DU DUC DE BORDEAUX
Versez du sang, frappez encore!
Plus vous retranchez ses rameaux, Plus le tronc sacré voit éclore Ses rejetons toujours nouveaux! Est-ce un dieu qui trompe le crime?
Toujours d'une auguste victime Le sang est fertile en vengeur; Toujours, échappé d'Athalie, Quelque enfant que le fer oublie Grandit à l'ombre du Seigneur!
Il est né, l'enfant du miracle, Héritier du sang d'un martyr!
Il est né d'un tardif oracle, H est né d'un dernier soupir!
Aux accents du bronze qui tonne La France s'éveille et s'étonne Du fruit que la mort a porté!
Jeux du sort! merveilles divines!
Ainsi fleurit sur des ruines Un lis que l'orage a planté.
n vient, quand les peuples, victimes Du sommeil de leurs conducteurs, Errent aux penchants des abîmes Comme des troupeaux sans pasteurs.
Entre un passé qui s'évapore, Vers un avenir qu'il ignore, L'homme nage dans un chaos!
Le doute égare sa boussole.
Le monde attend une parole, La terre a besoin d'un héros!
Courage! c'est ainsi qu'ils naissent!
C'est ainsi que dans sa bonté
Un Dieu les sème! Us apparaissent
Sur des jours de stérilité!
Ainsi, dans une sainte attente.
Quand des pasteurs la troupe errante
Parlait d'un Moïse nouveau,
De la nuit déchirant le voile.
Une mystérieuse étoile
Les conduisit vers un berceau!
Sacré berceau, frêle espérance Qu'une mère tient dans ses bras.
Déjà tu rassures la France; Les miracles ne trompent pas!
Confiante dans son délire, A ce berceau déjà ma lyre Ouvre un avenir triomphant, Et, comme ces rois de l'Aurore, Un instinct que mon âme ignore Me fait adorer un enfant!