ses déserts:

Franchissant la distance,

H monte en ma présence,

Me répond, et s'élance

Sur le trône des airs!

Et toi, dont mon souffle est la vie.

Toi, sur qui mes yeux sont ouverts, Peux-tu craindre que je t'oublie, Homme, roi de cet univers?

Crois-tu que ma vertu sommeille?

Non, mon regard immense veille Sur tous les mondes à la fois!

La mer qui fuit à ma parole.

Ou la poussière qui s'envole, Suivent et comprennent mes lois.

Marche au flambeau de l'espérance Jusque dans l'ombre du trépas, Assuré que ma providence Ne tend point de piège à tes pas!

Chaque aurore la justifie, L'univers entier s'y confie, Et l'homme seul en a douté!

Mais ma vengeance paternelle Confondra ce doute infidèle Dans l'abîme de ma bonté.

Cette méditation ne vaut pas la précédente. Voici pourquoi: la première est d'inspiration, celle-ci est de réflexion. Le repentir a-t-il jamais l'énergie de la passion?

Ma mère, à qui je montrai ce volume avant de le livrer à l'impression, me reprocha pieusement et tendrement ce cri de désespoir. C'était, disait-elle, une offense à Dieu, un blasphème contre la volonté d'en haut, toujours juste, toujours sage, toujours aimante, jusque dans ses sévérités. Je ne pouvais, disait-elle, imprimer de pareils vers qu'en les réfutant moi-même par une plus haute proclamation à l'éternelle sagesse et à l'éternelle bonté. J'écrivis, pour lui obéir et pour lui complaire, la méditation intitulée la Providence à Vhomme.

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